12 juillet 1536 : Mort d’Erasme

vendredi 14 juillet 2017.
 

Benoît XVI s’est encore insurgé, mercredi, contre 
«  le nihilisme  »  : «  Là où Dieu disparaît, l’homme devient esclave d’idolâtries comme l’ont montré à notre époque les régimes totalitaires…  » Parce que là ou Dieu apparaît règne la liberté de penser !


Pour la mémoire historique, laissons-la à Érasme, dans son Éloge de la Folie, où il évoquait l’église chrétienne «  fondée par le sang, confirmée par le sang, accrue par le sang  », les papes et la guerre  : «  On voit parmi eux des vieillards décrépits y porter l’ardeur de la jeunesse, jeter l’argent, pour mettre sens dessus dessous les lois, la religion, la paix, l’humanité tout entière. Ils trouveront ensuite maint docte adulateur (…) pour démontrer par raisonnement comment on peut dégainer un fer meurtrier et le plonger dans les entrailles de son frère…  » Mais c’était au début du XVIe siècle et Benoît XVI, là, s’adressait à une large assistance en rendant hommage à 110 Légionnaires du Christ, une congrégation fondée par le père Marcial Maciel, par ailleurs pédophile avéré.

Père Marcial Maciel : le pervers pépère du Vatican

L’Éloge de la Folie

Il s’agit d’une fiction burlesque et allégorique, qui doit peut-être quelque chose à l’œuvre De triumpho stultitiae de l’humaniste italien Faustino Perisauli de Tredozio (près de Forlì)9. Érasme y fait parler de la déesse de la Folie et lui prête une critique virulente des diverses professions et catégories sociales, notamment les théologiens, les maîtres, les moines et le haut clergé mais aussi les courtisans dont nous avons une satire mordante.

Cet auteur a excellé dans le genre satirique. Ainsi, il est l’auteur des Colloques : une satire piquante des mœurs de son époque qui souligne son esprit indépendant. Mais dans L’Éloge de la Folie, la satire s’élargit et dépasse l’époque de son auteur pour atteindre la société humaine en général.

Elle commence avec un savant éloge imité de l’auteur satirique grec Lucien, dont Érasme et Thomas More avaient récemment traduit l’œuvre en latin, un morceau de virtuosité dans le délire. Le ton devient plus sombre dans une série de discours solennels, lorsque la folie fait l’éloge de l’aveuglement et de la démence et lorsqu’on passe à un examen satirique des superstitions et des pratiques pieuses dans l’Église catholique ainsi qu’à la folie des pédants. Érasme était récemment rentré profondément déçu de Rome, où il avait décliné des avances de la Curie. Peu à peu la folie prend la propre voix d’Érasme qui annonce le châtiment. L’essai se termine en décrivant de façon sincère et émouvante les véritables idéaux chrétiens.

Cosmopolitisme progressiste

Érasme a milité pour la paix en Europe. Cet engagement européen est fondé sur son cosmopolitisme : « Le monde entier est notre patrie à tous », proclame-t-il dans la Querela pacis. Il est également fondé sur son pacifisme. La discorde sanglante qui divise les Anglais, les Allemands, les Français et les Espagnols lui semble une absurdité. « Pourquoi ces noms stupides nous séparent-ils, puisque le nom de chrétien nous unit ? »

Dans la biographie qu’il a consacrée à Érasme, Stefan Zweig commente : « au lieu d’écouter les vaines prétentions des roitelets, des sectateurs et des égoïsmes nationaux, la mission de l’Européen est au contraire de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national, de l’humanité sur la patrie et de transformer la conception de la Chrétienté, considérée en tant que communauté uniquement religieuse, en celle d’une chrétienté universelle, en un amour de l’humanité humble, serviable, dévoué10. »

En l’honneur d’Érasme, le programme européen d’échange pour les étudiants et les enseignants a été appelé Erasmus.

Maurice Ulrich, 12 juillet 2012


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