31 mai 1961, Gavoury assassiné par l’OAS

dimanche 4 juin 2017.
 

Il y a cinquante ans, le commissaire d’Alger était le premier fonctionnaire victime de l’organisation. Un événement marqueur.

À quoi servent les commémorations  ? À l’heure où, un peu partout en France, l’activisme des nostalgiques de l’Algérie française – et plus largement de la colonisation – retrouve du souffle, les cinquante ans de l’assassinat de Roger Gavoury prennent un relief particulier dans la construction de l’histoire collective. Le 31 mai 1961, le commissaire central d’Alger était le premier fonctionnaire tué par l’OAS. Roger Gavoury est assassiné à coups de poignard dans son studio, alors qu’il dirigeait l’enquête sur les attentats au plastic et sur les complices civils du « quarteron » de généraux à l’origine du putsch d’avril 1961.

Dès le 3 juin, la police judiciaire avertit  : « Le crime a été commis en raison de l’attitude ferme manifestée par ce fonctionnaire, pour maintenir l’ordre à Alger et réprimer les troubles provoqués par les organisations subversives activistes. On peut donc estimer que cet homicide est le fait d’une bande armée en relation avec les insurgés d’avril 1961. » Le lendemain, l’OAS distribue un tract dans les boîtes aux lettres afin de justifier son meurtre  : le commissaire Gavoury a été « jugé » pour « crime de haute trahison » et « complicité avec le régime ». Ancien commissaire des renseignements généraux en 
Algérie, Roger Le Doussal considère que Roger Gavoury avait permis d’éviter que la répression des « émeutes musulmanes (…) par des militaires ne tourne au carnage ».

De son côté, l’historienne Anne-Marie Duranton-
Crabol, spécialiste de l’extrême droite, note que cet assassinat constitue un « événement marqueur » dans l’histoire naissante de l’OAS  ; « le meurtre servait d’avertissement pour tous ceux qui tenteraient de contrer le mouvement clandestin ». Traduits devant un tribunal militaire, ses assassins ont été condamnés à mort et trois d’entre eux ont été exécutés. Jean-François Gavoury, son fils, s’oppose depuis de longues années en justice à l’Adimad, association de combat pour l’Algérie française, à l’origine de l’érection de la stèle de Marignane qui honore notamment les assassins du commissaire.

L’OAS l’emporte à Marignane

Le 28 avril, le juge des référés a rejeté la requête de la préfecture des Bouches-du-Rhône qui considérait que la stèle rendant hommage à l’OAS, réinstallée le 13 mars à Marignane, constituait un trouble à l’ordre public. « Aucune apologie de crimes de guerre », selon le juge, qui considère que « la stèle ne port(e) pas atteinte à la neutralité du cimetière ». L’État a été condamné 
à payer 1000 euros à la mairie et 1000 euros à l’Adimad.

Lina Sankari


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