Le soir (11 poèmes)

samedi 14 octobre 2017.
 

11) Un coucher de soleil, en Bretagne (José Maria de Hérédia)

10) SOIR DE DECEMBRE

MAURICE CARÊME (1899-1978)

Ce soir de décembre

Est si triste

Qu’on ose à peine respirer.

On entend doucement le disque

De la pleine lune tourner.


Et sous l’aiguille de la bise

Meurt et renaît, le long des toits,

Une longue plainte que brise

Le miaulement bref d’un chat.

La grange bleue

9) Une lumière de lune

Albert Samain 1859-1900

La faux des moissonneurs a passé sur les terres,

Les repos succède aux travaux des longs jours,

Parfois une charrue, oubliée des labours,

Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.


La nuit à l’Orient verse sa cendre fine,

Seule au couchant s’attarde une barre de feu ;

Et dans l’obscurité qui s’accroît peu à peu

La blancheur de la route à peine se devine.


En jeune veuve éplorée, la terre pleure son défunt

Comme pour le remplacer à l’horizon s’élève

Une lumière de lune, toute pâle et si légère,


Dans l’ombre et les parfums

Superbe fille de Ré,

Tu viens nous éclairer.

(extraits du chariot d’or)

8) Le coucher de soleil romantique

Charles BAUDELAIRE

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour !

- Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !


Je me souviens !... J’ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...

- Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon !


Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;

L’irrésistible Nuit établit son empire,

Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;


Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,

Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,

Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

7) A l’étoile du berger

Alfred de Musset

Pâle Etoile du soir, messagère lointaine,

Dont le front sort brillant des voiles du couchant,

De ton palais d’azur, au sein du firmament,

Que regardes-tu dans la plaine ?


Que cherches-tu sur la terre endormie ?

Mais déjà sur les Monts, je te vois t’abaisser ;

Tu fuis en souriant, mélancolique amie

Etoile qui descend sur la verte colline,

Et ton tremblant regard est près de s’effacer.


Triste larme d’argent du manteau de la nuit

Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,

Tandis que pas à pas son long troupeau le suit.


Etoile où t’en vas-tu dans cette nuit immense ?

Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux ?

Où t’en vas-tu si belle, à l’heure du silence

Tomber comme un perle, au sein profond des eaux ?


Ah ! si tu dois mourir, bel astre, et si ma tête

Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux,

Avant de nous quitter, un seul instant arrête :

Etoile de l’amour, ne descends pas des cieux !

(Le saule - fragment)

6) SAISON DES SEMAILLES, LE SOIR

Victor Hugo

C’est le moment crépusculaire

J’admire, assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s’éclaire

La dernière heure de travail.

Dans les terres de nuit baignées,

Je contemple, ému, les haillons

D’un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.


Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours,

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours,

Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin

Rouvre sa main et recommence,

Et je médite, obscur témoin,


Pendant que, déployant ses voiles,

L’ombre où se mêle une rumeur,

Semble élargie jusqu’aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

(La chanson des rues et des bois)

5) Soir païen

Albert Victor Samain (1858-1900)

C’est un beau soir, couleur de rose et d’ambre clair

Le temple d’Adonis, en haut du promontoire,

Découpe sur fond d’or sa colonnade noire,

Et la première étoile a brillé sur la mer...


Pendant qu’un roseau pur module un lent accord

Là-bas, Pan, accoudé sur les monts se soulève

Pour voir danser pieds nus les nymphes sur la grève

Et des vaisseaux d’Asie embaument le vieux port...


Des femmes, épuisant tout bas l’heure incertaine

Causent, l’urne appuyée au bord de la fontaine,

Et des boeufs accouplés délaissent les sillons...


La nuit vient parfumée aux roses de Syrie

Et Diane au croissant clair ce soir en rêverie,

Au fond des grands bois noirs qu’argente un long rayon


Baise ineffablement les yeux d’Endymion.

4) LORSQUE LA LUNE SE LEVE

Leconte de Lisle

Sur la pente des monts les brises apaisées

Inclinent au sommeil les arbres onduleux

L’oiseau silencieux s’endort dans les rosées,

Et l’étoile a doré l’écume des flots bleus.


Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,

Une molle vapeur efface les chemins,

La lune tristement baigne les noirs feuillages,

L’oreille n’entend plus les murmures humains


Mais sur le sable au loin chante la mer divine,

Et des hautes forêts gémit la grande voix,

Et l’air sonore, aux cieux que la nuit illumine,

Porte le chant des mers et le soupir des bois.


Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines,

Entretien lent et doux de la terre et du ciel !

Montez, et demandez aux étoiles sereines

S’il est pour les atteindre un chemin éternel ?


O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,

Vous m’avez répondu durant mes jours mauvais ;

Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,

(Nox - Poèmes antiques)

3) Soir sur la Plaine

Albert Samain (1858-1900)

Vers l’Occident, là-bas, le ciel est tout en or !

Le long des prés déserts où le sentier dévale

La pénétrante odeur des foins coupés s’exhale.

Et c’est l’heure émouvante, où la terre s’endort.


La faux des moissonneurs a passé sur les terres

Et le repos succède aux travaux des longs jours.

Parfois une charme oubliée aux labours

Sort comme un bras levé, des sillons solitaires.


La nuit à l’Orient verse sa cendre fine.

Seule au couchant s’attarde une barre de feu.

Et dans l’obscurité qui s’accroît peu à peu

La blancheur de la route à peine se devine.


Puis tout sombre et s’enfonce en la grande unité.

Le ciel enténébré rejoint la plaine immense.

Ah ! Écoute ! Un grand soupir traverse le silence,

Et voici que le coeur de jour s’est arrêté.

2) HARMONIES DU SOIR

Charles Baudelaire

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ...

Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir,

Valse mélancolique et langoureux vertige !


Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir,

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.


Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

Le ciel est triste et beau comme un grands reposoir ,

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.


Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

Du passé lumineux recueille tout vestige !

Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

(Les Fleurs du mal)

1) Le soir, au clair de lune

Albert Samain 1859-1900

Le ciel comme un lac d’or pâle s’évanouit,

On dirait que la plaine, au loin déserte, pense

Et dans l’air élargi de vide et de silence,

S’épanche la grande âme de la nuit.


Pendant que çà et là brillent d’humbles lumières,

Les grands boeufs accouplés rentrent par les chemins,

Et les vieux en bonnet, le menton sur les mains,

Respirent le soir calme aux portes des chaumières.


Le paysage, où tinte une cloche est plaintif

Et simple comme un doux tableau de primitif

Où le Bon Pasteur porte l’agneau blanc sur l’épaule.


Les astres au ciel noir commencent à neiger,

Et là-bas, immobile au sommet de la côte

Rêve la silhouette antique d’un berger.


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