Mickael Moore : Superbe lettre ouverte au Président Bush quelques jours après l’ouragan Katrina

mardi 14 novembre 2017.
 

Cher Monsieur Bush,

Sauriez-vous par hasard où sont vos hélicos ? Cela fait déjà cinq jours que le cyclone Katrina est passé et il y a encore des milliers de personnes en rade à la Nouvelle Orléans qui attendent que les secours viennent les récupérer. Mais où donc avez-vous bien pu laisser tous vos hélicos militaires ? Vous avez besoin d’aide pour les retrouver ? Moi, une fois, j’ai perdu ma bagnole dans un parking de Sears. Oh là là, ça a été une de ces paniques !

Ah, et puis aussi, vous auriez une idée d’où sont passés tous nos gardes nationaux ? Il pourraient servir, là tout de suite, pour le genre de tâches qu’ils se sont engagées à remplir quand ils ont signé, du style aller prêter main forte aux équipes de secours en cas de catastrophe nationale. Comment se fait-il qu’ils n’étaient pas là depuis le début ?

Jeudi, j’étais dans le sud de la Floride. J’étais dans le jardin quand l’œil de l’ouragan est passé au-dessus de ma tête. Il n’était que de Force1 mais ça nous a quand même sacrément secoués. Il y a eu onze morts et encore aujourd’hui, certains foyers sont toujours sans électricité. Ce soir-là, le présentateur de la météo a annoncé que le cyclone se dirigeait vers la Nouvelle Orléans. Et ça, c’était jeudi dernier ! Personne ne vous en a parlé ? Je sais bien que vous ne vouliez pas interrompre vos vacances et je sais aussi que vous n’aimez pas les mauvaises nouvelles. Et puis, il fallait que vous vous rendiez à des trucs de charité pour récolter de l’argent et, aussi, vous aviez des mères de soldats tués en Irak à snober et à traîner dans la boue. Ah, ça, vous ne lui avez pas envoyé dire, à celle- là !

Ce que j’ai le plus apprécié c’est que, le lendemain du cyclone, au lieu de vous précipiter en Louisiane, vous êtes allé à San Diego faire la java avec vos potes des milieux d’affaires. Laissez dire les gens - après tout, il n’y avait plus de cyclone, et qu’auriez-vous bien pu faire : boucher la brèche dans la digue avec votre doigt ?

Et laissez dire ceux qui, dans les jours prochains, vont raconter comment vous avez choisi de diminuer le budget des militaires du génie de la Nouvelle Orléans cet été, cela pour la troisième année consécutive. Vous n’avez qu’à leur dire que même si vous n’aviez pas réduit les budgets d’entretien de ces digues il n’y aurait pas eu pour autant d’ingénieurs du génie pour les réparer parce que vous aviez un chantier beaucoup plus important à leur proposer : l’établissement de la DEMOCRATIE EN IRAK !

Au troisième jour du désastre, quand vous vous êtes enfin décidé à quitter votre lieu de vacances, je dois dire que j’ai été ému par la manière dont vous avez demandé au pilote de votre avion privé présidentiel Air Force One de passer en-dessous des nuages, pour avoir un bref aperçu de l’ampleur du désastre à la Nouvelle Orléans. Ben quoi, je sais bien que vous ne pouviez pas descendre, attraper un porte-voix, monter sur une ruine quelconque et jouer les commandants en chef... Cela aurait été du déjà vu.

Bien sûr, il y en aura qui chercheront à politiser cette catastrophe et à l’utiliser contre vous. Laissez simplement à vos amis le soin de leur répondre. Vous, ne dites rien. Ne répondez à aucune attaque. Même ces maudits scientifiques qui annonçaient une telle catastrophe parce que l’eau du Golfe du Mexique se réchauffe de plus en plus, ce qui rend inévitables des cyclones de cette violence, ignorez-les. Ignorez-les, eux et tous ces petits minables qui parlent de réchauffement de la planète. Il n’y avait rien d’anormal à cet ouragan large comme une tornade de force 4 entre New York et Cleveland.

Non, Monsieur Bush, vous ne bougez pas,. Après tout, ce n’est pas votre faute si 30 % de la population de la Nouvelle Orléans vit dans la misère et si des dizaines de milliers d’habitants n’avaient pas de moyen de transport pour quitter la ville. Allez ! ils sont NOIRS, non ? Euh, c’est quand même pas comme si ça s’était passé à Kennebunkport. Vous imaginez : laisser des Blancs sur le toit de leur maison, pendant cinq jours ? Ne me faites pas rire ! La couleur de peau n’a rien, mais alors RIEN à voir dans cette affaire !

Vous, vous restez où vous êtes, Monsieur Bush. Simplement, vous essayez de retrouver quelques-uns de nos hélicoptères militaires et vous les leur envoyez. Faites comme si la population de la Nouvelle Orléans et de la côte du Golfe du Mexique vivait près de Tikrit.

Bien à vous, Michael Moore

PS : Cette emmerdeuse de Cindy Sheehan n’est plus postée devant votre ranch. Elle et quelques dizaines d’autres parents de soldats tués en Irak sillonnent les routes en faisant halte dans de nombreuses villes tout au long du parcours. Peut-être pourrez-vous arriver avant eux à Washington, où ils seront le 21 septembre.

Michael Moore

MMFlint@aol.com www.MichaelMoore.com

Friday, September 2nd, 2005


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