Guatémala : Généraux assassins !!! USA et patronat complices !!!

samedi 5 novembre 2016.
 

Le Guatemala constitue un exemple du rôle central des USA (gouvernement, multinationales, CIA...) dans la création fréquente d’Etats totalitaires durant le 20ème siècle. Leur marionnette locale, le général Rios Montt vient d’être condamné, à juste titre, à 50 ans de prison pour génocide.

- Juin 2013 Le patronat fait annuler la condamnation de Rios Montt
- Mai 2013 Rios Montt, führer préféré des USA, condamné pour génocide
- 23 mars 1982 Coup d’état fasciste des généraux soutenus par la CIA
- 27 juin 1954 : Coup d’Etat militaire organisé par le président US contre le président élu du Guatemala Arbenz Guzman

C) Le patronat fait annuler la condamnation de Rios Montt

La défense du général fasciste compte toujours avec des appuis haut placés au sein de l’oligarchie économique, politique et militaire du pays, qui lui donnent les moyens « d’influencer » la justice. Parmi eux, le Comité coordinateur des associations agricoles, commerciales, industrielles et financières (CACIF, l’équivalent du Medef en France) qui, 48 heures après la sentence, s’est déclaré en session permanente, dénonçant un procès inique commandé par la pression internationale et appelant les magistrats de la Cour constitutionnelle à casser le jugement pour vice de forme.

Une semaine, plus tard, la plus haute juridiction du Guatemala suivait donc les ordres du CACIF et votait, par trois voix pour et deux contre, l’annulation de la condamnation et le retour en arrière du procès au 19 avril dernier, lorsque les avocats de la défense avaient déposé un énième recours. Un hasard ? L’un des témoins de la défense venait de mentionner l’actuel président de la République, Otto Pérez Molina, général chargé du commandement militaire dans la région Ixil sous le régime de Ríos Montt. Celui-ci aurait, à l’époque, commandé les incendies des communautés de la région.

Le tribunal ayant prononcé la condamnation devrait statuer sur les modalités de reprise des audiences. En attendant, la plainte déposée en Espagne, selon le principe de justice universelle, contre M. Ríos Montt et sept autres ex-fonctionnaires impliqués dans des crimes commis durant le conflit armé [5], suit toujours son cours.

Dans ce pays soumis à l’arbitraire, les victimes devront donc continuer à se battre pour que la victoire du 10 mai l’emporte sur la défaite du 20…

Marilyne Griffon, présidente du Collectif Guatemala

B) De la fin du 19ème siècle jusqu’en 1944, les USA imposent au Guatemala, un totalitarisme social et politique :

- avec beaucoup de terres publiques données aux multinationales américaines (en particulier United Fruit) exemptées d’impôts

- avec des salaires très bas et un système de servitude pour dette (repris de l’esclavage pour dette de l’Antiquité grecque et romaine) qui donne une main d’oeuvre presque gratuite au service des patrons et actionnaires (un rêve pour les tenants du libéralisme économique).

- avec une armée et une police guatémaltèques directement dirigés par des Etatsuniens, souvent à la fois dirigeants politiques et grands actionnaires concernés par le Guatemala

- avec des führers idéaux pour plier le peuple aux intérêts des profiteurs du libéralisme économique, l’exemple parfait étant celui du général Jorge Ubico Castaneda (1931 - 1944), grand ami des USA, grand admirateur d’Hitler et de Mussolini, aussi brutal qu’eux ( "Je tue avant de me poser des questions") chassé en 1944 par une insurrection populaire.

En 1944, suite à cette révolution, une coalition de gauche arrive au pouvoir. Juan José Arévalo est élu président par 85% des suffrages.

Son action politique et sociale modérée (développement du système d’éducation...) attire la haine des propriétaires terriens (2% des habitants possèdent 70% des terres, généralement les meilleures), de la hiérarchie catholique et de l’armée, troïka habituelle du fascisme latino-américain, puissant, cruel et libéral moyenageux.

Plus risqué pour lui, sa majorité met en place un droit du travail comprenant le droit de grève malgré l’opposition des multinationales US.

Cependant, les USA considèrent encore les Guatémaltèques comme un peuple inférieur. De 1946 à 1948, des médecins du service de santé publique des Etats-Unis organisent des expériences médicales sur des personnes hospitalisées dans ce pays, en particulier en leur inoculant (sans les en informer) des infections sexuellement transmissibles (syphilis, blennorragie, chancre mou) ; sur 696 individus concernés, 83 meurent de cette étude.

En 1951, les vautours de la Maison blanche et du Pentagone espèrent reprendre en mains le Guatemala lors des élections présidentielles. Pourtant, Jacobo Árbenz Guzmán, qui avait apporté son aide de colonel à l’insurrection de 1944 avant de devenir ministre de la défense, est élu avec 60% des suffrages.

Jacobo Árbenz Guzmán est un réformateur, un humaniste désintéressé qui, par exemple, commence à donner et répartir une partie importante (près de 700 hectares) de ses propres terres familiales entre des paysans pauvres.

Dès 1951, le gouvernement de Washington et la CIA réfléchissent à un projet de coup d’état pour éliminer Guzman. Pourquoi ?

- parce que la United Fruit Company se sent menacée par le projet de réforme agraire porté par Guzman consistant en l’achat par le gouvernement guatémaltèque des terres non exploitées au prix déclaré pour les impositions. En effet, elle est le plus grand propriétaire terrien du Guatemala et, avec 85 % de ses terres non exploitées, susceptible de tomber sous le coup de la réforme. Pour les impôts de 1952, elle déclare une valeur de 3 $ par acre de surface détenue. Quand, en accord avec la déclaration de revenus rédigée par la United Fruit, le gouvernement Arbenz propose de dédommager l’entreprise à hauteur de 3 $ l’acre de surface expropriée, la compagnie déclare que la valeur réelle de la terre est désormais de 75 $/acre.

- parce que les dirigeants de la United Fruit, comme fréquemment les multinationales US, sont liés à des personnalités influentes du gouvernement des États-Unis. Le secrétaire d’État américain, John Foster Dulles et son frère, directeur de la CIA Allen Dulles, entretiennent d’étroites relations avec la United Fruit, en particulier pour avoir joué un rôle majeur dans son cabinet juridique. Le conseiller et sous-secrétaire d’État du président Eisenhower, Walter Bedell Smith a également des liens étroits avec elle et a précédemment postulé à un poste de direction en son sein. Tous trois sont de gros actionnaires de l’entreprise.

La compagnie sait que le gouvernement US ne s’est jamais gêné pour renverser un pouvoir élu mais qu’il essaie toujours de justifier cela au nom d’une plaisanterie "démocratique" à monter de toute pièce. La tâche semble rude pour la United Fruit : comment convaincre l’opinion et certains membres du gouvernement étasuniens qu’Árbenz est le diable incarné ? La société fait appel au publicitaire Edward Bernays.

Cet homme, qui mourra à 104 ans en 1995, fut un pionnier en matière de propagande et de relation publique. Il était deux fois – on n’est jamais trop prudent – neveu de Sigmund Freud. Son père, Ely Bernays, était le frère de Martha, la femme de Freud. Sa mère n’était autre qu’Anna, la sœur de Freud. Bernays s’inspira à la fois du psychologue et sociologue français Gustave Le Bon (La Psychologie des foules), du neuropsychologue britannique Wilfred Trotter (L’Instinct grégaire en temps de paix et de guerre) et, naturellement, des travaux de Sigmund Freud. Bernays décide qu’il ne faut pas brouiller l’écoute et qu’il convient de ne faire passer qu’un seul message : Árbenz, c’est le communisme dans l’arrière-cour des États-Unis. Il utilise par ailleurs des agents provocateurs qui collent des affiches « communistes » dans Guatemala, la capitale. Une radio clandestine diffusent des programmes d’une mystérieuse « guérilla ».

Un coup d’État est mis sur pied lors d’une réunion entre le Président Eisenhower et les frères Dulles.

Désormais directeur de la CIA, Allen Dulles envisage deux actions : d’abord regrouper les adversaires d’Árbenz pour fomenter un coup d’État violent en éliminant physiquement les principaux opposants (c’est-à-dire les Guatémaltèques élus démocratiquement). Cette première tentative est jugée trop risquée car, trop grossière, elle risque d’enflammer la région. Dulles lance une seconde opération (censément de l’intérieur du pays) : PBSUCCESS. Le chef d’un putsch à venir est choisi en la personne de Carlos Castillo Armas, très introduit dans les milieux de l’armée qu’il devra convaincre du danger communiste que représente Árbenz. Armas forme une « Armée de libération » de 400 hommes. Le 18 juin 1954, il lance ses rebelles, aidés par des mercenaires entraînés au Honduras et au Nicaragua par la CIA, et appuyés par des avions de combats étatsuniens pilotés par des Étatsuniens. Les 400 hommes (à qui la CIA a fourni un Manuel d’assassinat) doivent à tout prix éviter l’armée régulière pour que celle-ci ne réplique pas. La rébellion connaît la déroute. Mais une habile propagande radiophonique (prenant prétexte d’une petite livraison d’armes Škoda en provenance de Tchécoslovaquie) retourne la situation. Les États-Unis prennent les choses en main en intimant l’ordre à l’armée régulière de laisser les rebelles progresser. La peur d’une guerre civile amène une garnison à se rendre aux hommes d’Armas. Árbenz démissionne le 27 juin et quitte le pays.

La presse européenne critique vivement le coup d’État. La CIA tente – sans y parvenir – d’établir une filiation entre Árbenz et l’Union soviétique. Au nombre des témoins du succès de cette junte militaire sans scrupule, figure le jeune médecin argentin Ernesto Guevarra. Le renversement du gouvernement Arbenz qui, à ses yeux, aurait pu et dû se défendre plus vigoureusement, le convainc que les États-Unis s’opposeront désormais à tous les gouvernements progressistes en Amérique du Sud et ailleurs. Il pense également que le socialisme ne peut être défendu que par une population armée et que toute opération militaire est indissociable d’une bonne propagande.

United Fruit et la CIA au pouvoir de 1954 à 1960

Aussitôt après avoir réussi son coup d’état, le relai local de Washington Carlos Castillo Armas, purge les syndicats de leurs syndicalistes actifs et interdit tout parti de gauche. Il annule toutes les lois sociales précédentes et impose un régime policier extrêmement dur. Les paysans sont à nouveau chassés des terres qu’ils travaillent au profit de grands propriétaires. En 1957, le président non élu Carlos Castillo Armas est assassiné par des opposants mais la dictature militaro-policière reste en place.

La longue guerre civile du Guatemala de 1960 à 1996

Les années 1960 voient naître comme partout dans le monde, une aspiration de masse à plus de liberté et d’égalité sociale. Les militaires et policiers guatémaltèques en accord avec leurs donneurs d’ordre US entament une guerre de tuerie systématique des opposants. De nombreux escadrons de la mort sont constitués comme Police militaire ambulante, Guardia de hacienda, Policia judicial, Mano Blanca, Ojo por Ojo… Des peuples entiers sont "déplacés" vers des camps contrôlés de façon totalitaire.

Amnesty International recense « des centaines de milliers de victimes... des dizaines de milliers d’affaires de disparition forcée, d’homicide et d’actes de torture. »

La période la plus sanglante de cette dictature US sur le Guatemala commence avec le coup d’état militaire de 1982.

- Qui organise le coup d’état ? particulièrement la CIA (qui veut éradiquer définitivement l’opposition de gauche dans le pays) et le général Ríos Montt. Celui-ci a été formé par l’École des Amériques (Escuela de las Américas en espagnol), établissement créé par les USA au Panama, principal nid d’assassins, de dictateurs et de fascistes au 20ème siècle. Il a ensuite participé au coup d’état contre Arbenz Guzman en 1954. Candidat de l’Eglise catholique (son frère est l’archevêque du pays) et du parti Démocratie chrétienne lors de l’élection présidentielle guatémaltèque de mars 1974, il est battu. Après avoir reçu plusieurs centaines de milliers de dollars américains de pot-de-vin de la part de la CIA, il prépare un coup d’état.

Le 23 mars 1982, les généraux Efraín Ríos Montt et Maldonado Schaad ainsi que le colonel Gordillo Martínez prennent le pouvoir par un coup d’État avec l’appui sûr de la CIA.

Cette junte proclame l’état de siège, suspend la Constitution et les règles légales en vigueur, crée des tribunaux secrets et se lance dans une guerre sans merci contre l’opposition civile, contre les communautés paysannes, les ouvriers récalcitrants... "Elle entame une campagne contre l’opposition civile, utilisant l’enlèvement, la torture et les assassinats extra-judiciaires. Elle met en place les Patrullas de Autodefensa Civil (PAC, ou Patrouilles d’autodéfense civiles), environ 900000 miliciens recrutés de force par l’armée et ayant comme objectif d’éradiquer la guérilla, tandis que l’unité de contre-insurrection, les Kaibiles, fait preuve d’une cruauté extrême. Ainsi, 440 villages sont complètement rasés ( massacre de Dos Erres etc.), près de 10 000 Indiens massacrés ou jetés par hélicoptère dans l’océan Pacifique." (Citation de Wikipedia, article Rios Montt).

Les massacres fréquents de villages entiers présentent souvent un aspect particulièrement inhumain, macabre, ignoble car les unités militaires et paramilitaires violent et torturent, femmes et enfants compris, avant de tuer tout le monde. « Des exactions encore plus traumatisantes que certains (voire des fois la plupart) des hommes qui composaient ces escadrons provenaient des communautés qu’ils avaient la charge d’exterminer ; ils étaient enrôlés de force puis drogués et alcoolisés » (précision apportée par l’article du site Les anges blonds)

Voici le compte rendu du massacre du village de Plan de Sanchez (une tuerie locale parmi 626) par Amnesty International sur la base des enquêtes judiciaires :

« Le 18 juillet 1982, au petit matin, deux grenades ont été tirées au mortier sur Plan de Sánchez à l’heure où les paysans partaient pour le marché de Rabinal. L’après-midi, une soixantaine de personnes en uniformes militaires, brandissant des fusils d’assaut, ont fait irruption dans le village et ont commencé à rassembler ses habitants, des indigènes de l’ethnie maya-achí.

Une vingtaine de jeunes filles âgées de 12 à 20 ans ont été emmenées dans une maison, où elles ont été brutalisées, violées et assassinées. D’autres enfants ont été battus à mort, tandis que des adultes ont été enfermés dans une maison puis soumis par les soldats à des tirs sans discrimination et à des attaques à la grenade à main.

Des villageois ont été enfermés dans des huttes de paille qui ont été aspergées de gazoline et incendiées. Leurs dépouilles ont plus tard été jetées dans des charniers. »

Durant la dictature de Rios Montt, le peuple maya des Ixils a été victime du génocide de près d’un sixième de sa population, 430 de ses communautés ont été rayées de la carte.

Un journaliste du New York Times publie ce résumé de la situation du Guatemala sous Rios Montt : « Nous n’avons cessé d’entendre la même histoire : des soldats du gouvernement en uniforme arrivent dans un village, rassemblent les hommes et les femmes et les mitraillent. Mais, apparemment, ils ne gaspillent pas leurs balles à tirer sur des enfants. Ils les attrapent par les pieds et leur écrasent la tête contre un mur. Ou encore, ils leur nouent une corde autour du cou jusqu’à ce que mort s’ensuive par strangulation. Nous avons entendu parler d’enfants jetés en l’air puis passés à la baïonnette »

En août 1983 Rios Montt est renversé par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores. En 1985, Rios Montt est cependant décoré par le Pentagone US pour la clarté de sa pensée et de ses actes " Nous ne pratiquons pas une politique de la terre brûlée, mais une politique de communistes brûlés" affirmait-il.

Sur les 200000 tués, 45000 disparus (estimation minimum retenue par la Mission des droits de l’homme de l’ONU) de cette sale guerre d’extermination de la gauche anticapitaliste guatémaltèque, 93% des victimes sont liquidées par l’armée, la police ou les groupes paramilitaires créés par ces deux institutions. Parmi les victimes, il faut également compter 1 million de "déplacés".

Parmi les rapports de la Commission guatémaltèque pour la Clarification Historique, notons l’introduction de celui sur l’esclavage sexuel imposé :

« Je ne pouvais pas leur répondre alors ils m’ont mis une arme sur la poitrine et une autre dans la bouche et ils ont abusé de moi ». Durant le conflit armé guatémaltèque qui s’est déroulé entre 1960 et 1996, les actes de violations sexuelles ont fait partie d’une pratique généralisée, massive et systématique, réalisée par les agents de l’État dans le cadre de la politique contre-insurrectionnelle.

Les actes de violations sexuelles ont été largement utilisés comme un instrument de guerre et un outil permettant de faire régner la terreur. Ceux-ci étaient dirigés dans leur très grande majorité contres des femmes indigènes vues comme appartenant à l’ennemi intérieur qui devait être anéanti... Un des points commun des témoignages des victimes était le témoignage du travail forcé au sein du détachement militaire se traduisant par diverses tâches, telles que cuisiner pour les officiers et les soldats ou encore laver leurs vêtements... Outre le fait que la majorité des femmes étaient d’origine maya, elles partageaient également le fait que leurs époux avaient été arrêtés ou enlevés par les forces militaires. Ceux-ci étaient pour la plupart des leaders paysans et/ou travaillaient pour le « Comité de Terres » dont l’objectif était d’obtenir la propriété de la terre... Une des victimes a raconté comment les soldats sont arrivés chez elle à la recherche de son mari et comment ils ont abusé d’elle lorsque celle-ci a répondu qu’elle ne savait pas où il se trouvait. Après avoir réussi à fuir dans la montagne, elle s’est retrouvée sans nourriture et sans abri. Elle a mené une lutte acharnée pour survivre mais a perdu 3 de ses enfants dont une fille enceinte sauvagement tuée à coups de machette.

Les prisons de concentration et de récréation méritent aussi le qualificatif d’ignobles.

Le 10 mai 2013, le général Efraín Ríos Montt est condamné par la juge Jazmín Barrios à 50 années de prison ferme pour génocide et 30 ans ferme pour crimes contre l’Humanité.

A) Les USA complices de génocide au Guatemala

La récente condamnation de l’ex-président Rios Montt (1982-1983) du Guatemala pour génocide a été annulée ce mardi 21 mai par la Cour constitutionnelle, et ce uniquement pour vices de procédure. Le procès devra être repris. En même temps, il n’a jamais été fait allusion à la complicité du gouvernement états-unien de l’époque dans le génocide.

Les médias européens ont relayé la condamnation, mais sans évoquer cette complicité américaine. Quant aux médias étasuniens, ils ont pratiquement passé l’affaire sous silence, et plus encore le rôle de leur propre gouvernement et de leur président dans les violations des droits de l’homme.

L’Ecole des Amériques

Cette complicité n’est pas juste un aspect secondaire de l’action judiciaire. Le soutien américain au régime militaire de l’époque au Guatemala a été fondamental, tant pour le maintien du régime lui-même que pour le soutien logistique et politique aux crimes commis par la junte militaire guatémaltèque.

Pour commencer, il y a la tristement célèbre Escuela de las Américas (Ecole des Amériques), un centre de formation militaire américain où des milliers d’officiers sud-américains ont été entraînés et formés. Nombre d’entre eux se sont révélés ensuite de sanglants dictateurs dans leurs pays respectifs. L’un des programmes importants qui y étaient « enseignés » était l’entraînement aux « techniques d’interrogatoire » efficaces. Le Guatemala lui aussi a envoyé plusieurs cadres de l’armée à cette « école ». L’un des élèves ayant bien appris leur leçon était Efraín Ríos Montt.

Le journaliste d’investigation américain Robert Parry a collecté des documents officiels, parmi lesquels le planning militaire du gouvernement dirigé par le général Ríos Montt entre 1982 et 1983. On y voit que toute la population maya Ixil, enfants compris, était devenue une cible militaire.

La tactique de la terre brûlée

Des fonctionnaires états-uniens avaient écrit que les organisations de la guérilla de gauche combattant le régime avaient réussi à endoctriner les Ixils paupérisés et bénéficiaient de leur appui total. D’où la politique de la terre brûlée, qui détruisit plus de 600 villages indigènes. Toutefois ce génocide n’est pas uniquement le fruit d’une idéologie anticommuniste élaborée par les élites politiques et militaires guatémaltèques. Ce génocide a bel et bien été soutenu par la logistique tout autant que par l’idéologie du gouvernement présidé par Ronald Reagan.

Robert Parry évoque les documents qu’il a récemment découverts dans les archives de la Bibliothèque Reagan à Simi Valley en Californie. Ils indiquent que le président Reagan et ses conseillers de la sécurité nationale décidèrent en 1981 d’accorder une aide militaire au régime guatémaltèque qui voulait éliminer non seulement les « guérillas marxistes » mais aussi toutes les personnes qui étaient associées aux « mécanismes de soutien de la population civile à la guérilla ».

Conditions restrictives

Cette aide états-unienne prit forme concrète au printemps 1981. Le prédécesseur de Reagan, le président Jimmy Carter (1977-1981) et le Congrès (où les Démocrates furent majoritaires pendant des années) avaient imposé des conditions restrictives à cette aide, en relation avec le respect des droits de l’homme. Dès sa prise de fonction, le président Reagan entreprit d’assouplir ces conditions.

Le document indique : « Si Lucas (Romeo Lucas García, alors encore président du Guatemala, ndr) est disposé à donner des garanties pour que des mesures soient prises afin de cesser la participation du gouvernement à l’assassinat sans discrimination d’opposants politiques et crée le climat permettant d’instaurer un processus électoral réalisable, les Etats-Unis se prépareront immédiatement à approuver certaines ventes militaires ».

Pour Robert Parry, l’expression « sans discrimination » donne à réfléchir, comme si le gouvernement du président Reagan n’avait aucun problème avec le meurtre de citoyens, du moment que ceux-ci étaient considérés comme sympathisants des guérilleros en lutte contre les oligarques et généraux de l’armée qui tenaient le pays sous leur coupe depuis 1954 (année où la CIA organisa le renversement du président élu Jacobo Arbenz, parce que celui-ci avait introduit quelques réformes sociales modérées au profit des travailleurs agricoles mais aux dépens de multinationales américaines comme United Fruit, la future Chiquita).

Rétablissement de bonnes relations

Le secrétaire d’Etat de l’époque, Alexander Haig, désigna Vernon Walters comme envoyé spécial afin de s’entretenir avec le président Romeo Lucas García. Vernon Walters écrivit à ce sujet : « Le secrétaire d’Etat m’a envoyé ici pour voir si nous pouvons trouver une manière de fournir une aide matérielle à votre gouvernement ... Nous avons minimisé les déclarations publiques négatives de la part de certains fonctionnaires américains sur la situation au Guatemala … Nous avons conclu un accord avec le Département du Commerce pour la vente à hauteur de trois millions de dollars de camions et de jeeps pour l’armée du Guatemala … Nous voulons rétablir aussi vite que possible les fournitures militaires traditionnelles et la relation pour les entraînements ... »

Il ressort clairement d’un télégramme secret d’avril 1981 (rendu public dans les années ’90) que la CIA confirmait les bains de sang du régime au Guatemala, alors même que le président Reagan s’attachait à assouplir l’embargo militaire. Le 17 avril 1981, la CIA décrivit un bain de sang perpétré par l’armée à Cocob, près de Nebaj. Elle ajouta que « les autorités guatémaltèques admettaient que beaucoup de citoyens avaient perdu la vie, et que beaucoup n’étaient pas des combattants.

Un télégramme du Département d’Etat daté du 5 octobre 1981 indique que le président Romeo Lucas García a dit à Vernon Walters que son gouvernement poursuivrait la répression et que cette répression fonctionnait d’ailleurs avec succès contre la menace de la guérilla. Le 15 octobre 1981, la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) publiait un rapport dans lequel elle accusait le Guatemala de « milliers d’exécutions illégales ».

Résistance ou fuite sont aveu de culpabilité

Le rapport CIA de février 1982 décrit un encerclement de la région Ixil par l’armée. La CIA décrit ainsi le modus operandi des militaires : « Quand une patrouille de l’armée constate une résistance dans une ville ou dans un village, elle part du principe que toute la ville est hostile et elle la détruit. Quand l’armée trouve un village déserté, elle présume que la population soutenait l’EGP (Ejército Guerrillero de los Pobres = l’armée de guérilla des pauvres, ndr), et elle saccage le village. Il y a des centaines, sans doute des milliers de réfugiés dans les collines, sans abri où retourner » …

Début février 1982, Richard Childress, un des conseillers du service de sécurité nationale des USA écrivait dans une note secrète que pendant au moins quinze ans de lutte ininterrompue contre la guérilla, le gouvernement du Guatemala « était totalement compromis dans une répression impitoyable et inflexible. Il n’y a pas pratiquement pas un seul soldat qui n’ait pas tué de « guérillero » ».

Des fusils et des haricots

Et pourtant le président Reagan continua de livrer du matériel militaire. En juillet 1982 le commandant en chef de l’armée, le général Efraín Ríos Montt – qui entre-temps avait renversé son président pour devenir lui-même président – lançait une nouvelle campagne de « terre brûlée », qui fut baptisée « Des fusils et des haricots ».

Les Indiens contrôlés recevaient de la nourriture et tous ceux qui étaient suspects recevaient des balles. Des dizaines de milliers de citoyens furent assassinés par les escadrons de la mort au cours de sa dictature. La condamnation récente ne concerne qu’une seule des nombreuses campagnes d’assassinats pendant sa brève présidence d’à peine 17 mois.

Le président Reagan suivait à 100 % la ligne de son ambassade au Guatemala, qui rejetait les mises en garde alarmantes de multiples organisations pour les droits de l’homme comme relevant des campagnes de propagande et de désinformation d’inspiration communiste.

Un homme tout dévoué à la démocratie

Le président Reagan, après une visite de Rios Montt à Washington, fit son éloge comme étant quelqu’un de totalement dévoué à la démocratie ». Un télégramme secret (février 1983) de la CIA évoquait entre-temps « une violence émanant d’une droite suspecte » - des étudiants et des professeurs ayant été enlevés et leurs cadavres abandonnés dans des fossés et des ravins.

Cela n’empêcha pas le rapport annuel sur les droits de l’homme du Département d’Etat US, le Ministère des affaires étrangères, de louer « l’amélioration » de la situation au Guatemala. Le 17 mars 1983, l’organisation états-unienne Americas Watch condamnait l’armée du Guatemala pour atrocités à l’encontre de la population indienne. Et pourtant en juin 1983 l’envoyé spécial du président Reagan, Richard B. Stone, vantait les « changements positifs » sous le gouvernement de Ríos Montt.

Israël au secours des Etats-Unis.

Ce dernier insistait auprès du gouvernement étasunien pour obtenir 10 hélicoptères UH-1H et 6 navires de patrouille. Mais le Congrès restait très sceptique et il refusa d’allouer des fonds. Comme le Guatemala lui-même ne disposait pas du financement nécessaire, le gouvernement Reagan prit des mesures afin d’aboutir par l’intermédiaire d’Israël. Israël et son service de renseignement extérieur, le Mossad, ont d’ailleurs joué un rôle important dans le conflit armé interne au Guatemala.

Après un nouveau coup d’Etat, cette-fois du général Oscar Mejía Víctores, Ríos Montt fut renvoyé. Sous le nouveau dictateur, la terreur et l’impunité dépassèrent toutes les bornes, même pour le Congrès américain. Lorsque trois Guatémaltèques travaillant pour l’Agence internationale de développement des Etats-Unis furent assassinés en novembre 1983, le gouvernement américain reporta la vente de pièces de rechange pour hélicoptères, un montant de 2 millions de dollars. Un mois plus tard, le président Reagan envoya tout de même les pièces.

En 1984 il réussit à persuader le Congrès d’approuver 300.000 $ pour entraîner l’armée au Guatemala. A la mi-août ’84 le diplomate états-unien Alberto Piedra réussit à faire intensifier l’aide militaire. A la même époque, Americas Watch écrivait : « Le ministère des affaires étrangères du président Reagan semble plus préoccupé de l’image de marque du Guatemala que de l’amélioration des droits de l’homme ».

Commission vérité 1999

Ce n’est qu’en 1999, une décennie après la période aux affaires du président Reagan, que les horreurs commises au Guatemala furent rendues publiques par la Commission pour la Clarification Historique, une commission vérité internationale qui se basait notamment sur des documents que le président Clinton avait fait déclassifier.

Ce rapport intitulé « Guatemala, Mémoire du Silence » souligne notamment que « le gouvernement des Etats-Unis, via différents organes dont la CIA, a soutenu directement et indirectement certaines opérations de l’Etat ». Le rapport conclut aussi que le gouvernement états-unien avait donné argent et formation à l’armée du Guatemala qui avait perpétré « des actes génocidaires contre les Mayas ».

Il est encore trop tôt pour dire si la première condamnation de Rios Montt pour génocide sera confirmée ou non après un nouveau procès. Quoi qu’ait pu manigancer ce dictateur militaire, de toute façon il est certain qu’il a commis ce qu’il a commis avec la bénédiction et le soutien du gouvernement états-unien. Il faut ajouter que les faits qui viennent d’être jugés – l’extermination de 1200 Indiens Mayas Ixils – ne constituent qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste. Dans cet ensemble total, les Etats-Unis ont joué un rôle éminemment crucial.

Jacques Serieys


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