Vive la grève... Face au "bordel capitaliste" et à Citroën (Jacques Prévert)

lundi 8 octobre 2018.
 

Les Citroën font partie dans les années 1920 et 1934 des célèbres "200 familles" et même des 10 grandes familles qui dirigent en fait la "république". En 1933, André Citroën, habitué des tables de casino, des salons mondains et des champs de courses veut baisser la rémunération de ses salariés.

Pour éviter la misère, les ouvriers réagissent par six semaines de grève qui focalisent l’attention en ces années de crise économique, sociale et politique.

C’est alors que Jacques Prévert, toujours fort engagé politiquement écrit le poème ci-dessous :

Citroën

.

À la porte des maisons closes

C’est une petite lueur qui luit…

Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :

Une grande lumière grimpe sur la tour,

Une lumière toute crue.

C’est la lanterne du bordel capitaliste,

Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

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Citroën ! Citroën !

C’est le nom d’un petit homme,

Un petit homme avec des chiffres dans la tête,

Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,

Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,

Toujours la même.

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Bénéfices nets…

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Millions… Millions…

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,

500 voitures, 600 voitures par jour.

Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

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Bénéfices nets…

.

Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville,

Le voilà à Cannes qui sort du Casino

Le voilà à Nice qui fait le beau

Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,

Beau temps aujourd’hui ! le voilà qui se promène qui prend l’air.

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Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie

Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,

Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse

Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre,

Une bouteille de lait ?

Il n’est pas laitier… Il est Citroën.

.

Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.

Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.

Des journalistes mangent dans sa main.

Le préfet de police rampe sous son paillasson.

.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

.

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout

Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de

Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,

Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup

Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,

Pour faire la grève…

.

La grève…

.

Vive la grève !

Jacques Prévert


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