Allocution à l’occasion du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie place du 19 mars

mardi 21 mars 2017.
 

Allocution de Jean ESTIVILL, Président de l’ARAC (Section de Savigny sur Orge) à l’occasion du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie place du 19 mars

La guerre d’Algérie était une guerre coloniale et comme toutes les guerres coloniales on devait en connaître son issue : Il n’y a plus de colonie dans le monde.

Alors pourquoi tant de souffrances ? Pourquoi plus d’un million deux cents mille appelés, plongeant dans l’indescriptible angoisse ces centaines de milliers de familles françaises auxquelles à tout moment on pouvait apporter la terrible nouvelle ? Pourquoi ces sept cents mille algériens disparus pendant les huit années de cauchemar ? Pourquoi ce sort réservé aux Harkis ? Pourquoi ces centaines de villages brûlés ? Pourquoi ce million de déracinés d’origine européenne souvent mal compris en métropole ? Pourquoi ces trente mille jeunes conscrits qui ne reviendront jamais ? Pourquoi tant de blessés, de traumatisés, de centaines de milliers de combattants qui allaient comme ceux de 1914-1918 se murer dans le silence, imposé par l’horreur qu’ils ont vécue.

Oui les plaies sont encore vives. Il nous appartient peu à peu de les faire disparaître. Nous ne le ferons pas au prix du renoncement à la vérité historique et en cédant sur nos valeurs républicaines et humanistes.

Soyons des pédagogues, rappelons la mémoire de ceux qui se battirent pour un monde fraternel, un monde de paix et qui le payèrent de leur vie.

Évoquons aujourd’hui ces six algériens et français mêlés. Tous inspecteurs de l’Éducation nationale, réunis quatre jours avant le cessez-le-feu, voulu par le général De Gaulle et le peuple français, trois jours donc avant la signature des accords d’Evian à château royal dans le quartier del Biar près d’Alger. Parmi eux Max Marchand leur responsable, un normand passionné d’Algérie et Mouloud Feraoun, l’ami d’Emmanuel Robles qui l’encouragea, que dis-je, qui le somma d’écrire son journal qui nous apprend tout, nous dit tout, nous fait comprendre tout du drame algérien. « Le fils du pauvre kabyle » qui par son talent et grâce à l’école de la République se hisse à la hauteur des grands écrivains comme l’écrivait son ami Albert Camus.

Ces six hommes de bien dirigeaient les centres sociaux crées par Germaine Tillon, chef du réseau de résistance du Musée de l’Homme, déportée à Ravensbrück, avec une passion commune, le sauvetage de l’enfance algérienne par l’alphabétisation et la formation professionnelle pour apprendre à vivre ensemble un peu moins mal, pour que deux communautés, que les dirigeants politiques avaient depuis toujours laissées coexister l’une à coté de l’autre, ne s’ignorent plus.

« Un commando Delta des tueurs de l’OAS les déchiqueta à l’arme automatique ce jour là, comme des chiens dos au mur, pour qu’un dernier espoir s’éteigne. » comme l’écrivait Jean-Pierre Rioux. Alors ne laissons pas les nostalgiques de ceux qui tentèrent à de si nombreuses reprises d’assassiner le chef de la France libre revendiquer une quelconque place dans notre République, comme nous ne l’acceptons pas pour la guerre de 1939-1945, des tristes négationnistes. Laissons aux historiens le soin d’élaborer la vérité historique.

C’est d’elle que nous avons besoin. C’est leur mission. Nos universitaires en particulier ont la confiance de la Nation. Les anciens combattants et leurs associations sont à leur disposition pour leur apporter leur témoignage vivant et irremplaçable.

Certes l’histoire est toujours en construction. Elle ne sera jamais définitive et c’est bien ainsi ! Pas de dogme, de vérité révélée, d’histoire officielle. Non mais une quête apaisée de ce qui fut et qui permet aux républicains que nous sommes de confronter nos points de vue en toute sérénité, comme nous pouvons le faire maintenant depuis quelques années avec la seconde guerre mondiale, où chacun continue d’apporter sa pierre, le fait avec le confiance de l’autre, qui l’attend lui-même pour s’enrichir.

N’était-ce pas sur le plan de l’histoire, la démarche obstinée et constante de Jean Marsaudon qui pendant 25 ans, fidèle à ses convictions, fort de ses propres analyses mais ouvert et attentif au point de vue différent du sien, rassembla le monde ancien combattant pour qu’il œuvre en toute fraternité dans ce sens. Oui il faut être intransigeant sur l’essentiel : notre idéal républicain. A partir de là tout devient possible, les divergences ne sont plus un obstacle au nécessaire dialogue. Continuons d’être des hommes de bonne volonté comme nous le sommes aujourd’hui, tous réunis sur cette place du 19 mars.

Jean ESTIVILL


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