Les énergies renouvelables dans la stratégie Négawatt.

vendredi 12 février 2021.
 

Un négawatt = 1 W économisé.

En production et en consommation d’énergie, la stratégie Négawatt c’est : sobriété + efficacité + renouvelables

Les énergies renouvelables : partie 1. Approche globale Hervé Debonrivage

Les énergies renouvelables. Partie 2. Énergie solaire et thermonucléaire Hervé Debonrivage

Les énergies renouvelables. Partie 3 : la géothermie Hervé Debonrivage

Les énergies renouvelables. Partie 4. L’énergie hydraulique Hervé Debonrivage

Les énergies renouvelables. Partie 5. L’énergie éolienne

Les énergies renouvelables. Partie 6. Énergie biomasse.

Nos modèles énergétiques restent fondés sur un dogme réputé intangible : le développement économique implique de produire toujours plus d’énergie. Pourtant, il est urgent de rompre avec la croissance immodérée de nos consommations. Si nous n’agissons pas, une grave crise est devant nous.

par Thierry Salomon

Source : Le Monde diplomatique . Août 2020

https://www.monde-diplomatique.fr/p...

Les négawatts, considérable « gisement » énergétique

L’association négaWatt rassemble plus de 300 membres, tous engagés à titre personnel et en toute indépendance autour d’une idée simple : pour assurer notre avenir énergétique, nous devons apprendre à mieux consommer au lieu de produire toujours plus, agir d’abord sur la demande plutôt que toujours renforcer l’offre d’énergie. Nous sommes en effet entourés, sans que nous ne le sachions vraiment, par de formidables réserves d’économies d’énergie, par des « gisements de négawatts » qui représentent plus de la moitié de l’énergie que nous produisons.

Afin d’évaluer ces gisements, un collège de 24 experts et praticiens de l’énergie a réalisé au sein de l’association un rigoureux travail prospectif pour la France, sur la période 2000-2050. Deux scénarios, un « tendanciel » et un « négawatt », ont été élaborés pour les trois grands usages de l’énergie : les besoins en chaleur, en mobilité et en électricité. Le scénario tendanciel poursuit les orientations de ces trente dernières années.

Le scénario négawatt se fonde sur les trois temps de la « démarche négawatt » : 1) sobriété, 2) efficacité, 3) énergies renouvelables.

–La sobriété énergétique, tout d’abord, consiste à réduire les gaspillages dans tous nos choix individuels et sociétaux : bien régler la température de consigne du chauffage, privilégier les aliments produits localement, organiser intelligemment l’espace… Cette sobriété est en quelque sorte l’opposé de notre « ébriété énergétique » actuelle !

–L’efficacité énergétique vise à réduire les pertes lors de l’usage de nos bâtiments, et lors du fonctionnement de nos moyens de transport et de nos appareils : il est possible de diviser de deux à cinq fois nos consommations d’énergie et de matières premières à l’aide de techniques déjà largement éprouvées, à des conditions économiques acceptables.

–Outre ces deux actions sur la demande d’énergie, les énergies renouvelables, inépuisables, bien réparties et décentralisées ont un faible impact environnemental ; elles sont les seules qui permettent de répondre durablement à nos besoins en énergie sans épuiser notre planète.

Éthique du non-regret

S’appuyant uniquement sur les meilleures techniques aujourd’hui disponibles, le scénario négawatt démontre qu’il est possible, à niveau de vie quasi équivalent, de stabiliser puis de réduire en 2050 notre consommation de ressources énergétiques à 52 % de sa valeur actuelle. Les émissions de gaz à effet de serre d’origine énergétique sont ramenées en 2050 à 1,4 tonne d’équivalent CO2 par personne, contre 6,7 actuellement, soit un facteur de 4,4. Autre conclusion : il est possible de se passer de la production d’électricité nucléaire vers 2035, c’est-à-dire à la fin de vie des centrales aujourd’hui en fonctionnement, tout en diminuant drastiquement l’effet de serre.

Il ne s’agit pas pour autant d’un « retour en arrière » : grâce aux gains en sobriété et en efficacité, le service rendu par unité d’énergie sera supérieur à celui d’aujourd’hui. Le scénario repose aussi sur un plan volontaire et ambitieux de rénovation des logements anciens qui recèlent un considérable potentiel d’économies d’énergie. Concernant les transports, les priorités sont mises sur le développement de véhicules urbains à très faible consommation (l’équivalent de 3,3 litres aux 100 kilomètres sur l’ensemble du parc), sur un rééquilibrage volontariste des transports de marchandises vers le rail et un meilleur usage collectif de la voiture.

Ressources en énergies primaires : deux scénarios

Ces résultats ne sont pas de la science-fiction : différentes études européennes portant sur des sociétés sobres en carbone et en énergie ont donné des résultats similaires en Allemagne (scénarios élaborés sous l’égide du ministère de l’environnement), en Suisse (« Société à 2000 watts »), aux Pays-Bas et au Royaume-Uni (Livre blanc sur l’énergie).

Les bénéfices sociaux d’un tel scénario sont également considérables : un programme de réhabilitation des logements existants, par exemple, est susceptible de créer plus de 100 000 emplois permanents à temps plein dès les premières années de son lancement.

Au-delà de la quantité, la qualité territoriale de ces nouveaux emplois est indéniable. En effet, si les énergies renouvelables doivent être exploitées là où elles sont disponibles, c’est également vrai pour les « gisements » de sobriété et d’efficacité énergétiques, qui sont de puissants leviers pour un développement « relocalisé » des territoires.

Enfin, contrairement à la fuite en avant du « toujours plus », le scénario négawatt permet aussi de limiter les risques. Cette « éthique du non-regret » est une voie raisonnablement et humainement envisageable pour les décideurs politiques, mais aussi pour chaque citoyen, tant la responsabilité que nous aurions tous à assumer « au cas où » serait écrasante…

Fin de l’article

Sur la Toile

Association négaWatt : www.negawatt.org

Gefosat, association technique ayant pour but de promouvoir la maîtrise de l’énergie et les énergies renouvelables : www.gefosat.org

Oikos, sensibilisation aux énergies renouvelables et à la bioconstruction : www.oikos.com

Comité de liaison énergies renouvelables (CLER) : www.cler.org

Bureau d’études Enertech, spécialisé dans l’énergie : http://sidler.club.fr

Thierry Salomon

Président de l’association négaWatt.

Bibliographie :

Thierry Salomon et Stéphanie Bedel, La Maison des [néga]watts. Le guide malin de l’énergie chez soi, Terre vivante, Mens, 1999.

Commentaire Hervé Debonrivage

La parution de cet article dans Le Monde diplomatique coïncide avec la fin de ma série sur les énergies renouvelables.

On ne pouvait rêver de meilleur prolongement !

Le triptyque très cohérent de Négawatt : sobriété, efficacité, énergies renouvelables a été intégrée dans le programme de La France Insoumise L’Avenir en commun.

Mais un tel programme à la fois rationnee et humaniste ne pourra se réaliser sans planification démocratique de la politique industrielle pour permettre la bifurcation énergétique.

Comme le montre notre série de six études sur les énergies renouvelables la France ne part pas de rien : des investissements relativement importants ont déjà été réalisés tant par l’État que par des entreprises privées dans les différentes énergies renouvelables. Mais des progrès considérables restent encore à faire car ces investissements ont été insuffisants pour être à la hauteur des enjeux climatiques.

On voit mal comment un gouvernement qui favorise la spéculation financière au détriment de l’investissement industriel, qui n’a pas de politique industrielle digne de ce nom permettant à la France comme dans d’autres domaines, d’avoir son indépendance énergétique pourrait réaliser une telle performance.

Annexe : voir mégawatt sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%... Hervé Debonrivage


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