Linné, "Génie de la science" ou Raciste créationniste fixiste fantaisiste fanfaron

jeudi 12 janvier 2017.
 

La collection "Génies de la science" publiée par la très célèbre revue "Pour la Science" présente ce mois-ci Carl Von Linné, un noble suédois raciste du 18ème siècle.

Dans son oeuvre maîtresse "Systema naturae" (système de la nature), l’Africain y est décrit comme : « Noir, indolent, de mœurs dissolues ; cheveux noirs crépus ; peau huileuse ; nez simien ; lèvres grosses ; femmes ont le repli de la pudeur, des mamelles pendantes ; vagabond, paresseux, négligent ; s’enduit de graisse ; est régi par l’arbitraire. » Par contre l’homme de race blanche est : « Blanc, sanguin, ardent, cheveux blonds, abondants ; yeux bleus ; léger, fin, ingénieux ; porte des vêtements étroits ; est régi par les lois »... Remarquez la description du vrai européen : blanc de peau, blond, yeux bleus ; elle sera reprise par ses disciples en racisme.

Linné est un réactionnaire raciste mais il pourrait être un bon scientifique, ces deux caractéristiques ne sont pas naturellement contradictoires. Pour cela, il faudrait au moins que sa démarche n’en reste pas à la description de surface, apparente, partielle, subjective des faits. Tel n’est pas son cas.

Linné se veut un scientifique, passionné de classification schématique par classe, ordre, genre, espèce, variété de toutes les plantes, tous les animaux, tous les humains... en se fondant sur leur description : "La description est l’ensemble des caractères naturels de la plante ; elle en fait connaître toutes les parties extérieures ; elle doit comprendre pour chaque organe le nombre, la forme, la proportion et la position..." Cette approche fondée sur la description a représenté un apport positif dans l’histoire des sciences. Cependant, il y a un lien aujourd’hui dans la vogue de tout ce qui contourne une vision globalisante : la description en biologie, le document en histoire, le micro trottoir au journal télévisé, l’extrait de texte en français...

Ce qui prime chez Linné, ce n’est pas une démarche scientifique fondée sur les faits, l’expérimentation, la démonstration, la confrontation, la preuve... ce sont ses idées, la réalité devant se mouler dans ce système idéologique. Pour lui, la "saine raison" amène à penser que lors de la Création, Dieu fit une île, sous l’Equateur, le "Paradis terrestre", dominée par une haute montagne dont les pentes seraient favorables à la croissance d’un couple monogame de chaque espèce sexuée. "Voici ce qu’il m’importe de proclamer : ... la totalité de la Terre ferme, dans l’enfance du monde a été submergée par les eaux et recouverte par le vaste Océan sauf une seule île... qu’ont habité tous les animaux dans de favorables conditions et qu’y ont germé dans l’abondance, les végétaux". Il est normal que ce type de discours convienne aujourd’hui aux influents créationnistes américains.

Linné se bat contre une démarche intellectuelle fondée sur la recherche des causes : "L’idée d’une succession infinie de causes secondes répugne à un esprit sain. La Cause première, infinie, très parfaite doit donc mettre un terme à la série causale". "Le premier échelon des causes secondes doit être entièrement conçu comme immédiatement créé par Dieu". Linné se bat contre une vision évolutionniste des espèces végétales et animales. Il "prend appui sur l’exemple du Déluge" pour défendre qu’"une seule plante de chaque espèce et de chaque sexe a été créée au commencement du monde".

Linné peut-il être considéré comme un "génie de la science" alors que sa démarche ne se fondait qu’accessoirement sur l’observation des faits et l’expérience. Sa division de l’humanité en six races relève du racisme mais aussi de la fantaisie. Quelles sont ces six races ?

- les Américains (Americanus) : rouge, colérique et droit

- les Européens ( Europeus) : blanc, sanguin et musculaire

- les Asiatiques (Asiaticus) : jaune pâle, mélancholique et rigide

- les Africains (Afer) : noir, flegmatique et décontracté

- les Monstrosus : êtres velus

- les Ferus (enfants sauvages)

Il est logique qu’en défenseur de l’inné immuable donné par Dieu à la naissance à chaque race immuable, Linné ne place pas dans une même race des Européens et des "enfants sauvages" ne parlant pas, ne connaissant pas les lois, ne portant pas de vêtement...

Il est moins logique :

- de découvrir dans ses textes des êtres humains pourvus de queue,

- d’y lire que les hirondelles, à l’approche du froid, hivernent au fond des lacs pour n’en sortir qu’au printemps

- d’y apprendre que le serpent à sonnettes hypnotise les écureuils pour qu’ils tombent dans sa gueule...

Enfin, Linné est un fanfaron. Sous ses portraits, il fait écrire en latin "Dieu créa, Linné disposa (classifia)". Il est certain d’être l’élu de Dieu pour comprendre la logique de la Création. "Dieu lui-même m’a guidé de Sa main toute puissante". Ses notes autobiographiques relèvent d’une démarche guère scientifique et mériteraient une analyse psychanalytique.

" Personne avant lui (c’est Linné qui parle) n’avait :

- exercé sa profession avec un plus grand zèle et eu davantage d’auditeurs ; fait davantage d’observations en histoire naturelle

- atteint une compréhension plus profonde des trois règnes de la Nature

- été un botaniste ou un zoologiste plus éminent...

- écrit davantage de livres, plus correctement, plus méthodiquement, à partir de son expérience vécue personnelle..."

Je n’ai aucune connaissance particulière en botanique. Il me paraîtrait cependant utile de la part d’une revue scientifique très présente dans le cadre scolaire, de différencier d’une part des "scientifiques" ayant fait progresser la connaissance humaine mais marqués par des déterminants historiques et sociaux, d’autre part la "science" inséparable d’un rapport à la vérité et à la perfection démonstrative.

Pour éviter les faux débats, j’ajoute que je ne suis absolument pas le défenseur d’une "science" prolétarienne ou socialiste. La critique des scientifiques peut se faire sur deux terrains distincts, d’une part celui de leur travail scientifique à partir des critères objectifs de la science, d’autre part leurs idées et actes personnels.

Que les spécialistes prennent ce petit article seulement comme un billet d’humeur, pour contribuer, à notre petit niveau, à donner un lendemain à la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Jacques Serieys


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