Enfance et école dans la banlieue rouge

lundi 10 juin 2019.
 

Georges Courbot "Je suis né dans le socialisme" . Prologue de son récit autobiographique : La pierre

Enfance et école dans la banlieue rouge : Deuxième partie de LA PIERRE ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier) ci-dessous

C’est décidé, je serai fraiseur. Troisième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre

Chez Citroën. Quatrième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre

Au lycée Vauban pendant la guerre d’Algérie. Cinquième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre

Depuis 1950 mes grands parents ont quitté le petit pavillon de Colombes et ils habitent un petit logement d’ une pièce cuisine à LA GARENNE COLOMBES dans le quartier ouvrier des cheminots.

Ce quartier, petit bourg sympa de banlieue comporte la cité SNCF ; plusieurs centaines d ’employés travaillent aux ateliers d’ entretien des trains de l’Ouest.L’ environnement est extraordinaire pour le gamin que je suis. Derrière le boulevard qui conduit au pont de Neuilly où sont implantées de grosses entreprises (dépôt RATP. PEUGEOT CADUM, SIMCA etc...) se trouve un énorme nomansland. Sur des Kilomètres, des jardins ouvriers, des terrains vagues allant en largeur jusqu’à Nanterre (c’ est sur cette bande en proximité de Nanterre que s ’édifieront dans cette période les fameux bidonvilles immigrés).

De plus les cheminots ont un équipement rare à l’époque : le stade des cheminots de l’ouest : l’ ASCO. Là on peut faire du sport encadré par des moniteurs compétents et surtout dévoues. La majeure partie d’entre eux est au PC. Dans cet environnement je suis tres heureux, libre de vivre des aventures.

CYPRIEN l’ancien poulbot répète toujours : VAS OU TU VEUX, MEURS OU TU DOIS malgré l’angoisse de CATHERINE.

En octobre 1949 j’entre au CP de l’école ERNEST RENAN rue Roussel. Je me suis fais des potes, souvent des fils de cheminots ; pas de copines car nous sommes séparés par un mur de deux mètres de haut ; puis elles sont bizarres ces quilles comme nous les appelons.

Le jeudi, je vais au patronage laïque de l’école ; les monos sont des instits qui arrondissent leur petit salaire. Ils sont sympas, inventifs, bref c’ est super ; ils sont aussi au PC ou sympathisants. C’ est là que le fossé se creuse entre ceux du laique et ceux qui vont au catéchisme ; on ne s’aime pas, on joue très peu ensemble. Un jour il y en a un qui vient en tenue de louveteau avec des rubans partout ; les potes et moi on est scandalisé ; nous on n’a pas le droit de venir avec nos foulards rouges de pionniers. On le hue, le bouscule un peu ; LE DIRECTEUR, MR GRAND, fend la meute(nous sommes 500 au moins dans l’école de garçons, autant pour les filles). Il se plante devant le garçon et lui dit "Mr BENTOT vous avez le temps ; retournez chez vous pour vous habiller correctement et vous vous présenterez à mon bureau".

Tout le monde porte une blouse noire ou grise, des culottes courtes et des galoches. On reconnait le niveau social aux galoches ; certaines sont en carton bouilli avec des fers au bout et dessous des morceaux de pneus découpés cloués et collés ; moi j ai des brodequins en cuir, une grande pèlerine en tissu caoutchouté (le cache misère comme dit Catherine), une culotte courte de velours et pull avec des raies horizontales.

Comme dit CYPRIEN je ressemble à un coureur du tour de France. C’est Catherine qui les tricote avec de la laine de récupération ; elle récupère tout, me fait baisser pour ramasser dans la rue un bouton,une vis meme un boulet de charbon ; elle a l’oeil partout, rècupère tout. Je suis devenu pareil.

BENTOT doit donc se présenter au" dirlo" ; on sait ce qui l ’attend, la punition suprême et ordinaire : il va falloir qu’il calligraphie cinq lignes d’ écriture à la sergent major sans faute. Cela ne poserait aucun problème à CYPRIEN mais à’ n importe lequel d’ entre nous : OUI. Il va falloir en faire des cinq lignes d’ écriture pour qu’enfin cela convienne à Mr GRAND. Ce dernier ne m’a jamais épargné ; j’ai moi aussi tiré la langue sur les cinq lignes. Ce dernier discutant souvent avec mon grand père, je pensais qu’ils se connaissaient bien. Etait-il au PC ou était-ce la rangée de petits rubans à la boutonnière de CYPRIEN ?.

Je ne peux éluder mon parcours scolaire, surtout mon année passée en CE2 dans la classe à la Garenne Colombes de Monsieur Fernand OURY, cet instituteur pratiquant la pédagogie FREINET est pour beaucoup dans mon évolution. Je lui dois la capacité à travailler seul à mon rythme, à chercher, découvrir, s’ exprimer, avoir le culot de faire du porte à porte pour la vente du petit lutin garennois, le passage à l ’écrit etc....

Cet homme qui a été reconnu dans sa profession ; a su donner aux enfants en grande difficulté que nous étions le goût du combat, de la réflexion et de l’engagement. 20 ANS après, lors du défilé du 1er mai, arrivés en fin de manif au père LACHAISE un homme me tend la main afin de faire la chaîne de sécurité ; je regarde cet homme ,pense le reconnaitre je lui dis : vous êtes Fernand OURY ? Il me regarde, me détaille, réfléchit et me dit : "tu es Georges COURBOT". C’ est extraordinaire, n est ce pas ? nous nous sommes revus plusieurs fois .Il m’ a invité chez MASPERO pour la sortie du livre écrit en commun avec AIDA VASQUEZ. Nous avons aussi recherché et trouvé certains anciens élèves. Nous avons découvert que pratiquement tous etaient des militants engagés soit en politique soit au syndicat. Cet homme était un monument de l’Education nationale. Il travaillait dans les banlieues les plus défavorisées ; en grande partie, il a été l’artisan de mon engagement et pour bien d’autres encore.

Les grandes parties de ballon, de gendarmes et voleurs dans la plaine (je remarque que je préfère être voleur ou indien que gendarme ou cow-boy, pourquoi ?), les bagarres de sarbacanes ,de lance pierres... je rentre le soir fourbu, égratigné heureux.

Attention mes grands parents ne sont pas des tendres. Je me souviens pas d’avoir pris une "calotte" (tiens pourquoi disait-ils calotte ? Qu’ est ce que le curé vient faire là dedans ?). Le regard noir de bondempère ou le regard vert de bonnedenmère suffisait à me plaquer sous la table ; ils étaient déterminés à respecter les autres mais aussi à se faire respecter.

Quand nous allions à PARIS faire des courses nous prenions le METRO. CYPRIEN, grand invalide de guerre, nous faisait asseoir aux places réservées aux personnes en difficulté à se tenir debout ; dès qu’une femme montait sans trouver de place assise il me regardait, je me levais et cèdais ma place si encore une autre femme montait dans le wagon c’était lui qui cédait sa place ...

Cela c’était le respect des autres qu’il m’a inculqué. Une fois, ils m’ avaient emmené au jardin d’ acclimatation ; nous sommes revenus en bus ceux à plate forme arrivés à destination ma grand mère s’ est engagée pour descendre, le contrôleur ayant ôté la chaine de sécurité. Deux hommes jeunes, selon moi 25.30 ans, la bousculent pour descendre avant elle. CYPRIEN en attrape un par le bras et lui reproche son incorrection ; le type lui jette "vieux con".

Mal lui en a pris. CYPRIEN le prend par le col du veston et lui met un coup de boule ; le type tombe a la renverse, saigne, son collègue s’approche menaçant ; il reçoit un coup de pied sous le genou, se plie en deux criant de douleur ; il a du lui péter le ménisque. Je suis tremblant de peur mais fier de mon héros. Il faut préciser que le grand père a pratiqué la savate et la canne dans ses jeunes années montmartroises.

Un autre souvenir, Cyprien est à l’hôpital il s’est fait mal en tombant ; on s’inquiète ; ma mère décide de contacter son frère EUGENE.

Lui aussi un drôle de type évadé de Rawaruska puis Résistant, il s’engage pour la durée de la guerre, finit lieutenant puis constate que beaucoup d’anciens nazis s’engagent dans l’armée française pour s’éclipser en Indochine. Il est revenu d’Indochine avec trois doigts en moins et surtout une jambe, officier de la Légion d’honneur etc. Il marche donc avec un pilon. Je ne l’avais jamais vu, je suis impressionné par ce grand gaillard de 1M85. Ma mère a décidé de nous réunir autour d’un repas. Mon oncle dans le feu de ses souvenirs lance à ma grand mère "la mère tu as été vache quand on était jeunes" CATHERINE BONDIT LUI DEMANDE DE SE LEVER ET LUI ADRESSE UNE PAIRES DE CALOTTES QUI RESONNENT ENCORE DANS MA TETE. Il répond, penaud, MERCI MAMAN. Je suis abasourdi ;il est beau le grand homme officier de la légion d’honneur.....

Non ils ne sont pas tendres mais débordent tellement d’amour pour moi.


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