Avec François 1er, un Vatican à l’écoute des mouvements sociaux ?

lundi 19 octobre 2015.
 

- A) François 1er, premier pape se réclamant vraiment des Evangiles ?

- B) Déclaration finale de la "Rencontre"

- C) Le Pape François : « Quand je défends les pauvres, certains m’accusent d’être communiste ! » (Ignacio Ramonet)

- D) Le pape François ou la dignité humaine comme programme

- E) "François aux mouvements populaires" (discours intégral)

A) François 1er, premier pape se réclamant vraiment des Evangiles ?

Lorsque Benoît XVI avait ânonné des insipidités réactionnaires en Amérique latine, j’avais mis en ligne un article très critique :

Honte à Benoît XVI qui nie la responsabilité de l’Eglise en Amérique latine dans le soutien aux dictatures militaires et dans l’ethnocide des Indiens (archive : 19 mai 2007)

Lorsque François Bergoglio a été élu pape, j’avais mis en ligne sur ce site un article documenté également très critique :

François 1er, pape sorti des valises du fascisme argentin ?

Depuis plusieurs mois, je suis avec intérêt et pragmatisme l’actualité du Vatican car ce qui s’y passe paraît sortir de l’ordinaire.

Tel était le cas de l’exhortation papale Evangelii gaudium rendue publique le 26 novembre 2013.

Evangelii Gaudium : le Vatican se démarque du libéralisme et de l’austérité

Tel est le cas plus récemment de la Rencontre mondiale des Mouvements populaires organisée à Rome les 27, 28 et 29 octobre 2014 avec la participation de plus de cent organisations dont les Indignés espagnols, le Mouvement brésilien des Sans Terre et environ une moitié de syndicats.

Je sais que la faiblesse des anticapitalistes comme la dérive des dirigeants du mouvement socialiste international de plus en plus ouvertement au service du grand capital laissent beaucoup de place à l’Eglise pour apparaître plus proche des "pauvres".

Je sais que des mots aux actes, il n’y a souvent aucune relation.

Je sais que la doctrine sociale de l’Eglise servit surtout à rendre plus populaire la base de masse des partis autocratiques cléricaux.

Ceci dit, je suis surpris par le ton chaleureux du discours papal devant des représentants de mouvements sociaux. J’acte que cette rencontre a été préparée en lien avec Morales pendant la campagne des présidentielles bolivienne et brésilienne.

Je suis surpris par certaines phrases qui vont être ressenties comme un encouragement parmi les courants catholiques latino-américains héritiers de la Théologie de la libération

La théologie de la libération réconcilie marxisme et christianisme (par Martín Zapata, théologien péruvien)

Ci-dessous, extraits du discours papal durant la "Rencontre mondiale des Mouvements populaires" :

- « Face à l’injustice, les pauvres souffrent mais il luttent aussi contre elle ! Ils ne se contentent pas de promesses illusoires, d’excuses et de lâchetés... Vous constatez tous que les pauvres n’attendent plus les bras croisés ; ils veulent être partie prenante, ils s’organisent, étudient, travaillent, réclament et surtout pratiquent cette solidarité que notre civilisation paraît oublier. »

- « La solidarité... c’est poser en terme collectif la priorité du bien commun aux dépens de l’appropriation des biens par quelques-uns. C’est aussi lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du chômage, l’absence de terre et de logement, la négation des droits sociaux et du travail. La solidarité, c’est de faire face aux effets destructeurs de l’Empire de l’argent : les déplacements forcés, l’émigration douloureuse, la traite de personnes, la drogue, la guerre, la violence et toutes ces réalités que nombre d’entre vous subissent et que tous sommes appelés à transformer. La solidarité, entendue, dans son sens le plus profond, est une manière de faire l’histoire et c’est ce que les mouvements populaires font... »

- « On ne peut pas aborder le scandale de la pauvreté en promouvant les stratégies de répression qui tranquillisent uniquement les riches et changent les pauvres en êtres apprivoisés et inoffensifs. Il est triste de voir des oeuvres supposées altruistes réduire l’autre à la passivité : Jesús leur dirait "hypocrites". Il est heureux en revanche de voir des mouvement populaires, surtout, parmi leurs membres des pauvres et des jeunes. Alors oui on sent le vent de promesse qui porte l’espoir d’un meilleur monde. Que ce vent se transforme en vent violent d’espérance. C’est mon désir... »

- « Au commencement de la création, Dieu a créé l’homme, en gardien de son oeuvre, en le chargeant de cultiver la Terre et de la protéger. Je vois qu’ici il y a des dizaines de paysans et ruraux ; je veux les féliciter pour garder la terre, pour la cultiver et pour le faire en commun... Je suis préoccupé par l’accaparement de terres, la déforestation, l’appropriation de l’eau, les engrais agricoles toxiques et inadéquats, qui arrachent l’homme de sa terre natale. »

- « L’autre dimension du processus de globalisation c’est la faim. Quand la spéculation financière conditionne le prix des aliments en les traitant comme n’importe quelle marchandise, des millions de personnes souffrent et meurent de faim. Par ailleurs des tonnes d’aliments sont jetées. Cela constitue un vrai scandale. La faim est criminelle, l’alimentation est un droit inaliénable. »

Dans ce long discours programme, je retiens aussi quelques points forts comme :

- « Certains, quand je demande pour les pauvres de la terre, un toit et un travail, disent que ‘le Pape est communiste’ ! Ils ne comprennent pas que la solidarité avec les pauvres est la base même des Evangiles. »

- « Tout cela arrive quand on déplace l’être humain du centre du système et qu’on le remplace par l’argent-roi. »

- « Les chrétiens, nous disposons d’un programme que j’oserais qualifier de révolutionnaire : les béatitudes du Sermon de la Montagne rapportées par Saint Matthieu dans son Evangile. »

Ce discours présente d’autant plus d’importance qu’il a été complété par l’autre orateur vedette de ces rencontres, Evo Morales, accueilli chaleureusement par le pape et dont les paroles ont été très politiques :

- « il faut refonder la démocratie et la politique, parce que la démocratie c’est le gouvernement du peuple et non pas celui du capital et des banques ».

- Nous devons agir pour « le respect nécessaire de la Terre mère » et « la mobilisation indispensable contre la privatisation des services publics ».

Il a enfin suggéré aux mouvements sociaux réunis à l’occasion de cette Rencontre de « créer une grande Alliance des exclus » pour défendre les « droits collectifs » qui complètent, selon lui, les droits de l’homme.

B) Déclaration finale de la "Rencontre"

Les participants considèrent qu’il faut « chercher dans la nature inéquitable et prédatrice du système capitaliste, qui fait passer les profits au-dessus de l’être humain, la racine des maux sociaux et environnementaux » qui affectent le monde. Et d’ajouter que « l’énorme pouvoir des entreprises transnationales qui prétendent dévorer et privatiser tout — les marchandises, les services, la pensée — constitue le premier violon d’une symphonie de la destruction ».

Se compartieron las cifras horrorosas de la desigualdad y la concentración de la riqueza en manos de un puado de megamillonarios. Los panelistas y oradores coincidieron en que debe buscarse en la naturaleza inequitativa y depredatoria del sistema capitalista que pone el lucro por encima del ser humano la raíz de los males sociales y ambientales. El enorme poder de las empresas trasnacionales que pretenden devorar y privatizarlo todo –mercancías, servicios, pensamiento- son primer violín de esta sinfonía de la destrucción.

La Déclaration affirme ainsi que « la guerre et la violence, l’intensification des conflits ethniques et l’utilisation de la religion pour légitimer la violence, ainsi que la déforestation, le changement climatique et la disparition croissante de la biodiversité trouvent leur moteur principal dans la recherche incessante du profit et dans la tentative criminelle de subordonner les peuples les plus pauvres afin de piller leurs richesses naturelles et humaines ».

La multiplication des tensions et des conflits internationaux a fait l’objet d’une analyse spécifique (Proche-Orient, narco-terrorisme, trafics d’armes et des personnes, répression des populations — paysannes notamment — et des mouvements sociaux qui luttent contre les industries destructrices, tentatives de déstabilisation des gouvernements progressistes en Amérique latine, etc.) . Pour le Pape François, la situation internationale s’apparente déjà « à une troisième guerre mondiale en tranches ».

La rencontre a permis de réaffirmer les droits fondamentaux des peuples et d’étudier les alternatives concrètes portées par les secteurs les plus pauvres des sociétés capitalistes : économie populaire, expériences d’entreprises récupérées, nouveaux modèles agricoles face à l’agro-industrie, réhabilitation des quartiers urbains et développement du droit à la ville, etc.

C) Le Pape François : « Quand je défends les pauvres, certains m’accusent d’être communiste ! »

Par Ignacio Ramonet, Président de l’association Mémoire des Luttes

Journée historique au Vatican ce mardi 28 octobre 2014. Parce qu’il n’est pas fréquent que le Pape convoque, au Saint-Siège, une Rencontre mondiale des mouvements populaires, à laquelle participent des organisations d’exclus et de personnes marginalisées des cinq continents et de toutes origines ethniques et religieuses : des paysans sans terre ou qui occupent illégalement des propriétés, travailleurs informels urbains, femmes révoltées, recycleurs et biffins, cartonniers, peuples indigènes en lutte... Plusieurs dirigeants présents sont menacés par des escadrons de la mort... En somme, une Assemblée mondiale des damnés de la terre. Mais des damnés qui se battent et ne se résignent pas.

Il est encore moins fréquent que le Pape en personne s’adresse à ces personnes en leur disant qu’il veut « écouter la voix des pauvres » parce que « les pauvres ne se contentent plus de subir les injustices, mais ils luttent contre leur sort » et qu’il veut, lui, le Pape, « les accompagner dans cette lutte ». François leur a dit également que « les pauvres n’attendent plus les bras croisés des solutions qui ne viennent jamais ; maintenant, les pauvres veulent être acteurs de leur destin et trouver eux-mêmes une solution à leurs problèmes » car, ajoute-t-il, « les pauvres ne sont pas des êtres résignés, ils savent protester, et se révolter ». Et il a dit : « J’espère que le vent de cette protestation deviendra un orage d’espérance. »

François a également affirmé : « La solidarité est une manière de faire l’histoire. » C’est pourquoi, il rejoint la demande des pauvres qui réclament « de la terre, un toit et un travail ». Il a commenté : « Certains, quand je demande pour les pauvres de la terre, un toit et un travail, disent que ‘le Pape est communiste’ ! Ils ne comprennent pas que la solidarité avec les pauvres est la base même des Evangiles. »

François a rappelé que « la réforme agraire est une nécessité morale ! » Et il a accusé, sans le nommer, le néolibéralisme d’être à l’origine de nombreux malheurs contemporains : « Tout cela arrive – a-t-il précisé – quand on déplace l’être humain du centre du système et qu’on le remplace par l’argent-roi. » Il a répété qu’ « il faut hausser la voix ». Et il a rappelé que « les chrétiens, nous disposons d’un programme que j’oserais qualifier de révolutionnaire : les béatitudes du Sermon de la Montagne rapportées par Saint Matthieu dans son Evangile. »

Un discours fort, courageux, qui s’inscrit dans le droit fil de la Doctrine sociale de l’Eglise à laquelle François s’est référé explicitement. Cela faisait très longtemps qu’un Pape ne prononçait pas une allocution aussi sociale, aussi « progressiste » sur un thème, les pauvres, qui constitue l’une des bases fondamentales de la doctrine chrétienne.

Cette intervention a été d’autant plus importante qu’elle fut prononcée en présence du président de la Bolivie, Evo Morales, icône des mouvements sociaux et leader mondial des peuples autochtones. Un moment plus tard d’ailleurs, très applaudi, le président Morales prenait à son tour la parole, devant le même auditoire, pour expliquer, de nombreux exemples à l’appui, que « le capitalisme, qui fait commerce de tout, a créé une civilisation du gaspillage ». Il a insisté sur l’idée qu’ « il faut refonder la démocratie et la politique, parce que la démocratie c’est le gouvernement du peuple et non pas celui du capital et des banques ». Il a également mis l’accent sur « le respect nécessaire de la Terre mère » et « la mobilisation indispensable contre la privatisation des services publics ». Il a suggéré aux mouvements sociaux réunis à l’occasion de cette Rencontre de « créer une grande Alliance des exclus » pour défendre les « droits collectifs » qui complètent, selon lui, les droits de l’homme.

Le sentiment général des participants à cette Rencontre inédite c’est que ces deux interventions du pape François et du président Evo Morales confirment d’une part, la nouvelle dimension internationale du président bolivien, et, d’autre part, le nouveau rôle historique du Pape François qui semble s’affirmer de plus en plus comme le porte-parole des pauvres d’Amérique latine et de tous les exclus du monde.

D) Le pape François ou la dignité humaine comme programme

Devant un hémicycle plein, le pape François a prononcé hier à Strasbourg un discours où l’homme doit se situer au cœur des réflexions politiques, non pas comme seul acteur économique, mais comme personne.

Il est 11 h 15 ce mardi à Strasbourg. Après une brève introduction du président du Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz, initiateur de la venue du pape à Strasbourg, Jorge Bergoglio prend place en tribune au moment même où Jean-Luc Mélenchon quitte l’hémicycle. Comme il l’avait promis la veille, le député européen a alimenté la polémique quant au bien-fondé de la présence d’un chef spirituel dans cette assemblée que d’aucuns, comme l’Union des familles laïques, jugent comme étant le baume idéal pour atténuer les douleurs d’une politique européenne déshumanisée. Cependant, comme à l’ensemble des eurodéputés présents en cette fin de matinée, le discours du pape a-t-il sans doute plu en partie à l’ancien coprésident du Parti de gauche. Le numéro un du Vatican a, en effet, avec une teneur humaniste réelle, su parler aux différentes sensibilités politiques présentes dans la salle, évitant les sujets sensibles comme le mariage gay et l’avortement. Ce qui fut au fond la force et la faiblesse de ce discours.

« Plus à gauche que le François 
que nous connaissons en France  !  »

La gauche de l’assemblée a sans doute goûté une fois encore ses propos sur la nocivité de l’ultralibéralisme  : «  Maintenir vivante la réalité des démocraties est le défi de ce moment historique en évitant que la force réelle, expressive des peuples, soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus  », a ainsi déclaré le pape François. En ce sens Younous Omarjee, député de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL), n’a pas été déçu  : «  Le pape n’était pas là pour donner une leçon aux députés, son discours fut plein de profondeur, avec pour proposition la constante de la valeur humaine comme centre des politiques futures à mener.  » Même son de cloche chez la députée d’Europe Écologie-les Verts (EELV) Karima Delli, qui voit dans cette intervention un avertissement donné à l’Union européenne. «  C’est une critique de l’Europe à tous les niveaux. Mais principalement sur l’aspect économique et sur les politiques d’immigration  : finalement, ce François-là est plus à gauche que le François que nous connaissons en France  !  » Plus à gauche, et peut-être plus écologiste aussi. C’est en tout cas ce que laisse à penser José Bové, qui adoube ce pape au moins sur l’honnêteté de la continuité de ses propos  : «  Je l’ai rencontré à Rome au Vatican il y a trois semaines et il n’a pas changé son discours, notamment sur l’environnement.  » Le dirigeant du Vatican a en effet tenu à rappeler le rôle de moteur que l’Europe a toujours sur le plan de l’écologie  : «  Notre terre a besoin de soins continus et d’attentions. Cela signifie (…) que la nature est à notre disposition mais que nous n’en sommes seulement que les gardiens et non les propriétaires.  »

Quant à la politique migratoire, là encore le pape rappelé à l’UE ses valeurs constitutives  : «  La devise de l’Union européenne, c’est l’unité dans la diversité, pas l’uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée (…). Quelle dignité peut jamais avoir un homme ou une femme qui fait l’objet de toute sorte de discriminations  ? Quelle dignité pourra jamais avoir une personne qui n’a pas de nourriture ou le minimum nécessaire pour vivre et, pire encore, qui n’a pas le travail qui l’oint de dignité  ? (…) L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail esclavagiste et des tensions sociales continuelles.  » Ce qui ne semble guère avoir choqué la très sarkozyste Constance Le Grip, députée européenne membre du PPE. «  Il n’y a pas de problèmes à l’UMP sur la politique d’immigration, explique-t-elle, mais, comme le pape vient de le dire, nous ne voulons pas que la Méditerranée continue de se transformer en cimetière… Il faut protéger tout autant les citoyens européens que les immigrés qui arrivent sur notre territoire…  » Nadine Morano aussi est séduite  : «  Les valeurs fondamentales ont été rappelées par le pape  : le travail, la famille… Quant aux critiques sur les multinationales, c’est vrai qu’il y a des abus dans certaines entreprises… mais je suis une femme de droite, et je crois dans une économie de marché.  » Pas sûr que ce concept cher à l’ancienne ministre du Travail et de la Famille de Sarkozy réponde à l’appel humaniste du pape François.

Invité à « L’autre Lampedusa ». Le pape François a réservé la première visite de son pontificat, en 2013, à l’île italienne de Lampedusa, où arrivent de nombreux migrants. Les évêques d’El Paso (Texas) et de Ciudad Juarez (Mexique) viennent de l’inviter à venir à «  l’autre Lampedusa  », à l’occasion de sa visite à Philadelphie, en septembre 2015. Un demi-million de migrants traverseraient illégalement la frontière entre Mexique et états-Unis tous les ans.

Stéphane Aubouard

E) "François aux mouvements populaires" (discours intégral)

... Les pauvres ne subissent pas seulement l’injustice mais luttent aussi contre elle !

Ils ne se contentent pas de promesses illusoires, d’excuses ou d’alibis. Ils ne restent pas non plus à attendre bras ouverts l’aide des ONG, les plans d’assistance ou les solutions qui n’arrivent jamais, ou qui, s’ils arrivent, le font d’une façon telle qu’ils vont vers la gestion, l’engourdissement, l’apprivoisement, et cela est plutôt dangereux. Vous sentez que les pauvres n’attendent plus et veulent être des protagonistes ; ils s’organisent, étudient, travaillent, exigent et surtout pratiquent cette solidarité si spéciale qui existe entre tous ceux qui souffrent, entre les pauvres, et que notre civilisation semble avoir oublié, ou pour le moins veut oublier.

La solidarité est un mot qui ne plaît pas toujours ; je dirais que quelquefois nous l’avons transformée en un mauvais mot, si l’on peut dire ; mais un mot est beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. C’est penser et agir en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation de biens par chacun. C’est aussi lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, l’inégalité, le manque de travail, la terre et la maison, la négation de droits sociaux et de droits du travail. C’est faire front aux effets destructeurs de l’impérialisme de l’argent : les déplacements forcés, les migrations douloureuses, la traite des personnes, la drogue, la guerre, la violence et toutes ces réalités que beaucoup d’entre vous subissent et que nous sommes tous appelés à transformer. La solidarité, entendue dans son sens plus profond, est une manière de faire l’histoire et c’est ce que font les mouvements populaires.

Notre rencontre ne répond pas à une idéologie. Vous ne travaillez pas avec des idées, vous travaillez avec la réalité comme celle que j’ai mentionnée et bien d’autres que vous m’avez racontées. Vous avez les pieds dans la boue et les mains dans la chair. Odeurs de quartiers, de peuples, de luttes ! Nous voulons que l’on écoute votre voix qui, en général, est si peu écoutée. Peut-être parce qu’elle perturbe, peut-être parce que votre cri ennuie, peut-être parce qu’on a peur du changement que vous exigez, mais sans votre présence, sans aller réellement dans les périphéries, les bons projets et propositions que souvent nous écoutons dans les conférences internationales restent dans le domaine des idées, c’est mon projet.

On ne peut pas affronter le scandale de la pauvreté en promouvant des stratégies de retenue qui ne font que tranquilliser et transformer les pauvres en êtres domestiqués et inoffensifs. Qu’il est triste de voir que, derrière une œuvre prétendument altruiste, on réduit l’autre à la passivité, on le nie ou, pire encore, s’y cachent des affaires et des ambitions personnelles : Jésus les définirait comme hypocrites. Qu’il est beau à l’inverse de voir des peuples en mouvement et surtout leurs membres les plus pauvres et les jeunes. Alors oui, on sent le vent de la promesse qui ravive l’espérance d’un monde meilleur. Que ce vent se transforme en ouragan d’espérance. C’est mon désir.

Notre rencontre répond à une nostalgie très concrète, quelque chose que tout père, toute mère, veut pour ses propres fils ; une nostalgie qui devrait être à la portée de tous, mais qu’aujourd’hui nous voyons avec tristesse s’éloigner de la majorité des gens : terre, maison et travail. Il est étrange que certains disent du pape qu’il est communiste. On ne comprend pas que l’amour pour les pauvres est le centre de l’Évangile. Terre, maison et travail, c’est ce pour quoi vous luttez, ce sont des droits sacrés. Exiger cela n’est pas étrange, c’est la doctrine sociale de l’Église. Je m’attarde un peu sur chacun de ces mots, puisque vous les avez choisis comme mots d’ordre pour cette rencontre.

Terre. Au début de la création, Dieu crée l’homme gardien de son œuvre, lui confiant la charge de la cultiver et de la protéger. Je vois qu’ici il y a des dizaines d’agriculteurs et d’agricultrices et je veux me féliciter avec eux car ils gardent la terre, la cultivent et le font en communauté. Je suis préoccupé par l’éradication de tant de frères agriculteurs qui souffrent à cause de cela et non à cause de guerres ou de désastres naturels. L’accaparement des terres, la déforestation, l’appropriation de l’eau, les pesticides inadéquats, sont quelques-uns des maux qui extraient l’homme à sa terre natale. Cette douloureuse séparation n’est pas seulement physique mais aussi existentielle et spirituelle, car une telle relation avec la terre met la communauté rurale et son style de vie particulier en déclin évident, lui faisant courir le risque de l’extinction.

L’autre dimension du processus global est la faim. Quand la spéculation financière conditionne le prix des aliments en les traitant comme une quelconque marchandise, des millions de personnes souffrent et meurent de faim. D’autre part, on gaspille des tonnes d’aliments. Ceci constitue un vrai scandale. La faim est criminelle, l’alimentation est un droit inaliénable. Je sais que certains d’entre vous réclament une réforme agraire pour résoudre certains de ces problèmes, et laissez-moi dire qu’en certains pays, et ici je cite le Compendium de la doctrine sociale de l’Église, « la réforme agraire devient donc non seulement une nécessité politique, mais une obligation morale » (CDSE, 300).

Je ne le dis pas seulement moi, mais c’est écrit dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Église. S’il vous plait, continuez à lutter pour la dignité de la famille rurale, pour l’eau, pour la vie et afin que tous puissent bénéficier des fruits de la terre.

Deuxièmement, maison. Je l’ai dit et je le répète : une maison pour chaque famille. On ne doit jamais oublier que Jésus naquit dans une étable car il n’y avait pas de place dans les maisons, que sa famille avait dû abandonner sa propre maison et fuir en Égypte, persécutée par Hérode. Aujourd’hui, il y a tant de familles sans maison, ou qu’elles n’en aient jamais eue ou qu’elles l’aient perdue pour des motifs divers. Famille et maison vont de pair ! Mais un toit, pour qu’il soit une maison, doit aussi avoir une dimension communautaire : le quartier et c’est justement dans le quartier que commence à se construire cette grande famille de l’humanité, à partir de ce qui est le plus immédiat, le vivre-ensemble avec le voisin. Aujourd’hui, nous vivons dans des grandes villes qui se montrent modernes, orgueilleuses et souvent vaniteuses. Les villes offrent de nombreux plaisirs et du bien-être à une minorité heureuse mais on refuse une maison à des milliers de nos voisins et frères, parfois des enfants, et on les appelle, élégamment, « personnes sans domicile fixe ». C’est curieux, les euphémismes abondent dans le monde des injustices. On ne dit pas les mots avec précision, et la réalité ce cache dans l’euphémisme. Une personne, une personne séparée, une personne mise de côté, une personne qui souffre de la misère, de la faim, est une personne sans domicile fixe ; c’est une expression élégante, non ? Vous cherchez toujours ; je puis me tromper, mais en général, derrière un euphémisme, il y a un délit.

Nous vivons dans des villes qui construisent des tours, des centres commerciaux, qui font des affaires immobilières mais abandonnent une part des siens aux marges, dans les périphéries. Combien ça fait mal d’entendre que des camps de pauvres sont marginalisés ou, pire encore, qu’on veut les éradiquer. Ce sont des images cruelles d’expulsions forcées, des grues qui démolissent des baraques, des images similaires aux images de guerre. Et ceci se voit aujourd’hui.

Vous savez que dans les quartiers populaires où vivent beaucoup d’entre vous, subsistent des valeurs désormais oubliées dans les centres enrichis. Ces quartiers sont bénis d’une riche culture populaire, là où l’espace public n’est pas un simple lieu de transit mais une extension de la propre maison, un lieu où sont générés des liens avec le voisin. Qu’elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et qui intègrent les diversités et font de l’intégration un nouveau facteur de développement ! Qu’elles sont belles les villes qui, également dans leur plans d’urbanismes, sont pleines d’espaces qui unissent, mettent en relation, favorisent la reconnaissance de l’autre ! Aussi, il ne faut ni élimination, ni exclusion : il faut suivre la ligne de l’intégration urbaine ! Ce mot doit complètement se substituer au mot élimination, aujourd’hui, mais aussi pour les projets qui entendent rénover les quartiers pauvres, embellir les périphéries et « maquiller » les blessures sociales plutôt que les soigner en promouvant une intégration authentique et respectueuse. C’est une sorte d’architecture de façade, non ? Et l’on va dans cette direction. Continuons à travailler afin que toutes les familles aient une maison et afin que tous les quartiers aient une infrastructure adéquate (égouts, lumière, gaz, bitume, et je continue : écoles, hôpitaux, secours d’urgence, cercles sportifs et tout ce qui crée des liens et unissent, accès à la santé – je l’ai déjà dit – à l’éducation et à la sécurité de la propriété.

Troisièmement, travail. Il n’y a pas pire pauvreté matérielle – je tiens à le souligner – que celle qui ne permet pas de gagner son pain et prive de la dignité du travail. Le chômage des jeunes, l’informalité et le manque de droits du travail ne sont pas inévitables, ils sont le résultat d’une nette option sociale, d’un système économique qui met les bénéfices au-dessus de l’homme, ils sont les effets d’une culture de déchets qui considère l’être humain comme un bien de consommation, qui peut être utilisé puis jeté.

Aujourd’hui, le phénomène de l’exploitation et de l’oppression prend une nouvelle dimension, une facette exponentielle et dure de l’injustice sociale ; ceux qui ne peuvent s’intégrer, les exclus, sont écartés, « excédents ». C’est la culture du déchet, et sur ce point je voudrais ajouter quelque chose que je n’ai pas écrit, mais qui me vient à l’esprit maintenant. Ceci se produit quand au centre d’un système économique il y a le dieu argent et non l’homme, la personne humaine. Oui, au centre de chaque système social ou économique doit être la personne, image de Dieu, créé pour qu’il soit le dénominateur de l’univers. Quand la personne est déplacée et que le dieu argent arrive, il se produit ce bouleversement de valeurs.

Pour illustrer, je me souviens d’un enseignement des années 1200. Un rabbin hébreu expliquait à ses fidèles l’histoire de la tour de Babel et il racontait comment, pour construire cette tour de Babel, il fallait faire un grand effort, il fallait fabriquer des briques, et pour fabriquer ces briques, il fallait faire de la boue et porter la paille, et mélanger la boue avec la paille, puis la tailler en quartiers, puis la faire sécher, puis la cuire, et quand les briques étaient cuites et froides, les prendre sur soi pour construire la tour.

Si une brique tombait – c’était coûteux avec tout ce travail -, c’était presque une tragédie nationale. Celui qui l’avait laissé tomber était puni ou expulsé, et je ne sais pas ce qu’ils lui faisaient, mais si un ouvrier tombait, il ne se passait rien. C’est ce qui arrive quand la personne est au service du dieu argent ; et c’est ce que racontait un rabbin hébreux dans les années 1200, expliquant ces choses horribles.

En ce qui concerne l’élimination, nous devons aussi être un peu attentifs à ce qui arrive dans notre société. Je vais répéter des choses que j’ai dites dans Evangelii gaudium. Aujourd’hui, on élimine des enfants parce que le taux de natalité dans beaucoup de pays de la terre est faible ou on élimine des enfants par manque de nourriture ou parce qu’ils sont tués avant de naître ; élimination des enfants.

On élimine les anciens parce qu’ils ne servent plus, qu’ils ne produisent plus ; ni les enfants, ni les anciens ne produisent, alors avec des systèmes plus ou moins sophistiqués on les abandonne lentement, et maintenant, puisqu’en cette crise, il faut récupérer un certain équilibre, nous assistons à une troisième élimination très douloureuse : l’élimination des jeunes. Des millions de jeunes – je ne dis pas le nombre parce que je ne le connais pas exactement et celui que j’ai lu me semble un peu exagéré – des millions de jeunes sont écartés du travail, désœuvrés.

Dans les pays européens, et sur ce point il y a des statistiques très claires, ici en Italie, les jeunes au chômage sont un peu plus de 40 % ; vous savez ce que signifie 40 % de jeunes, une génération entière, annuler une génération entière pour maintenir l’équilibre. Dans un autre pays européen, on dépasse les 50 %, et dans ce pays à 50 %, dans le sud c’est 60 %. Ce sont des chiffres clairs au sujet de l’élimination. Élimination des enfants, élimination des anciens, qui ne produisent pas, et nous devons sacrifier une génération de jeunes, élimination des jeunes, pour pouvoir maintenir et rééquilibrer un système dans lequel au centre il y a le dieu argent et non la personne humaine.

En dépit de cette culture de l’élimination, cette culture de l’excès, beaucoup d’entre vous, travailleurs exclus, en surplus dans ce système, avez inventé votre travail avec tout ce qui semblait ne pas pouvoir être utile, mais avec votre habileté artisanale, que Dieu vous a donnée, avec votre recherche, avec votre solidarité, avec votre travail communautaire, avec votre économie populaire, vous avez réussi et nous avons réussi… et , laissez-moi vous le dire, ce n’est pas que du travail, c’est de la poésie ! Merci.

Déjà, tout travailleur, qu’il fasse ou non partie du système formel du travail rémunéré, a droit à une rémunération digne, à la sécurité sociale et à une couverture de retraite. Ici il y a des cartoneros, des recycleurs, des vendeurs ambulants, des tailleurs, des artisans, des pêcheurs, des agriculteurs, des maçons, des mineurs, des ouvriers des entreprises de récupération, des membres de coopératives de tous types et des personnes qui exercent les métiers les plus communs, qui sont exclus des droits des travailleurs, à qui est niée la possibilité d’avoir un syndicat, qui n’ont pas un poste adéquat et stable. Aujourd’hui je veux unir ma voix à la leur et accompagner leur lutte.

Dans cette rencontre, vous avez aussi parlé de paix et d’écologie. C’est logique : il ne peut pas y avoir de terre, il ne peut pas y avoir de maison, il ne peut pas y avoir de travail s’il n’y a pas la paix et si nous détruisons la planète. Ce sont des thèmes très importants que les peuples et leurs organisations ne peuvent pas ne pas affronter. Nous ne pouvons pas simplement rester dans les mains des dirigeants politiques. Tous les peuples de la terre, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, tous nous devons hausser la voix pour défendre ces deux dons précieux : la paix et la nature. La sœur mère terre, comme l’appelait saint François d’Assise.

Peu a été fait, et je le répète, nous sommes en train de vivre la troisième guerre mondiale, mais en morceaux. Il y a des systèmes économiques qui pour survivre doivent faire la guerre. Alors se fabriquent et se vendent des armes et ainsi les bilans de l’économie qui sacrifie l’homme aux pieds de l’idole de l’argent sont équilibrés. Et on ne pense pas aux enfants affamés dans les camps de réfugiés, on ne pense pas aux migrations forcées, on ne pense pas aux maisons détruites, on ne pense pas plus à tant de vies brisées. Que de souffrances, que de destructions, que de douleurs ! Aujourd’hui, chères sœurs et chers frères, se lève en chaque coin de la terre, en chaque peuple, en chaque cœur et dans les mouvements populaires, le cri de la paix : mais plus jamais la guerre !

Un système économique centré sur le dieu argent a aussi besoin de saccager la nature, piller la nature pour soutenir le rythme frénétique de consommation qui est le sien. Le changement climatique, la perte de la biodiversité, la déforestation ont déjà montré leurs effets dévastateurs dans les grandes catastrophes auxquelles nous assistons, et ceux qui souffrent le plus ce sont vous, les humbles, qui vivez près des côtes dans des habitations précaires et qui êtes si vulnérables économiquement pour perdre tout face à une catastrophe naturelle. Frères et sœurs : la création n’est pas une propriété dont nous pourrions disposer selon notre plaisir : et encore moins une propriété seulement de quelques-uns. La création est un don, c’est un cadeau, un don merveilleux que Dieu nous a donné pour que nous en prenions soin et l’utilisions au bénéfice de tous, toujours avec respect et gratitude. Peut-être savez-vous que je prépare une encyclique sur l’écologie : soyez certains que vos préoccupations y seront présentes. Je remercie, j’en profite pour remercier pour la lettre que m’ont fait parvenir les membres de la Via Campesina, la fédération des Cartoneros, et tant d’autres frères.

Parlons de terre, de travail, de maison. Parlons de travail pour la paix et de prendre soin de la nature. Mais pourquoi alors nous habituons-nous à voir comment se détruit le travail décent, comment tant de familles sont expulsées, comment les agriculteurs sont chassés, comment on fait la guerre et on abuse de la nature ? Parce que dans ce système l’homme, la personne humaine est totalement retirée du centre et remplacée par une autre chose. Parce qu’on rend un culte idolâtre à l’argent. Parce que l’indifférence devient commune ! Oui l’indifférence est commune : que m’importe ce qui arrive aux autres pourvu que je défende ce qui est mien ? Parce que le monde a oublié Dieu, qui est Père ; il est devenu orphelin car il a mis Dieu de côté.

Certains d’entre vous ont dit : ce système n’est plus supportable. Nous devons le changer, nous devons remettre la dignité humaine au centre et sur ce pilier vont être construites les structures sociales alternatives dont nous avons besoin. Il faut le faire avec courage, mais aussi avec intelligence. Avec ténacité, mais sans fanatisme. Avec passion, mais sans violence. Et tous ensemble, affrontons les conflits sans être pris au piège, cherchant toujours à résoudre les tensions pour atteindre un niveau supérieur d’unité, de paix et de justice. Nous chrétiens avons quelque chose de très beau, une ligne d’action, un programme, pourrions-nous dire, révolutionnaire. Je vous recommande vivement de lire les béatitudes (Mt 5, 3 et Lc 6, 20), et le passage de Matthieu 25. Je l’ai dit aux jeunes à Rio de Janeiro, dans ces deux textes, nous avons le programme d’action.

Je sais que parmi vous, il y a des personnes de divers religions, métiers, idées, cultures, pays et continents. Aujourd’hui vous pratiquez ici la culture de la rencontre, tellement différente de la xénophobie, de la discrimination et de l’intolérance que nous voyons si souvent. Entre les exclus il se produit cette rencontre des cultures où l’ensemble n’annule pas la particularité. C’est pour cela que j’aime l’image du polyèdre, une figure géométrique avec beaucoup de faces diverses. Le polyèdre reflète la confluence de toutes les partialités qui en lui conservent une originalité. Rien ne se dissout, ni ne se détruit, rien ne domine, tout s’intègre, tout s’intègre. Aujourd’hui vous cherchez aussi la synthèse entre le local et le global. Je sais que vous travaillez chaque jour dans des choses voisines, concrètes, dans votre territoire, dans votre quartier, dans votre poste de travail : je vous invite aussi à continuer à chercher cette prospective plus ample ; que vos rêves volent haut et embrassent le tout !

Pour cela me semble importante la proposition, dont certains parmi vous m’ont parlée, que ces mouvements, ces expériences de solidarité qui croissent à partir de la base, du sous-sol de la planète, convergent, soient plus coordonnés, se rencontrent, comme vous l’avez fait en ces jours. Attention, ce n’est jamais un bien d’enfermer un mouvement dans des structures rigides, donc j’ai dit se rencontrer, et encore moins chercher à absorber, diriger, dominer ; les mouvements libres ont leur propre dynamique, mais oui, nous devons chercher à cheminer ensemble. Nous sommes dans cette salle, qui est la salle de l’ancien synode, désormais il y en a une nouvelle, et synode veut dire « cheminer ensemble » : que ceci soit un symbole du processus que vous avez initié et que vous être en train de porter en avant !

Les mouvements populaires expriment l’urgente nécessité de revitaliser nos démocraties, tant de fois détournées par de nombreux facteurs. Il est impossible d’imaginer un futur pour la société sans la participation comme protagonistes des grandes majorités et ce protagonisme transcende les procédures logiques de la démocratie formelle. La prospective d’un monde de paix et de justice durable nous appelle à dépasser l’assistantialisme paternaliste, exige de nous que nous créions de nouvelles formes de participations qui incluent les mouvements populaires et animions les structures de gouvernement local, national et international avec un torrent d’énergie morale qui nait de l’implication des exclus dans la construction d’un destin commun. Et ceci avec une âme constructive, sans ressentiment, avec amour.

Je vous accompagne de cœur dans ce chemin. Disons ensemble avec cœur : aucune famille sans maison, aucun agriculteur sans terre, aucun travailleur sans droits, aucune personne sans la dignité que donne le travail.

Chers frères et sœurs : continuez votre lutte, faites du bien à nous tous. C’est comme une bénédiction d’humanité. Je vous laisse comme souvenir, comme cadeau et avec ma bénédiction, quelques rosaires qu’ont fabriqués des artisans, des cartoneros et travailleurs de l’économie populaire d’Amérique latine.

Et vous accompagnant, je prie pour vous, je prie avec vous et je désire demander à Dieu Père de vous accompagner et de vous bénir, de vous combler de son amour et de vous accompagner sur le chemin, de vous donner abondamment cette force qui vous maintiendra sur les pieds : cette force est l’espérance, l’espérance qui ne déçoit jamais. Merci.

Source de la traduction (partie D) : http://www.fondationjeanrodhain.org...


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