La nuit (poèmes)

lundi 26 mars 2018.
 

- 1) NUITS DE JUIN (Victor Hugo)

- 2) Nuit de printemps (Chateaubriand)

- 3) Poème préféré de Nelson Mandela

- 4) Ballade à la lune (Alfred de Musset)

- 5) Père du doux repos, Sommeil

- 6) LA NUIT (Claude Roy)

- 7) Romance de la lune. À Conchita (Garcia Lorca)

- 8) Vénus (Victor Hugo)

- 9) A LA NUIT (Anna de Noailles)

A) Chansons

« Nuit et brouillard » Jean Ferrat

https://www.youtube.com/watch?v=CwG...

Nights In White Satin The Moody Blues

https://www.youtube.com/watch?v=9mu...

"Quand revient la nuit" Johnny Hallyday

https://www.youtube.com/watch?v=Aev...

Retiens La Nuit Johnny Hallyday

https://www.youtube.com/watch?v=Hde...

Nuit (Jean-Jacques Goldman)

http://www.jukebox.fr/jean-jacques-...

Au coeur de la nuit TELEPHONE

https://www.youtube.com/watch?v=Pdj...

B) Poèmes

1) NUITS DE JUIN (Victor Hugo)

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte

La plaine verse au loin un parfum enivrant ;

Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entr’ouverte,

On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;

Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;

Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,

Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

2) Nuit de printemps (Chateaubriand)

Le ciel est pur, la lune est sans nuage :

Déjà la nuit au calice des fleurs

Verse la perle et l’ambre de ses pleurs ;

Aucun zéphyr n’agite le feuillage.

.

Sous un berceau, tranquillement assis,

Où le lilas flotte et pend sur ma tête,

Je sens couler mes pensers rafraîchis

Dans les parfums que la nature apprête.

.

Des bois dont l’ombre, en ces prés blanchissants,

Avec lenteur se dessine et repose,

Deux rossignols, jaloux de leurs accents,

Vont tour à tour réveiller le printemps

Qui sommeillait sous ces touffes de rose.

.

Mélodieux, solitaire Ségrais,

Jusqu’à mon coeur vous portez votre paix !

Des prés aussi traversant le silence,

J’entends au loin, vers ce riant séjour,

La voix du chien qui gronde et veille autour

De l’humble toit qu’habite l’innocence.

.

Mais quoi ! déjà, belle nuit, je te perds !

Parmi les cieux à l’aurore entrouverts,

Phébé n’a plus que des clartés mourantes,

Et le zéphyr, en rasant le verger,

De l’orient, avec un bruit léger,

Se vient poser sur ces tiges tremblantes.

3) Poème préféré de Nelson Mandela

Dans les ténèbres qui m’enserrent,

Noires comme un puits où l’on se noie,

Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,

Pour mon âme invincible et fière,

.

Dans de cruelles circonstances,

Je n’ai ni gémi ni pleuré,

Meurtri par cette existence,

Je suis debout bien que blessé,

.

En ce lieu de colère et de pleurs,

Se profile l’ombre de la mort,

Et je ne sais ce que me réserve le sort,

Mais je suis et je resterai sans peur,

.

Aussi étroit soit le chemin,

Nombreux les châtiments infâmes,

Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme

William Ernest Henley

4) Ballade à la lune (Alfred de Musset)

5) Père du doux repos, Sommeil, père du Songe

Père du doux repos, Sommeil, père du Songe,

Maintenant que la nuit, d’une grande ombre obscure,

Fait à cet air serein humide couverture,

Viens, Sommeil désiré et dans mes yeux te plonges.

.

Ton absence, Sommeil, languissamment allonge

Et me fait plus sentir la peine que j’endure.

Viens, Sommeil, l’assoupir et la rendre moins dure,

Viens abuser mon mal de quelque doux mensonge.

.

Ja le muet silence un escadron conduit

De fantômes ballants dessous l’aveugle nuit :

Tu me dédaignes seul qui te suis tant dévot.

.

Viens, Sommeil désiré, m’environner la tête,

Car, d’un voeu non menteur, un bouquet je t’apprête

De ta chère morelle et de ton cher pavot.

par Pontus de TYARD 1521-1605

6) LA NUIT (Claude Roy)

Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit

A pas de vent de loup de fougère et de menthe

Voleuse de parfum impure fausse nuit

Fille aux cheveux d’écume issus de l’eau dormante

.

Après l’aube la nuit tisseuse de chansons

S’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses

Et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons

Veille sur le repos des étoiles confuses

.

Sa main laisse glisser les constellations

Le sable fabuleux des mondes solitaires

La poussière de Dieu et de sa création

La semence de feu qui féconde les terres.

.

Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit

A pas de vent de mer de feu de loup de piège

Bergère sans troupeaux glaneuse sans épis

Aveugle aux lèvres d’or qui marche sur la neige.

7) Romance de la lune. À Conchita (Garcia Lorca)

8) Vénus (Victor Hugo)

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir,

On entend l’invisible errer et se mouvoir ;

Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.

Le crépuscule, plein de figures funèbres,

Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;

A quelque être ignoré qui flotte dans le vent

La pervenche murmure à voix basse : je t’aime !

La clochette bourdonne auprès du chrysanthème

Et lui dit : paysan, qu’as-tu donc à dormir ?

Toute la plaine semble adorer et frémir ;

L’élégant peuplier vers le saule difforme

S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme

Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;

Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,

Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;

Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,

S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,

Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,

Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,

Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes ;

Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,

Et, dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,

Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,

Tout un monde charmant et sinistre palpite.

C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,

Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,

Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,

Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

Victor Hugo, Toute la lyre

9) A LA NUIT (Anna de Noailles)

Nuit où meurent l’azur, les bruits et les contours,

Où les vives clartés s’éteignent une à une,

Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour

Descendent mollement et dansent à la lune,

.

Jardin d’épais ombrage, abri des corps déments,

Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre

Pour le repos charnel ou l’assouvissement,

Nuit pleine des sommeils et des fautes de l’être,

.

Nuit propice aux plaisirs, à l’oubli, tour à tour,

Où dans le calme obscur l’âme s’ouvre et tressaille

Comme une fleur à qui le vent porte l’amour,

Ou bien s’abat ainsi qu’un chevreau dans la paille,

.

Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux,

Toi qui regardes l’homme avec tes yeux d’étoiles,

Vois mon cœur bondissant, ivre comme un bateau,

Dont le vent rompt le mât et fait claquer la toile !

.

Regarde, nuit dont l’œil argente les cailloux,

Ce cœur phosphorescent dont la vive brûlure

Éclairerait, ainsi que les yeux des hiboux,

L’heure sans clair de lune où l’ombre n’est pas sûre.

.

Vois mon cœur plus rompu, plus lourd et plus amer

Que le rude filet que les pêcheurs nocturnes

Lèvent, plein de poissons, d’algues et d’eau de mer

Dans la brume mouillée, agile et taciturne.

.

A ce cœur si rompu, si amer et si lourd,

Accorde le dormir sans songes et sans peines,

Sauve-le du regret, de l’orgueil, de l’amour,

Ô pitoyable nuit, mort brève, nuit humaine !...

Nuit (Victor Hugo)

Le ciel d’étain au ciel de cuivre

Succède. La nuit fait un pas.

Les choses de l’ombre vont vivre.

Les arbres se parlent tout bas.

.

Le vent, soufflant des empyrées,

Fait frissonner dans l’onde, où luit

Le drap d’or des claires soirées,

Les sombres moires de la nuit.

.

Puis la nuit fait un pas encore.

Tout à l’heure, tout écoutait.

Maintenant nul bruit n’ose éclore ;

Tout s’enfuit, se cache et se tait.

.

Tout ce qui vit, existe ou pense,

Regarde avec anxiété

S’avancer ce sombre silence

Dans cette sombre immensité.

.

C’est l’heure où toute créature

Sent distinctement dans les cieux,

Dans la grande étendue obscure,

Le grand Être mystérieux !

9) La nuit Alfred de Musset

Quand la lune blanche

S’accroche à la branche

Pour voir

Si quelque feu rouge

Dans l’horizon bouge

Le soir,

.

Fol alors qui livre

A la nuit son livre

Savant,

Son pied aux collines,

Et ses mandolines

Au vent ;

.

Fol qui dit un conte,

Car minuit qui compte

Le temps,

Passe avec le prince

Des sabbats qui grince

Des dents.

.

L’amant qui compare

Quelque beauté rare

Au jour,

Tire une ballade

De son coeur malade

D’amour.

.

Mais voici dans l’ombre

Qu’une ronde sombre

Se fait,

L’enfer autour danse,

Tous dans un silence

Parfait.

.

Tout pendu de Grève,

Tout Juif mort soulève

Son front,

Tous noyés des havres

Pressent leurs cadavres

En rond.

.

Et les âmes feues

Joignent leurs mains bleues

Sans os ;

Lui tranquille chante

D’une voix touchante

Ses maux.

.

Mais lorsque sa harpe,

Où flotte une écharpe,

Se tait,

Il veut fuir… La danse

L’entoure en silence

Parfait.

.

Le cercle l’embrasse,

Son pied s’entrelace

Aux morts,

Sa tête se brise

Sur la terre grise !

Alors

.

La ronde contente,

En ris éclatante,

Le prend ;

Tout mort sans rancune

Trouve au clair de lune

Son rang.

.

Car la lune blanche

S’accroche à la branche

Pour voir

Si quelque feu rouge

Dans l’horizon bouge

Le soir.

Alfred de Musset, Poésies posthumes


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