Pape François, héritier du fascisme argentin, de la Curie romaine ou de Vatican 2 ?

samedi 16 septembre 2017.
 

Immédiatement après l’élection de François Bergoglio comme pape, il est bien difficile de prévoir l’avenir de son pontificat. Sa personnalité me paraît fort complexe. Il serait logique de l’attendre sur la même orientation réactionnaire que ses prédécesseurs Jean Paul 2 et Benoît 16. Cependant, l’Amérique latine constitue aujourd’hui le principal môle de résistance de l’Eglise catholique ; or, les évangélistes occupent toute la place d’une religiosité liée aux dominants et les idées progressistes y touchent largement les croyants catholiques. Ainsi, j’hésite entre trois grandes orientations possibles :

- une ligne directrice franchement réactionnaire dans la lignée de son militantisme en Argentine dans les années 1970 et 1980

- une acceptation du rôle dominant de la Curie romaine (sorte de gouvernement religieux) sur l’institution Eglise

- une volonté d’actualisation de l’image de l’Eglise fonction de l’état de la société en ce début de 21ème siècle

Dans un premier temps, nous disposons seulement de quelques données :

- son histoire personnelle en Argentine, bien éloignée de la théologie de la libération. Ceci dit, l’Eglise pétainiste française des années 1940 à 1944 s’engagea d’autant plus dans Vatican 2 qu’elle avait fait l’expérience des impasses cléricale et réactionnaire. Elle sut d’autant plus isoler les religieux fascistes qu’elle savait à quelle impasse ceux-ci l’avaient amenée.

- sa forte personnalité, de plain pied dans les problèmes réels de la société comme en attestent les journaux argentins. Ainsi, plusieurs moments de sa vie esquissent un portrait fort différent des machiavels réactionnaires, hypocrites et doucereux de la Curie romaine, par exemple son emploi de videur dans une boîte de nuit mal famée pendant ses études.

- son élection a probablement été facilitée par le fait qu’il parle couramment plusieurs langues : espagnol, italien (langue de ses parents), français, anglais, allemand (langue dans laquelle il a rédigé sa thèse de philosophie), latin. Elle répond aussi à la nécessité pour l’Eglise de contrer le développement des évangélistes en Amérique du Sud.

Dans une partie A, j’introduis plusieurs articles rédigés immédiatement après son élection par des courants politiques marqués à gauche.

C) François 1er, héritier de Vatican 2 ?

Il paraît effectivement s’inscrire dans cette lignée sur plusieurs points centraux :

- l’oecuménisme : dialogue actif avec le monde musulman ; appel à un dialogue entre "chercheurs de vérité", y compris athées...

- la prétention de renouer avec le christianisme originel proche des "pauvres"

- l’intégration des droits de l’homme et du citoyen dans la démarche théologique

Le point commun essentiel entre Jean XXIII (Vatican 2) et le pape François actuel, c’est de vouloir adapter l’Eglise catholique au monde réel pour conserver une base sociale, particulièrement aujourd’hui :

- face à la concurrence des christianismes évangéliques, de l’islam, du bouddhisme et des courants progressistes athées.

- dans le contexte nouveau des préoccupations sociales anticapitalistes, écologiques, culturelles indigènes et anti-impérialistes.

Si des actes et des paroles permettent d’imaginer une forme de pontificat du type Vatican 2 (droits de l’homme, insistance sur la doctrine sociale de l’Eglise, critique du capitalisme...), je ne manquerais pas de mettre en ligne de nouveaux articles dont le lien sera porté ci-dessous :

Avec François 1er, un Vatican à l’écoute des mouvements sociaux ?

Evangelii Gaudium : le Vatican se démarque du libéralisme et de l’austérité

Le pape François ouvert au marxisme (L’Humanité)

"L’humanité doit renoncer à idolâtrer l’argent et doit replacer au centre la personne humaine" affirme le pape

François pourfend l’idole argent

Depuis l’élection de François 1er comme pape, nous avons constaté une liberté de ton auquel le Vatican ne nous avait pas habitués ainsi qu’ une insistance sur la doctrine sociale de l’Eglise. Cela ne me paraît pas suffisant pour supprimer les textes ci-dessous.

B) François 1er, un pape non conforme au moule de la Curie romaine et au conservatisme clérical

Lors d’une rencontre avec les cardinaux, précédant l’élection papale, il avait résumé son analyse du rapport entre l’Eglise et les fondamentaux du message évangélique par cette phrase sans ambigüité "J’ai l’impression que Jésus-Christ a été enfermé à l’intérieur de l’Eglise et il tente d’en sortir." Aussi, il a bénéficié de l’appui des cardinaux plus progressistes que la moyenne pour être élu. Aussi, dès son élection, nous avions subodoré que la personnalité de ce nouveau pape pouvait provoquer des étincelles avec la Curie (gouvernement de l’Eglise mis en place par ses prédécesseurs).

Cependant, nous n’avions absolument pas imaginé qu’il pourrait s’attaquer à cette bande du Vatican, majoritairement conservatrice et sectaire, avec une telle dureté «  Alzheimer spirituel  », d’un «  narcissisme du pouvoir  », d’un « exhibitionnisme mondain »... Il est même probable que certains cardinaux ayant voté pour lui, ne le suivent pas longtemps aussi loin.

Le journaliste italien Marco Politi, excellent connaisseur du Vatican vient de publier un ouvrage intitulé François parmi les loups (les "loups" sont les cardinaux très conservateurs attachés à la perte du nouveau pape par tous les moyens). Son analyse des premiers mois du pape François doit être étudiée sérieusement.

- > le pape insufflerait un nouvel élan au christianisme " Ce nouvel élan, cet esprit évangélique du pape, cette Église pauvre (comme le nom François l’indique) dans ses attitudes mais aussi transparente sur les questions financières, son opposition à la cléricalisation de l’Église, à l’idée du pouvoir clérical, notamment des évêques dépeints comme des princes de la Renaissance, sa volonté de placer des femmes à des postes de responsabilité, de décision et d’autorité… tout cela a bouleversé beaucoup de gens, à tous les niveaux de la hiérarchie.

- > le pape ferait prendre à l’Eglise un tournant définitif "Quand on a brisé l’image d’une papauté statufiée, il est difficile de revenir au règne d’une papauté autoritaire qui appartient désormais au passé. D’un côté le pape a déjà gagné en changeant la perception et le rôle de la papauté, d’un autre il y a une grande incertitude dans les structures organisées du monde catholique... 
Sur le long terme, le pape est convaincu de l’importance d’ouvrir une dynamique, de créer une atmosphère, disons conciliante, qui à la fin triomphera."

- > son mode de direction orienterait l’Eglise vers une meilleur prise en compte du réel, des valeurs morales réelles et même de la démocratie "si Ratzinger a compris que l’Église ne peut plus être gouvernée comme une monarchie, il n’a rien fait pour la changer. François a, lui, commencé à créer des institutions, des consultations du type conseil des neufs cardinaux… pour revitaliser le synode comme instrument effectif des débats, lieu de la démocratie, place où on formule des propositions. De même, Ratzinger disait que les femmes sont importantes mais il n’a pas eu le courage de dire, contrairement à François, que l’Église doit placer des femmes à des postes où on exerce l’autorité. S’il doit attendre la réforme de la curie, François veut nommer des femmes à la tête de certains conseils et départements."

- > Ses choix sont beaucoup plus nets et suivis d’actes que ceux de Benoît XVI "Quant aux abus sexuels, si Ratzinger a défendu une ligne plus sévère, en faisant en sorte d’éloigner le problème, François a pour sa part lancé des procès ecclésiastiques, voire pénaux. Sur les finances du Vatican, si Ratzinger encourageait une banque plus transparente, François a fait appel à des forces extérieures pour faire contrôler et examiner tous les comptes courants... François est avant tout un homme d’action... Lorsqu’il a refusé de siéger dans le fastueux appartement qui lui était réservé, il refusait en même temps la petite cour des intermédiaires, ces intellectuels gourous souvent conservateurs qui prétendent avoir accès à la pensée du pape."

- > Sur l’analyse du monde actuel, le pape François 1er ne se gêne pas pour marquer son opposition au néo-libéralisme "Sur la question sociale et le néolibéralisme, François est aussi plus net que Ratzinger. Le pape actuel parle d’un fossé entre les riches et les pauvres qui s’agrandit de façon catastrophique, insoutenable." Son expérience personnelle en Argentine lui aurait donné une connaissance concrète des méfaits de la mondialisation libérale "C’est là qu’il a eu une vision très concrète de la cruauté du système néolibéral. Comme archevêque, il a dénoncé clairement toutes les formes de servitude. Cet esclavage moderne est aussi bien celui des femmes séquestrées dans des bordels clandestins, le précariat qu’on trouve dans les usines clandestines, les ravages de la misère… Cela ne se passe pas dans le tiers-monde mais dans le «  premier monde  », sous nos yeux. Il s’oppose frontalement à ces inégalités, ce message de dévoilement de la réalité ne plaît pas aux milieux néolibéraux ou capitalistes."

A) François 1er, pape sorti des valises du fascisme argentin ?

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Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François 1er, en compagnie du Hitler argentin : le général Videla.

6 ) Un pape bien marqué à droite (Jacques Serieys)

Ce nouveau pape François 1er bénéficie de jugements aimables de la part des médias français : France Télévisions le décrit comme « modéré », Le Parisien comme « plutôt progressiste », Libération comme « modéré et de tendance réformiste ». Le Journal du Jura affirme même que ce pape incarne « l’espoir venu du bout du monde ». C’est totalement faux ! Il n’a rien à voir avec les courants progressistes du catholicisme latino-américains et l’a toujours combattu.

Jorge Mario Bergoglio est connu pour son machisme moyennâgeux "Les femmes sont naturellement impropre pour les tâches politiques, l’ordre naturel et les faits nous enseignent que seulement l’homme est un homme politique par excellence, les Écritures nous montrent que les femmes ont toujours soutenu la réflexion et la création de l’homme, mais rien de plus que cela. "

Jorge Mario Bergoglio est connu pour ses positions moyennâgeuses contre l’homosexualité "Il faut y voir le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu". Le cardinal de Buenos Aires avait également qualifié l’homosexualité de "démon infiltré dans les âmes".

Farouchement opposé à l’avortement, à l’euthanasie, au mariage des prêtres..., acteur depuis 10 ans d’une véritable chasse aux sorcières des prêtres progressistes en Amérique latine... sur quels faits se basent donc ces journalistes pour trouver une poussière de progressisme chez cet homme. Il se préoccuperait des pauvres ! C’était déjà le cas des papes les plus réactionnaires, y compris Innocent III. Lorsque Paul VI a été élu pour casser la dynamique de Vatican II, il a été vendu par les médias comme "pape des ouvriers" ! Il faudrait parfois que ces journalistes tirent le bilan de ce qu’ils écrivent.

Membre éminent de la congrégation des Jésuites, il a probablement choisi son prénom de François en référence à Saint François Xavier, "apôtre des Indes" qui n’est pas une référence progressiste pour les peuples anciennement colonisés.

Nous devons traverser la frontière suisse pour lire un avis plus informé dans plusieurs quotidiens signalant le rôle suspect de l’ancien archevêque de Buenos Aires pendant la dictature militaire qualifié de « sujet à polémique ».

Au début des années 1970, Jorge Mario Bergoglio était membre d’une organisation réactionnaire péroniste, l’Organización Única del Trasvasamiento Generacional violemment opposée aux courants péronistes progressistes comme les Montoneros. Après le coup d’état fasciste de 1976, plusieurs membres de cette phalange assurent les basses-œuvres criminelles de l’amiral Emilio Eduardo Massera pour liquider les militants de gauche. Parmi les pires assassins membres de cette organisation, signalons Jorge Radicce, bourreau célèbre de l’Ecole de mécanique de la Marine qui porte la responsabilité d’environ 5000 "disparitions" de progressistes. Dans ces conditions, il est logique que la justice ait entendu plusieurs fois Jorge Mario Berloglio sur les crimes contre l’humanité perpétrés par la dictature militaire argentine, en particulier sur les vols d’enfants.

" Ce pape a un passé trouble. Il a signalé deux de ses confrères comme subversifs au pouvoir politique" dictatorial de Videla (Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique Golias), ce qui a entraîné des tortures pour l’un d’entre eux. Les prêtres Orland Yorio et Francisco Jalics, qui ont été kidnappés et torturés en 1976, ont nommément accusé Bergoglio de les avoir dénoncés comme opposants au pouvoir du dictateur Videla. Alors qu’il leur avait fait croire au préalable qu’il les protègerait. Sur son site Internet, le quotidien catholique La Croix a rapporté qu’une juge française voulait entendre le cardinal Bergoglio au sujet de l’assassinat du prêtre français Gabriel Longueville, survenu au début de la dictature. "Plus grave encore, en 2000, lorsqu’il était Primat d’Argentine, le pouvoir politique avait donné aux religieux la possibilité de faire acte de repentance. Il ne l’a pas fait" (Christian Terras).

Le fascisme argentin, responsable d’au moins 30000 morts et 15000 disparus, se posait en défenseur de la grandeur de la « civilisation catholique occidentale » contre les « rouges » et les « juifs ».

« L’Eglise d’Argentine, dont Bergoglio était le primat avant de devenir le nouveau pape, est une des plus contestées d’Amérique latine pour sa passivité, voire sa complicité, à l’égard de la dernière dictature militaire (1976-1983). Le national-catholicisme était l’idéologie dominante des forces armées, qui comptaient avec la bénédiction de la hiérarchie de l’Eglise... La hiérarchie argentine a montré une indifférence coupable face aux horreurs commises. Elle fermait la porte aux proches des victimes et refusait de s’impliquer dans des démarches humanitaires. Les religieux et religieuses solidaires des Mères de la place de Mai étaient des francs-tireurs, qui n’étaient pas soutenus par leurs supérieurs, et qui ont payé parfois avec leur vie leur compassion et leur fraternité. »

Source : http://america-latina.blog.lemonde....

Je viens d’écouter un débat sur BFM où un prêtre nommé Cédric Burguin a repris l’argumentaire déployé par les défenseurs du nouveau pape comme quoi il était "au placard" durant les années de la dictature, reclus dans un monastère, sans aucune responsabilité ni lien avec les autorités.

- Si tel était le cas, pourquoi a-t-il assuré la fonction de Provincial (chef) des jésuites durant ces années noires de 1973 à 1979 durant lesquelles la junte militaire a perpétré l’essentiel de ses crimes ?

- Si tel était le cas, pourquoi disposons-nous de dizaines de photos le montrant en présence de Rafaele Videla, le Hitler argentin comme sur le cliché ci-dessous ?

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(à suivre)

5) L’élection d’un pape est toujours politique

Le Vatican et la hiérarchie de l’Eglise, mis à part quelques périodes comme celle du "Concile Vatican II" et du "bon pape" Jean 23, ont rarement penché du côté des peuples

L’élection de "François Premier" l’Argentin, n’est donc ni "un tournant", ni une révolution", ni "un aggiornamiento", ni "un virage vers la modernité"... comme s’esbaudissent et ânonnent la quasi totalité des commentateurs, des politiques, et des médias.

Cette élection me rappelle la terrible humiliation dont fut victime en 1983 le père Ernesto Cardenal, prêtre et ministre de la culture du gouvernement sandiniste. Jean Paul II avait exigé que les quatre prêtres qui participaient au gouvernement de libération, après le renversement de la dictature de Somoza, démissionnent. De passage à Managua, il avait refusé de serrer la main d’Ernesto et l’avait menacé du doigt sur le tarmac, l’obligeant à s’agenouiller. Le père Cardenal fut suspendu, et interdit de ministère, coupable d’engagement aux côtés des humbles et de leur lutte.

Dans ces années 1980, au même moment où au Salvador, au Guatemala ..., des prêtres et des religieuses inspirés par la théologie de la libération étaient assassinés (dont 7 Jésuites de l’université centraméricaine de San Salvador), de même que l’archevêque Monseigneur Romero, le Vatican mena une offensive impitoyable contre les tenants de la "théologie de la libération", n’hésitant pas à utiliser y compris la répression contre les partisans de cette "Eglise du peuple". On connaît le résultat.

L’Eglise officielle s’éloigna des pauvres, perdit du terrain en Amérique latine (le continent le plus catholique), ouvrant la porte à toute sorte de sectes aliénant les individus, et servant les intérêts des classes dominantes et des partis les plus conservateurs.

Aujourd’hui, l’Amérique latine vit une véritable émancipation, des mouvements de souveraineté et d’indépendance sans précédents, des "révolutions" qui engagent la construction de sociétés nouvelles. Voilà ce qui préoccupe réellement le Vatican. L’élection du jésuite argentin, Jorge Mario Bergoglio, s’inscrit dans la continuité des options conservatrices du Vatican, même si l’homme est présenté comme "Monsieur Toutlemonde".

Plus grave encore, le nouveau pape, censeur implacable de l’avortement et du mariage homosexuel, a collaboré avec la dictature militaire argentine (1976-1983). Il était alors "Supérieur provincial de l’ordre des Jésuites". On lui reproche d’avoir "lâché" deux prêtres jésuites qui furent par la suite séquestrés et torturés. Ses relations avec le pouvoir étaient si étroites qu’en 2010, on l’obligea à témoigner dans les procès pour crimes contre l’humanité commis à l’Ecole Mécanique de la Marine (ESMA), centre de l’horreur. Pendant cinq heures, il fut interrogé sur l’affaire de ces deux prêtres jésuites qui travaillaient dans un bidonville ("villa miseria") malgré son opposition. Selon l’accusation, le nouveau pape "mentit". Monseigneur Bergoglio fut également appelé comme témoin dans une affaire d’enfant volé (Ana de la Cuadra) par les militaires et accusé de complicité par les "Grands-mères de la Place de Mai".

Pas un mot non plus de celui qui depuis 1998 était archevêque de Buenos Aires sur les 30 000 disparus, pas une autocritique sur le silence de l’Eglise durant toutes ces années noires. Le nouveau pape, était, et demeure, un adversaire résolu des époux Kirchner, ceux-là mêmes qui ont annulé les lois d’impunité ("loi de point final"...), transformé l’ESMA en musée de la mémoire, et traduit devant les tribunaux nombre de tortionnaires, de chefs militaires, aujourd’hui emprisonnés.

L’élection de ce pape, François Ier, me paraît un mauvais signe. Elle s’inscrit à contre-courant des nouvelles réalités latino-américaines et est destinée à les contrecarrer, sous couvert de proximité avec les pauvres, de simplicité. La tâche lui sera plus difficile qu’à Jean Paul II.

Jean Ortiz, universitaire (PAU)

4) Le passé trouble de Jorge Mario Bergoglio durant la période de la dictature militaire entre 1976 et 1983

Le Guardian a rappelé qu’un livre, sorti en 2005 en Argentine, El silencio (Le silence), accuse le nouveau pape d’avoir retiré sa protection à deux prêtres et donné son feu vert en 1976 à l’armée pour l’enlèvement de ces deux jésuites qui travaillaient dans les bidonvilles, une activité mal vue par le pouvoir à l’époque. C’est l’un de ces deux prêtres, qui a survécu, qui tenait ces accusations.

« Bergoglio est un homme de pouvoir et il sait comment se positionner parmi les puissants. J’ai encore beaucoup de doutes sur son rôle concernant les jésuites qui ont disparu sous la dictature », a témoigné mercredi à une radio argentine Eduardo de la Serna, représentant d’un groupe de prêtres de gauche. L’agence de presse Reuters a rappelé des propos de Fortunato Mallimaci, l’ancien doyen des sciences sociales à l’Université de Buenos Aires, selon lequel « l’histoire le [Jorge Mario Bergoglio, ndlr] condamne ». « Il s’est opposé à toute innovation dans l’Eglise et, surtout, pendant la dictature, il s’est montré proche des militaires », a-t-il ajouté.

L’Eglise argentine, « l’une des plus contestées d’Amérique latine » En France, Christian Terasse, le rédacteur en chef de la revue Golias, hebdomadaire catholique progressiste, est revenu longuement sur France info sur le rôle qu’aurait tenu le nouveau pape durant la dictature de Videla. « Cet homme n’a pas eu les paroles, les attitudes qui convenaient pour protéger certains de ses confrères engagés contre la dictature militaire de Videla. (…) J’ai un document qui montre que l’Eglise d’Argentine [dont le nouveau pape était l’un des responsables, ndlr] se réunissait avec la dictature pour consigner un certain nombre de dispositions par rapport à des opposants catholiques jugés marxistes parce que subversifs par rapport à l’ordre chrétien qui soutenait le général Videla ».

Pour ce spécialiste, cela ne fait aucun doute, « la soutane blanche de Bergoglio est entachée symboliquement : à la fois au niveau de son positionnement personnel qui n’a pas été très courageux parce qu’il n’a pas protégé certains de ses confrères mais aussi de ce qu’il représente du rôle politique qu’a joué l’église d’Argentine dans sa complicité avec la dictature ».

L’Eglise argentine, dont le nouveau pape était l’un des responsables, « est l’une des plus contestées d’Amérique latine pour sa passivité, voire sa complicité, à l’égard de la dernière dictature militaire de 1976-1983 », a expliqué à Sipa le spécialiste Paulo Paranagua.

« Le national-catholicisme était l’idéologie dominante des forces armées, qui comptaient avec la bénédiction de la hiérarchie de l’Église. Contrairement aux Églises du Brésil et du Chili, qui ont joué un rôle capital dans la défense des victimes de la répression et dans la lutte pour les libertés, le clergé argentin a montré une indifférence coupable face aux horreurs commises.

Les religieux et religieuses solidaires des Mères de la place de Mai n’étaient pas soutenus par leurs supérieurs, et ont payé parfois de leur vie leur fraternité », analyse-t-il. L’Eglise argentine a même fait un mea culpa en 2000 pour ne pas avoir protégé ses fidèles durant la dictature.

3) Un nouveau Pape « 100% réac » (Parti de Gauche)

Loin d’être un signe d’ouverture du Vatican qui se dote pour la première fois d’un Pape non européen, l’élection à sa tête de l’argentin Jorge Mario Berloglio sonne la volonté de l’Eglise catholique romaine de reprise en mains de tout le continent latino-américain qui a vu se développer les régimes progressistes fondés sur les révolutions citoyennes et mettant en oeuvre d’importantes réformes de société.

Jorge Mario Berloglio a été auditionné plusieurs fois concernant les crimes commis par la dictature militaire entre 1976 et 1983, sous laquelle l’Eglise argentine avait gardé un silence complice, et en particulier sur les vols d’enfants et le mouvement des Mères de la place de Mai. Il s’oppose ouvertement à l’avortement et à l’euthanasie, en qualifiant le mouvement pro-choix de « culture de mort ». Il s’est aussi publiquement opposé à la distribution gratuite de préservatifs. Pourtant, 500.000 femmes ont aujourd’hui recours à des avortements illégaux en Argentine et chaque année une centaine en meurent.

Alors que l’Argentine de Cristina Kirchner fait figure de modèle à l’échelle du monde en matière d’égalité des droits pour les homosexuels (loi sur le mariage égalitaire en 2010) et les personnes transgenres (loi sur la liberté du genre en 2012), qu’accompagnent sur le continent des démarches de reconnaissance des couples homosexuels au Mexique, Brésil, en Equateur, Colombie et dernièrement au Parlement d’Uruguay, et de reconnaissance des droits des personnes transgenres à Cuba, l’ex-primat d’Argentine, s’est prononcé contre ces avancées de société. Il a ainsi qualifié le mariage entre personnes de même sexe « d’origine démoniaque » et de « prétention destructrice contre le plan de Dieu », et l’adoption homoparentale de « machination visant à tromper les enfants de Dieu ».

Le message de cette élection est clair : avec un Pape « 100% réac », la libération, l’émancipation et l’égalité des droits ne seront toujours pas à l’ordre du jour du Vatican. L’Eglise catholique dit « longue vie »… au patriarcat !

Delphine Beauvois et Jean-Charles Lallemand,

Secrétaire nationale à l’égalité Femmes-Hommes et Secrétaire national à l’égalité des droits

2) François, un Pape de combat… contre la gauche d’Amérique Latine (L’Humanité)

Le nouveau souverain pontife est présenté comme « progressiste modéré ». Mais derrière l’image du Pape humble et proche des nécessiteux, il y a un farouche réactionnaire, fermement opposé aux réformes sociétales de gauche en Amérique Latine et un peu trop proche de certains dictateurs militaires.

“Ne soyons pas naïfs : il ne s’agit pas seulement d’un combat politique. Il y a [Ndlr : dans le mariage homosexuel] la prétention de détruire le plan de Dieu” expliquait l’archevêque de Buenos Aires en 2010 lors du débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexes en Argentine, où il s’est fermement opposé à Christina Kirchner. "Il faut y voir aussi, ajoutait le cardinal, le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu". Le cardinal de Buenos Aires avait également qualifié l’homosexualité de "démon infiltré dans les âmes". Même position inflexible sur l’avortement, y compris en cas de viol, ou encore sur l’euthanasie. Et comme jésuite, Golias rappelle qu’il s’est fermement opposé à la ligne d’ouverture.

Opposé aux prêtres progressistes

Son opposition aux prêtres, réellement progressistes, serait même allée bien plus loin pendant la dictature militaire. Jean-Luc Mélenchon l’explique sur son blog : « Ce Bergoglio peut être jugé politiquement parce qu’il s’est impliqué dans l’action politique de son pays. Il est, non seulement, exactement à l’opposé de la théologie de la libération mais il en a combattu les prêtres. Mes amis argentins l’accusent d’avoir dénoncé des prêtres progressistes sous la dictature. Il a été formellement reconnu et accusé par deux d’entre ces prêtres en 2012 dans un procès. Ces deux prêtres avaient été dénoncés, arrêtés et torturés et n’avaient échappé à la mort que par chance. » Jean-Luc Mélenchon fait ici référence aux cas des prêtres Orland Yorio et Francisco Jalics, qui ont été kidnappés et torturés en 1976 et qui ont nommément accusé Bergoglio de les avoir dénoncés comme guerilleros et opposants au pouvoir du dictateur Videla. Alors qu’il leur avait fait croire au préalable qu’il les protègerait.

Bref, le nouveau Pape est accusé de silence complice, si ce n’est pire, lors de dictature militaire en Argentine entre 1976 et 1983. Il a par deux fois refusé de témoigner pour son rôle au sein de la hiérarchie jésuite pendant cette période, au cours des procès sur la « guerre sale ». La presse de gauche en Amérique Latine reprend aujourd’hui à loisir des photos de Bergoglio, en compagnie de Jorge Rafael Videla, celui qui destitua Peron en 1976 après un coup d’Etat. Photo par aileurs contestée. Videla qui justifia sa dictature sanglante au nom de l’anticommunisme, défenseur de la grandeur de la « civilisation catholique occidentale » contre les « rouges » et les « juifs ». Une dictature qui a fait au bas mot 30000 victimes de « disparitions ».

Et la fraternité

Le PCF reste de son côté prudent quant à la nomination du nouveau Pape et rebondit sur son appel à la fraternité. « Dans ses premiers mots, le pape François en a appelé à une "immense fraternité" dans le monde. Il s’agit d’un défi majeur de notre temps, d’une aspiration qui travaille toute l’humanité » relève Pierre Dharréville. « C’est pourquoi, en toute laïcité, dans le rejet de tout "ordre moral", nous avons de l’intérêt pour la parole de l’Eglise et pour les actes des croyants. Parlons de fraternité. »

Et Jean-Luc Mélenchon de son côté conclue : « De tous les points de vue, l’élection de ce pape est une très mauvaise nouvelle politique pour le processus progressiste en Amérique du sud. Et d’un certain point de vue c’est une offense aux combattants contre les dictatures. Et d’un point de vue spirituel ? Ce n’est pas mon affaire dans la sphère publique. »

1) A propos du nouveau chef de l’église catholique (Jean-Luc Mélenchon)

L’élection de Jorge Mario Berloglio comme nouveau pape n’est pas une bonne nouvelle pour les progressistes du monde chrétien ni pour la révolution citoyenne en Amérique du sud.

Silencieux sous la dictature militaire puis à l’heure des jugements des militaires criminels, opposant connu aux gouvernements argentins de Nestor puis de Christina Kirschner, tendre pour l’Opus Dei, hostile aux prêtres progressistes, le nouveau chef de l’église catholique devra prouver qu’il n’a pas été élu pour déstabiliser les régimes progressistes de l’Amérique latine ni pour poursuivre les persécutions contre la théologie de la libération.

Compte tenu de l’affichage favorable aux pauvres, il faut espérer qu’il soit plutôt enclin à aider ceux qui en sont actuellement les porte-paroles en politique et dans le christianisme amérindien.

Source : http://www.jean-luc-melenchon.fr/

0) Le pape françois – Nouvelle tête de Gondole au Vatican : Qui est bergoglio et pourquoi l’ont-ils mis là ? de la SIEGA Virginia 1er mai 2013

Acculée par les révélations sur les délits économiques du Vatican, ses alliances et intérêts mafieux, ses curés pédophiles, fragilisée par la crise des vocations sacerdotales et abandonnée par nombre de ses fidèles, l’Eglise catholique apostolique romaine avait bien besoin d’un coup de peinture fraîche… Pour essayer de récupérer sa crédibilité et, au-delà, son pouvoir de force politique internationale contrerévolutionnaire...

Il fallait ravaler la façade, donner l’impression qu’il va y avoir du changement, et les cardinaux sont donc allés chercher leur nouveau pape au bout du monde, en jouant la carte de « l’outsider » capable de réformer l’institution. Mais qui est François et quel rôle est-il censé jouer ?

Le Jeune Bergoglio

Dans les années 1960 et 1970, dans la foulée du concile Vatican II [1], surgit en Amérique latine la théologie de la libération. Cela a été un courant de masse qui, sans être marxiste, utilisait dans ses analyses des éléments du marxisme. Son « choix en faveur des pauvres » l’avait conduit à préconiser une Église horizontale, ce qui fut immédiatement perçu comme une menace par le Vatican et les gouvernements successifs des Etats-Unis. Pas totalement à tort. Beaucoup de ses curés et plusieurs de ses évêques, qui exerçaient leur apostolat dans les quartiers ouvriers et les campagnes, furent rejoints par des milliers de jeunes catholiques qui croyaient en un socialisme « chrétien ». Certains rejoignirent des organisations de gauche luttant pour le socialisme, par la voie politique ou par celle de la lutte armée. Cette génération a été décimée par les dictatures militaires, fomentées par l’impérialisme US, qui se sont succédé sur le continent dans les années 1970.

Tel ne fut pas le cas du nouveau pape François.

En 1972, déjà ordonné prêtre, Jorge Bergoglio s’intégrait à la Garde de Fer, un groupe de la droite péroniste inspiré de l’organisation fasciste de même nom, fondée en Roumanie en 1927 par le catholique ultra Corneliu Codrenau. La Garde de Fer argentine fut un mouvement assez particulier. Ses lectures politiques allaient des discours de Perón aux écrits de mystiques et de jésuites du XVIe siècle en passant par… Lénine. Ses militants définissaient leur organisation comme « léniniste » et basée sur le centralisme démocratique.

Au sein du mouvement péronisme, jamais ils ne se sont définis comme fascistes ; ils prétendaient se situer « au milieu », entre la gauche guérillériste des Montoneros et la droite péroniste fascisante. A sa meilleure époque, la Garde de Fer a pu compter jusqu’à 15 000 membres. Elle affirmait se tenir « à la disposition du général Perón ». A sa mort, en 1974, l’organisation s’est officiellement dissoute, ses membres conservant toutefois entre eux des relations [2].

Pendant la dictature

Sous la dictature de 1976-83, Bergoglio choisit d’éviter le rôle de martyr, à l’opposé de l’évêque Enrique Angelelli et de tant d’autres curés et bonnes soeurs, assassinés sans que la hiérarchie religieuse argentine ou romaine n’émette la moindre protestation. De même se garda-t-il de toute critique un peu ferme de la dictature, à l’opposé des évêques Miguel Hesayne, Jorge Novak ou Jaime de Nevares. Mais il est avéré qu’il n’a jamais été un complice direct des militaires, comme l’a établi le prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel. Quel a donc été son rôle comme « provincial » (responsable en Argentine) de l’ordre des Jésuites ?

On sait que pèsent sur Bergoglio des accusations à propos de la séquestration et de la torture de deux pères jésuites, en mai 1976.

En 2010, il a témoigné au procès tenu sur ce cas, en niant toute responsabilité [3] et en affirmant qu’il avait contacté des membres de la junte militaire pour demander leur libération – qui est finalement intervenue.

Sa version a été corroborée par plusieurs témoignages. La revue Tiempo Argentino (du 17 mars 2013) cite le reportage dans lequel un dirigeant de la Garde de Fer dit avoir participé, comme représentant de Bergoglio, à une réunion avec l’amiral Massera [4] dans laquelle s’est négociée la libération des deux jésuites. Comme contrepartie, Massera fut nommé, quatre semaines plus tard, docteur honoris causa de l’université de Salvador.

D’autres victimes de la dictature ont donné des témoignages sur des tentatives de Bergoglio, comportant pour lui certains risques, de les sauver du terrorisme d’Etat. Plusieurs de ces cas sont appuyés par des documents. Dans tous les cas, comme l’a affirmé Ricardo Lorenzetti, président de la Cour suprême de justice : « On ne peut pas parler d’une situation où il y aurait une personne totalement innocente (…) Au-delà des désaccords et de ce que certains peuvent dire de ce qu’il aurait fallu faire, il est clair qu’il n’y a aucune mise en cause concrète. » [5]

Leader de la réaction cléricale

Après la dictature, le rôle du futur pape a été beaucoup plus clair. Comme cardinal primat d’Argentine, il a systématiquement pris position contre toutes les causes progressistes.

Ses déclarations contre le mariage pour tous – adopté par l’Argentine avant la France – le situaient à la hauteur des énergumènes de « la manif pour tous » : « Il ne s’agit pas d’un simple projet législatif mais d’un mensonge qui vise à tromper les fils de Dieu. » [6] Opposé à l’éducation sexuelle à l’école et aux droits des femmes à contrôler leur corps (contraception et avortement), Bergoglio a été l’instigateur de l’inclusion dans la Constitution argentine, en 1998, du droit du foetus comme « enfant à naître ». En 2011, il a qualifié de « lamentable » la décision de la ville de Buenos Aires de dépénaliser l’avortement, en ajoutant : « une fois de plus, on voit que l’on avance délibérément vers la limitation et l’élimination de la valeur suprême de la vie et l’ignorance des droits des enfants à naître. » [7]

Défenseur des privilèges – élargis sous la dictature militaire – de l’Eglise, il n’a jamais évoqué l’idée d’en exclure les criminels dossier condamnés pour leur participation aux séances de torture et assassinats. Ses positions sont celles de l’institution ultraréactionnaire qu’est l’Eglise catholique. Rien d’étonnant à ce que son élection soit considérée comme une victoire de son secteur « centriste ».

En faveur des pauvres ?

Lors de son passage dans la Garde de Fer, le futur pape a appris à fréquenter les déshérités

Son épiscopat a été marqué par ses dénonciations de la condition des pauvres « persécutés parce qu’ils réclament du travail » alors que les riches « ignorent la justice et en plus en sont applaudis. » [8] Dans sa dernière homélie de Carême, il dénonçait le fait que « nous nous levons chaque matin en acceptant comme naturel le paysage de la pauvreté et de la misère qui marchent dans les rues de notre ville. » [9]

Ses appels à une église des pauvres qui suivrait les pas de Saint-François-d’Assise, ajoutés à ses origines plébéiennes, à son mode de vie austère et à ses entorses aux mesures de sécurité, détonnent avec la tradition des papes élitistes et aristocratiques, en nourrissant les illusions des secteurs qui subsistent encore de la théologie de la libération. Mais le choix de François en faveur des pauvres est celui de la Doctrine sociale de l’Eglise, qui s’est toujours définie en opposition au capitalisme néolibéral… sur le papier.

Un pape aussi conservateur que Jean-Paul II pouvait ainsi affirmer : « Chaque jour domine davantage le système appelé néolibéralisme ; un système qui fait référence à une conception économiciste de l’homme, considère les profits et les lois du marché comme des paramètres absolus au détriment de la dignité et du respect des personnes et des peuples. Ce système s’est parfois transformé en justification idéologique de certaines attitudes et manières de faire sur le terrain social et politique, qui entraînent la marginalisation des plus faibles. De fait, les pauvres sont toujours plus nombreux, victimes de politiques et de structures souvent injustes (…) La doctrine sociale de l’Eglise assume une attitude critique face au capitalisme libéral » [10].

Ces déclarations n’ont cependant rien de surprenant. Sinon, comment convaincre les pauvres que la « sainte-mère l’Eglise » est de leur côté ? Le choix en faveur des pauvres du pape François n’ira pas au-delà d’une dénonciation du néolibéralisme et d’un accompagnement pieux, à distance, des souffrances des masses. Sans jamais dire que la pauvreté n’est pas un résultat de la volonté de Dieu, mais le produit de la société capitaliste.

Les raisons d’un choix

Même si à cette étape on ne peut formuler beaucoup plus que des hypothèses, il semble bien que Bergoglio ait été choisi pour remplir deux tâches : la première, interne à l’institution catholique ; la seconde, liée aux processus en cours en Amérique latine.

D’un côté, face à la corruption de la curie romaine, il fallait trouver quelqu’un d’idéologiquement fiable et qui, en même temps, n’ayant pas de lien avec l’establishment du Vatican, puisse au minimum donner l’illusion d’un changement.

De l’autre, l’Eglise tente d’une certaine façon de rééditer avec François le coup de Jean-Paul II, qui avait réussi à surfer sur les processus révolutionnaires antistaliniens en Pologne et dans l’Est de l’Europe, pour ensuite les ramener dans le giron du capitalisme et de la domination impérialiste.

Bergoglio devrait remplir le même rôle vis-à-vis du continent latino-américain, aujourd’hui au centre de l’effervescence révolutionnaire mondiale, tout en s’efforçant de liquider la théologie de la libération et de contenir l’avancée des évangélistes qui sapent l’infl uence catholique.

Lorsque Jean-Paul II était devenu pape, en 1978, le néolibéralisme commençait son ascension et la structure monolithique de l’URSS et de ses satellites se fissurait. En Pologne avait surgi Solidarnosc, à la fois syndicat et mouvement de lutte de masse contre le régime stalinien, dont les prises de position radicales et autogestionnaires paraissaient ouvrir la possibilité d’une issue anticapitaliste. En Amérique latine, la théologie de la libération restait vigoureuse en dépit de la répression ; deux mois après son élection à la présidence des Etats-Unis, en 1981, Reagan avait organisé une réunion du Conseil national de sécurité US avec à son ordre du jour : comment en finir avec elle. Le résultat fut la sainte-alliance formée entre le Vatican et l’impérialisme US. Le pape polonais put ainsi disposer de tous les dollars dont il avait besoin pour corrompre Solidarnosc et utiliser son infl uence en faveur de la restauration capitaliste en Europe de l’Est. Dans le même temps, il s’engageait à tout faire pour marginaliser et faire taire la théologie de la libération. [11]

Miner les processus révolutionnaires

La situation mondiale est marquée par une profonde crise systémique et, dans ce cadre, la mobilisation des masses latinoaméricaines et l’existence de gouvernements indépendants de l’impérialisme constitue pour ce dernier un sérieux sujet de préoccupation.

L’Eglise catholique va donc probablement tenter, en alliance avec les droites du continent et l’impérialisme US, une offensive similaire à celle de Jean-Paul II et Reagan. Son poids, sur un continent qui réunit 39 % des catholiques du monde entier, reste dans tous les cas considérable.

Le pape François n’est pas un novice en politique. Il l’a démontré en Argentine, en se positionnant à la tête de l’opposition aux gouvernements des Kirchner. S’il n’a pas rencontré dans cette œuvre davantage de succès, c’est du fait du rejet populaire que l’Eglise catholique s’est gagnée pour sa complicité avec la dictature militaire.

C’est grâce à ce rejet que les Kirchner ont pu, malgré l’opposition farouche du futur pape, imposer le mariage pour tous, la légalisation de la contraception et la dépénalisation de l’avortement. Mais la perte de prestige de l’Eglise catholique en Argentine ne se répète pas dans d’autres pays clés du continent, tels que le Brésil et le Chili, où les hiérarchies ecclésiastiques avaient eu une attitude différence face aux dictatures. Et vu le discrédit grandissant de son régime, Cristina Fernández pourrait-elle résister longtemps à une offensive de l’Eglise et de son pape argentin ? Il est de notoriété publique que le gouvernement argentin a tenté de bloquer l’élection de Bergoglio, en envoyant aux cardinaux un dossier contenant les dénonciations faites à son encontre pour atteintes aux droits de l’Homme. [12] Ayant échoué, la présidente s’est alors transformée en partisane enthousiaste du pape…

Pour imposer son poids dans la région en minant les processus révolutionnaires en cours et en donnant le coup de grâce à la théologie de la libération, le nouveau pape devra reconstruire l’Eglise catholique comme pouvoir politique international. Restaurer sa crédibilité implique de surmonter sa crise historique au niveau financier et moral, de nettoyer à tous les niveaux les écuries d’Augias de la curie romaine, de sanctionner les prêtres pédophiles, de mettre fin aux relations mafieuses pour recomposer les finances vaticanes sous une apparence de légalité… tout en parvenant à convaincre les secteurs progressistes que « l’option pour les pauvres » est la leur.

Face à la difficulté de la tâche, les proches collaborateurs du pape ont déjà commencé à abaisser le niveau d’exigence. Pour Eduardo García, évêque auxiliaire de Buenos Aires, François ne fera pas des « changements » mais ouvrira des « processus ». Opinion partagée par un vieil ami du pape [13], qui estime que « plus que faiseur de changements, il sera semeur de changements, il ne tentera pas d’être lui-même le changement (…) Il ne sera pas un Cid Campeador de la transformation, mais agira comme un pont. » Quant au porte-parole de Bergoglio à Buenos Aires, Guillermo Marcó, il dément que celui-ci soit un ingénu nouveau venu et prévient : « Il connaît très bien la curie romaine et n’hésitera pas à l’heure de faire des réformes.

Mais il faut lui donner du temps. L’Eglise n’a jamais pour attitude de tout changer en 24 heures. » [14]

Dans tous les cas, comme disait ce Lénine que Bergoglio avait lu dans sa jeunesse : « attendre et voir ».

Virginia de la Siega

Notes

[1] Ouvert en 1962 par le pape Jean XXIII, le concile Vatican II visait à ouvrir l’Eglise catholique au monde moderne, en lui donnant une apparence un peu plus progressiste.

[2] Voir http://tiempo.infonews.com/2013/03/...

[3] http://www.clarin.com/politica/Excl...

[4] Massera formait, avec Videla et Agosti, la junte militaire qui a dirigé le coup d’Etat du 24 mars 1976.

[5] http://www.clarin.com/mundo/Lorenze...

[6] http://www.lanacion.com.ar/1562762-...

[7] http://www.lavoz.com.ar/noticias/mu...

[8] Propos tenus en 2001 lors d’une messe dans le quartier de Liniers ; http://www.edicionnacional.com/es/a...

[9] http://www.infobae.com/notas/633114...

[10] Cité dans http://www.arbil.org/100jmpre.htm

[11] http://www.democracynow.org/2013/2/...

[12] http://www.clarin.com/mundo/secreto...

[13] José Octavio Bordón, ex-gouverneur péroniste de Mendoza.

[14] http://internacional.elpais.com/int...

* Publié dans : Revue Tout est à nous ! 43 (mai 2013). http://www.npa2009.org/


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