Lucien, poète et philosophe latin, père de l’esprit critique

lundi 3 décembre 2018.
 

Lucien, peut effectivement être considéré comme un père de l’esprit critique par sa satire raisonnée des dieux de la religion romaine comme des inégalités sociales, des prétendus miracles, du langage abscons des philosophes... Cela est d’autant plus méritoire à une époque où le rationalisme se voyait écrasé par le merveilleux, en histoire comme en matière de religion..

Lucien fut également un penseur libre à une époque où les hommes et femmes de culture étaient aimantés par les patriciens et leurs maisonnées.

Il mérite également d’être connu comme un grand poète.

Vers 135 de notre ère, il naît à Samosate, (en Syrie), ville riveraine de l’Euphrate, capitale du royaume puis de la province romaine de Commagène.

D’origine probablement servile (esclave), il parle le grec, le latin, un dialecte ionien et l’araméen. Il réussit à devenir avocat à Antioche à l’âge de vingt-cinq ans (vers 145) et termine son ascension sociale comme secrétaire du préfet d’Égypte. Rendu célèbre par ses conférences, il nous a laissé de nombreux écrits dont la lecture est encore très intéressante.

A) Lucien critique "CEUX QUI SONT AUX GAGES DES GRANDS"

A l’égard, de la foule des gymnastes et des flagorneurs, gens niais et rampants de leur nature, je n’entreprends nullement de les détourner de ces relations ; j’y perdrais ma peine : je ne puis même les trouver très blâmables de ne point quitter ceux qui les payent, malgré les mauvais traitements : ils sont faits pour cela, et ils le méritent bien. De quel côté pourraient-ils se tourner pour exercer leur talent ? Qu’on leur enlève cette ressource, les voilà sans emploi, réduits à ne rien faire, inutiles. Leur condition n’a donc rien de révoltant, et les riches ne paraissent pas les insulter, en pissant, comme on dit, dans le pot de chambre. N’est-ce pas, en effet, pour subir toute espèce d’outrages, que ces gens-là sont entrés dans la maison ? Leur métier est de souffrir tout ce qui peut arriver. Mais pour les hommes instruits, dont j’ai parlé tout à l’heure, je puis me laisser aller à ma colère, et essayer, si cela est possible, de les ramener, de les arracher à leurs maîtres et de les rendre à la liberté.

La plupart allèguent la pauvreté ; le besoin urgent du nécessaire, et ces transfuges croient ainsi couvrir d’un voile honnête la honte de leur fuite ; ils s’imaginent donner une excuse suffisante, en disant qu’ils ne sont pas bien coupables quand ils essayent d’échapper à l’indigence, le plus grand tourment de la vie. Mais comme ils ne reçoivent, pour parler avec un illustre orateur (09), qu’une nourriture de malades, par quel moyen nous feront-ils croire qu’ils n’ont pas pris un mauvais parti en restant toujours dans la même condition ?...

Il ne reste plus qu’un motif que je crois vrai, mais qu’ils n’avouent pas : c’est que l’espoir de jouir de mille plaisirs les précipite vers ces maisons, frappés de l’éclat de l’or et de l’argent dont elles brillent, tout heureux des festins et du luxe qu’ils se promettent... ; voilà pourquoi ils échangent leur liberté contre l’esclavage. Ce n’est pas, comme ils le disent, le besoin du nécessaire, c’est le désir du superflu et de toutes ces magnificences... Qu’épris, du reste, des charmes du plaisir, on souffre tout pour lui, ce n’est pas encore un grief bien répréhensible ; on peut même excuser celui qui aime le plaisir, et qui met tout en oeuvre afin de se le procurer. Mais c’est un acte honteux et digne d’un esclave, que de se vendre pour y arriver : car le plaisir qui naît de la liberté procure une bien plus vive jouissance...

Telles sont à peu près les raisons qui déterminent à rechercher le commerce des riches et à se livrer à eux sans réserve, et, pour ainsi dire, à discrétion... Mais en leur supposant ce motif, examinons ce qu’ils ont à souffrir, soit avant d’être admis chez les riches, soit après qu’ils y sont reçus, et nous verrons ensuite quel est le dénouement de la pièce. D’abord on ne peut pas dire que, si cette faveur est peu précieuse, elle est facile à obtenir... Que de courses, que de nuits passées à la porte du patron ! Et quand tu as passé Et des nuits sans sommeil et des jours pleins de sang non pas, ma foi, pour Hélène, ni pour la citadelle de Pergame et le roi Priam, mais pour l’espoir de gagner cinq oboles et de rencontrer quelque dieu de théâtre qui te mette en faveur, on commence ton examen... Il est encore à croire que bien des gens seront d’un sentiment opposé au tien, et te susciteront des rivaux qui s’embusqueront chacun pour te décocher leurs traits.

Voilà, mon cher ami, ton premier et ton plus agréable repas ; combien je préfère le mien, avec mes oignons, un peu de sel blanc, que je mange quand je veux, où je veux, en toute liberté ! Je te fais grâce des rapports aigres qui suivent ton festin, et de l’indigestion de la nuit. Le lendemain, dès le jour, il faudra convenir entre vous du prix et des époques de l’année où il sera payé... Tu t’en rapportes à lui. Il refuse ; il prie un de ses amis d’intervenir et de figer lui-même une somme qui ne lui soit pas trop onéreuse... « cette somme (et il en indique une fort modique) vous conviendra, jointe à vos espérances »... Tu es pris dans la nasse, tu reçois le frein, tu serres la bouche, et, dès le premier pas, tu te montres docile à ton maître, qui n’a besoin ni de serrer la bride, ni d’user de l’éperon ; sans t’en apercevoir, tu obéis complètement à la main... Peu à peu, et comme à travers une lueur douteuse, tu aperçois la réalité, tu comprends que ces espérances dorées ne sont que des bulles de savon de couleur d’or, tandis que les peines sont réelles, accablantes, inévitables, continues...

Si un homme, mettant la main sur toi, te revendiquait comme esclave, tu jetterais les hauts cris en invoquant les lois, tu t’écrierais à pleine voix, dans ton indignation : « O terre ! ô dieux ! » Et cependant, pour quelques oboles, à l’âge même où, si tu étais esclave, tu songerais à t’affranchir, tu vas te vendre, avec ta vertu et ta sagesse ! Tu as donc perdu tout respect pour ces nobles discours dans lesquels le divin Platon, Chrysippe et Aristote, font l’éloge de la liberté et s’élèvent contre l’esclavage ? Tu ne rougis pas d’être confondu avec de vils flatteurs, des bouffons, des pique-assiettes ? Au milieu de cette foule de Romains, tu t’en vas donc, seul étranger, revêtu d’un manteau grec, écorchant la langue latine, assister à des repas bruyants, où sont réunis de nombreux convives, gens de toute espèce, et la plupart débauchés ? ...

Tous les riches ressemblent à ces beaux livres, dont le bouton est d’or et la couverture couleur de pourpre : ouvrez-les, vous y voyez Thyeste mangeant ses enfants, Oedipe couchant avec sa mère, et Térée abusant de ses deux sœurs. Ainsi les riches sont brillants, ils attirent tous les regards ; mais sous la pourpre qui les recouvre se cachent de tragiques horreurs : sous chaque pli, en les déroulant, on peut trouver un drame digne d’Euripide ou de Sophocle, dissimulé sous une pourpre fleurie et une couverture d’or. La conscience de leurs turpitudes leur fait donc haïr et essayer de perdre celui qui, les connaissant à fond, les traîne au grand jour, les met en scène et les livre à la vue du public...

Je veux cependant, comme Cébès, te représenter une sorte de tableau de la vie à laquelle tu aspires... Arrive l’Espérance, au visage gracieux, à la robe changeante, qui le prend par la main, tout muet de surprise, devant l’entrée. Ils marchent : l’Espérance ne le quitte pas ; mais deux autres femmes, la Ruse et la Servitude, le prennent et le livrent au Travail. Celui-ci, après avoir épuisé le malheureux, le passe à la Vieillesse, déjà malade et privé de ses couleurs : alors vient en dernier lieu l’Outrage qui l’entraîne vers le Désespoir ; l’Espérance s’envole, disparaît ; et l’on chasse l’infortuné, non par ce portique doré qui lui servit d’entrée, mais par une porte détournée et secrète : il fuit nu, le ventre proéminent, pâle, vieux, couvrant d’une main sa nudité et de l’autre se serrant le cou. Là s’offre à lui le Repentir, versant des pleurs inutiles, et le plongeant de plus en plus dans son malheur...

Quelque parti que tu prennes, souviens-toi de ces paroles d’un sage : « Ce n’est pas Dieu, c’est nous qui sommes responsables de notre choix. »

B) Lucien critique la vanité des sectes philosophiques, ici les stoïciens

Lucien « Autant que j’en puis juger par ce livre et par ton allure précipitée, il me semble, Hermotimus, que tu vas chez ton maître de philosophie. Tout en marchant, tu parais réfléchir, tu remues les lèvres, tu murmures tout bas. Ta main agitée se porte çà et là, en homme qui compose un discours ou qui prépare quelque argument tortueux, quelque question sophistique. Tu ne veux pas t’amuser même en route, toujours occupé, toujours plongé dans des pensées sérieuses qui te fassent avancer dans la science... Si ma mémoire ne me trompe pas, il y a quelque vingt ans que je ne te vois faire autre chose qu’aller assidûment chez tes maîtres, te courber sur les livres ou transcrire sans relâche les notes prises aux conférences, tout pâle et tout amaigri par tant de travaux. Je suis persuadé que la nuit même, en dormant, tu rêves encore aux objets de ton étude, et je pense, d’après cela, que tu ne dois pas être loin de posséder le souverain bien »

Hermotimus Comment cela se pourrait-il, Lycinus ? Je ne fais encore qu’apercevoir la route qui y mène. La Vertu, comme le dit Hésiode (03), demeure fort loin, le chemin qui conduit chez elle est long, roide, escarpé, et prépare de grandes sueurs à ceux qui l’entreprennent...

Après une longue discussion, il reconnaît gâcher sa vie à espérer devenir un philosophe.

Hermotimus Tu as raison, Lycinus. Aussi m’en retourné-je de ce pas, pour changer complètement de costume. Tu ne me verras plus ni cette longue barbe velue et hérissée ni cette manière de vivre sévère. Tout en moi sera libre et dégagé. Peut-être même m’habillerai-je de pourpre, afin d’apprendre à tout le monde que je n’ai plus rien de commun avec toutes ces billevesées, et plût au ciel que je pusse vomir toutes les inepties que je leur ai entendu débiter ! Sache bien que je n’hésiterais point à prendre de l’ellébore, mais pour un motif contraire à celui de Chrysippe (27), et afin de n’avoir plus à penser à tout ce qu’ils m’ont dit. Quant à toi, je te sais un gré infini, Lycinus, de m’avoir retiré du torrent bourbeux et bordé de rochers, au moment, où, cédant à sa violence, j’étais emporté par la force de l’eau. Tu es survenu comme un dieu de tragédie, qui apparaît du haut de la machine. Maintenant je ne ferai pas mal de m’aller raser la tête, à l’exemple de ceux qui se sont sauvés d’un naufrage, et je veux célébrer comme une fête le jour où s’est dissipée l’obscurité répandue sur mes pas. Pour les philosophes, si par hasard, et malgré mes précautions, j’en rencontre un sur mon passage, je l’éviterai, je m’en détournerai, comme on fuit les chiens enragés.

C) Lucien critique des historiens

Parlons d’abord de ce que doit éviter l’historien, de ce dont il faut qu’il ait grand soin de s’abstenir...

La plupart de ces historiens, négligeant de raconter les faits, se répandent en éloges sur les princes et les généraux, élevant jusqu’aux nues ceux de leur nation, et ravalant indécemment les ennemis. Ils ignorent que ce n’est pas un isthme étroit, un faible intervalle qui sépare l’histoire de l’éloge, mais une épaisse muraille... Le faiseur d’éloges n’a qu’une préoccupation, c’est de louer, de charmer l’objet de sa louange, et s’il y réussit par le mensonge, il s’en inquiète fort peu. Mais l’histoire n’admet pas plus un mensonge, même le plus léger, que le conduit nommé trachée artère par les enfants des médecins ne peut recevoir la boisson qui s’y engage.

Nos auteurs semblent ignorer encore que la poésie et les poèmes ont d’autres règles, d’autres lois que celles de l’histoire. Là règne une liberté absolue : l’unique loi, c’est le caprice du poète ; il est dans l’enthousiasme ; les Muses le possèdent tout entier ; et, soit qu’il attelle des chevaux ailés à un char, soit qu’il en fasse voler d’autres à la surface des eaux (12) ou sur la tête des épis, personne ne lui en veut. Quand leur Jupiter enlève la terre et la mer, suspendues à une seule chaîne, on ne craint pas qu’elle ne se brise et que l’univers ne soit écrasé par cette chute...

L’unique objet, le seul but de l’histoire, c’est l’utilité, et c’est de la vérité seule que l’utilité peut naître...

On en voit d’autres, qui composent des prologues brillants, tragiques, et dont l’excessive longueur fait espérer que ce qui va suivre sera admirable et digne d’être écouté, mais le corps même de leur histoire est si chétif... Les auditeurs s’écrient aussitôt : « La montagne accouche »...

Il y en a qui omettent ou ne font qu’effleurer les faits importants et dignes de mémoire, et qui, par ignorance, faute de goût ou pour ne pas savoir ce qu’il faut dire et ce qu’il faut taire, insistent sur des minuties, les racontent avec la plus grande exactitude, et s’y appesantissent longuement...

Un autre historien, mon cher Philon, personnage tout aussi ridicule, n’ayant jamais mis le pied hors de Corinthe et n’ayant pas été jusqu’à Cenchrées ( bourgade située à une douzaine de kilomètres), loin d’avoir vu la Syrie et l’Arménie, commence de la sorte, si j’ai bonne mémoire : "Les yeux sont de plus sûrs témoins que les oreilles ; j’écris donc ce que j’ai vu, et non point ce que j’ai entendu dire." Et il a si bien vu ce qu’il raconte, qu’à l’occasion des dragons des Parthes, étendards qui, chez eux, guident les corps de troupes, chaque dragon, je crois, servant de guide à mille hommes, il dit que ces dragons sont des serpents vivants d’une grosseur monstrueuse, qui naissent en Perse, un peu au-dessus de l’Ibérie. Quand on se met en marche, on les tient attachés à de grandes piques et élevés en l’air, afin d’effrayer de loin les ennemis, mais dans la mêlée même, quand on s’aborde, on les détache et on les lance sur eux. C’est ainsi que beaucoup de Romains ont été dévorés, d’autres étouffés, broyés sous les nœuds de ces dragons. Il a vu tout cela de près, quoique en sûreté, du haut d’un arbre où il s’était placé en observation. Il a bien fait de ne pas attaquer de front de pareilles bêtes, nous serions privés aujourd’hui d’un historien si admirable, qui lui-même a fait durant cette guerre plusieurs exploits brillants et héroïques. Il a, en effet, couru beaucoup de dangers, et il a été blessé auprès de Sur, probablement dans un voyage de Cranium à Lerne (très proches). Et cependant il a lu tout cela aux Corinthiens, qui savaient fort bien qu’il n’avait jamais vu de guerre, même en peinture...

Eh bien ! Je dis qu’un bon historien doit réunir en soi deux qualités essentielles, une grande intelligence des affaires, une netteté parfaite d’expression.

Il faut, avant tout, que l’historien soit libre dans ses opinions, qu’il ne craigne personne, qu’il n’espère rien. Autrement, il ressemblerait à ces juges corrompus qui, pour un salaire, prononcent des arrêts dictés par la faveur ou la haine...

L’unique devoir de l’historien, c’est de dire ce qui s’est fait. Mais il ne le pourra pas, s’il a peur d’Artaxerxès, dont il est le médecin... Tel est, je le répète, l’unique devoir de l’historien : ne sacrifier qu’à la vérité, quand on se mêle d’écrire l’histoire, et négliger tout le reste, en un mot, la seule règle, l’exacte mesure, c’est de n’avoir pas égard seulement à ceux qui l’entendent, mais à ceux qui, plus tard, liront ses écrits...

Ainsi l’historien doit être exempt de crainte, incorruptible, indépendant, ami de la franchise et de la vérité, appelant, comme dit le Comique, figue une figue, barque une barque, ne donnant rien à la haine ni à l’amitié, n’épargnant personne par pitié, par honte ou par respect, juge impartial, bienveillant pour tous, n’accordant à chacun que ce qui lui est dû, étranger dans ses ouvrages, sans pays, sans lois, sans prince, ne s’inquiétant pas de ce que dira tel ou tel, mais racontant ce qui s’est fait. Thucydide eut donc raison d’ériger ce précepte en loi, et de distinguer une bonne et une mauvaise manière d’écrire l’histoire, lorsqu’il vit l’admiration pour Hérodote aller au point de donner le nom d’une muse à chacun de ses livres...

Quant au style, à la force de l’expression, on n’y doit trouver ni véhémence, ni rudesse, ni continuité de périodes, ni série captieuse d’arguments, ni aucun de ces artifices de rhétorique dont la séduction ne convient pas à l’histoire. Il faut l’écrire d’un style rassis et paisible. Le sens doit être serré, plein de choses, la diction nette, appropriée aux affaires, éclairant parfaitement les faits.

Car, ainsi que nous avons établi que les qualités d’esprit de l’historien sont la franchise et la véracité, de même le premier, le seul but de son style, doit être d’exposer clairement les faits, de les présenter sous leur jour le plus lumineux, sans réticences, sans mots hors d’usage, sans aucune de ces expressions qui sentent la place publique et la taverne, mais en termes qui soient compris du vulgaire et loués par les habiles. Je permets l’ornement des figures, mais sans enflure ni recherche. Autrement, son style ressemblerait à des mets trop relevés d’assaisonnements.

D) Le dialogue des dieux

En 26 petits textes, Lucien ridiculise les dieux de la religion romaine antique de façon bien plus mordante qu’aucun auteur ne le fera plus tard vis à vis du christianisme, de l’islam, du judaïsme ou autre croyance supra-naturelle.

Notons que le lien entre pédophilie et religion ne date pas du 21ème siècle. Lucien moquait cette passion de Jupiter (Dieu des Dieux) par la bouche de Junon.

Toi, le maître souverain des dieux, tu me laisses, moi qui suis ta femme légitime, pour aller courir en bas les aventures galantes, transformé en or, en satyre ou en taureau. Toutefois ces maîtresses demeurent sur la terre ; mais ce jeune pâtre de l’Ida, que tu as enlevé sur tes ailes, ô toi le plus vaillant des dieux, le voilà fixé chez nous, et toujours sur notre tête, sous prétexte d’éçhansonnerie. Manques-tu donc d’échansons ? Hébé et Vulcain sont-ils las de nous servi r ? Mais tu ne prendrais jamais la coupe de ses mains, sans l’avoir d’abord embrassé, sous les yeux de tout le monde, et ce baiser te semble plus doux que le nectar. C’est pour cela que souvent, sans avoir soif, tu demandes à boire : quelquefois même, content de goûter la coupe, tu la lui rends aussitôt, puis, quand il a bu, tu la lui redemandes pour boire le reste du breuvage qu’il y a laissé, du côté où se sont posées ses lèvres, afin de boire et de baiser tout ensemble. Dernièrement enfin, toi le roi, toi le maître des dieux, tu as déposé ton égide et ta foudre pour jouer aux osselets avec lui, malgré cette longue barbe qui te pend au menton.

E) Lucien, critique de Platon, Aristote, Empédocle, Socrate

Il suffit de parcourir LE PÊCHEUR OU LES RESSUSCITÉS pour comprendre ce titre qui rapproche Lucien des philosophes du 18ème siècle. Dans ce texte, Lucien se présente devant un tribunal composé de LA PHILOSOPHIE, la Vertu, la Tempérance, la Justice, la Science et la Vérité.


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