La guerre au Mali efface la dette publique de la France dans les médias 3 février 2013

mercredi 8 février 2017.
 

La croissance du coût des opérations militaires extérieures de la France depuis 2008 rend peu crédible la fable : "les caisses de l’État sont vides, l’État est en faillite."

Le nettoyage médiatique de la dette

À écouter les médias, le nombre de commentaires sur la dette publique a considérablement diminué depuis le commencement de la guerre au Mali. Il n’en est quasiment plus question. La guerre du Mali semble avoir effacé la dette de la France !

La situation tranche avec la période des élections présidentielles et les cinq mois qui ont suivi où il ne pouvait pas se passer une journée sans qu’un média ou un autre, ou plusieurs de concert, nous assènent toujours le même refrain sur la dette publique.

Mais ce harcèlement médiatique ne date pas tout à fait d’hier et il est à mettre en parallèle avec les dépenses militaires pour les opérations extérieures menées par les gouvernements français depuis 2008 , année du crash financier.

Examinons quelques exemples pour illustrer notre propos.

Le 18/02/2008 le Figaro titrait "Les caisses de l’État sont vident les syndicats ne savent". et pour cause ! Le Figaro rappelait lui-même que : "C’est l’expression à la mode du quinquennat Sarkozy. Après François Fillon puis le chef de l’Etat lui-même, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique André Santini" Source : http://www.lefigaro.fr/economie/200...

Le 6 novembre 2009 le JDD titrait : "Budget : un déficit abyssal" On pouvait y lire : "La France vit de plus en plus au-dessus de ses moyens, une situation aggravée par la crise économique et les plans de relance qu’elle induit. En septembre, le déficit budgétaire a atteint -125,8 milliards d’euros, plus du double du montant atteint un an avant à la même date… " Source : http://www.lejdd.fr/Economie/Actual...

Dans Le Figaro économie du 25/11/2010, on pouvait lire "L’État peine à payer ses fonctionnaires" Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...

Le même jour bizarrement, La Tribune titrait : "L’État fait les fonds de tiroir pour payer ses fonctionnaires"

Plus récemment, fin janvier2013 Michel Sapin clame, faisant allusion au bilan du gouvernement Fillon précédent : "l’État est totalement en faillite" (Le Point 27/01/2013 http://www.lepoint.fr/economie/mich... )

Harcelés depuis des mois et des années par ce formatage médiatique, on pouvait lire le 21 janvier 2013 dans le Nouvel Observateur économie : "Pour 63 % des Français, l’État est en faillite" http://tempsreel.nouvelobs.com/econ...

Evidemment les journaux qui ne sont pas des chambres d’écho des pouvoirs en place, ne prennent pas pour argent comptant ce genre de discours catastrophiste dont le but est de faire accepter la politique d’austérité mise en place par les gouvernements : une des stratégies de la peur.

Par exemple, Le Monde diplomatique en mars 2010 démystifiait ce genre de propagande dans son article : "Un pays peut-il faire faillite ?" Source : http://www.monde-diplomatique.fr/20... Cet article est toujours intégralement en ligne.

Mais pendant ces mêmes périodes, le financement des opérations militaires extérieures (OPEX) n’ont pas diminué, au contraire.

Afghanistan

En 2009, les dépenses en Afghanistan ont marqué une hausse de 40% par rapport à 2008 (236 millions d’euros) du fait de l’envoi de plus de 1.000 soldats supplémentaires à l’été 2008. Entre 2009 et 2012 la guerre en Afghanistan a coûté environ 2 milliards d’euros La présence militaire française a coûté 493 millions d’euros en 2012, soit 1,4 million d’euros par jourhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Forces...

Libye

En Libye, l’opération Harmattan avait nécessité 368,5 millions d’euros en 2011, soit 1,7 million d’euros par jour.

Les Opex.

Après une première sous-évaluation, le coût réel des Opex a été plutôt de 1,336 milliards d’euros en 2009. http://www.20minutes.fr/article/551...

.Pour ses différentes opérations extérieures, la France a ainsi déboursé au minimum 1,2 milliards d’euros en 2011. Un record depuis 20 ans. En consultant différentes sources concernant le montant des Opex, on constate qui n’est pas facile d’avoir une idée exacte, en raison de différends correctifs apportés.

Mali

.L’Express, indiquait le 31/01/2013 "Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a estimé ce jeudi que le coût des trois premières semaines d’intervention au Mali s’élève autour de 50 millions d’euros". Source : http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

Cela correspond à environ 2,5 millions d’euros par jour.

L’heure de vol d’un Rafale était estimée à 26 800 euros en 2010, selon le rapport budgétaire du député PS Jean Launay d’octobre 2012. Le coût horaire d’un Mirage 2 000 à 11 700 euros. Celui d’un hélicoptère Tigre à 25 100 euros.

Cette guerre a-t-elle profité à notre économie, stimulé la croissance (pour utiliser une terminologie libérale) ? Absence totale d’entreprises françaises sur les théâtres d’opération. "Les entreprises françaises gagnent zéro euros dans les Opex si bien que l’armée est forcée de passer ses contrats de logistique et d’intendance avec des sociétés étrangères" (hollandaises, britanniques Turques…)", explique la député Françoise Olivier-Coupeau http://www.rfi.fr/afrique/20130123-...

Ces chiffres sont évidemment à relativiser par rapport au budget du ministère de la défense.

Voici quelques chiffres clés de la Défense 296 500 personnes salariées par le ministère de la défense ; 41,3 milliards d’euros de budget global en 2011

En 2011 :18 800 militaires français à l’étranger dont 1800 en opex national et 5200 en opex international

Source : http://www.defense.gouv.fr/portail-...

Rappelons d’autre part que la France effaçait en 2012 la dette de la Cote d’Ivoire à son égard représentant ainsi 3 milliards d’euros. (Source : Le Point 26/07/2012 http://www.lepoint.fr/monde/la-fran... )

Toujours en 2012, la France participe au sein du Club de Paris, à l’effacement de la dette de la Guinée qui passe de 661,2 millions de dollars US à 5,3 millions de dollars. http://aujourdhui-en-guinee.com/fic...

Et je ne parle pas ici des centaines de milliards d’euros débloqués par l’État pour renflouer les banques au bord du gouffre.

Compte tenu de tous ces éléments, on se rend donc bien compte que cette chanson intitulée : "Les caisses de l’État sont vides" et son refrain : "l’État est en faillite" sont vides de sens et n’ont d’autre but que d’effrayer nos concitoyens pour les empêcher d’exprimer la moindre revendication.

Mais force est de constater que cette fable, à force de répétition, finit par être intégrée par une bonne partie de la population soumise constamment à la même propagande austéritaire.

D’autre part, pour toutes ces interventions, il est quasiment impossible d’avoir un bilan clair et objectif distancié : coût financier, nombre de morts et de blessés, montant des dégâts matériels, les conditions de vie de la grande majorité de la population se sont-elles détériorées ou améliorées ? Quels avantages ou inconvénients économiques en ont tiré le pays visé et les intervenants ? Le niveau de la démocratie s’est-il amélioré un ou deux ans après le conflit ? Les articles à ce sujet sont toujours fragmentaires et ne permet pas d’avoir une vision d’ensemble.

Pour comprendre le conflit actuel au Mali et la situation en Libye, on peut se référer à deux webzines ::

Diploweb : Article : "Al Qaida au Sahara et au Sahel. Contribution à la compréhension d’une menace complexe " http://www.diploweb.com/Al-Qaida-au...

Bastamag  : Article Mali : "Les véritables causes de la guerre", par Eros Sana http://www.bastamag.net/article2921.html

Hervé Debonrivage


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