Galilée, l’Église et la peur du savoir

samedi 17 février 2018.
 

L’Église contre la science, de Jean-Yves Boriaud. Éditions Perrin, 2010, 302 pages, 22 euros.

L’auteur, spécialiste de la Renaissance, présente une biographie du savant italien Galilée (1564-1649) centrée sur cette question : pourquoi l’Inquisition a-t-elle obligé un des plus grands mathématiciens de son époque à abjurer sa conviction que la Terre tournait autour du Soleil ? La doctrine officielle de l’Église reprenait la structure de l’univers proposée par Ptolémée au IIe siècle de notre ère. Dans ce système « géocentrique », la Terre était située au centre du monde, limité par la sphère des étoiles fixes. Toutes les planètes et le Soleil tournaient autour de la Terre. Le concile du Latran (1513) avait interdit aux professeurs d’université d’enseigner autre chose que « ce qu’exigeait la foi chrétienne », c’est-à-dire, en astronomie, le géocentrisme.

Dès 1543, le chanoine polonais Copernic avait proposé l’hypothèse mathématique du « système héliocentrique » faisant tourner les planètes, y compris la Terre, autour du Soleil.

Galilée, professeur à l’université de Padoue, inventa vers 1609 la lunette astronomique, grossissant de vingt fois au moins les objets célestes. Avec cet instrument, le savant découvrit le relief de la Lune, les étoiles de la Voie lactée, les quatre satellites de Jupiter ; l’observation précise du mouvement des planètes le convertit au système de Copernic. Ses découvertes lui attirèrent l’admiration de tous les grands savants de son temps.

Mais les Jésuites, adversaires résolus de Galilée, proclamèrent l’héliocentrisme incompatible avec la bible. Leurs accusations répétées aboutirent, en 1633, à la convocation de Galilée, malade, âgé de soixante-neuf ans, devant le tribunal de l’Inquisition.

22 juin 1633 : Abjuration par Galilée, à genoux, de ses idées sur le fait que la Terre tourne autour du Soleil

Ses écrits furent interdits et le grand savant dut abjurer ses convictions héliocentriques. Pour expliquer ce procès anachronique, Jean-Yves Boriaud invoque le contexte politique. Le procès eut lieu à l’époque de la Contre-Réforme catholique contre l’expansion du protestantisme. Au même moment se déroulait la guerre de Trente Ans entre puissances catholiques et protestantes. Tout ce qui remettait en cause la doctrine de l’Église risquait donc d’éloigner les masses populaires du clergé catholique. L’héliocentrisme n’a en conséquence pas été condamné pour des raisons scientifiques, mais à partir de considérations idéologiques. La légende veut qu’après son abjuration, Galilée ait murmuré : « Et pourtant elle tourne ! » Galilée fut réhabilité par le pape Jean-Paul II, en 1992.

Paul Mazuak, historien des sciences


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