19 juin 1960 : le serment de Vincennes contre la loi Debré « Fonds Publics à l’Ecole publique, fonds privés à l’école privée »

lundi 3 août 2020.
 

Le 19 juin 1960, les représentants de plus de 10 millions de citoyens pétitionnaires ont prononcé le serment suivant :

« Nous sommes 10 813 697 faisant le serment solennel : De manifester en toutes circonstances et en tous lieux leur irréductible opposition à cette loi contraire à l’évolution historique de la Nation ;

- De lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à son abrogation ;

- Et d’obtenir que l’effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l’Ecole de la Nation, espoir de notre jeunesse ».

Je me rappelle bien de cette campagne contre la loi Debré qui entérinait la division en deux écoles et de cette pétition :

* Pilier essentiel du royalisme, du pré-fascisme puis du fascisme traditionaliste depuis deux siècles, l’enseignement privé allait bénéficier par cette loi Debré votée le 31 décembre 1959, des moyens lui permettant de concurrencer et affaiblir l’enseignement public, lui permettant d’attendre un nouveau moment favorable comme 1940 pour jouer son rôle historique de bastion face à la tradition républicaine et progressiste française.

* Dans ces premières années de la 5ème république, les tenants de l’enseignement privé continuait d’autant plus à nous hanter que l’opposition entre pétainistes cléricaux et antipétainistes de gauche restait dans toutes les mémoires, continuait d’autant plus à nous hanter qu’entre eux et nous (gens de gauche) le risque de guerre civile avait existé en juin 1958 au moment du coup d’Etat gaulliste.

* Le Parti Socialiste SFIO divisait notre camp en appelant à combattre Debré premier ministre tout en soutenant Charles de Gaulle président.

* Ceci dit, la mobilisation des laïques fut extraordinaire.

* En février 1960, le Comité National d’Action Laïque (C.N.A.L.) lança une pétition pour l’abrogation de cette loi. J’eus la chance d’être présent lors de la réunion de l’Amicale laïque de mon village d’Entraygues sur le sujet puis de faire équipe pour proposer la pétition avec Monsieur Brévié (animateur en 1908 d’une occupation de caserne par les soldats) dans certaines familles et avec Madame Brévié (trésorière de l’Amicale) pour d’autres. Dans toutes les maisons où nous pénétrions, il s’agissait de gens de notre bord qui nous attendaient et se chargeaient eux-mêmes d’en faire signer d’autres. Quel souvenir !

Le même enthousiasme souleva toute la France laïque et la pétition recueillit le total incroyable de 10.813.697 signatures.

Quant au rassemblement de Vincennes lui-même, j’en ai souvent entendu parler par des animateurs du mouvement laïque des années 1960. Dès que j’aurai trouvé une lettre personnelle ou texte de l’époque, je la mettrai en ligne.

Amis, restons sur la longueur d’onde de ce serment. Sa validité n’a pas bougé d’une virgule.

Jacques Serieys

60° ANNIVERSAIRE DU « SERMENT DE VINCENNES » CONTRE LA LOI DÉBRÉ

https://www.leji.fr/france/275-60-a... ?

400 000 personnes représentant 10 813 697 citoyens pétitionnaires ont prononcé le Serment de Vincennes le 19 juin 1960

« Nous faisons le serment solennel

de manifester en toutes circonstances et en tous lieux notre irréductible opposition à cette loi contraire à l’évolution historique de la Nation ;

de lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à son abrogation ;

et d’obtenir que l’effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l’École de la Nation, espoir de notre jeunesse. »

La loi « Debré » a constitué une nouvelle entorse au principe de laïcité scolaire, en créant la catégorie des établissements privés sous contrat pouvant recevoir des fonds publics. Cette loi, avec la Loi Astier de 1919 qui concernait l’enseignement technique, a permis un détournement majeur des fonds publics, puisque l’on estime aujourd’hui que les établissements privés touchent désormais près de 12 milliards d’aides venant des collectivités publiques, fonds versés pour l’essentiel à l’enseignement privé catholique.

Le Gouvernement d’Emmanuel Macron, et notamment son ministre Jean-Michel Blanquer qui ne cache pas sa sympathie pour l’enseignement privé, a accru encore les possibilités de versement de fonds, par exemple en rendant obligatoire l’enseignement dès trois ans. Cette dernière mesure ne changeait pas grand-chose à l’état de fait – 97 % des enfants étaient déjà scolarisés - mais ouvrait l’obligation de paiement du forfait scolaire pour les mairies aux écoles privées accueillant des enfants de 3 ans offrant plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires.

Cette situation est inique au moment où l’enseignement public souffre d’un manque crucial de moyens. L’argent public, l’argent de l’impôt commun doit aller à l’école publique qui a la mission constitutionnelle d’offrir un enseignement public, laïque et gratuit pour tous et toutes. Si les partisans de l’école privée se revendiquent de la liberté d’enseignement – oubliant qu’il s’agissait là au XIX° siècle du slogan de ceux qui voulaient émanciper l’enseignement de l’Église qui en avait le quasi monopole – cette dernière ne doit pas être portée à la charge de l’État. Les écoles privées ont, pour l’enseignement privé catholique, une « mission pastorale » qui les regarde mais qui ne peut relever d’un financement ainsi détourné. Les partisans de l’école privée doivent financer eux-même leur école : fonds publics pour l’enseignement public !

Benoît Schneckenburger


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