L’Assemblée nationale et le bilan économique et social du quinquennat Hollande ?

mercredi 31 mai 2017.
 

- 6) Quel bilan économique ?

- 29 avril 2014 : Pacte de responsabilité

- 18 décembre 2013 Allongement de la durée de cotisation pour la retraite

- 19 décembre 2012 Loi de non régulation bancaire

- 4 décembre 2012 Adoption du CICE (Crédit institué pour capitaliser euphoriquement)

- 9 octobre 2012 Ratification du TSCG (« Tous Saignés Comme des Grecs ») à l’Assemblée nationale

Depuis les élections présidentielle et législatives du printemps 2012, le Parti Socialiste au pouvoir mène une politique totalement contradictoire avec l’histoire et les fondements du socialisme et même du républicanisme progressiste. Cela aurait dû provoquer un vrai débat d’orientation dans le parti mais celui-ci est devenu "un parc à moutons" comme l’affirmait Henri Emmanuelli en 2014. Cela aurait dû au moins entraîner des oppositions fortes au sein des groupes parlementaires ; tel n’a pas été le cas même si quelques élus ont essayé d’entraver la pente de la honte bue. Les parlementaires de la région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées se sont particulièrement distingués dans ce jeu "au plus godillot que moi tu meurs".

1) Le TSCG (« Tous Saignés Comme des Grecs »)

1a) Présentation officielle de ce traité

Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire est un accord intergouvernemental régi par le droit international qui contient une série d’engagements pris par les États contractants afin « de favoriser la discipline budgétaire (…), à renforcer la coordination de leurs politiques économiques et à améliorer la gouvernance de la zone euro (…) ».

Les principales dispositions sont les suivantes :

- l’introduction par les États signataires dans leur droit national de procédures garantissant le respect d’une "règle d’or" qui les engage à avoir des comptes publics "en équilibre ou en excédent"

- L’article 4 du traité prévoit que le gouvernement doit s’engager à réduire sa dette publique au rythme d’un vingtième du montant excédent 60 % du PIB par an, lorsque celle-ci excède le seuil des 60% du PIB prévu dans le Pacte de stabilité et de croissance.

- les grandes réformes économiques que les Etats envisagent d’entreprendre doivent être présentées et débattues au préalable dans le cadre de l’Union européenne et, au besoin, coordonnées.

- L’article 8 prévoit la possibilité d’un recours à la Cour de justice de l’Union européenne qui peut être saisie par la commission européenne ou un État membre, s’ils estiment qu’un État n’a pas bien transposé cette règle budgétaire dans son droit national. La transposition de la règle d’équilibre budgétaire peut être vérifiée par la Cour de justice de l’Union européenne. L’arrêt de la Cour sera contraignant si elle estime que les prescriptions du TSCG ne sont pas respectées. Il pourra être suivi de sanctions financières si l’État membre concerné ne s’y conforme pas, dans la limite de 0,1% de son PIB. Leur produit est versé au budget de l’Union européenne, ou au Mécanisme européen de stabilité si l’État défaillant est membre de la zone euro.

1b) Critique de ce traité

Ce traité présente une grande importance puisqu’il interdit toute politique de gauche dans l’un quelconque des pays signataires. En fait, il impose à tous les gouvernements d’appliquer les diktats des gourous de l’Union européenne, liés au capitalisme financier transnational et à l’atlantisme US.

Aussi, durant sa campagne électorale de l’hiver printemps 2012, François Hollande avait assuré qu’il le renégocierait dès son arrivée en fonction profitant du fait que sa ratification parlementaire dans les différents Etats n’aurait pas commencé. En fait, il l’a accepté tel quel ; cela aurait pu être différent si une partie des députés de sa majorité l’avait poussé dans ce sens, mais tel n’a pas été le cas.

Pour l’essentiel, il impose l’austérité à perpétuité (retraites, protection sociale, dépenses publiques, services publics...) afin de réserver les profits générés par le travail aux actionnaires et rentiers. Cette politique a partout mené à des catastrophes dans les pays qui l’ont pratiquée. En particulier, la dette n’a pas été résorbée ainsi mais a été aggravée. Surtout, l’équilibre des sociétés a été rompu par cette politique qui réserve l’argent aux riches considérant qu’il ruisselle ensuite vers le reste de la société. L’expérience prouve que c’est faux ; les politiques de type keynésien (augmentation des salaires, des retraites, des minima sociaux, d’une dépense publique intelligente) se sont avérées bien plus efficaces pour relancer l’activité économique et diminuer la dette.

Le résumé de ce traité proposé par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde me paraît clair Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (ou « Pacte Budgétaire » européen) est un traité qui impose une discipline budgétaire toute particulière aux États membres de l’Union européenne... Son article 3 concerne la fameuse « règle d’or » - que les États doivent introduire de manière contraignante et permanente dans leurs droits nationaux - imposant un déficit structurel de 0,5% (et non plus de 3%). De même, le pacte autorise un endettement public de maximum 60% du PIB qui doit être réduit d’1/20e par an le cas échéant. Enfin, l’assistance financière prévue par le Mécanisme européen de stabilité (le MES) est conditionnée à la ratification de ce TSCG. (rebaptisé « Tous Saignés Comme des Grecs » ou encore Traité de l’austérité).

1c) Vote des députés à l’Assemblée nationale

Les députés de droite ont fort logiquement voté pour ce traité.

Deux cent soixante quatre députés socialistes ont voté pour.

Vingt députés socialistes ont voté contre : Pouria Amirshahi, Marie-Françoise Bechtel, Jean-Pierre Blazy, Fanélie Carrey-Conte, Nathalie Chabanne, Pascal Cherki, Henri Emmanuelli, Linda Gourjade, Jérôme Guedj, Razzy Hammadi, Mathieu Hanotin, Christian Hutin, Chaynesse Khirouni, Jean-Luc Laurent, Christophe Léonard, Michel Pouzol, Marie-Line Reynaud, Denys Robiliard, Barbara Romagnan, Gérard Sebaoun

Neuf députés socialistes ont choisi l’abstention : Isabelle Bruneau, Olivier Dussopt, Daniel Goldberg, Régis Juanico, Jean-Philippe Mallé, Dolores Roqué, Suzanne Tallard, Stéphane Travert, Michel Vergnier.

1d) Le vote des députés de la région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées sur le TSCG

Parmi les 38 députés socialistes de la région un seul vote contre peut être noté : celui de la députée du Tarn Linda Gourjade.

Ont voté pour sans le moindre état d’âme constaté publiquement :

- Ariège : Fauré Alain, Massat Frédérique
- Aveyron : Marcel Marie-Lou
- Aude : Dupré Jean-Paul, Fabre Marie-Hélène, Perez Jean-Claude
- Gard : Dumas Françoise, Dumas William, Prat Patrice, Verdier Fabrice
- Gers : Biémouret Gisèle, Martin Philippe
- Haute Garonne : Bapt Gérard, Borgel Christophe, Delga Carole, Iborra Monique, Imbert Françoise, Lemasle Patrick, Lemorton Catherine, Martinel Martine, Kader Arif (Poumirol Emilienne)
- Hautes Pyrénées : Glavany Jean, Dubié Jeanine (radicale)
- Hérault : Assaf Christian, Denaja Sébastien, Dombre-Coste Fanny, Ledain Anne-Yvonne, Mesquida Kléber, Roig Frédéric, Vignal Patrick
- Lot : Launay Jean
- Pyrénées Orientales : Aylagas Pierre, Cresta Jacques, Neuville Ségolène (Olive Robert)
- Tarn : Valax Jacques
- Tarn et Garonne : Pinel Sylvia (Mognard Jacques), Rabault Valérie

Pour plus d’informations, département par département et vote par vote, cliquer sur l’adresse URL ci-dessous :

http://www.fakirpresse.info/operati...

2) Le CICE (Crédit institué pour capitaliser euphoriquement)

Voté dans la loi de finances rectificative fin 2012, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est censé concerner toutes les entreprises (mais pas, par exemple, les hôpitaux publics, qui ont protesté). Il représente 20 milliards d’euros par an financés par une hausse de la TVA et 10 milliards d’économies sur les dépenses publiques.

2a) Présentation officielle de ce traité

Le 6 novembre 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault se réunit en séminaire et lance aussitôt les trompettes de la communication sur son Pacte national pour la croissance dont la première concrétisation est le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). D’après le baratin officiel, il « vise à donner aux entreprises les moyens de redresser la compétitivité de la production française et à soutenir l’emploi... Il donnera aussi aux entreprises un ballon d’oxygène pour investir et innover, au service de leur compétitivité hors coût. »

En fait, il s’agit surtout d’un moyen pour augmenter les revenus de couches sociales déjà favorisées, particulièrement les actionnaires des grosses entreprises.

Le député socialiste, rapporteur de la commission des finances, dénonce rapidement cette "erreur". Le dispositif est présenté comme devant améliorer les coûts face à la concurrence internationale ; or, il n’est absolument pas ciblé sur les entreprises exportatrices. Aussi, explique-t’il, « cela va « profiter » à la grande distribution, aux cliniques privées, aux cabinets des avocats, notaires, experts comptables et autres professions à honoraires réglementés, qui ne se trouvent pas dans un secteur soumis à la concurrence effrénée de nos voisins européens. »

2b) Critique du dispositif CICE

Dans les journaux, plusieurs économistes dénoncent immédiatement ce CICE. Ainsi, dans Libération (novembre 2012), Thomas Piketty caractérise le CICE d’ « usine à gaz fiscale ». Laurent Mauduit (Mediapart du 6 novembre 2012 : « Économie : Hollande se renie et copie Sarkozy ») y voit un spectaculaire reniement de la part de François Hollande « Pour justifier la politique néolibérale qu’il conduit en faveur des entreprises, et les immenses cadeaux financiers qu’il leur a accordés, François Hollande prétend que ces immenses allégements d’impôt contribueront à améliorer la situation financière des entreprises et que celles-ci finiront par investir et embaucher. Et il nie farouchement que cette politique de l’offre ne génère que des effets d’aubaine, les entreprises se bornant à encaisser ces cadeaux, pour gonfler leurs profits voire les dividendes servis à leurs actionnaires. »

Dès le printemps 2013, le gouvernement doit reconnaître que le CICE est effectivement utilisé comme effet d’aubaine, par exemple certaines entreprises exigent de leurs fournisseurs de baisser leurs tarifs au motif qu’ils seraient bénéficiaires du CICE.

Une mission d’information parlementaire sur le CICE est créée, présidée par le député socialiste Yves Blein. Bientôt, la presse signalera qu’il aurait été judicieux de choisir un autre animateur de cette "mission", ce Yves Blein faisant partie de la famille Mulliez, ce qui peut poser un problème de conflit d’intérêts dans la mesure où le groupe Mulliez a largement bénéficié du CICE (44 millions d’euros en 2013).

Le syndicat national de la banque et du crédit (SNB), affilié à la CFE-CGC, a réalisé une étude sur l’"utilisation du CICE dans la banque, la finance et le crédit". Il constate que ce CICE a constitué un simple cadeau utilisé pour des investissements déjà engagés et budgétés. "Il apparaît que les banques et sociétés de crédit ont déclaré des "investissements" qui ne correspondent pas à un surcroît d’investissement", "l’essentiel -pour ne pas dire la totalité- des utilisations annoncées du CICE correspond à des projets, actions et dépenses déjà largement engagées". Le SNB parle donc d’un "effet d’aubaine particulièrement rentable" puisque le CICE "prévoyait un accroissement des investissements et non pas une simple affectation sur des projets déjà engagés ou budgétés". Au total, sur la vingtaine d’acteurs du secteur (BNP Paribas, Société Générale, LCL, BPCE, Crédit Mutuel-CIC, Cofinoga, Cofidis...), l’enveloppe cumulée dépasse 136 millions d’euros. Mécaniquement, les plus gros "chèques" sont distribués aux plus gros acteurs : 40 millions d’euros pour Crédit Mutuel-CIC, près de 26 millions pour BNP Paribas, 26 millions pour Société Générale, 18 millions pour LCL...

L’étude publiée en 2015 par le journal Les Echos confirme totalement le fait que le CICE a constitué un simple cadeau, non contrôlé par l’administration fiscale, plutôt qu’une aide à l’investissement et à l’emploi.

- > Contrairement à l’argument souvent avancé selon lequel il s’agirait de soutenir les entreprises confrontées à la concurrence internationale, il apparaît que le Cice profitera à des secteurs peu exposés, telles la construction ou la grande distribution. Ainsi, les géants du bâtiment Vinci (1,9 milliard de bénéfice net en 2011), Bouygues (1,07 milliard d’euros de profit en 2011) et Eiffage figurent parmi les plus gros bénéficiaires, avec des enveloppes de Cice se situant entre 111 et 189 millions d’euros pour le premier, 87 millions pour le second, et de 70 à 94 millions pour le troisième.

- > Dispositif vraiment favorable à l’emploi  ? Ou bien prime aux entreprises qui dégraissent  ? Ou bien également une bonne affaire mise à profit par les groupes pour satisfaire les attentes financières de leurs actionnaires  ? Alors qu’il persiste à vouloir fermer les hauts-fourneaux à Florange, 
 ArcelorMittal encaisse 25 millions d’euros de Cice. Alors qu’elle annonce la suppression de plus de 2000 emplois et prévoit, entre autres, la délocalisation en Inde de la production d’un vaccin, la société SANOFI (8,8 milliards de profit en 2011) touche 47 millions d’euros par le CICE qui vont régaler ses actionnaires (progression des dividendes de 35 % à 50 % en 2013 2014).

Le meilleur bilan du CICE a été tiré début 2016 par l’émission Spécial Investigation lors d’une soirée « Aides aux entreprises : le grand bluff », consacrée aux crédits d’impôt accordés par le CICE. Il analyse notamment l’exemple de Radial, l’entreprise du patron du MEDEF, Pierre Gattaz : celle-ci empocha plusieurs millions d’euros du CICE mais ne créa jamais aucun emploi. A la place, l’essentiel du montant fut reversé aux actionnaires, c’est-à-dire principalement la famille Gattaz.

2c) Vote des députés à l’Assemblée nationale

Parmi les 38 députés socialistes de la région, nous n’avons trouvé aucun vote contre ce dispositif nommé CICE et aucune abstention.

En octobre 2013, 25 députés socialistes présentent un amendement pour "recibler le CICE".

Au moment où le comité d’évaluation du CICE s’est prononcé pour la première fois, indiquant notamment que seuls 38 % du bénéfice de ce crédit d’impôt irait à des entreprises exportatrices - qui étaient pourtant la principale cible affichée dans le rapport Gallois, s’agissant de cette mesure visant à l’amélioration de la compétivité-prix -, on peut s’interroger". Il s’agit de s’interroger, selon Jérôme Guedj, "le moment venu", à l’issue de l’ évaluation du CICE, "sur la manière de « recibler ». Autant commencer à évoquer cela dans l’hémicycle, sur la base du rapport fourni par le comité d’évaluation et des intuitions portées par les uns et par les autres." "Nous pouvons trouver des solutions pour compenser les effets d’aubaine d’ores et déjà identifiés, à l’instar de ce qui a été fait pour les cliniques privées : le bénéfice du CICE était en effet estimé à 500 millions d’euros pour les cliniques privées. Le Gouvernement a, fort à propos, décidé de compenser par une baisse de la tarification à l’activité dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale".

Le gouvernement obtient que cet amendement soit retiré sans vote.

3) Loi de non régulation bancaire (19 décembre 2012)

Dans son discours du Bourget, François Hollande avait promis une loi qui séparerait les activités de crédit et les activités de marché des banques. La loi proposée en décembre 2012 ne va absolument pas dans ce sens ; elle permet une communication gouvernementale mais guère plus. Seulement 5% des activités bancaires vont être concernées par cette nouvelle législation.

Dans l’intérêt de l’économie française, de l’emploi et globalement du pays, il aurait fallu tourner l’activité des banques vers le financement de l’activité productive. Tel n’est pas le cas dans cette loi. L’essentiel des activités de marché financier y est bel et bien épargné.

On pouvait souhaiter que des députés de gauche maintiennent la proposition de campagne de François Hollande. Une grosse marge de manoeuvre politique existait ; le texte est, par exemple, bien en dessous des réformes votées aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Pourtant...

Lors du vote de cette loi à l’Assemblée nationale, un seul socialiste, William Dumas, député du Gard, a voté contre, tandis que trois se sont abstenus (dont Jean Launay, député du Lot, qui avait déposé de nombreux amendements). L’écologiste Noël Mamère est le seul de son groupe à s’être abstenu.

4) Loi retraite du 18 décembre 2013

* Cette loi représente un recul considérable de l’acquis social des retraites par répartition. En allongeant la durée de cotisation jusqu’à 43 ans, le gouvernement socialiste :

- diminue de fait le montant des retraites car de nombreux salariés ne pourront travailler 43 ans d’où une forte baisse de leur retraite

- reporte de fait l’âge de départ à la retraite à 66 ans comme le précise la lettre de François Hollande à la Commission européenne : « A terme, un assuré qui débute sa carrière à 23 ans (c’est la moyenne en France) ne pourra partir à la retraite au taux plein qu’à partir de 66 ans. Ainsi, l’âge légal de départ est maintenu à 62 ans, mais (non) l’âge effectif de départ à la retraite... »

Retraites : Toujours moins ! Toujours plus tard ! ça suffit ! (77 articles)

* Jean-Luc Mélenchon analysait ainsi cette loi à l’automne 2013 « De la part d’un gouvernement qui se dit de gauche, c’est une agression sans précédent contre les droits sociaux. L’allongement de la durée de cotisation va faire baisser les pensions car de plus en plus de salariés n’auront pas toutes leurs années de cotisation. Ils partiront donc avec une retraite incomplète. Et ils subiront la décote, cette pénalité inique qui veut qu’un salarié avec une carrière incomplète voit sa pension amputée plus que proportionnellement aux années de cotisations qui lui manquent.

Pour ceux qui voudront partir avec une retraite complète, il faudra partir plus tard. Pour la première fois, les héritiers de Léon Blum rallongent le temps de travail dans la vie. Car le maintien de l’âge légal est totalement hypocrite. L’âge moyen du premier emploi des jeunes est aujourd’hui de 24 ans. Avec 43 ans de cotisation cela veut dire qu’ils devront travailler jusqu’à 67 ans pour avoir une retraite complète. C’est bien au-delà des 60 ans qui est la revendication historique de la gauche. »

* A cela s’ajoutent :

- l’augmentation de la cotisation retraite sur le bulletin de salaire de 0,15 point dès le 1er janvier 2014, puis de 0,05 point chaque année en 2015, 2016 et 2017.

- la fiscalisation des majorations pour enfants (10% pour 3 enfants)

- le calendrier de revalorisation retardé du 1er avril au 1er octobre de chaque année...

* Le vote en troisième lecture de cette loi a été acquis à mains levées.

Parmi les 38 députés socialistes de la région Midi Pyrénées Languedoc Roussillon, nous ne notons aucun vote contre et une seule abstention (Jean-Claude Pérez, Aude).

Nous avons, par ailleurs, déjà mis en garde sur les aspects de cette loi présentés par le gouvernement comme positifs.

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5) Le Pacte de responsabilité (avril 2014)

François Hollande l’annonce dès le 31 décembre 2013 comme la panacée pour une relance économique permettant l’inversion de la courbe du chômage. Il s’agit d’un renforcement de la politique économique engagée par le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) et poursuivie durant toute l’année 2013 puis le reste du quinquennat : rétablir le taux de marge des entreprises (leur rentabilité) soi-disant pour augmenter leur compétitivité, leurs investissements et surtout créer des emplois.

François Hollande le préfigure ainsi lors de ses voeux pour 2014 : il doit prévoir « moins de charges pour le travail, moins de contraintes sur les activités des entreprises et en même temps, plus d’embauches et plus de dialogue social. » Nous craignions tous que les embauches et le dialogue social ne soient que du vent pour faire passer l’essentiel : d’énormes cadeaux fiscaux permettant surtout d’enrichir ceux qui sont déjà riches.

Le 31 mars suivant, immédiatement après la déroute du PS aux élections municipales, le président prononce une nouvelle allocution centrée autour d’un nouvel affichage de communication : Le pacte de responsabilité sera complété par un "Pacte de solidarité" concernant principalement l’éducation, la santé et le pouvoir d’achat.

Début avril Manuel Valls précise devant les députés le financement précis du Pacte de responsabilité. Il s’agit d’un plan d’aide aux entreprises comprenant :

- le renforcement du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui constitue déjà une baisse des "charges sociales" de l’ordre de 20 milliards d’euros en 2015.

- la suppression d’ici 2017 des cotisations familiales payées par les entreprises et les travailleurs indépendants pour financer la branche famille de la Sécurité sociale (elles représentent 5,25 % du salaire brut, soit 35 milliards d’euros par an).

- la "simplification" des normes et des procédures administratives.

- des sources de financement : principalement la hausse de la TVA effective depuis le 1er janvier 2014 et l’austérité budgétaire pour les collectivités territoriales et les services publics (50 milliards d’euros d’économies supplémentaires entre 2015 et 2017).

- la suppression, d’ici à 2017, des cotisations familiales payées par les entreprises et les travailleurs indépendants pour financer la branche famille de la Sécurité sociale. Cela représente 30 à 35 milliards d’euros par an.

Ce « projet de programme de stabilité pour 2014-2017 » est présenté au vote de l’Assemblée nationale le 29 avril 2014. Vu l’énormité des sommes engagées sans contrepartie, trois députés socialistes votent contre (Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin, Jean-Luc Laurent ) et 41 s’abstiennent dont trois de la région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées : Christian Assaf (Hérault), Kléber Mesquida (Hérault), Linda Gourjade (Tarn).

A l’approche de la fin du quinquennat, François Hollande et Manuel Valls communiquent sur le fait qu’ils n’ont jamais vraiment envisagé de "contrepartie des entreprises". L’Express résume ainsi leur discours « François Hollande a voulu que ces aides aux entreprises ne s’accompagnent ni de conditions ni de contraintes pour elles. Cherchant à retrouver la confiance du patronat, le gouvernement socialiste a refusé, malgré une partie de sa majorité récalcitrante, d’inscrire dans la loi des contreparties des entreprises en termes d’emplois et d’investissement. »

Dans le même temps, Bercy prétend que ce pacte de responsabilité a permis des embauches « L’effet estimé du CICE et du Pacte est un gain de 30.000 emplois en 2013, 80.000 en 2014 et 130.000 en 2015". "On a le sentiment que nos mesures ont effectivement contribué à enrichir la croissance en emplois depuis 2013 ». Il s’agit là encore d’affichage pour les journaux télévisés et chaînes d’info. En réalité, la croissance française du deuxième trimestre 2015 est presque nulle (0,2%) et la fameuse courbe du chômage ne s’inverse absolument pas.

6) Quel bilan économique et social du quinquennat ?

Tirer un premier bilan du Pacte de responsabilité pour 2014 2017 revient à tirer un bilan économique et social du quinquennat.

Financièrement, il aura représenté une aide très significative aux chefs d’entreprise :

- environ 24 milliards d’euros en 2017 dans le cadre du CICE,

- 20 milliards d’allégements divers de cotisations de ­Sécurité sociale et de baisse d’impôts (notamment la réduction de la contribution sociale de solidarité des sociétés) dans le cadre du Pacte de responsabilité,

- A cela s’ajoute la mesure de suramortissement de 40 % des investissements des entreprises prolongé jusqu’en avril 2017 : déduction de leur résultat imposable d’une somme égale à 40 % de la valeur d’origine d’un bien acquis ou fabriqué (hors frais financiers), en plus de l’amortissement habituel.

L’objectif central de "rétablir le taux de marge des entreprises" rappelle exactement la politique économique menée par des gouvernements socialistes précédents de 1983 à 1986 et de 1988 à 1993.

- Ce fameux taux de marge s’est globalement maintenu, sans plus : 32,7% en 2000, 32,2% en 2002, 32,5% en 2004, 32,7% en 2006, 33,1% en 2008, 31,2% en 2011, 29,9% en 2013, 30,4% en 2014 et 31,4% en 2015.

- Les profits, eux, ont effectivement progressé (+ 16% en 2015) : Capgemini (+93,8 %), Crédit Agricole (+50 %), Kering (+31,6 %), Orange (+186 %, grâce à un effet de base positif), Renault (+49,4 %), Saint-Gobain (+35,9 %), Total (+43,5 %), Unibail (+39,7 %) ou Veolia (+86 %)... C’est le secteur financier (Société Générale, Crédit Agricole...) qui a le plus bénéficié de cette progression des profits avec 21,6 milliards de bénéfices.

- La prétendue amélioration du "dialogue social" s’est traduite par des attaques systématiques contre les syndicats et contre les salariés (complément de la recherche de bonnes relations avec la direction du MEDEF) depuis le refus d’amnistie des syndicalistes en 2012 jusqu’à la terrible loi dite El Khomri.

- Le nombre de demandeurs d’emplois est toujours en hausse malgré d’innombrables radiations, malgré d’innombrables problèmes humains créés par le dépistage draconien des "sans-emploi" y compris entre 60 et 65 ans, malgré d’innombrables maquillages momentanés.


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