Houang Tchao et ses insurgés prennent Chang’an

mardi 17 janvier 2017.
 

Sur deux millénaires, la Chine constitue sans aucun doute, la civilisation la plus marquée par une tradition de révoltes populaires et de révolutions. Chaque grande dynastie chinoise a chuté suite à une révolution paysanne. L’explication doit être cherchée dans l’enracinement des caractéristiques "asiatiques" du mode de production (monopole d’Etat sur le commerce extérieur, force des communautés paysannes qui se révoltent contre tout développement du commerce urbain les mettant en danger...). Les valeurs culturelles et appareil idéologique (mandarins) liés à ce type de société ont également lourdement pesé :

1) Christianisme, confucianisme et rôle du pouvoir politique

* En Europe, le christianisme avait inculqué dans la tête de ses croyants que les malheurs terrestres sont dus au non respect des principes de la religion par la population. En Chine, la tradition culturelle confucéenne et taoïste fait du pouvoir politique le principal responsable des malheurs terrestres. Ainsi, toute catastrophe naturelle importante est imputée à l’empereur, lien entre Terre, Ciel et humanité.

* En Europe, le christianisme avait inculqué dans la tête de ses croyants une conception hiérarchique et individualisée de la société partant du Dieu céleste, seigneur des seigneurs, pour descendre jusqu’au serf par le pape et le roi, le prince, le comte et l’évêque, le seigneur local. En Chine, la tradition culturelle valorise une société où le pouvoir politique est responsable de l’intérêt général ainsi que des structures sociales ancestrales (rôle économique et social des communautés paysannes, rôle des mandarins, rôle de la religion, rôle social de l’Etat...).

2) Rôle des mandarins et contexte de la révolte de Houang Tchao

Les mandarins, fonctionnaires représentant localement le pouvoir central ont intérêt à la perpétuation de cette vision "religieuse" de la société à la fois comme communauté sociale et comme institution politique. Ainsi, tout processus de développement du commerce et de l’artisanat urbains, tout processus de féodalisation, faisant exploser l’autonomie économique des villages est ressenti par les paysans comme une rupture par rapport à la tradition chinoise.

Or, d’une part la dynastie Tang connaît dans la deuxième moitié du 9ème siècle un processus de féodalisation comme la Chine en a vécu de façon récurrente (autonomisation des pouvoirs militaires locaux ; développement d’un commerce moins maîtrisé par l’Etat ; force du bouddhisme ; difficultés financières de l’Etat central amené à augmenter inconsidérément les impôts, par exemple sur le sel...).

D’autre part, en 873 de notre ère, la sécheresse provoque une famine généralisée, cause directe de l’insurrection l’année suivante. Dans le contexte rappelé plus haut, l’empire Tang ne dispose pas de réserves de grains suffisantes pour alimenter correctement la population en cas de mauvaises récoltes.

3) La révolte de Wang Sien-tche puis Houang Tchao

Ainsi, en 874, une immense révolte paysanne, dirigée par Wang Sien-tche (marchand de sel), secoue le Hebei et le Shandong. Le gouvernement impérial débordé, arme des milliers de paysans des provinces voisines pour écraser la jacquerie mais ceux-ci se joignent bientôt au soulèvement dont la puissance est telle que le commerce cesse, que le pouvoir politique commence à se disloquer...

En 875, Houang Tchao (riche contrebandier du sel) rejoint les insurgés avec sa forte bande de paysans et d’anciens contrebandiers. En 878, il prend le commandement de tous les insurgés après la mort au combat de Wang Sien-tche.

Au lieu de commencer à construire un autre pouvoir politique, il écume la Chine, de province en province, s’en prenant à tout ce qui symbolise l’éclatement de la société traditionnelle chinoise (développement des villes, du commerce, d’une couche sociale enrichie, d’étrangers...). Faute de dirigeants politiques, il s’agit plus d’une jacquerie que d’une révolution.

En 879, les colonnes de Houang Tchao prennent au Sud le port de Fuzhou puis celui de Canton. Remontant vers le Nord, elles s’emparent de Luoyang (seconde capitale impériale) le 22 décembre 880. Enfin, elles réussissent à s’emparer de la capitale principale, Chang’an (ville la plus peuplée du monde à ce moment-là). Houang Tchao se proclame alors empereur, fondant la dynastie des Tsi.

Confronté aux troupes restées fidèles aux Tang, à celles de son général félon Tchou Wen et à l’armée des Turcs shatuo de Li Keyong, Houang Tchao est battu en 883 puis se suicide en 884.

Cette immense jacquerie a profondément affaibli la dynastie Tang qui va achever son histoire culturellement brillante en 907, leur empire explosant en royaumes concurrents (période des 5 dynasties).

4) L’insurrection paysanne de Houang Tchao, par Mao Tsé Tong

Houang Tchao, né à Tsaotcheou (aujourd’hui district de Hotseh, province du Chantong), dirigea une insurrection paysanne à la fin de la dynastie des Tang. En l’an 875, c’est à dire dans la deuxième année du règne de l’empereur Hsitsong, Houang Tchao, qui avait rassemblé autour de lui un grand nombre de paysans, fit écho au soulèvement dirigé par Wang Sien-tche. Quand celui-ci fut tué, ce qui subsistait de ses détachements fut réuni par Houang Tchao à ses propres forces, et il se proclama "Grand capitaine montant à l’assaut du ciel".

A la tête des forces insurrectionnelles, Houang Tchao mena deux campagnes au-delà des frontières du Chantong. Au cours de la première, il passa d’abord dans le Honan, puis dans l’Anhouei et le Houpei et retourna ensuite dans le Chantong. Dans la seconde campagne, il partit encore du Chantong pour aller dans le Honan, puis dans le Kiangsi. Traversant ensuite l’est du Tchékiang, il entra dans le Foukien et le Kouangtong, puis dans le Kouangsi, le Hounan et enfin le Houpei ; de là, il se dirigea de nouveau vers l’est et pénétra dans l’Anhouei et le Tchékiang. Puis, franchissant le Houaiho, il pénétra dans le Honan, s’empara de Louoyang, prit d’assaut la passe de Tongkouan et, finalement, s’empara de la ville de Tchangan. Houang Tchao créa alors l’empire de Tsi et se proclama empereur.

Mais à la suite de querelles intestines (son général Tchou Wen se rendit à l’empereur des Tang) et de l’offensive des troupes de Li Keh-yong, chef de la tribu des Chatos, Houang Tchao perdit Tchangan, se replia vers le Honan et enfin dans le Chantong. Finalement vaincu, Houang Tchao se suicida. La guerre qu’il avait entreprise avait duré dix ans, c’est l’une des guerres paysannes les plus célèbres dans l’histoire de Chine. Dans les chroniques officielles, dont les auteurs appartenaient aux classes dominantes, on dit de Houang Tchao qu’à cette époque "tous les gens souffrant du fardeau des impôts se ruaient vers lui". Néanmoins, Houang Tchao se limita à des opérations mobiles et ne créa aucune base d’appui tant soit peu solide. C’est pourquoi il fut qualifié de "hors-la-loi".

Source de la partie 4 : L’ELIMINATION DES CONCEPTIONS ERRONEES DANS LE PARTI (Mao Tsé Tong, Décembre 1929)

http://www.persee.fr/web/revues/hom...


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