1793 : Les Jacobins, mouvement révolutionnaire massif

vendredi 30 décembre 2016.
 

A) Origines du club des Jacobins

Dès le début juin 1789, le "Club breton" réunit des députés engagés dans le combat démocratique face à la royauté et à la féodalité, particulièrement ceux de Bretagne qui ont déjà une riche expérience face aux nobles et à l’épiscopat de leur province.

27 janvier 1789 Soulèvement à Rennes des jeunes Bretons du Tiers-état face aux ratonnades nobles

Dans le courant du mois de juin, le rapport de forces se tend à Versailles.

17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale et s’octroient le vote de l’impôt

20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

23 juin 1789 : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes"

Le club breton se réunit fréquemment, agit, accueille de nouvelles recrues comme les députés bretons du bas-clergé mais surtout la gauche de l’Assemblée constituante autour de Robespierre et des personnalités de premier plan comme Mirabeau, l’abbé Grégoire, Barnave, Alexandre et Théodore de Lameth, Bailly, Pétion, Adrien Duport, l’abbé Siéyès...

Durant les mois de juillet, août et septembre 1789, il joue un rôle important :

- dans l’action pour certaines journées comme le 14 juillet

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire

- dans l’information des Français sur ce qui se déroule à Paris,

- dans la mise en place des nouvelles municipalités,

Grande peur paysanne (19 juillet au 6 août 1789), révolution municipale : double pouvoir et nouveau pouvoir

- dans les décisions historiques de l’Assemblée constituante (par exemple lors de la nuit du 4 août et lors des débats sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen), .

4 août 1789 Abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789)

B) Le développement du mouvement national des clubs jacobins d’octobre 1789 au 2 juin 1793

Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, le groupe parisien prend conscience de l’ampleur du mouvement et des tâches à accomplir.

5 octobre 1789 Quand la masse des femmes entre en révolution

6 octobre 1789 Rien ne résiste aux femmes en révolution

Il loue la bibliothèque du couvent des jacobins (Rue saint Honoré) pour les réunions d’un nouveau club élargi qui prend un nom symbolique de sa politisation : Société de la Révolution puis Société des Amis de la Constitution

Le groupe comprend alors environ 200 députés siégeant à huis clos et pesant lourdement sur les décisions majoritaires de l’Assemblée constituante. L’objet du club est à l’origine de préparer les séances à l’Assemblée, en discutant d’avance les textes qui doivent y être débattus. Mais il devient aussi un lieu de débats sur la politique révolutionnaire ; ainsi, il deviendra un temps le siège du conflit entre Montagnards et Girondins.

Sa force provient, en particulier, de la création et de l’affiliation de nombreuses sociétés provinciales ( 90 en août 1790, entre 600 et 800 à la fin mai 1793) qui interviennent activement sur l’ensemble du territoire face aux sociétés de même type opposées au processus révolutionnaire :

- groupes monarchistes et cléricaux

- groupes "modérés" comme celui des Feuillants sur Paris, scission droite des jacobins.

En 1792 puis 1793, les clubs jacobins bénéficient de la poussée populaire qui gonfle leurs effectifs, crédibilise leur action, concrétise leur orientation. La démocratie directe fonctionnant dans chaque assemblée ainsi que la démocratie représentative décentralisée permettent l’éclosion de nombreux cadres locaux.

Les réunions fréquentes, les journaux jacobins, la publication des discours (en particulier de Robespierre) contribuent à la maturation d’un mouvement politique

C) Arrêter la Révolution française avec les Girondins ou vaincre avec les Montagnards

Lors du tournant décisif entre août et octobre 1792, la gauche de la Convention se renforce en raison de la clarté des perspectives qu’elle avance pour sauver la Révolution française, ses acquis sociaux et démocratiques.

10 août 1792 La prise des Tuileries engage la 2ème phase de la Révolution française, portée par le peuple

Minoritaires lors des débuts de la Convention, cette gauche va s’opposer à la majorité (modérés, Girondins...) pour finalement la supplanter.

Le 22 septembre 1792, surlendemain de Valmy, lendemain de l’abolition de la royauté, la Société des Amis de la Constitution change son nom pour celui, encore plus symbolique du processus permanent de radicalisation de la révolution française Société des Jacobins, amis de la liberté et de l’égalité.

Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

L’abolition de la royauté par la Convention (21 septembre 1792)

En octobre 1792, Robespierre s’impose par la qualité de ses discours comme le principal dirigeant politique des jacobins.

Au printemps 1793, la Révolution française est en danger, suite aux défaites militaires aux frontières face à la 1ère coalition mais aussi suite à des soulèvements intérieurs dont celui de Vendée.

La majorité de l’Assemblée refusant de prendre les mesures d’urgence, sociales, démocratiques et militaires nécessaires, les Montagnards préparent une insurrection populaire de masse. Elle éclate le 2 juin 1793.

2 juin 1793 Arrêter la Révolution française avec les Girondins ou vaincre avec les Montagnards

Sous la pression des sections de sans-culottes parisiens et de la garde nationale, les dirigeants girondins sont arrêtés. Les Montagnards vont être confrontés à l’exercice du pouvoir.

D) Puissance du mouvement jacobin en 1793

Du 2 juin 1793 au 27 juillet 1794, les Montagnards assument la responsabilité du pouvoir politique. La Société des jacobins constitue le point d’appui essentiel de leurs choix d’orientation et de leurs actions. Nous allons reprendre sur ce point l’excellente analyse d’Albert Soboul.

Le grand organisme des 5332 communes françaises ayant possédé une société populaire, sans même tenir compte de Paris avec ses "sociétés fraternelles des deux sexes" puis, au coeur de l’an II, ses 48 "sociétés sectionnaires" ou d’autres villes qui abritèrent plusieurs clubs affiliés aux jacobins ou sociétés sans affiliation tolérés par des autorités très révolutionnaires, assurait à la direction jacobine de l’Etat, l’appui d’une structure de sociabilité politique d’une rare cohérence.

13% des communes de France avaient une société populaire ; cela représentait 98% des 561 chefs-lieux de districts et 59% des 4816 chefs-lieux de canton ; c’est dire la très forte implantation du jacobinisme populaire, avec sans doute près de 6000 sociétés.

Organisée en réseau, anastomosée localement et régionalement, hiérarchisée autour de la société mère de Paris, grâce à des sociétés relais installées dans les grandes villes où, depuis 1790, fonctionne souvent un club prestigieux, la structure politique du jacobinisme était à la fois, instance d’opinion, réceptacle plus ou moins sensible des tensions de la société et instrument de mobilisation.

Formation para-étatique, elle contrôlait ou impulsait l’action de nombreux organismes de pouvoir, composait et dynamisait les appareils délibératifs et exécutifs chargés de faire fonctionner l’administration révolutionnaire : conseils et directoires de districts, municipalités, comités révolutionnaires (ou de surveillance), comités civils etc.

Ce sont les sociétés populaires qui ont donné en profondeur au pouvoir jacobin, depuis la Convention jusqu’au plus lointain district, sa force, sa cohérence, son autorité au cours des quatorze mois de son exercice.

L’unité politique et morale de la nation en guerre résulta pour une grande part de l’action de ce demi-million d’adhérents des sociétés populaires, de cette centaine de milliers d’activistes, chargés de "mission" ou de "mandats" par les assemblées générales et qui s’évertuèrent à être présents sur tous les terrains :

- collectant des fonds et des fusils

- veillant aux fabrications de guerre,

- plaidant pour la culture de la pomme de terre et l’utilisation d’engrais

- cherchant à ouvrir des écoles, pourchassant "aristocrates" et suspects

- répondant inlassablement aux questions des autorités centrales...

E) Les Jacobins Montagnards au pouvoir (1793, 1794)

Les conservateurs ont toujours caractérisé la Convention montagnarde comme marquée par une "dictature jacobine" qui préfigurerait le "totalitarisme" : parti omniprésent, confusion entre parti et Etat, hégémonie idéologique... Il s’agit là d’une tartufferie grotesque :

- dans quel Etat fasciste installé (entre autres) par des libéraux, l’Assemblée des députés a-t-elle débattu avec une telle vigueur, jour après jour, a-t-elle disposé d’autant de pouvoir, a-t-elle autant voté ? Jamais.

- un seul Etat libéral ou fasciste a-t-il autant promu la démocratie directe et la souveraineté populaire dans les assemblées délibératives que les Montagnards ? Non.

La domination politique des jacobins sur le pays est réelle durant la Convention montagnarde. Tous les membres du gouvernement et du comité de salut public par exemple en font partie. Ceci dit, le mouvement des jacobins n’est en rien une organisation pyramidale totalitaire ; les contradictions de la société civile s’expriment en son sein et les divisions internes finissent par le faire tomber.

L’hégémonie idéologique des jacobins sur la France républicaine est également réelle. Elle n’est pas le fruit d’un coup d’état quelconque mais de la maturation politique du peuple français depuis plusieurs années. Cette hégémonie perd de sa force suite aux victoires militaires qui rendent l’effort de guerre moins nécessaire et suite à la crise économique du printemps 1794 qui exacerbe les tensions sociales.

Par leurs décisions politiques et leur intense activité, les jacobins ont permis à la Révolution de mobiliser les milieux populaires, de vaincre militairement face à la Première coalition et face aux insurrections contre-révolutionnaires comme celle des Vendéens.

Par les droits sociaux proclamés et quelques conquêtes sociales, par la vitalité démocratique des assemblées générales de village (lors desquelles les femmes votent), par les victoires militaires, les jacobins génèrent un processus de radicalisation qui leur échappe partiellement et qu’ils tiennent à distance (déchristianisation, partage des terres...). Ils sont alors stoppés par un putsch de politiciens qui réorientent la révolution au service des milieux aisés.

8, 9, 10 thermidor Robespierre abattu, Révolution française terminée

Un décret du 16 octobre 1794, défend déjà aux sociétés populaires de « s’affilier et de correspondre en nom collectif ». Armée de ce décret, la « jeunesse dorée de Fréron », bandes de jeunes muscadins réactionnaires, ne limite plus ses agressions contre les jacobins. Des affrontements ont lieu au Palais-Royal, dans les Tuileries et sur la place du Carrousel, où, les Jacobins et le peuple des faubourgs d’un côté, les « jeunes gens dorés » et les marchands de l’autre, se battent avec fureur.

Le 12 novembre, la Convention approuve la fermeture du club au nom de l’ordre. Les associations populaires sont ainsi dissoutes de fait. Empressés d’en détruire le symbole les thermidoriens transforment l’immeuble des jacobins en marché « du 9 thermidor ».

Depuis sa fermeture, quelques tentatives de renaissance du club ont eut lieu notamment après la seconde guerre mondiale, autour de Charles Hernu. Mais le projet d’éducation populaire et républicaine s’est vite transformé en un groupuscule de radicaux plus ou moins contrôlé par le PS, loin de l’idéal politique et social de la période révolutionnaire.

G) De la gauche des jacobins aux babouvistes puis socialistes

La question de l’héritage politique des jacobins est importante.

Je partage totalement le point de vue d’Albert Soboul. Aussi, il m’apporte une conclusion.

Après le 9 Thermidor, le jacobinisme comme structure organisée s’effondra...

Mais l’esprit du jacobinisme, la tradition du radicalisme républicain et patriotique qu’il incarnait survécurent de manière durable. Assez vite, la fusion s’opéra entre la tradition du sans-culottisme égalitaire, celle du communautarisme... et la tradition du robespierrisme.

Manifeste des Egaux (Sylvain Maréchal, début janvier 1796)

Ainsi se constitua, avec des nuances de "gauche" et de "droite", un néo-jacobinisme auquel la répression anti-royaliste du 18 fructidor an V donna un nouvel élan...

Ni le régime plébiscitaire, consulaire et impérial, ni la restauration ne purent venir à bout de cette tradition jacobine radicale dont la longue survie de 1800 à 1830 dut beaucoup à l’action de conservation, conduite par des sociétés secrètes d’inspiration buonarrotistes.

Buonarotti, héritier des Lumières, robespierriste puis socialiste, au directoire de la Conjuration des Egaux 30 mars 1796

La génération des révolutionnaires romantiques de 1830, puis celle de 1848, enfin les républicains victorieux de 1880, entreprirent tour à tour de faciliter l’appropriation par la nation française, de la vision particulière qu’ils avaient de leur histoire commune.

Jacques Serieys le 14 septembre 2008

Sitographie :

http://www.cife.eu/EuropeEnFormatio...


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