Le Parti de Gauche, un parti creuset pour ouvrir les portes de l’avenir

mardi 10 janvier 2017.
 

Lors du meeting de lancement du Parti de Gauche, Jean Luc Mélenchon a lancé un vibrant appel à construire une force politique nouvelle capable de faire fructifier l’expérience de tous les grands courants de gauche depuis 150 ans. "Nous intégrons à notre patrimoine fondateur toute cette histoire avec toutes ses ombres mais aussi toutes ses lumières".

Le Parti de Gauche ne s’autoproclame pas "la force politique nouvelle" construite par une synthèse rationnelle de l’expérience de tous les courants républicains, socialistes, communistes et anarchistes depuis 2 siècles. Il propose seulement :

- cette perspective unitaire avec le Front de Gauche comme première formalisation transitoire.

- de constituer un parti creuset apte à impulser un rassemblement large et démocratique

1) Un parti creuset : intervention de Jean Luc Mélenchon

Meeting de lancement du Parti de Gauche le 29 novembre 2008

Je parle donc à présent de notre parti. Il porte un nom générique. Il se nomme « parti de gauche ». Pourtant « la gauche » c’est un ensemble. Un ensemble divers. Elle contient des histoires différentes liées aux grands moments de l’histoire. Cette diversité est toujours vivante. Elle est représentée par des partis qui comptent. Et qui sont incontournables. Nous ne prétendons pas la représenter à nous tout seul. Certainement pas.

Mais nous avons une ambition originale. Notre ambition est de pouvoir nous approprier, faire notre, tout ce que la gauche, dans sa diversité et même ses oppositions internes, a produit sans tenir compte de l’étiquette sous lequel cela a été produit. Cela veut dire que nous faisons notre toute l’expérience de plus d’un siècle d’histoire de la gauche. Nous intégrons à notre patrimoine fondateur toute cette histoire avec tous ses ombres mais aussi toutes ses lumières.

Nous voulons être un creuset. Un creuset où se mêle pour faire du neuf toutes ces histoires. Non seulement les histoires venues du passé profond mais celles qui sont nées dans les luttes et les expériences de notre temps. Non seulement celle de notre pays mais celles du monde. En ce sens, les membres du parti de gauche, nous sommes socialistes et nous sommes communistes, nous sommes écologistes, nous sommes passionnément républicains, bref nous sommes « de gauche », en général et en particulier.

De La Boétie aux philosophe des Lumières, des maillotins de Paris aux sans culottes, Robespierre et Olympe de Gouge, Gracchus Babeuf, ceux de 1848 et les communards, l’immense lumière de la révolution russe d’octobre 1917, le martyr des résistants pour vaincre les nazis, la lutte pour la décolonisation. Jean Jaurès et Louise Michel, Tout ! Les yeux ouverts, lucidement, capables de bilan raisonné plutôt que d’anathèmes. Nous assumons la responsabilité des échecs. Mais nous faisons notre aussi les victoires. Toutes ! Et notamment les victoires électorales de la gauche. Et donc le bilan des gouvernements de gauche. Bilan critique, bilan sans complaisance mais aussi bilan reconnaissant pour les progrès arrachés !

2) Est-il trop optimiste de vouloir construire ce parti creuset ?

Avant d’aborder toute autre question, tactique ou organisationnelle, il est rationnel de se demander s’il existe dans la société française des individus, des courants, des organisations pouvant être intéressés par cette démarche. A mon avis, la réponse est oui, même si des batailles politiques difficiles sont à prévoir. Lors des campagnes menées (en particulier pour le Non au TCE en 2005), sur le lieu de travail, dans le syndicat, sur le lieu de vie, parmi ses connaissances, nous avons pu établir un diagnostic simple.

Des dizaines de milliers de français, peut-être même des centaines de milliers ont compris :

- que le capitalisme ne pouvait être l’horizon de l’histoire humaine pour des raisons écologiques, sociales, démocratiques...

- que la social-démocratie n’aurait plus un rôle historiquement progressiste, qu’elle est même profondément intégrée dans les élites du système.

- qu’une alternative émancipatrice ne viendrait ni des anciens partis communistes seuls ni des organisations d’extrême gauche seules

Ils sont en attente d’un parti d’action capable de bousculer les rapports de force, ici et maintenant, non pour préparer une élection mais pour remettre l’histoire dans le sens du progrès humain. Vaste programme ! Immense tâche que le Pg ne peut imaginer mener seul ; il a donc besoin de travailler fraternellement en son sein et avec d’autres forces à cette tâche.

Existe-t-il une base idéologique commune à des forces suffisantes pour se fondre dans un creuset commun ou au moins militer ensemble sur des objectifs partagés. Jean-Luc Mélenchon répond OUI : "Les yeux ouverts, lucidement, capables de bilan raisonné plutôt que d’anathèmes. Nous assumons la responsabilité des échecs. Mais nous faisons nôtres aussi les victoires."

Je serai plus prudent. Sur le fond, je crois que nous sommes dans une période internationale de montée lente qui produit des processus de radicalisation et de politisation comme cela avait été le cas de 1960 à 1968 essentiellement par le Parti Socialiste Unifié.

Or, ce PSU, exemple type de parti creuset dans une période de politisation s’était assez rapidement rendu inefficace politiquement parce que son organisation de type "démocratique social-démocrate" permettait à chaque groupe local, parfois à chaque individu de faire ce qu’il voulait... jusqu’à l’explosion du parti entre une majorité rejoignant le Parti Socialiste et de petites minorités rejoignant les organisations d’extrême gauche (LCR, GOP...).

La nature des individus et groupes rejoignant actuellement le PG est-elle fondamentalement différente de la base captée à l’époque par le PSU ? Ma réponse est non. Globalement, il s’agit plus, dans l’immédiat, d’une base "gauche de la social-démocratie" socialement fortement petite bourgeoise.

La période actuelle rend-elle la réussite de notre projet plus facile que ce n’était le cas pour le PSU ? Je ne le crois pas non plus. Entre un PCF qui a pris l’habitude de critiquer vertement le PS dans sa presse mais de ne pas aller trop loin afin de continuer à gérer des municipalités avec lui et une extrême gauche marquée par un propagandisme manquant souvent de lien à la réalité, aucun traquenard ne nous sera épargné.

De plus, la montée lente des aspirations et des luttes au plan international paraît plus incertaine, moins politique dans l’immédiat que dans les années 1960, avec un poids plus important encore de l’échec du "communisme existant" en URSS et dans les pays de l’Est.

Ces quelques remarques n’ont pas pour but de marquer un désaccord avec la perspective fixée au PG par les fondateurs du PG, en particulier dans le discours de Jean-Luc Mélenchon ce 28 novembre. Il a raison quant à la responsabilité de notre génération politique en ce début de 21ème siècle, tellement raison que j’y pense sans cesse et vous livre mes réflexions.

3) Le champ politique français laisse-t-il une place au Parti de Gauche ?

L’argument d’un parti mort-né pour cause d’embouteillage sur le champ politique à la gauche du PS a été mijoté à toutes les sauces dans les médias depuis un mois. Par delà la volonté de nuire qui animait généralement les rédacteurs, n’évacuons pas les questions posées.

Premièrement, le Parti de Gauche ne prétend pas capter seul tous les courants de radicalisation dans un parti attrape-tout. Contrairement au NPA qui s’y essaie à l’heure actuelle, nous nous fixons pour tâche à la fois de construire un parti et de promouvoir un front avec tous ceux qui partagent la volonté de peser aujourd’hui et maintenant en France, dans l’Europe et au niveau mondial contre le capitalisme, contre la social-démocratie atlantiste qui se complaît en son sein...

Pour quiconque suit les déclarations des dirigeants du Parti de Gauche depuis sa création, il est clair que nous souhaitons construire une unité d’action et si possible une unité de programme avec toutes les forces à gauche du PS, toutes les forces dont particulièrement le PCF. Son implantation sociale (en particulier en milieu ouvrier) et son fond politique anticapitaliste en font un partenaire indispensable malgré toutes les difficultés imaginables. Certaines personnes nous disent, en se calant bien dans leur fauteuil, "j’adhérerai bien au PG mais je ne suis pas d’accord avec la perspective unitaire vis à vis du PCF ; de toute façon, il ne représente plus rien". Tout militant qui s’est fatigué à construire un parti anticapitaliste durant des années et dizaines d’années sait bien que le PCF représente encore aujourd’hui bien plus que son résultat aux présidentielles de 2007. Notre volonté de construire un front dont le PCF serait la force principale constitue notre spécificité aujourd’hui dans le champ politique français. Notre réussite dépendra en partie du PCF lui-même.

Les mêmes personnes signalées plus haut pointent le fait qu’en privilégiant l’alliance avec le PCF, nous risquons de passer à côté d’une alliance avec d’autres forces politiques et associatives. Ils se trompent, sur ce point aussi. Des individus et petits groupes (en particulier la minorité UNIR de l’ex LCR) membres des ex-Comités Unitaires Antilibéraux sont, pour l’essentiel, sur la même longueur que nous. Ils représentent une trajectoire fondamentale aujourd’hui : le premier essai de construire une alternative anticapitaliste nouvelle après le 29 mai 2005. La présence d’Eric Coquerel et Claude Debons parmi les fondateurs du PG illustre à mon avis la large ouverture du PG vers les forces ayant gravité dans ou autour de l’extrême gauche et de l’altermondialisme.

4) Elargir la réflexion théorique socialiste

L’appel ci-dessus de Jean-Luc Mélenchon peut étonner de vieux militants par son audace théorique. Il est vrai qu’il marque une rupture nette avec les milieux d’extrême gauche parmi lesquels j’ai milité dans les années 1960 et 1970. Pour ceux-ci, en gros :

- d’une part, l’histoire donnerait raison à l’organisation qui aurait raison comme héritière théorique du mouvement ouvrier et socialiste révolutionnaire

- d’autre part leurs références théoriques commencent à Marx, les expériences historiques intéressantes commencent à la Révolution russe.

Le PG se crée sur des bases très différentes.

D’une part, nous voulons surtout être un parti d’action considérant que le socialisme a surtout besoin aujourd’hui de prouver qu’il peut être utile à l’humanité pour l’immédiat comme pour l’avenir.

D’autre part, le PG ne se présente pas comme le meilleur porteur théorique de qui que ce soit. Pour ses animateurs, le renouveau théorique du mouvement ouvrier et socialiste fleurira dans les victoires politiques que nous saurons gagner.

Je suis persuadé quant à moi que la pensée de Marx constitue le socle de référence incontournable d’une pensée théorique socialiste construite (même s’il fallait la refonder de façon importante). Il n’en reste pas moins qu’il avait prévu à tel ou tel moment de sa vie d’écrire certains textes fondamentaux qui n’ont jamais vu le jour, par exemple sur la Révolution française, sur l’Etat, sur les classes sociales. Excusez du peu !

Pour avancer sur d’importantes et innombrables questions théoriques et concrètes nous serons bien obligés à la fois de nous replonger dans les écrits anciens (y compris de Robespierre, Jaurès, Rosa Luxembourg, Spinoza, Kant, Hegel, Lénine, Trotsky, Gramsci, Nin, Guevara...) tout en soumettant en permanence notre orientation devant le critère essentiel de la réalité. Nous serons bien obligés de nous replonger dans les bilans concrets "sans complaisance" mais en étant "reconnaissants pour les progrès arrachés !"

5) Les maillons de la chaîne du progrès humain

Jean-Luc Mélenchon use d’une rhétorique humaniste radicale, en particulier en faisant appel au corpus républicain français. Il a raison.

La société humaine ne constitue ni une création divine à ne pas toucher, ni un éternel recommencement. Son histoire n’est pas seulement rythmée par des révolutions portées par des classes sociales lorsque les conditions sont mûres quant aux forces productives et aux rapports de production. L’humanité a progressé trop lentement, c’est sûr ; en crabe bien souvent, parfois même après de longs reculs. Mais les expériences positives n’ont pas été perdues ; au fil des siècles, elles ont contribué à forger le patrimoine des racines et références émancipatrices de l’humanité.

Ainsi, la Renaissance renoue avec l’art antique et La Fontaine prolonge Lucrèce. Ainsi, les communistes chinois ou vietnamiens de la 1ère moitié du 20ème siècle puisent une part de leur légitimité populaire dans les aspects progressistes des millénaires passés de leurs civilisations. Ainsi, la Révolution française fait référence à la démocratie grecque antique, à la "vertu" publique romaine, aux Communes du Moyen Age, à l’indépendance des Etats-Unis. Ainsi, l’Amérique latine de Morales et Chavez valorise les traditions communautaires amérindiennes, valorise Bolivar, Zamora, Sandino, Camillo Torres et Che Guevara.

Ainsi, la déclaration d’Olympe de Gouge n’a pas eu un grand impact lors de sa publication ; cela n’a pas empêché qu’elle contribue à engendrer la réflexion féministe.

Ainsi, bien des piquets ont été posés sur le chemin de l’expérience humaine :

* en matière d’intérêt public et de rôle de l’Etat depuis Confucius ou l’empereur Ashoka (Inde -256) créant la première « réserve naturelle » du monde jusqu’à la sécurité Sociale et les retraites par exemple en France à la Libération

* en matière d’émancipation de Lao Tseu et Mencius jusqu’à Reich et le féminisme des années 1968 1980.

* de Condorcet sur la laïcité à Durruti sur l’autogestion, de Voltaire contre l’injustice faite à Callas jusqu’à Michel Warshawski contre les communautarismes fascisants.

6) Remarques sur l’Etat

J’ai entendu plusieurs fois des militants d’extrême gauche critiquer Jean-Luc Mélenchon sur la façon dont il traite la question de l’Etat. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui sur ce point mais je milite sans problème majeur avec lui depuis 15 à 20 ans parce que son fond sur ce point n’est pas celui d’un républicain bourgeois béat.

Mouvements sociaux et révolutions ont joué un rôle très positif en faveur du progrès humain et ce, dans toutes les civilisations : Egypte antique, Chine antique, Grèce antique, Rome antique, Moyen Age, Renaissance, droits de l’homme, citoyenneté, droit social...

On ne peut parler abstraitement de la nature de l’Etat dans tel ou tel pays, dans tel ou tel mode de production indépendamment de la façon dont cet Etat est né du besoin combiné et contradictoire des dominants et des dominés. Oui, l’Etat a toujours été au service des dominants mais la pérennité même de cette domination dépendait de la capacité à répondre partiellement aux aspirations des dominés et aux besoins collectifs. Ainsi, l’histoire des Etats n’est pas seulement l’histoire d’une coercition des peuples ; elle est aussi une histoire des progrès imposés par les milieux populaires en matière de droit, de citoyenneté, de souveraineté collective, de responsabilité des fonctionnaires...

La révolution française constitue un chaînon fondamental dans ce processus dialectique entre aspirations populaires et nature de l’Etat ; la constitution de l’An III, comme la Déclaration des Droits de l’homme qu’elle intègre, jettent les premières bases d’une république sociale, d’un Etat démocratique et social pour aujourd’hui malgré quelques erreurs à rectifier par exemple en matière d’institution judiciaire. Cette importance de 1789 1794 est d’autant plus grande que dans son processus, Lumières, République et Révolution sont soeurs jumelles.

Dans son texte "La république sociale, un maillon nécessaire pour repenser l’émancipation" Denis Collin donne un point de vue très intéressant que je partage globalement sur cette question de l’Etat dans la tradition théorique communiste " La question de l’État est le véritable point aveugle de la pensée marxienne. Les interventions conjoncturelles de Marx sur cette question égarent plus qu’elles n’ouvrent le chemin, comme la régression dans l’utopie de l’extinction de l’État et d’un au-delà du droit ont finalement joué le rôle d’idéologie de la montée d’une nouvelle classe ou caste dominante dans les pays dits socialistes. Plus précisément, c’est d’abord voulu transformé ces interventions conjoncturelles et souvent très polémiques en « théorie scientifique » qui constitue la faute majeure des marxistes, d’autant qu’il n’y a aucun lien logique entre les analyses serrées du mode de production, telles qu’on les trouve dans le Capital et les perspectives utopiques, tant des Manuscrits que de la Critique du programme de Gotha.

La perspective du dépérissement de l’État et de la fin du politique en tant que tel est une perspective directement issue de l’anarchisme individualiste et représente sans doute une expression des influences non négligeables de Proudhon et Stirner sur la pensée de Marx. Mais cette perspective ultra-individualiste est soit purement utopique soit franchement catastrophique. Le communisme historique se fixait comme but avec la fin de la division de la société en classe, la fin de l’État conçu uniquement comme instrument d’oppression d’une classe sur une autre. Si on veut reconstruire une pensée communiste sérieuse aujourd’hui, il me semble qu’on peut laisser dans les « poubelles de l’histoire » toute cette partie de la pensée de Marx et du marxisme. L’objectif d’un nouveau communisme ne devrait pas être de construire une société d’individus absolument souverains mais de construire une nouvelle forme de communauté politique, réconciliant la liberté des individus avec le souci du bien commun et redonnant tout son sens à la « polis » ou à ce que Machiavel appelait encore le « vivere civile ». Et c’est précisément en ceci que le mot d’ordre de la « république sociale » peut redevenir une forme saisissable par le plus grand nombre, un instrument de combat politique vivant, car il remet au centre des préoccupations politiques le « vivere civile » en opposition au souci unique de la réussite et de la consommation individuelle."

7) Le communisme ne doit pas être considéré comme le seul et véritable socialisme

Ceux qui font cela datent la naissance du "socialisme scientifique" de l’action politique du Marx adulte à partir des années 1848 1850 et cela n’est guère scientifique.

Premièrement, le premier grand courant politique se réclamant du communisme, avant Marx, est également le principal courant politique ayant cherché à prolonger la révolution française et la tradition républicaine montagnarde : le blanquisme.

Deuxièmement, le socialisme ne naît pas ex-nihilo des trade-unions britanniques et du cerveau de Marx. Il est engendré essentiellement par trois sources :

* la période révolutionnaire des années 1775 1802 particulièrement la Révolution française,

* les idées des Lumières particulièrement la philosophie allemande de Kant à Hegel et Feuerbach,

* le mouvement ouvrier particulièrement britannique dans le contexte de la révolution industrielle.

Par les Lumières parvient au socialisme la sève du processus intellectuel émancipateur des siècles et millénaires précédents (connaissance, pistes pour la libération, éthique...). Par la révolution française celui du rôle des mouvements sociaux et de la pensée politique pour répondre aux aspirations sociales et démocratiques des populations (y compris par un Etat adapté à cela). Par le mouvement ouvrier monte la sève nouvelle de la force sociale apte à résister aux dominants du nouveau mode de production : le capitalisme.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale et à la trahison nationaliste des directions de la Deuxième Internationale, le Parti bolchévik faisait partie de la social-démocratie internationale avec Jaurès et Rosa Luxembourg.

Dans la réalité du monde d’aujourd’hui, la Troisième Internationale n’a pas fait la preuve de son immense supériorité théorique et pratique sur la deuxième. La Quatrième Internationale n’a pas fait la preuve devant les milliards d’humains de sa supériorité théorique et pratique sur la troisième et sur la deuxième.

Pour construire une Cinquième Internationale absolument nécessaire, il faudra bien partir de ces réalités, admettre par exemple que les goulags staliniens ont trop discrédité le mot de communisme pour que cette internationale se drape seulement dans l’appellation de communiste pour que toutes les avant-gardes du monde, pour que tous les courants anticapitalistes du monde n’accourent en son sein.

8) Ne sous-estimons pas l’importance d’une référence au marxisme

Nous risquons de ne pouvoir construire ni le front de gauche, ni une Autre gauche majoritaire à gauche ni le parti de gauche si nous sous-estimions la référence au matérialisme historique, au communisme

Dans l’immédiat, le PCF peut être intéressé par une alliance avec nous dans le Front de Gauche pour maintenir ou renforcer sa présence au Parlement européen lors des élections de 2009. L’utilité concrète du Front de Gauche dans le champ politique et social restera son moyen de survie. Ceci dit, à plus long terme, me semble-t-il, ou le processus de rapprochement avancera entre nos deux organisations ou le PC reprendra son autonomie à un moment donné ; je vois mal comment avancer dans un processus sérieux de rapprochement sans poursuivre des discussions sur les références théoriques tout en oeuvrant ensemble dans l’actualité. Pour cela, la discussion sur le bilan du marxisme et du communisme réels, la refondation d’une pensée théorique ouvrière, socialiste et internationaliste seront à un moment donné incontournables pour avancer.

Pour réussir à rassembler l’Autre gauche de façon à ce qu’elle devienne majoritaire à gauche, les deux partis essentiels seront le PCF et le NPA. Ce que je viens d’écrire concernant l’importance d’un rapprochement sur les références idéologiques sera aussi important pour le NPA que pour le PCF, sinon plus. Après le Non au TCE, la LCR avait proposé cette discussion à toutes les organisations parties prenantes de la campagne du printemps 2005.

La possibilité de réussir le Front de Gauche comme un rassemblement de l’Autre Gauche dépendra en partie de la force du Parti de Gauche, de sa capacité à grouper les forces anticapitalistes et unitaires. Or, que l’on prenne le courant unitaire UNIR de la LCR ou les unitaires du PCF (par exemple un Martelli), le rayonnement du PG sur les questions de refondation idéologique à partir du corpus marxiste me paraît indispensable.

9) Un creuset idéologique commun avec d’autres forces

Dans son intervention, Jean Luc Mélenchon a intégré des personnalités anarchistes parmi nos références historiques. Cette démarche présente au moins un grand avantage : pousser à la réflexion sur les questions du parti, des élections, de la démocratie directe et de l’Etat autour desquelles se sont opérées de façon importante les divisions entre anarchismes et socialismes. Par ailleurs, les anarchismes ont beaucoup contribué à porter les aspirations émancipatrices aux 19ème et 20ème siècle ; le concept d’autogestion par exemple, ne me paraît absolument pas désuet, au contraire.

Dans les années 1960, des chrétiens nombreux ont participé aux forces progressistes et anticapitalistes. Je me rappelle de débats passionnants avec eux et de leur utilité dans le creuset idéologique des années avant 1968. En Europe, leur foi évangélique n’était pas suffisante pour tenir la distance et ils ont disparu dans les bureaucraties syndicales récupérées, dans les catéchistes de coin de sacristies etc ; cependant, je ne doute pas du fait que dans la chrétienté comme parmi les musulmans ou boudhistes des groupes réapparaissent dès que l’hypothèse d’un nouveau monde possible renaîtra dans les coeurs.

La principale force nouvelle apparue en Europe depuis les années 1968, est celle des écologistes. Elle comprend beaucoup de militants et un nombre significatif de cadres qui peuvent prendre conscience de l’impasse à la fois social-démocrate électoraliste et écologiste propagandiste de leur parti.

Durant une dizaine d’années, l’altermondialisme est apparu pour beaucoup comme le nom des idées progressistes internationalistes et anticapitalistes pour le début du 21ème siècle. Aujourd’hui, son acquis, par exemple des forums sociaux, ne doit pas se perdre, d’autant plus qu’ils captaient des courants de radicalisation qui, à mon avis, correspondent assez bien aux niveaux de conscience actuels.

Le féminisme des années après 1968 m’a laissé le souvenir du mouvement social qui posait le plus logiquement, le plus simplement, le plus totalement la question d’une vie quotidienne adaptée aux idées émancipatrices et socialistes. Le creuset idéologique sur lequel nous voulons construire le Parti de Gauche ne peut passer à côté de cela.

CONCLUSION

J’ai terminé par le féminisme, non parce que je le place en dernier mais parce qu’il touche au coeur du problème : construire un parti creuset capable de profiter de la sève de différents courants et mouvements de la gauche ne se décrète pas. Il ne s’agit pas du programme électoral d’un parti de masse. Si j’ai bien compris, nous voulons construire un parti apte par exemple à intégrer dans sa vie interne le meilleur des traditions de la gauche, du point de vue démocratique, du point de vue de la réflexion théorique, du point de vue des rapports entre ses adhérents (prise en compte de la dimension féministe en particulier). Et là, je ne fais pas de pronostic sur notre capacité à y arriver ; de toute façon, il faut bien commencer par essayer.

Je termine en étant conscient des limites de ce texte pour un sujet aussi important, mais je travaille demain matin.

Jacques Serieys (le 6 janvier 2009)


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