Professeurs des Ecoles Stagiaires : le mépris de la hiérarchie

jeudi 23 novembre 2017.
 

Enseignants stagiaires en désarroi

B) Témoignage en forum sur notre site (juillet 2017)

Réponse à l’article Professeurs des Ecoles Stagiaires : le mépris de la hiérarchie

Bonjour,

l’article résume et exprime précisément ce que j’ai enduré l’année de mon stage qui s’est terminée par un licenciement tout-à-fait inattendu en 2016, à la surprise même de mes formatrices.

L’infantilisation des stagiaires de la part de la hiérarchie, le chantage (que vous appelez "menace") au licenciement, un mépris faisant complètement fi de l’histoire, de la sensibilité et de la courbe de progression de chaque stagiaire, des conclusions hâtives et complètement subjectives de la part d’IEN (demandant à ce que le stage ne "soit pas renouvelé") après une visite de 45 mn à l’aboutissement d’une année qui ne s’était pas mal passée.

Evidemment, quand on écrit cela, on prévoit des remarques tel que "oh je me méfie des stagiaires qui ne se remettent pas en question", et pourtant ... le jugement final de mon dossier relève d’impressions personnelles d’une IEN, le jury final suivant fidèlement ces prescriptions. Rien dans mon dossier (disponible à qui me le demandera) ne peut, à mon sens, aboutir à un licenciement.

Je déconseille à tous de se lancer dans cette carrière. Je ne pense pas que la situation changera parce qu’il s’agit d’un problème culturel profond. Nous vivons sous un Ancien Régime qui incite à l’obséquiosité et à la servilité envers la hiérarchie.

J’insiste sur un point important : la situation des PES relève du HARCÈLEMENT MORAL. Il faut le dire bien fort. Ceux qui le pratiquent trouvent cela normal (peut-être n’ont-ils jamais travaillé dans le privé) mais ça ne l’est pas.

Je finirai en écrivant que les syndicats, si plein de bonne volonté soient-ils, ne peuvent pas grand-chose pour les stagiaires, et ils le disent. J’étais syndiqué, ce que je ne regrette pas, mais force est de constater que les représentants syndicaux ont les mains liées par le "non-statut" des stagiaires.

Xavier, 24 juillet 2017

A) Compte-rendu d’une rencontre entre syndicats enseignants et une inspection académique

L’intersyndicale des PES SUD-CGT, plus FO et l’UNSA, a rencontré l’inspection d’académie du 93 à propos des PES. Ci-dessous les citations sont de l’IA.

Le compte-rendu intégral de l’audience sur le site des PES.

1) « Il y a chez les PES une grande différence entre la difficulté ressentie et la difficulté réelle. »

La hiérarchie réitère son refus absolu de toute décharge pour la formation, tout en étant obligée de reconnaître une évidence : les PES ont de fait plus de travail que les collègues titulaires ! C’est l’aveu tranquille de l’utilisation des PES comme variable d’ajustement de la politique de suppressions de postes massives. La formation, qui devrait constituer la priorité, passe au second plan.

En revanche, une ouverture se profile sur… la suppression des quelques jours de formation pour les PES les plus en difficulté ! Ainsi, aux PES qui souffrent le plus du manque de formation, on enlève le peu de formation dont ils disposent ! L’absurdité du système atteint ici son point d’orgue. Ou s’agirait-il de la reconnaissance de la faible valeur, trop souvent, de ces journées de formation improvisées ?

Analyse de pratique, échange d’expériences ? « Il y a eu un stage de 60 heures, c’est suffisant »

Et lorsque les syndicats demandent quelques semaines de formation supplémentaires pour les PES, dévolues à l’analyse de leurs pratiques, l’échange sur leurs expériences, la réponse tombe sèchement : selon l’IA, les 15 jours centrés sur l’exercice du métier suivis à l’IUFM suffisent ! 15 jours et plus rien ! Mais alors pourquoi ne pas titulariser dès la fin des 15 jours ? Autre argument massue : la formation en master 2 vaut celle des ex-PE2… Petit oubli : les PES cette année n’ont suivi ni l’une ni l’autre…

2) Titularisation : « Je serai intraitable avec les PES qui font de la garderie »

En préambule quelques nouvelles informations sur la titularisation, des engagements que SUD saura rappeler au moment opportun. D’abord, la date de visite d’IEN sera connue au moins une semaine à l’avance. Cela contredit les annonces faites par certains IEN, selon lesquelles les PES pourraient ne savoir à l’avance que la semaine durant laquelle ils seraient visités ! A suivre, donc.

Autre engagement pris : les PES auront accès à leur dossier.

« Si on a peur d’être visité, il ne faut pas faire ce métier ! »

En ce qui concerne la procédure de titularisation, l’IEN revient sur le chiffre déjà évoqué (en novembre dernier : sorti d’où ?) de 10% de PES en difficulté. Le traitement de ces difficultés, dues au déficit de formation, laisse rêveur. D’abord, comme on a vu, par l’éventualité de supprimer des jours de formation pour permettre aux PES en question de disposer d’un peu plus de temps pour préparer leurs cours…

Ensuite, par une pression accrue de la hiérarchie : plus de visites de l’IEN, ainsi qu’un entretien supplémentaire avant la tenue du jury de titularisation. Là où la logique aurait voulu un soutien en terme de formation, une aide accrue par les formateurs, un allégement des contraintes de travail, l’IA répond donc : pression, menaces à la titularisation. Des recettes qui font leurs preuves un peu partout dans le monde du travail… Et comme argument massue : « Si on a peur d’être visité, il ne faut pas faire ce métier ! » L’IA pense-t-il que les PES ont choisi ce métier pour le plaisir du relationnel avec la hiérarchie ? Une bien curieuse conception de l’enseignement.

Quant à l’allusion aux PES qui « font de la garderie », cette référence au bon mot de not’ (ex) bon maître Darcos permet de constater dans quelle inquiétante filiation idéologique se place notre hiérarchie. Surtout, elle reconnaît crûment ce fait scandaleux : mettre des enseignants sans formation devant des élèves en responsabilité une année à temps plein a abouti à une catastrophe pédagogique et, dans les pires des cas, à un an de « garderie ». Combien d’élèves passés par profits et pertes, qui auront perdu une année déterminante dans leur scolarité, ce qui aura pour certains de graves conséquences pour leur avenir ? 10 %, soit une cinquantaine de classes potentiellement concernées selon l’aveu même de l’IA… Qu’importe, dans le 93…

Et la souffrance de ces jeunes enseignants, incapables de faire face, sans soutien, trop en difficulté pour remonter la pente ? Cette souffrance, l’IA l’évacue : ces PES-là sont responsables de leur échec, puisqu’ils « ne travaillent pas » (!!!) il promet d’être « intraitable » concernant leur éviction de l’Education nationale. Nous refusons d’accepter que les PES, après une voire plusieurs années à travailler pour préparer le concours, puissent être jugés dilettantes, quelles que soient leurs difficultés, c’est pourquoi SUD défendra tous ceux qui s’adresseront au syndicat. Et lorsque l’on sait la charge de travail énorme et dépassant de très loin la durée légale de travail qui leur est infligée, il est insoutenable de les entendre traiter avec un tel mépris, et de les voir amalgamés avec des cas, dont l’IA évoque l’existence gratuitement (aucun retour de ce type n’est en tout cas parvenu au syndicat), d’« attitude raciste ».

3) PES cuvée 2010-2011 : génération sacrifiée

L’IA envisage pour les M2 à partir de l’année prochaine (les M2 de cette année n’auront pas un sort beaucoup meilleur aux PES 2010-2011…) un stage filé et des stages en responsabilités payés. Une formation certes au rabais, qui aura permis la suppression de 16000 postes et la fin du PE2 rémunéré, mais au moins un minimum de préparation à l’entrée dans le métier.

Au bout du compte, les PES cette année apparaissent bien comme arrivant dans le métier après la formation antérieure et avant que la suivante se soit mise en place. Ni PE2 ni M2, en responsabilité sans préparation, avec des formations improvisées. Et de surcroît la négation permanente des difficultés rencontrées, le mépris affiché pour les enseignants et leurs élèves, constituant le cadre d’une improbable entrée dans un métier dont la beauté et la noblesse sont bafouées par une politique cynique et ses relais complaisants dans notre hiérarchie. Au point qu’il est permis de se poser la question : quel est l’avenir de ce métier ? Celui qu’ils tentent d’imposer, ou celui qui justifierait notre choix professionnel ?


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