Humour post festif : LA COMEDIE DES VOEUX !

samedi 9 janvier 2010.
 

Longtemps j’ai pratiqué la résistance passive à propos des vœux, fêtes et réjouissances à mesure que leur caractère obligatoire et convenu s’imposait à mon esprit. J’avais accompli des avancées considérables dans cette voie quand mes responsabilités patriarcales se sont allégées. Pendant des années en effet, frère ainé puis (très) jeune père j’étais tenu au rôle du père noël qui dépose les cadeaux dans le silence sidéré d’excitation des (très) jeunes enfants de ma tribu. Les frères et neveux avaient pris la relève dès qu’à leur tour ils eurent assez de barbe et de sens des responsabilités pour me décharger du rôle. Comme élu local je m’en tenais au strict minimum. J’étais encouragé dans ma prise de distance par le révulsif radical que représente au sortir des repas de fêtes l’ingestion d’une dose aussi obscène de coupes et verres de l’amitié où mousseux approximatifs et pétillants divers mitraillent ce qu’il nous reste de tapis gastrique pendant que les petits fours de circonstance, auxquels on ne résiste jamais aussi bien qu’on le croyait, dévastent la vésicule biliaire. Encore ne dis-je rien des cacahuètes et chips encore plus accablantes pour la surcharge pondérale. Surtout que je connaissais bien la suite du programme !

En effet, après ces guets apens vient aussitôt la coutume du gavage, non moins imposé, connue sous le nom de galette des rois. Il s’agit d’un usage anti républicain où la pate d’amande livre l’offensive finale contre le foie des plus aguerris. Devenu parlementaire et trop longtemps cumulard, l’horreur de ma condition contrainte en période de voeux et galettes, me conduisit à l’établissement de parcours modestes, strictement sélectionnés et âprement limités. Ces moeurs me valurent une réputation d’asocial grognon et pisse vinaigre. Je m’en contrefichais. En Essonne : à Viry Chatillon et à Sainte Geneviève des Bois. Sans exception liée au contexte juridique ou autre. Point. Par exception ici où là, chez des amis, des vrais, dans leur mairie ou permanence. Autour de moi, pendant ce temps là, des collègues plus résistants ou mieux entrainés battaient des records. Deux ou trois séances de vœux par soirée, autant de coupes et petits fours, chaque soir de la semaine, pendant quinze jours. La plupart d’entre eux tiennent à ces occasions des discours plein de compassion pour les plus malheureux de nos compatriotes. J’atteste qu’ils sont en pleine sincérité. Par conséquent, depuis plusieurs années déjà, ils vivent de plus en plus mal ces scènes quand croupissent parfois jusque devant la porte : mendiants, sdf et affamés. Cette face apparente, luisante et essoufflée du marathon des vœux a aussi son revers caché au grand public. D’abord l’envoi de cartes de vœux. Par milliers ! Ensuite la réception de cartes de vœux. Autres milliers !

L’envoi mobilise des escouades de collaborateurs et bénévoles, après avoir nourri un intense ballet de communicants et autres conseillers spécialisés. La réception n’est pas plus simple. J’ai reçu une année un record de six milles cartes de vœux. On trie pendant plusieurs jours du matin au soir. Dans mon équipe, pour supporter une tache aussi absurde on a créé le rite du « grand concours ». Chaque année on sélectionne les cartes les plus ridicules (texte spécialement pontifiant ou photo particulièrement glauque) et on vote pour l’attribution du prix du "roi des nazes". Un second concours, plus méchant encore, permet d’élire le roi des nuls. C’est celui qui m’a envoyé le plus grand nombre de fois ses vœux parce que ses fichiers sont mal tenus. Une prime pour l’empereur des nuls : celui qui a envoyé plusieurs fois ses vœux et ajouté, à chaque fois, une mention manuscrite réelle avec….. une écriture différente !

Ces plaisanteries de garçons de bain soulagent l’effort des trieurs. Ensuite on fait trois tas. Premier tas, les envois en nombre des institutionnels : poubelle directe sauf exception tragique hilarante. Deuxième tas, les envois en nombre institutionnels comportant une mention manuscrite. On passe le doigt mouillé pour vérifier ceux qui ont écrit pour de bon et ceux qui se sont contenté d’imprimer. Les imprimés ? Poubelle ! Restent les héros de la plume. Qu’ils aient écrit eux-mêmes ou que ce soit leurs assistants, je leur réponds. Ca s’appelle "le prix de l’encre" comme disait mes profs qui mettaient un ou deux aux plus mauvaises copies qu’ils avaient corrigées. Mais pour moi, finie l’époque de la super carte méditée pendant des semaines et qui doit être un évènement éventuellement repris dans la presse (consécration suprême lubrifiant l’absorption plus rapide du prix de la prestation du communicant). Une carte rustique. Avec les armes de la République ou moins encore comme création artistique. Et une phrase ostensiblement convenue. Pour les amis, quoiqu’institutionnels, un deux ou trois mots écrits de ma propre blanche main.

Pendant trois semaines, donc, je hais mon bureau où sont empilés les parapheurs. Je hais ma boite mail où il m’est impossible de fuir la masse des mails de vœux. Non, décidément, je n’aime pas les vœux. Surtout depuis que j’avance en âge. Car je déteste qu’on me dise sans trêve et qu’on m’écrive sans relâche toutes ces choses à propos de l’état de ma santé l’année prochaine. C’est vrai quoi à la fin ! Qu’est ce que ça veut dire ? J’ai une drôle de tête, ou quoi ? Ce genre de vœux porte la schcoumoune, comme on dit de mon côté de la méditerranée ! Bien sûr, je comprends que c’est fait sans malice et le plus souvent du fond du cœur quand il s’agit de personnes privées qui m’écrivent. Je le sais bien. D’ailleurs je vous souhaite mes meilleurs vœux dans le même état d’esprit. Et surtout la santé ! Pas vrai ? Car pour tout le reste, et surtout pour vous dire ce que je souhaite pour la grandeur de notre pays comme pour le bonheur de ceux qui font tout ce qu’ils peuvent pour y vivre dignement, j’y consacre toute mon année. Et ça ne va pas s’arrêter en 2010. Si j’ai la santé.


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