La revendication de deux Etats Israël et Palestine est caduque. Pour une Palestine unie, laïque et démocratique.

mardi 1er septembre 2020.
 

Ce texte a été mis en ligne sur notre site en forum. Vu l’importance du débat qu’il engage ou plutôt qu’il poursuit, nous le présentons comme article en page d’accueil en réponse à l’éditorial de A Gauche, lors de la guerre engagée par Israël contre la population de Gaza.

D’accord avec la nécessité du combat contre les tenants du "choc des civilisation" d’Huntington dont l’extrême droite américaine et les dirigeants sionistes, de droite comme de la gauche travailliste israélienne, se font les champions en justifiant le massacre des populations civiles. Ce qui se joue à Gaza, au delà de la question du sionisme, c’est une stratégie mondialement définie. Le militant socialiste révolutionnaire Michel Warschawski, qui combat depuis quarante ans en Israël pour la défense des droits des palestiniens et qui a fait de nombreuses tentatives pour regrouper les internationalistes et laïques des deux camps dans une même organisation politique, écrivait le 3 janvier dernier, un article intitulé « Le carnage de Gaza : Criminel et abject » d’où j’extrais le passage suivant :

« Tout comme l’attaque du Liban en 2006, l’agression israélienne s’inscrit dans la guerre globale permanente et préventive des stratèges néoconservateurs en place à Tel Aviv, et pour quelques mois encore, à la Maison Blanche. Comme son nom l’indique, cette stratégie est préventive, et n’a nul besoin de prétextes immédiats et tangibles : l’occident démocratique serait menacé par un ennemi global que l’on a d’abord identifié comme "le terrorisme international" puis comme "terrorisme islamiste" pour devenir finalement l’Islam tout court. Le "choc des civilisations" de Huntington n’est pas une description de la réalité politique internationale, mais le cadre idéologique de la stratégie offensive des néoconservateurs américains et israéliens, telle qu’elle a été élaborée en commun des la seconde moitie des années quatre-vingt. Dans cette stratégie de guerre, la menace islamiste est venue remplacer ce qu’avait été le danger communiste pendant la guerre froide : un ennemi global qui justifie une guerre globale. Si le bombardement criminel de Gaza jouit en Israël d’un soutien consensuel, si la gauche institutionnelle, et en particulier le parti Meretz, a joint son petit piccolo a l’orchestre guerrier dirige par Ehoud Barak, c’est précisément parce qu’elle partage cette vision du monde qui fait de l’Islam une menace existentielle qu’il faut impérativement neutraliser avant qu’il ne soit trop tard. »

J’ai participé pour ma part, au moment de la deuxième intifada à de nombreuses manifestations ou réunions sur la question palestinienne. En tant que militants politiques, et qui plus est fondant un nouveau parti de gauche faisant référence à la République sociale et à la laïcité comme valeur universelle du socialisme démocratique, nous sommes à la croisée des chemins sur cette affaire. La revendication de deux Etats vivant en paix l’un à côté de l’autre me semble aujourd’hui complètement caduque, sur le fait même que, inviable économiquement, s’ajoute la question d’une citoyenneté de deuxième zone pour les populations palestinienne, à laquelle s’ajoute la question du droit au retour toujours refusé par l’Etat israélien. La reconnaissance pleine et entière des droits du peuple palestinien n’est historiquement possible que dans un Etat laïque et démocratique, intégrant en son sein les communautés religieuses comme éléments de culture relevant de la vie privée. C’était la position de la IIIème Internationale avant sa stalinisation de même que celle de tous les intellectuels révolutionnaires d’origine juive, présents dans ses directions. C’était la position du Bund, parti révolutionnaire formé de militants d’origine juive et combattant contre les pogrom en Europe Orientale et dans la vieille Russie. Le sionisme aura tout fait ce qui était en son pouvoir pour ruiner cette possibilité historique en contradiction flagrante avec les traditions démocratiques, voire révolutionnaires du peuple juif ; le sionisme aura utilisé le choc terrible du martyre du peuple juif durant la seconde guerre mondiale pour justifier en 1947 la construction d’un Etat « juif » sur la terre d’un autre peuple.

Je rappelle pour mémoire que deux voix prépondérantes imposeront sur la scène internationale la création de l’Etat d’Israël en 1947 : celle de Léon Blum d’une part qui, après sa déportation et les conséquences de la Shoah, écrit un livre qui s’appelle « A échelle humaine » à la Libération où il explique, son passage des positions laïques de l’Internationale Ouvrière au sionisme et à son soutien aux fondateurs travaillistes de l’Etat d’Israël. C’est un tournant que beaucoup vont suivre, hélas… Celle de Joseph Staline d’autre part qui souscrit au nom de l’URSS à la création de l’Etat, mais lui sur la base de son antisémitisme panrusse. Comme quoi on peut être prosioniste et antisémite…

Je pense donc que la situation actuelle pose à nouveau la question de la solution politique palestinienne. Le choc des civilisations par la guerre, si tant est qu’on puisse appeler cela une guerre, vu son caractère d’offensive militaire contre une population civile, c’est la stratégie de l’impérialisme et de son antenne dans la région. Ou avancer une autre orientation qui renoue avec notre tradition, celle de l’Internationale Ouvrière, une Palestine laïque et démocratique. Le chemin sera difficile ? Certes, mais y a t’il une autre possibilité historique qui ne tourne pas le dos au rétablissement des droits du peuple palestinien.

Robert Duguet


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