Août 1914 : La trahison militariste et nationaliste de la 2ème Internationale

mercredi 1er novembre 2017.
 

1) La menace de guerre en Europe avant 1914

Au début du 20ème siècle, le spectre de la guerre hante l’Europe.

Les marchands de canons poussent à la course aux armements et à la guerre, en particulier dans les Balkans. Les classes possédantes de chaque Etat poussent à la conquête du maximum de colonies, surtout si des matières premières dorment dans leur sous-sol ; elles essaient de détourner les peuples des revendications sociales vers le nationalisme et la xénophobie. Bien des militaires rêvent d’une bonne guerre pour améliorer leur carrière et leur gloire personnelle.

L’Allemagne veut remettre en cause le partage colonial réalisé à leur profit par la France et la Grande Bretagne. La France veut reconquérir l’Alsace et la Lorraine accaparées par l’Allemagne après la guerre de 1870. La Grande-Bretagne veut reprendre à l’Allemagne l’hégémonie économique et politique sur la Turquie et le détroit de Gallipoli. La Bulgarie, la Serbie, la Grèce et le Monténégro veulent détacher la Macédoine de l’hégémonie ottomane (1ère guerre balkanique). La Serbie, la Grèce et le Monténégro contestent les prétentions bulgares (2ème guerre balkanique). La Serbie soutient les indépendantistes bosniaques contre Vienne qui veut au contraire renforcer son hégémonie dans la zone de l’Adriatique...

2) La social-démocratie face à la guerre avant 1914

Toute la social-démocratie (partis, syndicats, associations...) se trouve inéluctablement confrontée et même polarisée par cette question de la guerre.

De 1900 à 1914, tous les congrès de la deuxième internationale se prononcent contre la guerre.

Tel est le cas par exemple lors du Congrès de Stuttgart en 1907 qui proclame : « Si la guerre éclate pourtant, les socialistes ont pour devoir d’intervenir pour en hâter la fin et tirer de toute façon parti de la crise économique et politique pour soulever le peuple et précipiter par la même la chute de la domination capitaliste. »

3) La résolution du Congrès socialiste de Bâle en 1912

Deux ans avant la Première Guerre mondiale, les grands partis de la Deuxième internationale réaffirment leur opposition à la guerre et une stratégie révolutionnaire pour le cas où elle éclate malgré eux.

« Ce serait de la folie pour les gouvernements de ne pas comprendre que la seule pensée du caractère effroyable d’une guerre mondiale provoquera nécessairement l’indignation et la colère de la classe ouvrière. Les prolétaires considèrent comme un crime de tirer les uns sur les autres au profit des capitalistes, des ambitions dynastiques ou à la gloire de traités diplomatiques secrets. »

« Le congrès appelle les ouvriers de tous les pays à opposer à l’impérialisme capitaliste la force de la solidarité internationale du prolétariat...

« Que les gouvernements n’oublient pas, que la guerre franco-allemande a provoqué l’éruption révolutionnaire de la Commune, que la guerre russo-japonaise a mis en mouvement les forces révolutionnaires des peuples de la Russie. Les prolétaires considèrent comme un crime de se tirer les uns sur les autres pour les bénéfices capitalistes, les rivalités dynastiques et les traités diplomatiques secrets. »

Commentant cette résolution, Jaurès affirme péremptoirement : « Nous n’irons pas à la guerre contre nos frères, nous ne tirerons pas sur eux ; et si les choses en arrivent à une conflagration, ce sera la guerre sur un autre front, ce sera la révolution. »

4) Remarques sur les socialistes et la gauche française avant 1914

En France, un radical comme Clémenceau, influent à gauche, a adopté une attitude guerrière depuis 1905 (crise de Tanger), considérant l’affrontement comme inévitable ; dans son journal L’Homme libre, il titre le 24 mai 1913 "Vouloir ou mourir". Jaurès et la SFIO mènent campagne contre la guerre même si certains propos sont discutables pour des internationalistes.

La force militaire de l’Allemagne s’est considérablement renforcée (début 1913, 850 000 soldats contre 480 000 pour la France). Lors du vote de la loi portant le service militaire à trois ans (19 juillet 1913) pour rééquilibrer les forces, la SFIO et les deux tiers des radicaux-socialistes votent contre.

La position de la SFIO était-elle en contradiction avec les aspirations de la population française ? Je ne pense pas.

* La campagne pour les élections législatives du 26 avril et 10 mai 1914 se déroule autour de cette loi des 3 ans et du risque de guerre. Par rapport aux élections précédentes (1910), celle-ci se termine par une grande victoire des socialistes et de la gauche : la SFIO passe de 1110561 voix à 1413044 (de 75 à 102 députés) ; les radicaux passent de 2 693471 voix à 2930018 voix ( de 149 à 195 députés) ; avec les républicains de gauche (66 députés), SFIO et radicaux sont majoritaires au Parlement.

* Dans le lointain et conservateur département de l’Aveyron, la poussée antimilitariste ne fait pas de doute. J’ai bien connu Louis Brévié, élu "colonel" par les soldats pour occuper la caserne de Rodez contre la loi des 3 ans et contre la guerre.

5) La trahison des directions social-démocrates en 1914

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats

Lorsque la guerre commence en août 1914, l’Internationale Socialiste fait faillite, chaque parti entrant dans l’Union sacrée de son pays pour écraser le voisin.

Le 4 août 1914, le groupe socialiste à la Chambre française des députés vote à l’unanimité les crédits de guerre. Le même jour, les députés sociaux-démocrates allemands en font autant (sauf Rosa Luxembourg).

« Jamais, écrit Rosa Luxembourg, jamais dans l’histoire du monde un parti politique n’a failli aussi misérablement, jamais un fier idéal n’a été trahi aussi honteusement ».

Compléments sur ce sujet

1914 1915 La crise de la social-démocratie (par Rosa Luxembourg)

Les socialistes et la guerre (par Christian Rakovsky)

La faillite de la 2ème internationale (Lénine 1915)


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