30 janvier 1875 : L’amendement Wallon écarte la monarchie et fonde une république bourgeoise

jeudi 8 juin 2017.
 

En 1870, les troupes du Second Empire ont été balayées par les armées allemandes. La moitié de la France est occupée. Les électeurs élisent une assemblée nationale très marquée à droite. Le peuple de Paris est massacré durant la Commune. Seule, l’intransigeance du comte de Chambord empêche la restauration de la monarchie.

De 1871 à 1873, Adolphe Thiers se voit porté transitoirement à la présidence de la république.

31 août 1871 : Adolphe Thiers, le massacreur du peuple, élu premier président de la 3ème République bourgeoise de France

1) Mac Mahon président de la république

Une fois payée l’indemnité de 5 milliards de francs due à l’Empire allemand suite à la défaite de 1870, les royalistes alliés à divers groupes de droite mettent Thiers en minorité le 24 mai 1873 puis le remplacent à la présidence par le maréchal de Mac Mahon, monarchiste convaincu. Le programme de celui-ci est marqué par le poids considérable que l’Eglise catholique a gagné au travers de la débâche de 1870 " Avec l’aide de Dieu... nous continuerons l’oeuvre de libération du territoire et de rétablissement de l’ordre moral dans notre pays. Nous maintiendrons la paix intérieure et les principes sur lesquels repose la société."

L’occasion paraissant bonne pour rétablir la royauté, les monarchistes réussissent à s’entendre sur un plan satisfaisant les légitimistes (partisans du comte de Chambord et d’une royauté absolue de droit divin) et les orléanistes (partisans du comte de Paris et d’une monarchie constitutionnelle liée à la grande bourgeoisie) : le comte de Chambord accède au trône ; n’ayant pas d’enfant, à son décès, c’est le comte de Paris, père et plus jeune, qui lui succède.

Tout est prêt pour ce retour du trône lorsque le comte de Chambord renouvelle le 23 octobre 1873 son refus de tout compromis sur le drapeau, pour lui nécessairement blanc (couleur royale) et non tricolore (couleurs de la Révolution française tant haïe).

Ne réussissant pas à s’entendre sur un roi à placer à la tête du pays, la grande majorité des députés misent sur un rôle fort du président de la république d’où la fondation du septennat présidentiel en novembre 1873, toujours au profit du fidèle Mac Mahon.

2) L’amendement Wallon pose les fondements institutionnels de la 3ème république

L’intransigeance obtuse des légitimistes éloigne une nouvelle fois leur objectif de restauration monarchique. Jouant la politique du pire pour prouver la nécessité d’une royauté traditionnelle de droit divin, ils s’allient aux républicains et bonapartistes pour déstabiliser les gouvernements en place.

Ils engendrent une déstabilisation de l’exécutif qui pousse fin janvier 1875 à la recherche d’une solution institutionnelle pérenne. Le 30 janvier, le député modéré Henri Alexandre Wallon propose l’amendement suivant " Le président de la république est élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés, réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour 7 ans. Il est rééligible."

L’amendement obtient 353 voix contre 352 ; son adoption installe pour longtemps le bicamérisme à la française et le septennat présidentiel.

L’historien René Rémond voit dans ce vote du 30 janvier 1875 une "conjonction des centres". Reste à clarifier ce que sont ces "centres" : une alliance des politiciens républicains conservateurs avec la grande bourgeoisie capitaliste.

Jacques Serieys


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