Robespierre, penseur politique de la révolution française

lundi 14 août 2017.
 

L’intérêt de la pensée politique de l’animateur du Comité de Salut public de l’an II s’impose d’évidence. N’oublions pas qu’il fut :

- le dirigeant de la première expérience historique ayant vu les classes possédantes, y compris bourgeoisie, perdre temporairement (1793 et 1794 jusqu’au 9 thermidor) la maîtrise du pouvoir politique au profit des couches populaires. A ce titre, il a posé la perspective de la République démocratique et sociale dont les fruits mûrissent encore. Son concept de droit naturel à l’existence représente un objectif progressiste pour longtemps encore.

- un politique ayant pesé et pesant encore sur la société française. C’est lui par exemple qui a inventé la devise Liberté Egalité Fraternité. De plus, le concept de peuple, central dans sa pensée, demande à être comparé à celui utilisé par le populisme de gauche latino-américain.

- un homme de valeur auquel l’histoire universelle rendra un jour hommage.

D) Robespierre, avant-garde consciente de la Révolution plébéienne

D4) Robespierre et la politique

Il serait erroné d’analyser les propos de Robespierre concernant la souveraineté populaire comme relevant du baratin habituel. Il se bat pour que les citoyens soient bien informés, le moins possible manipulés par les pouvoirs en place. Tel est le sens par exemple de son grand discours du 29 mars 1790 concernant la préparation des élections aux districts et départements.

Il cherche effectivement la mise en place de formes institutionnelles permettant de donner aux citoyens (au moins par l’intermédiaire de leurs représentants) la véritable direction politique de la Nation. Par ses interventions, il engage par exemple les députés à se réserver l’interprétation de la loi et à les protéger contre tout pouvoir judiciaire hormis cas où le corps législatif lui-même déclarerait "qu’il y a lieu à accusation" (25 juin 1790).

La radicalité démocratique de la philosophie politique de Robespierre se décrypte facilement lors des débats du printemps 1790 sur le risque de guerre. Le 15 mai 1790, il demande à l’Assemblée constituante de déclarer solennellement que « réprouvant les principes de la fausse et coupable politique », elle renonce « à tout avantage injuste, à tout esprit de conquête et d’ambition. » Le 22 mai 1790, les députés s’engagent effectivement « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes » et à utiliser « ses forces contre la liberté d’aucun peuple. »

D7) De nombreuses révolutions ont souffert de ne pas compter de dirigeant politique à la hauteur de la puissance sociale du mouvement. Robespierre, lui, fut à la hauteur d’un évènement historique exceptionnel : la Révolution française

Aux députés de la Convention, effrayés des conséquences concrètes de la Révolution, il explique posément « Citoyens, vouliez-vous un Révolution sans révolution ?... Qui peut marquer après coup le point précis où devaient se briser les flots de l’insurrection populaire ? A ce prix, quel peuple pourrait jamais secouer le joug du despotisme ?... Les insurgés doivent être regardés comme fondés de procuration tacite pour la société tout entière…Si vous désavouez les moyens que nous avons employés pour vaincre, laissez-nous les fruits de la victoire ; reprenez votre constitution et toutes vos lois anciennes, mais rendez-nous nos concitoyens, nos frères, nos enfants, qui sont morts pour la cause commune ! Non, nous n’avons pas failli, j’en jure par le trône renversé et par la République qui s’élève. »

D8) Que serait devenue la Révolution française si Robespierre avait laissé en mai 1790 les représentants politiques des intérêts bourgeois (très majoritaires dans l’Assemblée constituante) dissoudre légalement les 60 districts parisiens et en particulier leur « permanence », embryon d’une municipalité populaire apte à réagir massivement à tout moment

Voici comment le remarquable Élisée Loustalot rend compte de ce conflit dans le journal Les Révolutions de Paris « Nous avons peu de ces hommes, qui, cherchant plutôt à remplir leur devoir qu’à obtenir des applaudissements, se tiennent, comme Mr de Robespierre, près des principes, et qui bravant le reproche d’être trop chaleureux, réclament sans cesse les droits sacrés du peuple, lors même qu’ils prévoient qu’ils vont être sacrifiés. Il vient de donner une nouvelle preuve de ce genre d’héroïsme en défendant seul la maintenue des districts de Paris. »

D9) Robespierre, acteur pré-socialiste de la Révolution française

Dans le feu de l’action, au coeur d’une révolution populaire bouillonnante et heurtée, il a su éclairer ses amis du Club des Jacobins et ses collègues députés sur des points fondamentaux qui le classent parmi les pré-socialistes :

- Il ne reste pas prisonnier de l’idéalisme bourgeois des Lumières mais veut changer les conditions objectives par la lutte sociale, politique et idéologique

- Il est conscient des limites bourgeoises réactionnaires de la Révolution américaine " fondée sur l’aristocratie des richesses qui décline déjà vers le despotisme monarchique"

- Il est conscient de la montée en puissance de la classe bourgeoise méprisante vis à vis des plébéiens « Tant de marchands stupides, tant de bourgeois égoïstes conservent encore pour les artisans ce dédain insolent que les nobles prodiguaient aux bourgeois. »

- La question sociale est décisive indépendamment de la forme institutionnelle "Est-ce dans les mots de république ou de monarchie que réside la solution du grand problème social ?"

A) Comprendre et défendre Robespierre, un enjeu politique passé et actuel

Robespierre est guillotiné le 10 thermidor (28 juillet 1794). 104 de ses amis politiques subissent le même sort. Il s’agit d’une contre-révolution entraînant un démantèlement progressif du gouvernement révolutionnaire et de sa politique dirigiste, démocratique et sociale qui essayait de répondre aux demandes du mouvement populaire des sans-culottes.

Les ennemis de l’Incorruptible attaquent immédiatement sa mémoire, non en critiquant ses choix politiques mais par des ragots infâmes . Les politiciens véreux de l’époque multiplient les calomnies ; Barras, par exemple, l’accuse devant la Convention d’avoir été l’amant de la fille de Louis XVI. Les profiteurs, inquiets de la probité prouvée par Robespierre, préfèrent l’envoyer à la mort que prendre des risques. Les conservateurs appuyés sur la médiâcratie (Journal Perlet...) multiplient les médisances pour salir son nom (il aurait poussé à l’exécution de ses adversaires pour préparer son accession au trône...). Le journalisme lié à l’idéologie dominante (Journal des Lois...) l’injurie de toutes les saletés possibles (Tartuffe, Sardanapale...). Des modérés inconsistants (Girondins) usent de l’écrit anonyme pour le traiter de mauvais patriote, de protecteur des prêtres, de despote...

Depuis plus de deux siècles, le nom de Robespierre continue ainsi à alimenter des polémiques.

Dans la tradition française de gauche, il incarne les aspects progressistes de la philosophie des Lumières traduite en actes politiques durant la Révolution de 1789 à 1794. L’Incorruptible symbolise les fondamentaux républicains : suffrage universel et démocratie citoyenne, vertu morale, "droit à l’existence" de chacun privilégié aux dépens du droit de quelques-uns à s’enrichir toujours plus, rôle du politique comme moyen d’émancipation et rôle de l’Etat comme porteur de l’intérêt public, rôle du droit pour permettre la vie collective, valeur d’humanité (Robespierre a combattu les injustices, combattu pour l’abolition de la peine de mort ; il a souffert des maltraitances aux animaux...), pensée rationaliste, démonstratrice et dialectique fondée sur les faits, l’argumentation et les sentiments.

La tradition française de droite a toujours haï Robespierre :

- N’acceptant la démocratie que comme représentative, moyen de légitimation du pouvoir, elle ne peut louer cet artisan de la démocratie citoyenne

- Liée aux puissances du fric-roi, elle ne peut reconnaître les qualités de cet avocat des "malheureux", de ce laudateur du "peuple".

- ayant longtemps théorisé que le droit crée la force, elle ne peut accepter ce praticien du droit pour lequel le rôle de l’institution judiciaire est de rendre la justice

- vomissant la Révolution française, elle ne peut tolérer une sympathie pour son principal acteur

Ses adversaires s’acharnent sur lui parce qu’il incarne un moment de l’histoire où les dirigeants politiques ont essayé d’instaurer le peuple souverain, de combattre les privilèges des nobles et des plus riches.

En ce début de 21ème siècle, nous devons défendre l’action de Robespierre :

- > face à la droite et à l’extrême droite pour qui Robespierre est un tyran. Pour ne pas être trop long, je m’en tiendrai surtout à l’affirmation de Nicolas Sarkozy, parlant comme président de la république "Depuis deux siècles, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés."

La révolution française vue par Nicolas Sarkozy Quel réac !

Je rappellerai aussi l’attaque grandguignolesque de Jean-François Copé à l’encontre de François Hollande identifié à un Montagnard sanguinaire "On décapite d’abord, on discute après".

- > face aux médiacrates conservateurs qui diffusent les pires bêtises et les pires mensonges en prenant des accents "modérés". Ainsi, France 3 a diffusé trois fois en un an un documentaire sur "Robespierre, bourreau de la Vendée ?" qui fourmille d’erreurs historiques et d’accusations inacceptables, par exemple que les armées républicaines dirigées par Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis.

- > face aux prétendus réformistes qui ont en fait abandonné depuis longtemps l’idée d’une vraie réforme progressiste de notre société parce que cela impliquerait un affrontement avec le capitalisme financier transnational. Je range malheureusement le fond idéologique majoritaire du bicentenaire de la Révolution française dans cette catégorie. Cacher 1793 pour mieux valoriser 1789, c’est privilégier les compromis avec les puissances d’argent et la légitimité d’Ancien régime au détriment d’une politique sociale et de la souveraineté du peuple.

- > face à une forme de marxisme mécaniste

- la Révolution française est révolution bourgeoise ;

- Robespierre est le principal dirigeant de cette révolution

- donc, Robespierre est le dirigeant politique de la bourgeoisie de 1789 à 1794

1793 et Robespierre, des bourgeois d’après le NPA Gers. Oh là !

- > face à plusieurs formes d’anarchisme de ceux qui nient l’utilité du politique et l’utilisation possible de l’Etat pour des réformes démocratiques et sociales à ceux qui refusent le combat par idéal libertarien

Voulant actualiser ce point, je trouve sans cesse des éléments surprenants sur le web. Ainsi, ce 11 avril 2015, je trouve en page d’accueil du site "Serpent littéraire (anarchiste individualiste)" bien référencé, un texte intitulé "Le terrorisme de Robespierre à Al-Qaïda" par Perrine Simon-Nahum ; Robespierre apparaît ici comme symbole originel du carbonarisme, du blanquisme, des comitadjilik de l’Empire ottoman...

Complément : Quelques citations de Maximilien Robespierre

« Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser. » ((Discours sur la guerre au club des Jacobins, 2 janvier 1792)

NOTES

- > 1 Il s’agit du Conseil national du mouvement Pour la République Sociale qui regroupait avant la fondation du Parti de Gauche des adhérents PS du courant Trait d’Union (Jean-Luc Mélenchon, François Delapierre, Danielle Simonnet, Alexis Corbière...) et des non adhérents PS (environ la moitié en Aveyron).

SITOGRAPHIE

https://books.google.fr/books?id=P-...

http://www.penser-la-transformation...

http://www.matierevolution.org/spip...

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8...

http://books.google.fr/books?id=Ta3...

http://penser-la-transformation.org...

Mathiez : https://books.google.fr/books?hl=fr...

Lors d’une révolution aussi nouvelle, aussi puissante, aussi déroutante dans son processus que la Révolution française, l’intelligence politique de Robespierre étonne.

Il est vrai qu’il s’informe quotidiennement de l’actualité. Il suit de près les révolutions américaine, batave, brabançonne, genevoise et a pu comprendre l’importance des mobilisations sociales et des évènements cruciaux décisifs dans l’évolution du rapport de forces.

Enfin, il se comporte déjà en militant plongé dans les combats sociaux et politiques de l’heure, par exemple début 1789 en Artois dans la défense des communaux contre ceux qui veulent les privatiser et les accaparer, par exemple aussi en se mettant à la disposition des savetiers d’Arras pour la rédaction de leur cahier de doléances.

En appelant notre lecteur à ne pas verser dans une exagération de louanges, voici quelques écrits et actes de Robespierre à des moments décisifs.

La connaissance et l’analyse de Robespierre présentent un intérêt théorique touchant à la caractérisation politique de la Révolution française et du mouvement républicain auquel elle donne naissance.

Il me paraît impossible de donner un avis sur Maximilien Robespierre sans connaître :

- 

- le processus de mobilisation sociale et de radicalisation politique de la Révolution française

- son action personnelle

Ceci dit, le "robespierrisme" ne peut constituer un paradigme politique adéquat pour contribuer à refonder et reconstruire une gauche anticapitaliste et une gauche aptes à stopper le rouleau compresseur du capitalisme financier transnational.

- A) Robespierre, conscience généreuse des misères populaires
- B) Robespierre, conscience éclairée du peuple
- C) Robespierre, conscience du peuple en révolution, de 1789 à 1791 Robespierre, chef d’état
- D) Défendre Robespierre, un enjeu politique passé et actuel


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