Appelé dans l’armée en 1962 1963 1964

lundi 6 novembre 2017.
 

Georges Courbot "La pierre". Prologue de son récit autobiographique "Je suis né dans le socialisme"

Chez mes grands parents : Cyprien le rouge et Catherine la tsigane. Première partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

Enfance et école à La Garenne Colombes : Deuxième partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

C’est décidé, je serai fraiseur. Troisième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Chez Citroën. Quatrième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Au lycée Vauban pendant la guerre d’Algérie. Cinquième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

17 ans en 1960 (6ème partie) : Usine, banlieue et vacances

Jojo et Josy (7ème partie)

Je suis né dans le socialisme 8ème partie : Appelé dans l’armée en 1962 1963 1964

J’ai déjà effectué les trois jours de préparation militaire où ma situation familiale (enfant unique) et ma condition physique et sportive jouent contre moi. Ils veulent m’expédier à Tarbes dans les parachutistes et après les 2 mois de classe direction l’Algérie !

J’explique au capitaine que j’appelle Monsieur mon profond refus de faire la guerre à des gens qui ne m’ont rien fait. C’est bon dit-il, vous êtes mécanicien, vous irez dans le service du Matériel (les accords d’Evian sont déjà signés). Je croyais qu’il me faisait une fleur, mais en réalité il m’envoyait dans un champ d’orties et cela il ne pouvait l’ignorer.

Je reçois ma feuille de route pour le 5 Novembre à Montluçon pour 2 mois de classe.

Le 4 Novembre au soir départ, Marinette et Josy tout le monde pleure. Incorporé à Montluçon après accueil dès la sortie de la gare, pas difficile de me repérer avec ma petite valise en aluminium. Nous sommes des centaines à cette incorporation.

La caserne se compose d’une dizaine de bâtiments abritant chacun une compagnie de 300 bonhommes. Je me retrouve dans un magasin où on me distribue au juger de ma taille des paires de chaussures, des pantalons, des chemises, des gamelles, puis des vestes, du cirage, des chaussettes, une autre veste, déjà dix fois que j’ai ramassés des tenues à terre qui ont échappé à mes bras, arrive le casque en plastique. J’en ai 30 centimètres au-dessus de ma tête ; ce n’est pas fini des guêtres, encore des trucs qui tombent, les espadrilles, le suis entrain de jongler, je ne vois pas devant moi, nous nous bousculons, on me balance un casque en acier, j’écarte les bras, le pantalon tombe, comment le récupérer ? Je le pousse à l’estime avec mes pieds, à la fin du labyrinthe on me donne un sac et là soudain tu comprends tout ! Tu es dans un endroit de dingues, ça crie, ça gueule, t’ es affolé…..Je perçois le côté débile ou pire de conditionnement qui commence ici. Si ils m’avaient donné le sac au départ du trajet de distribution de l’équipement j’aurai eu beaucoup moins de soucis !

Je suis projeté dans un autre monde. Je vais être conditionné, perdre mes repaires. Je me dis il va falloir rester lucide et s’accrocher, passer inaperçu, ne pas se faire repérer, se cacher dans le troupeau afin de garder son arbitrage, son raisonnement et sa lucidité. C’était ma première journée à Montluçon. Le soir j’écris ma première lettre à Josy.

Cette missive sera la première d’une relation épistolaire qui atteindra plus de 700 échanges comme convenu entre nous. Seul l’échange et le sentiment importent, la syntaxe, le vocabulaire et l’orthographe ne prime pas. Ces lettres répertoriées, numérotées et datées vont dormir sagement dans des boîtes à chaussures pendant 50 ans. Elles nous accompagnent dans nos déménagements. Elles relatent nos frustrations et de la construction de notre relation. Relation qui se concrétisera dans le cours de nos échanges le 13 Juillet 1963.

La rédaction de « La Pierre « m’oblige à une recherche de repères et de souvenirs enfouis dans notre mémoire par le temps. C’est maintenant en Juin 2013, alors que nous sommes touchés par des problèmes de santé et conscients de l’échéance qui se rapproche , nous avons décidé tous les deux ensemble d’une relecture de notre correspondance. L’un et l’autre nous attendions à trouver des échanges mièvres chargés de banalités et de peu de qualités. Aucun de nous deux n’à bénéficié d’études supérieures. Cette réouverture de courrier nous a surpris par sa sincérité, surpris de la construction régulière et exceptionnelle de notre amour. Surpris aussi par la qualité d’écriture de certaines lettres. Surpris par la passion extraordinaire qui nous a liés.

Cette année 2013 qui marque notre cinquantième anniversaire de mariage, ce nouvel examen de nos années jeunesse, nous fait prendre conscience que notre vie écoulée n’a pas été un long fleuve tranquille, au contraire un fleuve perturbé par moments par des affluents tumultueux, perturbateurs et destructeurs.

La redécouverte de notre passion après tant d’années nous donne l’envie de réanimer le feu , en réchauffer les braises pour les quelques années qui s’offrent encore devant nous.

Revenons à Montluçon où j’effectue mes deux mois de classe. Ces deux mois sont employés au dressage disciplinaire, maniement d’armes, marches en groupe au pas cadencé, longues marches de jour, de nuit, il fait froid, il pleut, nous sommes mal nourris. Je vais perdre 7 Kgs pendant cette période. La brutalité de l’encadrement surtout les gradés ADL (au-delà de la durée légale), les hurlements, les ordres, les contre-ordres, les changements de tenue à la vitesse de l’éclair, tombent aussi les punitions, les corvées, c’est ainsi que je passe ma journée libre du 11 novembre à nettoyer 300 pots de yaourt en verre pour la raison : je suis blond et ma tête dépasse le groupe ! Souvent par la suite en rassemblement je fléchirai mes genoux afin d’être au même niveau que les autres têtes. Ne pas se faire repérer, se noyer dans la masse.

Les Week-end sont consacrés aux piqûres obligatoires pour partir en Algérie. Devant subir la fameuse injection de TABDT on nous rassemble dans la cour section par section (40 bidasses a peu près) et nous sommes dirigés au pas cadencé vers le bâtiment faisant office d’infirmerie. Je suis conscient que cela va faire mal, je me souviens de mes précédentes vaccinations. Je suis étonné de voir à l’entrée du bâtiment des gus munis de brouettes ! Dans ma tête je pense qu’ils doivent attendre pour aller chercher du bois ou des végétaux.

Nous pénétrons dans l’infirmerie. Tout est organisé, un labyrinthe est formé avec des bancs. Dans un premier temps on nous fait ôter la veste de treillis, puis la chemise, le maillot de corps, tout cela en avançant doucement pas à pas. Le labyrinthe nous conduit dans une autre salle. Devant nous un type avec un coton imbibé d’alcool nous tamponne l’épaule gauche, quelques pas plus loin un autre nous plante une aiguille dans le dos. Je vois les gars progresser devant moi avec l’aiguille fichée dans le dos. « Josy je pense à toi, je me concentre sur ton visage » ! Quelques pas plus loin un autre type tient dans ses mains une énorme seringue graduée, il visse la seringue puis injecte une giclée de vaccin. Je ferme les yeux, heureusement je vois Josy.

La douleur est intense, un autre coup de coton sur l’épaule endolorie et je remets mes vêtements. Je sors dehors en faisant des moulinets avec mes bras pour que le liquide se dilue dans mon omoplate. Et là je comprends ma présence des brouettes ! Des gars sont tombés dans les pommes, parfois même avant d’être vaccinés, rien que de voir l’aiguille fichée dans l’épaule du type de devant. L’injection est très approximative et aléatoire, le type à la seringue étant pressé par le temps et la file des pénitents qui s’avance régulièrement vers lui.

Revenu dans la chambrée les potes sont choqués, certains gémissent. Je réussi cependant à convaincre deux ou trois courageux de venir dans la cour faire une partie de ballon afin de ne pas laisser la douleur s’installer. Mon épaule me fera tout de même souffrir pendant tout le Week-end. Certains auront de la fièvre. Mais chapeau pour l’armée ! Vacciner 300 gus en si peu de temps cela devrait être inscrit au Guiness des records.

Pendant ces deux mois je retrouve les méchancetés et brimades exercées sur les jeunes recrues. La rumeur coure malfaisante, destructrice pour le moral des troupes. Il est beaucoup question du départ en Algérie début Janvier. Je suis à l’écoute de ces vraies fausses informations. L’une d’entre elle retient mon attention : si j’ai des bons résultats (car nous sommes notés) pendant les classes je pourrai intégrer le peloton de formation des brigadiers du Matériel. Cette formation de quatre mois se déroule à Metz. Pour moi c’est quatre mois de gagnés car je suis toujours déterminé à ne pas sévir en Algérie. Mon responsable de chambrée, un brigadier est lui-même passé par Metz, il en garde un souvenir dantesque !

J’ai de bons résultats, je dois obtenir facilement mon accès à la formation de brigadier. Quatre mois de gagner, après je verrai bien ! Cela vaut bien une Metz (on dit messe). Je décide d’aller en enfer ! De plus bonus pour ceux qui partent sur Metz, nous bénéficions de deux permissions comprenant Noël et le Jour de l’An. Huit jours dans la famille, mais surtout avec Josy.

2 Janvier 1963 : je débarque à Metz. Metz la blanche, tout est enneigé. Il fait un froid de canard.

Le CFBSM (formation des brigadiers du service du Matériel) mais nous disons CF, se situe en périphérie de la ville à 7 Kms de la gare. Trajet à accomplir à pieds dans la neige, une permission cela se mérite. Une grande caserne de type allemand regroupe 5 compagnies de plus de 200 conscrits chacune. Ce service du matériel est répertorié comme corps disciplinaire, nous n’avons pas droit à la fourragère juste les pattes sur l’épaule, pour moi c’est tant mieux. Une discipline renforcée tout cela parce que des aînés il y a 10, 20 ans, nous ne savons plus se sont rebellés et portés la crosse du fusil en l’air. Rumeur ou pas ici nous en bavons. Ils ont du sélectionner l’encadrement qui se révèle souvent par sa cruauté et son sadisme !

Je suis affecté à la 3eme compagnie spécialisée dans la formation auto char, la mécanique. Je préfère cette option plutôt que la formation optique, armement petit et léger calibre assumée par la 4eme compagnie. Ici il n’y a que des crânes rasés, c’est parfois deux fois par semaine que notre tête est soumise à la tondeuse électrique du coiffeur. Coiffeur c’est un bien grand mot, les types dans le civil sont soudeurs, chaudronniers etc.

Quatre mois à passer avec des cours de théorie militaire, de mécanique, de commandement, des longues marches de jour, de nuit, parcours du combattant, parcours du risque (faut pas se louper), des rallyes, de nombreuses gardes (nous assurons aussi des gardes sur des sites extérieurs à la caserne), tirs au fusil, au pistolet mitrailleur et au fusil mitrailleur. Tous ces exercices font l’objet de notation à la sortie du peloton. Nous sommes affectés en fonction de notre rang de sortie. Mais ces différentes évaluations ne nous sont jamais communiquées. Seuls les résultats des tirs nous sont donnés sur le pas de tir. Je ne dispose que de cette information : je suis le meilleurs de la compagnie (merci mes sorties dans les fêtes foraines !). Pour le reste c’est le flou intégral. Le spectre de l’Algérie est toujours présent.

Le climat est rude ici, cet hiver 63 est une horreur : neige, glace, nous ne reverrons la terre ferme que fin Mars. Ce froid qui après tant d’années me glace encore ! La Moselle est gelée, nos larmes gèlent sur nos joues, les gardes de nuit où nous partons en plus de la tenue complète d’hiver une grande cape de drap de laine avec capuche sont limitées à 1H de faction.

Il fait jusqu’à -25°, et en plus ce vent ! Sortis de la douche une fois par semaine le peu de cheveux qu’il nous reste gèlent sur notre tête. Plus d’eau, les conduites sont gelées, pour le café nous faisons fondre de la neige. Pas de chauffage dans les chambrées ou 3 cm de glace colle à l’intérieur des carreaux. Pour les besoins naturels un calvaire de plus : nous pissons sur des blocs d’urine gelés l’objet de notre soulagement se prenant immédiatement sur les stalagmites d’urine. Nos doigts se collent au contact du fusil lors des maniements d’armes effectués sans les gants. Les hommes tombent comme des mouches. Des chambrées sont consignées sanitaires ; la scarlatine, la rougeole, les oreillons et d’autres maladies normalement infantiles déciment notre compagnie. Nous ne sommes plus qu’une quarantaine aptes au service et nous nous coltinons les corvées, les gardes pour suppléer les consignés sanitaires. L’infirmerie est pleine. La consigne sanitaire impose la suppression de permissions pendant toute sa durée. Je me shoote aux suppositoires, aux sirops, je ne veux pas être malade ! Dans la chambre, nous nous tenons les coudes, nous partageons les médicaments car la grande majorité veut bénéficier de la perme bimestrielle et moi je veux retrouver ma Josy qui a envahi toutes mes pensées. Ils ont même annulé les marches de nuit, car nous restons si peu nombreux debout que ce serait ridicule.

Avec ce cadre de vie, à part les résidents proches de Metz personne ne désire être affecté définitivement au CF. Jacky un bon copain depuis Montluçon est avec moi à Metz, il habite dans l’Aisne, cheminot il bénéficie de la gratuité du train, nous discutons, lui aussi pense comme moi : l’Algérie c’est contraire à ses idées. Nous prenons la décision de nous porter volontaires dès à présent pour rester à Metz comme brigadiers instructeurs, malgré la rigueur de l’endroit. Tous les autres cherchent à se tirer ailleurs, notre demande ne peut qu’être satisfaite. Elle le sera, volontaires nos restons ici comme d’autres seront contraints et forcés.

A la fin Avril 63, les examens de sortie ont été passés et les résultats de notre formation sont publiés. Je suis reçu brigadier 22eme sur 400. Jacky et moi allons assister aux affectations futures des reçus. Mon classement m’offre la possibilité de multiples affectations sur Paris. Mais hélas pan sur le bec de Jojo, je ne suis pas concerné car j’ai fait le choix de Metz par anticipation. J’aurai été si bien à Saint Germain en Laye tout près de ma Josy ! Très mauvaise soirée avec Jacky, nous sommes désespérés.

Afin de nous préparer à notre tâche d’instructeurs, tous les affectés à Metz vont bénéficier d’un stage pédagogique de trois semaines qui devrait déboucher selon la rumeur à la promotion de sous officier, pour nous on dit Maréchal des Logis où en langage bisasse « margi » Un officier appelé est chargé d’encadrer notre stage. Il est bizarre ce sous lieutenant avec son béret comme une tarte et sa tenue dans laquelle il semble emprunté. Nous apprenons toujours par la rumeur qu’il est magistrat dans le civil. Très sympa il pratique une pédagogie très libertaire, j’en profite pour rédiger mon courrier à Josy au chaud.

Un jour le chef de corps pénètre brusquement dans notre salle de cours, j’ai juste le temps de dissimuler ma lettre et son enveloppe sous mon cahier de cours. Comme c’est la règle, le premier gus qui a vu entrer l’intrus hurle « A vos rangs fixe « Je suis anxieux, ici tout peut arriver. Notre sous lieutenant n’est pas décontenancé, il s’avance vers le commandant et lui tend la main « Bonjour Monsieur » Je suis ébahi, cela va mal tourner cette affaire !!. Bien sur l’autre refuse la main tendue et nous ordonne de poursuivre nos travaux, travaux que je ne vais pas reprendre. Bien sûr je ne suis pas ici pour faire ma correspondance.,, Le commandant dit à notre pédagogue » MICHEL suivez moi immédiatement vous avez compris ! « Il s’agissait du fameux juge MICHEL plus tard pourfendeur de la mafia marseillaise. Il y laissera sa vie. Il est tout de suite extrait de notre formation et sera chargé par la suite de l’éducation musicale et artistique du C.F. Un endroit où beaucoup récupéreront de leurs nuits de garde répétées.

Mai 63 je suis affecté à la 4eme compagnie comme brigadier instructeur avec mon copain Jacky.

J’ai tout fait pour éviter l’Algérie, mais cette dernière me rattrape : les parents de Josy y partent en coopération pour remettre en route les chemins de fer Algériens. Dilemme ils ne veulent pas laisser seule, Josy âgée de 18 ans et donc mineure. La pression m’est donc mise : mariage ou nous serons séparés par la méditerranée. Je sens bien la manœuvre mais ma résistance sera de courte durée.

Notre mariage à lieu le 13 Juillet 1963 à la mairie de Bois-Colombes. Je suis en militaire pour l’évènement, trop fauché pour acquérir un costume.

Au retour à la caserne j’ai deux idées fixes : les permissions et manger à ma faim.

Pour manger à ma faim, c’est le général Massu bien involontairement qui va pourvoir à mon estomac. Lors d’une visite au CF il fait un discours appelant les troufions à la pratique sportive et notamment le rugby. Le lendemain matin une note de service émane du chef de corps appelant les rugbymen en sommeil à se manifester afin de constituer une équipe. Je ne suis généralement jamais volontaire pour ce type de demande. Mais la proposition me semble sérieuse, je cours m’inscrire. L’équipe se forme après quelques matchs de sélection. J’en fais partie. Notre premier match se déroule à Metz contre l’équipe du bataillon parachutiste. Sont présents à l’évènement nos officiers supérieurs, notre chef de corps, les chefs paras ne sont pas en reste et notre chef de la région militaire le général Massu qui arbore entre autres décorations l’insigne des parachutistes. Nous les petits bras de l’armée française nous n’en menons pas large. Au vestiaire notre capitaine d’équipe qui joue au Racing Club de France en première division nous souffle dans les bronches, il nous regonfle. Nous entrons sur le terrain tout ragaillardis. Je joue pilier gauche avec mes petits 72 Kgs moi qui est dévoreur de grand champ en numéro 6. J’ai la mission avec mes potes d’exploser la première ligne adverse à la première mêlée.

Première mêlée on a fait boum ! Nos fiers adversaires qui entrant sur le terrain roulaient de mécaniques viennent d’encaisser notre détermination. Tout le match va être à l’avenant nous gagnons 39 à 0. Massu nous quitte sans un mot. Notre commandant lui est aux anges. Le lendemain samedi jour des perms. Nous sommes encensés, nous les petits gars pestiférés du Matériel avons mis à terre le Goliath para. Le plus important c’est la perm exceptionnelle de 48 H pour fêter l’évènement. Mais autre chose importante pour moi l’adjudant chez de cuisine fait partie de l’équipe. Je ne vais plus avoir faim jusqu’à ma libération.

Pour les permissions je vais user de plusieurs stratégies. Un copain chimiste me renseigne pour blanchir les anciennes permissions. Un bain d’acétone dilue l’encre de stylo à bille qui n’est pas encore indélébile. Les tampons à encre restent et les signatures au stylo plume demeurent aussi présentent. Il n’y a donc plus qu’à remplir avec le nom et les dates correspondantes à la période. J’ai donc maintenant un papier en règle pour l’extérieur car à Metz il y a beaucoup de contrôle (police militaire et patrouilles). Dans le train le papier m’autorise au tarif quart de place. A Paris gare de l’Est pas de problème, ma perm est aussi vrai que vrai. Pour l’intérieur le danger c’est le contre appel de nuit, là un vrai risque que je solutionnerais en retirant mon nom de l’effectif, de mon lit et de mon placard. Bref le brigadier Courbot n’existe plus, rayé des cadres. Cette combine va marcher pendant des mois tous les quinze jours. Josy qui est maintenant ma femme est terrorisée à chaque escapade. Heureusement un autre moyen va me tomber dans les bras lorsqu’un brigadier chargé des cours pour illettrés est libérable. Je me propose à son remplacement, c’est une 1H30 de cours chaque soir de la semaine. Je dois présenter un programme pédagogique. Avec l’aide de mon prédécesseur je rédige un plan convenable et acceptable. Je suis retenu, l’avantage est considérable c’est une perm par semaine !

Mes « élèves » sont principalement des Réunionnais engagés dans l’armée pour apprendre un métier (mécanique) et percevoir un revenu après dix huit mois de service (ADL). Je travaille avec eux l’expression écrite. En effet ils ont laissé dans l’île des parents, des fiancées et si moi je souffre du froid eux ils en crèvent. De beaux garçons doux et sympathiques. J’espère leur avoir apporté suffisamment pour établir une correspondance avec leurs familles.

Les bleus arrivent, au mois de Mai je suis donc chargé de l’instruction militaire de garçons arrivant de Montluçon après deux mois de classe, les autres arrivant du civil. Lestés de leur bardât ils sont alignés dans la cour. Ils ont de la chance leur peloton ne va pas se dérouler en hiver. Cependant l’angoisse et la trouille se lisent sur leurs visages. A Montluçon ils ont été briffés sur la rigueur messine. On m’affecte une douzaine de types que je conduis dans notre chambrée. Après les avoir laisser s’installer (lits, placards) je les conduit au salon de coiffure ! Dans la cour tous les déplacements se font au pas cadencé. Retour ensuite à la chambre. Je fais asseoir mes gars et je leur fais le topo sur la vie ici. Je leur dévoile mes souffrances hivernales.

Nous devons faire une équipe contre l’adversité, si ils ne jouent pas le jeu c’est moi qui serait sanctionné. Pas question de perdre une permission pour une chambre mal tenue par des inconséquents. Je sévirai avant pour me couvrir ; dans le cas où la petite incartade reste invisible je détruirai le motif de la punition.

Ce premier groupe va effectivement comprendre que nous sommes tous dans la même galère et que je refuse d’être le garde chiourme.

Avec les prochains groupes je tiendrai le même discours et observerait la même attitude. Une seule fois je ne pourrai éviter la punition, car c’était lui où moi. N’étant pas responsable de son incartade c’est donc lui qui a écopé de l’arrivée de la sanction de 15 jours de consigne.

En septembre je reste à la 4eme compagnie mais je n’aurai plus la charge de l’instruction. Je suis muté aux ateliers technique auto. Je passe le permis véhicule léger et je me garde bien de coudre sur mon bras l’écusson attestant mon permis, pas plus que l’insigne pour les brevets sportifs (militaire supérieur). Anonymat, ne jamais se faire repérer par une distinction quelconque. Ne pas risquer sur un petit accrochage un permis qui me sera si utile dans le civil !

Je suis libéré le samedi 29 Février 1964. J’ai déjà contacté l’usine d’amortisseurs pour ma réintégration. Je reprends le boulot le 2 Mars. Qu’ils ont été longs ces 16 mois d’armée. J’ai compté jour par jour. J’ai vécu aux crochets de Josy, c’était humiliant parfois.

Aujourd’hui je reste cependant convaincu de l’utilité d’un service national. Le citoyen doit avoir la maîtrise de son armée. La rupture avec la famille et les copains amène un mûrissement, une maturité de l’individu. Le mélange social est enrichissant pour tous les jeunes. J’ai rencontré des types qui n’avaient jamais pris le train avant leur service.

Un service militaire où le jeune est traité comme un citoyen par des instructeurs humanistes….


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