Nicolas Copernic : le scientifique qui comprit l’univers hors des mythes

mercredi 19 février 2020.
 

A) Nicolas Copernic

La première attaque d’importance contre les conceptions des Anciens fut portée par un chanoine polonais, Nicolas Copernic, au milieu du XVIe siècle. Né en 1473, Copernic fut convaincu très jeune, probablement par la lecture d’Aristarque de Samos, que la Terre n’occupait pas le centre du monde. Il consacra son temps libre à accumuler observations des corps célestes et calculs de leur orbite, dans le but de mettre au point un nouveau système du monde.

Copernic publia le résultat de ses travaux en 1543 dans De Revolutionibus (Des révolutions). Dans cet ouvrage, le Soleil occupait le centre du monde et c’est autour de lui que les autres corps tournaient, avec dans l’ordre, Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne.

La Terre, qui d’après les Anciens et l’Eglise était le centre du monde, se voyait ramenée au rang de simple planète en orbite autour du Soleil.

Il faut remarquer que la théorie de Copernic n’était pas le résultat direct de ses observations et de ses calculs, mais juste une construction purement théorique. En fait, son système ne différait guère de celui de Ptolémée dans ses prédictions du mouvement apparent des astres.

De plus, Copernic restait convaincu que l’orbite des corps célestes devait être circulaire et parcourue à vitesse constante comme Aristote et Ptolémée. Pour expliquer le mouvement irrégulier des planètes, il devait lui aussi introduire des épicycles et construire un système très complexe. La simplicité du système de Copernic

Le système de Copernic présentait cependant un avantage majeur : sa plus grande simplicité. En particulier, il expliquait le mouvement rétrograde des planètes sans faire appel à des épicycles, mais simplement par une combinaison de leur mouvement avec celui de la Terre.

Le mouvement de révolution était lancé et rapidement d’autres astronomes travaillèrent à établir l’astronomie sur des bases plus solides, par l’amélioration des moyens d’observation et par un effort de compréhension des orbites planétaires.

B) Une révolution toujours sur orbite

Dans son ouvrage capital, Nicolas Copernic a décrit les mouvements 
des planètes autour du Soleil. La présentation complète 
de ses propositions permet de mesurer aujourd’hui la rupture 
de la science moderne avec les textes bibliques.

De revolutionibus orbium coelestium. Des révolutions 
des sphères célestes, de Nicolas Copernic, 3 volumes. Éditions Les Belles Lettres, 199 euros.

Après des études de droit et de médecine en Italie dans les années 1500 – où il se familiarise avec l’astronomie auprès de Domenico Maria Novara –, Nicolas Copernic revient en Pologne pour occuper la charge de chanoine à Frombork. Même s’il se trouve, comme il le dit lui-même, dans un «  coin très éloigné de la terre  » et sans lien véritable avec la communauté savante de son temps, Copernic n’en dispose pas moins d’une bibliothèque rassemblant des ouvrages de Platon, de Pline, de Ptolémée, d’Euclide, d’Apianus et de Regiomontanus.

Outre ses fonctions administratives, il se livre à des analyses monétaires et des exercices cartographiques. Il consacre cependant une grande partie de son temps à la préparation de son traité. C’est au chapitre X du livre I du De revolutionibus orbium coelestium que Copernic propose un nouvel ordonnancement du monde  : le Soleil occupe le centre de l’Univers et les planètes tournent autour de lui. Dans cette perspective, la Terre n’occupe plus la position centrale de l’Univers et devient une planète parmi d’autres.

Rendre compte des observations astronomiques avec exactitude

Auparavant, suivant la doctrine aristotélicienne, le monde était géocentrique. Copernic entreprend un travail d’ampleur qui le place dans la droite ligne de Ptolémée  : il s’agit de produire une nouvelle cosmologie, une forme du monde qui soit capable de rendre compte des observations astronomiques avec une grande exactitude. Certes, d’autres savants avant Copernic ont mis la Terre en mouvement (Philolaos de Crotone et Aristarque de Samos notamment), mais jamais ils n’ont étayé leur proposition sur un projet de refondation cosmologique complète. La recherche, vaine, de précurseurs à Copernic montre la radicalité savante du geste qu’il a accompli en développant un héliocentrisme systématique.

Les propositions de Copernic ont été diffusées avant la publication de l’ouvrage magistral en 1543. Dans son Commentariolus – qui circule à partir des années 1510 – il envisage déjà une Terre mobile dans un Univers héliocentré. Rheticus, disciple de Copernic, publie en 1540 une Narratio prima qui rend compte de la doctrine de son maître. Mais c’est finalement en 1543, que le De revolutionibus est finalement publié. L’ouvrage est précédé d’un avertissement très prudent du théologien Andreas Osiander, qui n’a pas prévenu Copernic de sa démarche.

Le traité de Copernic articule une proposition proprement révolutionnaire (l’héliocentrisme) et des éléments plus traditionnels de la science astronomique médiévale. Mais l’originalité du travail copernicien réside dans la systématicité avec laquelle il a conduit l’hypothèse héliocentrique  : calculs des paramètres requis et nouvelles tables des planètes signalent l’immense ambition scientifique de l’ouvrage. Le livre de Copernic sera mis à l’Index par l’Église en 1616. Avant cette date, un petit nombre de savants (parmi lesquels Kepler et Galilée) ont été convaincus par la thèse héliocentrique de l’Univers. Les adversaires de Copernic (comme Hélisée Roeslin) invoquent la contradiction entre le mouvement de la Terre autour du Soleil et les écrits bibliques.

C’est d’ailleurs ces arguments religieux qui entraîneront la condamnation du De revolutionibus par les autorités catholiques en 1616. Ce n’est qu’en 1835 que l’ouvrage de Copernic disparaîtra de l’Index. En terres réformées, à l’époque moderne, si l’hypothèse cosmologique n’est pas davantage validée, les propositions coperniciennes ont néanmoins été intégrées pour les calculs des mouvements célestes. Pourtant, parmi les proches de Copernic convaincus par ses thèses figurent deux ecclésiastiques  : l’évêque Giese et le cardinal Schönberg.

Il faut souligner l’importance de la publication complète et traduite en français du livre capital de Copernic  : la qualité de la contextualisation proposée en introduction, la précision des notes et annexes ainsi que l’appareil critique exemplaire font de ces trois volumes une édition de référence dans le domaine de l’histoire de l’astronomie.

L’occasion est également donnée, en lisant le De revolutionibus, de mesurer la force d’un argumentaire cosmologique conçu à l’écart des dogmes et qui, pour cela, sera longtemps rejeté par l’Église.

Jérôme Lamy


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