Liberté, égalité, fraternité : un combat d’actualité. Réponse aux articles sur ce thème.

mardi 7 novembre 2017.
 

Démocratie et république sont en danger !

Voir les articles sur ce site :

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

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En opposant différentes catégories de Français les unes aux autres ,le pouvoir politique occulte les rapports de classes entre dominants et dominés, compte récupérer une partie des voix de l’extrême droite et s’attaque au "vivre ensemble", et de ce fait, porte gravement atteinte aux principes républicains qui assurent notre cohésion nationale. Les articles sur ce thème sont donc les bienvenus

1 - Liberté – égalité – fraternité : Le formel et le réel.

Les principes républicains de liberté, égalité et fraternité sont les résultats d’une lente construction historique : ils ne sont pas nés ex nihilo dans le cerveau des philosophes du XVIIIe siècle ou soudainement avec la révolution de 1789. Par exemple, le christianisme primitif (avant la constitution de l’Eglise sous Constantin Ier) en considérant chaque être humain comme créature d’un Dieu unique fait de chaque homme un égal de l’autre par sa substance, sa nature même.(voir : Histoire sociale du christianisme primitif de Gerd Theissen). Cela constitua une véritable révolution idéologique face à un monde romain hyper hiérarchisé et où existait même une hiérarchie entre les dieux. L’inégalité n’était pas simplement liée aux conditions sociales (esclaves, juifs, femmes) mais aussi substantielle. D’autre part, ces principes. ont été adoptés au XVIIIe siècle par des régimes politiques dominés par la bourgeoisie qui remplaça la noblesse. Cette bourgeoisie marchande puis ultérieurement industrielle, développa et étendit géographiquement l’économie de marché capitaliste.

Cette économie nécessite la liberté et l’égalité de principe des producteurs et des échangistes soumise, comme l’explique Jacques Bidet dans sa Théorie générale (PUF), à une double contractualité : interindividuelle et centrale (par rapport à l’État). Deux autres principes de philosophie politique régissent ce système économique : rationalité et propriété. Telles sont les fondements de notre république bourgeoise contemporaine.

Ces principes "métastructurels" (pour reprendre la terminologie cet auteur) s’inversent, se retournent en leur contraire, dans leur concrétisation au sein d’une structure de classes où domine la bourgeoisie de propriétaires organisateurs et calculateurs. La liberté, c’est celle du capitaliste d’exploiter librement le salarié, la liberté d’entreprendre, d’exploiter les richesses naturelles sans limites ; la liberté, c’est celle du salarié de vendre sa force de travail librement, la liberté de changer d’emploi et de patron.

Ces beaux principes, effets d’annonce dirait-on aujourd’hui, ce retournent dialectiquement en leurs contraires en prenant forme concrète dans la structure de classes du capitalisme. Rapports de classes : tel est la cause profonde de ce renversement dialectique. Mais leur caractère formel reste néanmoins un point d’appui pour les luttes sociales, un point d’appui pour l’espérance de les rendre réelles et aussi une source de cohésion sociale entre républicains dont les options idéologiques peuvent être différentes.

On pourrait évidemment multiplier à l’infini les exemples de ce caractère formel. La liberté de trouver un emploi dans un contexte de chômage de masse est irréelle. L’article 11 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen stipule : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi." En cette période électorale, insistons sur la liberté d’expression.

La liberté d’expression est extrêmement problématique pour tout mouvement politique qui ne partage pas les idées de la classe dominante : inégalité d’accès aux médias, difficultés matérielles pour organiser des réunions publiques ou tout simplement pour afficher des tracts, etc. L’affichage libre était réglementé par la loi n° 79-1150 du 29 décembre 1979 et par le décret d’application n° 82-220 du 25février 1982 ; il est actuellement régi par les articles L. 581-13, R. 581-2 et R. 581-3 du code de l’environnement.

Malheureusement, un nombre important de ces espaces de liberté (spécialement dans les grandes agglomérations) sont utilisés par des annonceurs de spectacles ou de manifestations plus ou moins commerciales, ce qui enlève le caractère libre de ce mode de communication gratuit. Car, de fait, il est très difficile de faire respecter les emplacements réservés de chacun. On peut aussi déplorer qu’en période électorale ces panneaux soient le terrain de "guerre d’affichage" entre les différentes équipes des candidats et les partis politiques. (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Affich... )

L’égalité existe d’une manière relative en droit mais devient pure chimère en termes de conditions réelles de vie, en termes de patrimoine, etc. L’égalité devant la loi devient aussi formel en raison des frais de justice occasionnés par le choix d’avocats plus ou moins renommés, par la place que l’on occupe aux postes-clés dans le monde économique et politique. La notion de fraternité n’apparaît que dans la constitution de 1848. Elle émerge des luttes sociales révolutionnaires de 1789, 1830 et 1848. Celle-ci sera battue en brèche par l’individualisme utilitariste libéral contemporain.

Mais il serait incomplet de ne considérer ici que les sociétés de type capitaliste : dans le système socialiste étatique soviétique, la classe dominante est celle qui a le contrôle de l’organisation, de la gestion de moyens de production sans en être pour autant propriétaire. Elle dirige le plan qui s’est substitué au marché. Malgré l’existence des soviets locaux, les citoyens sont dessaisis pour une bonne part de ce contrôle et ne peuvent influer sur les grandes orientations économiques. Le pouvoir politique est monopolisé par une nomenklatura bureaucratique et autoritaire vivant dans des conditions matérielles privilégiées. Là encore, liberté et égalité deviennent formelles et la fraternité se dissout dans la froideur du plan censé satisfaire les besoins du peuple.

Ces principe républicains sont donc toujours l’enjeu de luttes idéologiques qui n’ont jamais cessé et dont le Droit lui-même est traversé. Prenons un exemple : l’autonomisme et le solidarisme en droit.

2 - Autonomisme et solidarisme. L’enjeu de la fraternité.

Nous appuyons ici sur la lumineuse étude de Jean CEDRAS (Avocat général à la Cour de cassation) intitulée liberté - égalité – contrat. Le solidarisme contractuel en doctrine et devant la cour de cassation. Accès au texte complet à : http://lexinter.net/JF/solidarisme_...

Nous ne reproduisons que l’introduction à cette étude où l’on constatera que la notion de liberté, égalité, fraternité (ou solidarité) est omniprésente. Nous avons choisi la notion de contrat car elle régit un très grand nombre de rapports qui s’établissent entre les individus, groupes, administrations, etc. Par exemple : contrat de location, contrat de travail, contrat de formation, contrats d’achat et de vente, contrat de mariage, etc. D’ailleurs, comme l’indique Jacques Généreux dans son ouvrage La dissociété : "la société est un contrat d’association volontaire et utilitaire" : cette conception constitue le "sixième pilier" du libéralisme. (voir p.246 et suivantes).

Voici donc le début du texte de Jean Cédras : "Les hommes naissent-ils et demeurent-ils libres et égaux en droit des contrats ?

A cette question, les classiques répondent pour l’essentiel par l’affirmative. Ils tiennent que la formation du contrat est libre et sa force obligatoire implacable. C’est l’Ecole de l’autonomie de la volonté, qui gouverne la quasi-totalité du droit positif des contrats.

Mais une doctrine dite du « solidarisme contractuel » adopte une vue opposée. Pour elle, la liberté postule l’égalité des parties, or celles-ci sont bien souvent de facto inégales. Le contrat n’est donc pas librement formé et sa force obligatoire doit être assouplie au bénéfice du plus faible. Entendu comme l’union des cocontractants en vue d’atteindre un but commun, le solidarisme contractuel implique un certain altruisme de l’un, qui doit prendre en considération, voire en charge, les intérêts de l’autre, lui consentant au besoin quelques sacrifices. Chacune de ces deux Ecoles part de postulats, par essence invérifiables et diamétralement opposés, qui se rattachent à une certaine vision de l’homme dans la société.

Pour les autonomistes, les hommes à l’état de nature sont libres. Mais, raisonnables et sociaux, ils constituent la société par leur accord librement donné. D’eux-mêmes, ils découvrent le droit naturel, à savoir ce que leur raison leur montre comme convenant à leur état social. Au rang des dogmes naturels de la vie en société se trouvent les deux idées fortes du libéralisme individualiste : celle de la liberté primordiale de l’homme et celle ramassée dans la maxime Pacta sunt servanda. C’est l’Ecole du droit naturel et des gens, illustrée par Grotius et son disciple Pufendorf, par Locke et bien plus tard popularisée par Rousseau. Le Code civil a largement repris cette philosophie.

Au rebours, s’est bâtie l’Ecole solidariste. Non, les hommes ne naissent pas libres et égaux ! Ils naissent dans une société déjà constituée et se trouvent pris d’emblée dans un réseau de relations sociales contraignantes. L’homme isolé et indépendant est pure fiction. L’homme est par nature un être social. Il naît « débiteur de l’association humaine ». Son état naturel n’est pas la liberté, c’est l’interdépendance et la solidarité sociale : il bénéficie des avantages d’une société préconstituée, il a envers ses membres une dette de solidarité. Cette Ecole est apparue à la fin du XIXème siècle sur la critique de l’autonomie de la volonté. Le solidarisme, illustré par Léon Bourgeois, notable radical, a été l’idéologie officielle de la IIIème République. Le terme, d’apparence scientifique comme le voulait l’époque, a été préféré à « charité » (connoté religieusement) ou à « fraternité » (sentimental et daté)…"

L’auteur développe ensuite la controverse entre les deux écoles d’un point de vue un peu plus technique. Mais la technicité n’est pas neutre ! Abordons maintenant la métabolisation de l’égalité par l’identitarisme

3 - Un problème actuel : l’ identité contre l’égalité.

Nous reproduisons ici deux pages de l’excellent livre de Jean-Claude Guillebaud : La Refondation du monde (éditions du Seuil ;1999) page 139 à 141. (Né à Alger en 1944, Jean-Claude Guillebaud est un écrivain, essayiste, journaliste, cofondateur de Reporters sans frontières, lauréat du prix Albert Londres en 1972. Jean-Claude Guillebaud est ce que l’on pourrait appeler un humaniste chrétien)

Cet auteur va très loin dans sa critique du néolibéralisme puisqu’il considère que celui-ci est en train de détruire les cinq piliers de notre civilisation occidentale (selon lui : les notions d’égalité, de raison, de progrès, de justice non vengeresse, d’universel. Une partie de son livre est consacrée à "l’archéologie" de ces principes fondamentaux qui ont été notamment retravaillés au siècle des Lumières). Bref le développement du néolibéralisme nous conduit tout droit et nous enfonce dans la barbarie. Après les Lumières, les Ténèbres ! Par crainte de trahir sa pensée, j’ai préféré donner ici un long extrait de son chapitre : le projet inégalitaire, plutôt qu’un petit résumé qui aurait affaibli la force du texte dont l’actualité quasi journalière n’échappera pas au lecteur.

"Il faut d’abord s’entendre sur les mots. Au sujet de l’égalité, une pernicieuse ambiguïté est à l’œuvre, une ambiguïté qui brouille notre perception du réel et fausse la plupart des débats politiques. L’époque, en effet, est devenue plus exigeante qu’aucune autre au sujet de ce qu’on pourrait appeler l’égalité identitaire. On ne s’était jamais autant battu, on n’avait jamais autant revendiqué, écrit, polémiqué au sujet de cette égalité-là. Pour l’opinion courante - et c’est un progrès incontestable -, une certaine inégalité immémoriale n’est plus admissible aujourd’hui : celle qui séparait le Blanc du Noir, le citoyen de souche de l’immigré, l’homme de la femme, l’hétérosexuel de l’homosexuel, l’enfant légitime de l’enfant naturel, le bien-portant du handicapé, le citoyen du sans-papiers le provincial du Parisien, etc.

Une révolution invisible a donc eu lieu, qui rend - heureusement - insupportable ce qui, hier encore , était plus ou moins toléré. Cette révolution est radicale, sans doute définitive. Une revendication égalitaire est quotidiennement à l’œuvre aujourd’hui, revendication dont la doxa et le « politiquement correct » se font volontiers l’écho, à gauche comme à droite. Lorsqu’il s’agit de récuser l’ostracisme frappant une catégorie particulière d’hommes ou de femmes ; lorsqu’il s’agit de traduire cette reconnaissance en modifiant le vocabulaire (« malvoyant » au lieu d’aveugle, << personnes de « petite taille » au lieu de nain, etc.), un accord relatif se manifeste, dont il serait absurde de sous-estimer la portée. Marcel Gauchet a raison d’évoquer à ce sujet l’émergence spectaculaire d’un « individualisme égalitaire » où l’égalité est comprise comme « similitude des êtres ». Pour lui, cet individualisme identitaire, c’est-à-dire le droit pour chacun d’exprimer enfin - et de vivre - sa différence, participe bien d’une certaine acception de l’égalité, peut-être plus large que l’acception traditionnelle. Il correspond, ajoute-t-il, à un « nouveau visage de l’égalité. » Il serait absurde de nier ou même de sous-estimer cet apport de l’individualisme contemporain : la possibilité donnée à chacun de s’émanciper des anciennes hiérarchies ou catégorisations, de toutes celles que l’aspiration égalitariste de jadis prenait insuffisamment en compte. Ces revendications identitaires viennent opportunément nous rappeler que tout ne se ramène pas à l’étroite et mesurable égalité socio-économique.

Soit. Le problème est que cette intransigeance égalitariste sur la question de l’identité, du statut, de la « différence » s’accompagne d’une incroyable indifférence à l’égard des inégalités de condition. La quête éperdue d’une égalité identitaire forme un écran de fumée masquant le retour des injustices quantitatives les plus criantes. En forçant le trait, on pourrait dire que l’époque est prête à s’enflammer pour combattre la moindre discrimination entre un homosexuel et un hétérosexuel, mais qu’elle a cessé de s’intéresser aux inégalités, fussent-elles gravissimes, entre deux homosexuels qui sont, par ailleurs, salariés, cadres, chômeurs, etc. La nouvelle sensibilité culturelle contribue à anesthésier l’ancienne sensibilité sociale. Le « politiquement correct » vient, sans l’avoir voulu, au secours de l’iniquité. Toute la difficulté des rapports entre gauche morale et gauche sociale - en Europe comme aux États-Unis - découle de ce paradoxe. Il y a plus troublant : une corrélation existe indiscutablement entre l’explosion de cet individualisme et la montée des inégalités sociales. Ce n’est pas un argument polémique. Cette corrélation est mise en évidence par certains économistes appartenant à l’école dite de la « régulation », qu’il s’agisse de Robert Boyer, de Michel Aglietta ou même de Jean-Paul Fitoussi.

De quoi s’agit-il au juste ? D’un mécanisme social et politique assez pervers mais facile à comprendre. Les valeurs individualistes, devenues hégémoniques depuis la fin des années 60, contribuent à rendre de plus en plus difficilement gouvernable la démocratie. Elles précipitent la crise du modèle fordiste de l’après-guerre, accélèrent le recul de l’État, dévalorisent le concept de « bien commun », ruinent peu à peu la capacité régulatrice du politique sur le terrain économique et social. Cet affaiblissement global du politique, ballotté entre les corporatismes et égoïsmes catégoriels, ouvre sans cesse davantage de terrain au marché, à la libre concurrence, à la loi du plus fort.

Le premier résultat de cette évanouissement du bien commun au profit de l’individu se retourne donc contre ce dernier. Et durement. Ironie du progrès, ruse de l’Histoire ! Voilà l’individu triomphant mais moins protégé ; le voilà mieux célébré mais beaucoup plus exploité ; largement émancipé des discriminations culturelles mais livré à la mécanique du marché. Ce dysfonctionnement de la régulation démocratique aboutit à un résultat que nul n’avait voulu : il pénalise les plus pauvres, les moins aptes, les moins compétitifs. Ainsi se trouve bouclé sur elle-même une extravagante schizophrénie qui voit l’individu moderne perdre en termes d’égalité sociale ce qu’il avait revendiqué et obtenu en termes d’égalité identitaire. Mieux reconnu dans sa différence mais davantage floué dans sa vie quotidienne ; mieux accepté dans son identité mais plus précarisé dans sa condition sociale : qui ne verrait dans tout cela un marché de dupe ?"

On mesure 11 ans après la parution de ce texte toute sa sinistre actualité. Ce que ne voit pas Guillebaud, mais sans doute était-ce moins visible à l’époque où il a écrit ce texte, c’est que l’identitarisme, obsession idéologique et fonds de commerce politique de l’extrême droite, a été recyclé par la droite classique par électoralisme mais aussi comme moyen de diversion et de déplacement du champ politique et économique vers le champ sociétal dont fait partie l’égalité identitaire.

4 - Le triangle d’or de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

4.1 Une première sur ce site : Un petit problème de géométrie pour les républicains jeunes ou vieux : des sciences exactes aux sciences politiques !

Considérons un triangle équilatéral (les trois côtés sont de même longueur) ABC. Appelons L le côté AB ; appelons E le côté AC, et F le côté BC.

Considérons un point S variable (mobile) à l’intérieur du triangle ABC. Abaissons du point S la perpendiculaire à chacun des côtés du triangle (avec un autre langage : ce qui revient à projeter orthogonalement S sur chacun des côtés) : on définit ainsi la distance du point S à chacun des trois côtés. Soit l la distance de S au côté L ; soit e la distance de S au côté E et soit f la distance de S au côté F. Selon la position du point S, les distances sont plus ou moins grandes ou petites.

Montrer que quelque soit la position du point S, la somme des trois distances l +e +f ne change pas : elle est constante.

L’intérêt de ce problème, dont la solution est à la fois simple et ingénieuse est d’être accessible à presque tous les niveaux de collège et de lycée. N’hésitez pas à le faire connaître aux jeunes collégiens lycéens que vous connaissez. On apprend sixième que l’aire d’un triangle est égale à : (base x hauteur)/2

Aide : on trace les segments SA, SB, SC. Puis on calcule l’aire des triangles SAB , SAC et SBC. L’aire de chaque triangle varie mais leur somme totale est constante : c’est celle du triangle équilatéral ABC.

Solution : appelons c la longueur commune des trois côtés du triangle équilatéral ABC et appelons h la longueur de la hauteur de ce triangle. Le signe de multiplication x entre deux lettres est omis : cl signifie cxl La somme des aires de trois triangles précédents s’écrit : cl/2 + ce/2 + cf/2 = ch/2 On a donc : c/2 (l +e +f) = ch/2. En simplifiant les 2 membres de l’égalité par c/2, on obtient finalement : c+l +f = h La somme de trois distances est donc toujours constante car est égale à la longueur de la hauteur du triangle équilatéral qui est constante. Simple, n’est-ce pas ? mais il est vrai que sans l’aide, il faut une certaine imagination pour trouver la solution.

Ceci étant acquis, nous sommes maintenant prêts pour comprendre la dialectique de la triade (ou le triptyque ? ou la Trinité ?) Liberté – Egalité – Fraternité.

4.1Interprétation symbolico -politique de ce résultat.

Le point S figure un type de société ; L symbolise l’idéal de Liberté et l indique la proximité ou l’éloignement de cette société à cet idéal de liberté. D’une manière analogue, E symbolise l’idéal d’Egalité et e indique la proximité ou l’éloignement de cette société à cet idéal d’égalité. De même, F symbolise l’idéal de Fraternité et f indique la proximité ou l’éloignement de cette société à cet idéal de fraternité.

Ceci étant posé, on constate alors le phénomène planétaire suivant : la somme de trois distances étant toujours constante, si S se rapproche trop de L, elle s’éloigne de E et de F. Plus une société développe trop la liberté, plus elle s’éloigne des idéaux d’égalité et de fraternité. C’est le cas des sociétés capitalistes et individualistes. On remarque alors que la distance l diminue : cela signifie que dialectiquement dans ce type de société la liberté réelle devient de plus en plus réduite et peut aboutir à une société autoritaire. On assiste actuellement à ce phénomène dans les sociétés européennes ou le libéralisme impose des mesures de plus en plus autoritaires pour faire face aux dérégulations économiques et sociales. Le contrôle social devient de plus en plus intense et systématique. Le libertaire devient sécuritaire. Jacques Généreux appelle ce type de société dissociété.

Si une société S se rapproche de trop de l’idéal d’égalité E, elle s’éloigne de l’idéal de liberté et de fraternité. On peut aboutir à des sociétés où la liberté individuelle est très réprimée (comme des sociétés de type étatique socialiste genre URSS). Jacques Généreux appelle ce type de société : hyper société. De la même manière, dialectiquement, la distance e diminue : en réalité, apparaissent les nomenklaturas ou autres castes.

Enfin, si une société S se rapproche excessivement de l’idéal de fraternité F, elle perd en liberté ou en égalité. C’est le cas des sociétés communautaristes , des communautés villageoises ou familiales : les rapports sont fraternels mais on ne peut pas faire un pas, faire un geste sans que le groupe soit au courant et exerce sa pression. Cette situation devient étouffante pour l’individu. De facto, la distance f, diminue, et dialectiquement, la fraternité devient agressivité puis rejet de l’autre.

Alors où se situe la société idéale ? Il faut tout simplement un juste équilibre entre la liberté, l’égalité et la fraternité ! Le point S doit se situer à égale distance de trois côtés L,E,F et donc se situer au centre de gravité du triangle équilatéral qui symbolise une société démocratique où figure le citoyen d’abord !

C’est la raison pour laquelle, les révolutionnaires de 1789 et d’autres ont associé à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen un œil situé au centre d’un triangle équilatéral. On retrouve cela dans la symbolique maçonnique. L’œil peut être remplacé par la lettre G pouvant signifier : Gravitation, God ( Dieu en anglais), Génie, Gnose. Parmi les francs-maçons actifs de l’époque révolutionnaire, il n’y avait : Mirabeau, Desmoulins, Couthon, La Fayette, La Rouërie, Choderlos de Laclos, David et Rouget de l’Isle, créateur de l’hymne national "La Marseillaise". Et c’est là qu’il faut chercher l’origine historique de la haine des extrémistes de droite contre la franc-maçonnerie qui a participé à la construction de la république française et à la chute du royalisme. Même remarque pour la construction de la démocratie américaine.

4.3 Les limites de cette représentation républicaine et libérale.

Le libéralisme dont il est question ici ne se confond pas avec le néolibéralisme du capitalisme financiarisé actuel dont certains libéraux "éclairés" comme Jean-François Kahn dénoncent la trahison de leurs sources historiques : la philosophie politique libérale du siècle des lumières. C’est-à-dire celle qui a affirmé la liberté de pensée individuelle face au totalitarisme idéologique religieux ou féodal, celle qui construisit avec Locke et Montesquieu le concept de séparation des pouvoirs, etc. Cette idéologie libérale démocratique traverse depuis deux siècles les différents partis politiques de droite comme de gauche. Elle est bien présente dans l’enseignement primaire et secondaire de l’Histoire, des Lettres, de la philosophie de nos établissements scolaires et universitaires.

Ceci étant posé, la conception de la liberté, de l’égalité et de la fraternité repose sur une conception libérale de la nature humaine, de l’individu considéré par essence comme autonome, mu par des intérêts égoïstes, le désir de puissance. La vision de la société est contractualiste : elle est constituée d’individus reliés par des contrats de tout ordre. Il résulte de cela que, liberté – égalité – fraternité sont conçus comme contradictoires : trop de liberté nuit à l’égalité, trop d’égalité nuit à la liberté, trop de fraternité nuit à la liberté, etc. "Être pour soi, avec soi" est conçu comme antagonique avec "être pour les autres, avec les autres" pour reprendre une expression de Jacques Généreux. L’individu est dissocié.

Dans une conception sociale ou socialiste, l’individu est un être par essence social dont la richesse et la variété des liens qu’il tisse avec son environnement naturel et social n’est pas facteur d’étouffement mais de développement de sa liberté. Comme l’explique Jacques Généreux dans son ouvrage le socialisme néomoderne (ou L’autre société), dans les chapitres 3b (droits et obligations) et 3c (solidarité fraternité), l’individu doit son existence même à la société sans laquelle il ne pourrait survivre, mais cette "dette" existentielle n’a pas à être remboursée : c’est un don sans contrepartie ! Elle n’est pas contractuelle. La seule "contrepartie" ou plutôt la seule contribution que peut apporter l’individu à la société est la pratique du don (l’auteur s’appuie sur les travaux de Mauss sur le don) envers ses semblables et la société. Dans l’optique socialiste, ce qui compte ce n’est pas le contrat, c’est le vivre ensemble. Le "vivre pour soi" ne s’oppose pas au "vivre pour les autres". L’individu est en accord avec sa nature sociale : il n’est pas dissocié. De ce fait, la liberté ne s’oppose pas à la fraternité comme l’autonomie ne s’oppose pas à la coopération.

"La loi ne peut justement pas instituer la fraternité : elle ne peut qu’organiser la solidarité. Faut-il pour autant retirer fraternité de la devise républicaine ? Certainement pas. Le fait de la fraternité ne puisse être organisée par la loi donne à celle-ci toute sa place en tant que condition ou idéal d’une République qui entend constituer une communauté politique réelle et pas seulement une association abstraite. En effet, les deux piliers juridiques de la République (liberté et égalité) peuvent éventuellement fonder une communauté politique entre des atomes rationnels mu par un calcul mécanique de leurs intérêts, c’est-à-dire le type d’association imaginée par les théories du contrat social. Mais cette communauté contractuelle fondée sur l’intérêt bien compris ne tient alors que par la force d’une loi qui réprime en permanence la rivalité naturelle des individus. On a déjà suffisamment démontré la fausseté d’une telle conception. Une communauté humaine n’est pas constituée par un contrat, mais par des liens sociaux qui unissent l’histoire singulière des individus à l’histoire des divers groupes humains dont ils partagent l’existence….L’égale liberté des citoyens différents doit donc être soutenu par un authentique désir de vivre ensemble et dans le respect mutuel des différences." Donc la Fraternité est le ciment du vivre ensemble pour la communauté d’humains que constitue une nation républicaine. On constate combien cette conception développée par Jacques Généreux, Le Jaurès de notre temps, va bien au-delà des positions autonomiste et solidariste exposées précédemment. De ce point de vue, Liberté, Egalité et Fraternité ne sont pas contradictoires : elles se nourrissent l’une de l’autre. Elles constituent, en quelque sorte, une symbiose. Il faut donc concevoir un triangle équilatéral dont la longueur des côté est variable avec au centre, non pas l’individu I ou la société S, mais l’Humain H, car dans l’Humain, il y a, en même temps, le soi et les autres, les autres et le soi : le vivre ensemble. Oui, l’Humain d’abord ! Le PPP, vous connaissez ?

Hervé Debonrivage


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