La décomposition du système politique de la France

mercredi 15 novembre 2017.
 

Les mécanismes de domination de la classe dominante.

Introduction : contextualisation de notre étude : un système politique délabré où l’anormal devient la normalité.

Comment est-il possible que notre système politique soit arrivé à un tel niveau de décomposition et puisse s’être tout de même supporté par nos concitoyens ?

Des hommes politiques au plus haut niveau de l’État sont l’objet d’enquêtes judiciaires conduisant souvent des inculpations depuis plus de 20 ans. Certains ont été condamnés pour abus de biens sociaux ou autres et après quelques années de mise à l’écart reviennent sur la scène politique et sont réélus.

Il ne s’agit pas ici de vouloir relativiser la mise en examen de Nicolas Sarkozy le vendredi 22 mars 2013 ou d’autres affaires survenues ensuite, ce qui n’est pas notre objet d’étude, mais de constater une situation plus globale.

Vous trouverez en cliquant sur les liens suivants les listes non exhaustives mais impressionnantes des mises en examen et condamnations d’hommes politiques :

- Tous partis confondus :
- Plus spécifiquementpour le PS :
- Pour l’UMP :
- Pour le FN :

La liste établie par Wikipédia est particulièrement intéressante. C’estla liste d’affaires politico financières françaises :

En comptant le nombre d’affaires j’ai obtenu le résultat suivant :
- 1970 – 1980 : 5
- 1980 – 1990 : 18
- 1990 – 2000 : 49
- 2000 – 2010 : 29
- 2010 -. .. : 11

Voir aussi corruption et délinquance financièresur le site "Politique du possible" :

On considère comme normal, puisque cela ne suscite aucune réaction, que les résultats des comptages des temps de parole accordés aux candidats de l’élection présidentielle 2012 par le CSA ne soient pas l’objet de résultats agrégés synthétiques permettant de savoir d’une manière aisée quelles ont été les temps de parole attribués pour chaque candidat depuis janvier 2012 jusqu’à la clôture de la campagne, sur l’ensemble des chaînes de radio d’une part et des télévisions d’autre part. Les résultats ne sont analytiques, donnés chaînes par chaîne. (voir CSA)

Indépendamment de ces périodes électorales, il semble normal qu’une inégalité inouïe non seulement des temps de parole sur les chaînes de radio et de télévision existe au profit des représentants politiques libéraux et sociaux libéraux, mais aussi que les commentateurs favorables au libéralisme couvrent au moins 90 % ou 95 % des temps d’antenne et des espaces rédactionnels de la presse écrite nationale, régionale, locale. Une telle situation ne provoque pas des mouvements de rue clamant : halte à la dictature idéologique des médias !

Face à une telle machinerie, les moyens de diffusion de la gauche non réformiste sont dérisoires. Ce travail de conditionnement médiatique journalier et de longue durée conduit évidemment à une suprématie électorale des libéraux de toutes teintes qui sera ensuite auto entretenue par une majoration des temps de parole accordée aux partis dominants au nom de l’équité (et non de l’égalité comme l’explique la vidéo du site du CSA).

Il semble normal, que le financement officiel, au nom du nombre de voix obtenues, soit démesurément favorable aux partis politiques de droite et sociaux libéraux. "En 2012, l’UMP a touché plus de 30 millions d’euros de dotation publique, le PS un peu moins de 23 millions, le MoDem et le PCF autour de 3,5 millions chacun... Au total, 14 partis politiques en métropole et 27 en Outre-mer se sont partagés un gâteau de 71 millions d’euros. Seuls les partis ayant obtenu au moins 1% des suffrages dans au moins 50 circonscriptions (sur 577) aux élections législatives peuvent prétendre à ce financement public" Rappelons que 1 voix = 1,59 euro, 1 parlementaire = 42 228 euros Source :Les législatives, tiroir-caisse des partis politiques

Observons que toutes les lois parues sur le financement des partis politiquesentre 1988 et 2003 n’ont pas eu d’incidence significative sur le nombre d’affaires politiques ou financières.

Il semble normal qu’un parti de droite ait des contacts et des connivences avec les gens les plus fortunés de France pour financer leur campagne.

Il semble , par ailleurs, normal que l’illégalité d’un financement ne puisse pas être l’objet de poursuites judiciaires après un délai de trois ans alors que la mise à jour de ce genre de fraude demande généralement beaucoup de temps.

Il semble normal encore que des responsables importants du RPR puis de l’UMP aient pu créer des emplois fictifs pour faire fonctionner leur parti aux frais des contribuables et financer une partie de leur campagne par des commissions ou rétro commissions illégales permettant ainsi une supériorité considérable dans les moyens d’information et de propagande au détriment de leurs adversaires politiques et permettant ainsi de nombreuses victoires électorales.

Certes, la Justice , avec les faibles moyens dont elle dispose, a pu sanctionner certains de ces délits mais cela n’a pas empêché une fraction importante du corps électoral de continuer à voter pour un parti dont certains responsables importants ont eu des pratiques illégales. Ce phénomène a existé au PS mais dans une moindre mesure. Et ce qui peut paraître encore plus étonnant, c’est que ces mêmes électeurs puissent être scandalisés par le vol de quelques articles alimentaire par un gitan dans une grande surface.

Comment pourrait-on admettre qu’une équipe de foot soit considérée comme gagnante par rapport à une autre équipe dont chaque joueur aurait à traîner un boulet de fonte de 10 kilos ? Tout le monde hurlerait à la tricherie ! Mais qu’une équipe électorale dispose de 10 fois moins de moyens financiers officiels et probablement 20 ou 30 fois moins si l’on prenait en compte tous les apports officieux et dissimulés, et qui plus est dispose de 10 fois moins de temps pour exprimer ses idées dans les médias, est considéré comme normal.

On met en évidence ici le processus déductif suivant : avantage énorme en temps de parole et espace rédactionnel implique avantage en nombre de voix obtenues et de candidats élus implique majoration des temps de parole au nom de "l’équité" + avantage considérable en financement officiel implique avantage en nombre de voix obtenues, etc.

D’un côté donc des partis dominants constitués de notables disposant de quelques militants pour mettre en action leur clientélisme avec des moyens financiers et médiatiques colossaux, de l’autre des partis du Front de gauche disposant de peu de moyens médiatiques et financiers donc matériels devant avoir recours à un nombre considérable de militants pour diffuser leurs idées en utilisant une bonne partie de leur temps libre. Et cette formidable asymétrie est considérée comme normale voire formidablement démocratique.

Cette machinerie médiatique permet de hisser au pouvoir des "représentants" qui, décade après décade, minent et détruisent les acquis sociaux et provoquent élection après élection rancoeurs et déceptions. La puissance de cette machine médiatique rend improbable, dans des conditions normales de fonctionnement de la société, la possibilité pour les antilibéraux d’accéder au pouvoir. Les gens, dans leur majorité, devront attendre que la France soit un champ de ruines pour s’arracher à l’emprise de cette machinerie qui façonne leur esprit. C’est ce qui s’est passé en Amérique du Sud.

Observons aussi que malgré cette disproportion de moyens, lorsque les représentants du FDG sont invités sur quelque chaîne que ce soit, on ne leur laisse pas exposer tranquillement leurs idées mais ils sont souvent victimes d’obstruction et de déformations de leurs propos. Et la presse relaie. Voir observatoire des inepties et de la propagande anti Mélenchon :

Les résultats des élections sont considérés comme légitimes, comme le résultat d’un processus parfaitement démocratique. Comment un jeu électoral avec des dés aussi pipés, tant par un fonctionnement légal que par des pratiques illégales, n’est-il pas contesté massivement ?

Il semble encore normal qu’un homme politique particulièrement préoccupé par des gains financiers personnels justifiant par exemple le montage d’affaires financières juteuses puisse devenir parlementaire et accéder à de très hautes fonctions de l’État conduisant immanquablement à des conflits d’intérêts.

Il semble normal encore qu’un haut fonctionnaire puisse exercer dans le secteur privé parfois simultanément, parfois consécutivement, des fonctions de responsabilité dans des groupes privés influents, faisant ainsi voler en éclats la crédibilité des experts et plus particulièrement de l’expertise scientifique par la mise à mort de leur indépendance. Certes, de temps à autre, se pantouflage suscite quelques curiosités voir enquêtes mais cette thématique est vite renvoyée aux oubliettes. Voir par exemple : ouverture d’une enquête sur le pantouflage au sein de la commission européenne :

Que tout ceci paraisse normal pour ceux qui en sont les acteurs et qui bénéficient de leur rente de situation se comprend facilement : ceux-là trouveront d’ailleurs toutes les ruses et "explications" pour légitimer l’injustifiable. Ils seront même capables de sortir des poncifs du genre : c’est normal de vouloir devenir riche, d’avoir de l’ambition, sans préciser bien sûr dans le détail par quels moyens. Ces renards en cravate sont souvent très au fait des techniques de com’ et sont des spéculateurs de haut vol sur l’ignorance et la crédulité de bon nombre d’électeurs.

La spéculation sur l’ignorance fondée sur des sophismes tordus et pervers est le reflet en miroir de la spéculation financière fondée sur des produits financiers trompeurs et toxiques.Il n’est donc pas étonnant que les spéculateurs sur l’ignorance soient de connivence avec les spéculateurs sur les produits financiers trompeurs.

Ce qui reste beaucoup moins compréhensible, c’est que les gens qui sont victimes de cette situation en réalité anormale, la considèrent au contraire comme, sans doute pas idéale, mais comme normale.

Mais gardons-nous d’être trop rapide dans notre analyse : avoir uniquement recours à des explications en termes d’abrutissement par les médias , d’ignorance ou tout simplement de bêtise pour expliquer un tel niveau d’acceptation d’une situation qui devrait être ressentie comme révoltante ou scandaleuse est beaucoup trop court. Il s’agit ici d’une forme particulière d’asservissement qui s’inscrit dans un processus beaucoup plus vaste de domination qui est l’objet de l’étude qui va suivre.

Mais le fait que les journalistes, partis et hommes politiques aient perdu beaucoup de crédibilité, comme en témoignent les scores importants de l’abstention et en témoignent aussi certains sondages, montre que cette situation n’est heureusement pas considérée comme normale probablement pour la moitié de la population mais qui sombre néanmoins souvent dans le fatalisme de l’impuissance.

Remarquons tout de même que le niveau de révolte n’est pas très élevé car la remise en cause de la légitimité des résultats électoraux n’est formulée par quasiment personne. Cela peut se comprendre pour des raisons historiques : un tel refus de légitimité des résultats de l’élection considérée comme trop truquée pour être valide peut conduire à la guerre civile puisque le contrat républicain normalement assuré par les institutions est alors considéré comme rompu. En effet, si l’expression par les élections ne veut plus rien dire que reste-t-il, sinon une totale soumission ou la violence ? Personne ne souhaite évidemment une telle situation de violence qui ne peut conduire qu’à un bain de sang.

La gauche radicale considère cette situation aussi comme normale car elle souligne que la quasi-totalité des médias est entre les mains de groupes privés qui défendent le libéralisme ou est entre les mains de responsables de chaînes publiques en connivence avec les puissances économiques et financières privées, ne serait-ce que par les ressources publicitaires ou sont encore nommés par des responsables administratifs ou politiques de conviction libérale. Ce serait, selon cette logique, le contraire qui serait anormal : on voit mal comment un système médiatique qui défend la pérennité du système capitaliste donnerait un espace d’expression significatif à des gens qui se déclarent eux-mêmes anticapitalistes.

Mais cette situation politique dégradée et calamiteuse couplée à une crise économique entraînant des tensions sociales extrêmes peut conduire à une telle remise en cause de la légitimité démocratique libérale et porte en germe cette violence tant redoutée par tous.

On comprend alors la position du Front de gauche qui souhaite changer de république et mettre sur pied un système institutionnel, judiciaire et médiatique beaucoup plus démocratique rompant toute connivence avec les puissances financières et économiques qui peuvent conduire à la corruption et au biaisage des élections par médias et groupes d’influences interposés. C’est aussi en ce sens qu’il faut comprendre le mot rupture ou révolution citoyenne. Mais sans remettre en cause la légitimité du résultat des élections et allumer ainsi un incendie, il paraît tout de même étonnant que le processus électoral tel qu’il se déroule ne soit pas l’objet de plus de critiques par les partis qui en sont victimes.

Nous avons réalisé une étude complète en 2008 du système de domination de la classe dominante (ou plus généralement du groupe d’Homo sapiens dominant) , et pour des raisons de temps de mise forme graphique, je ne reproduis pas in extenso ici le texte, mais indique les liens pour en lire la totalité.

Quand j’ai rédigé ce texte, le livre paru en avril 2011 : Anatomie politique de la domination aux éditions La Découverte par Béatrice Hibou, politologue au CERI n’était pas paru mais cet ouvrage me semble couvrir un champ moins large.

Mon texte est relativement long pour un article et demande une certaine concentration. Il est donc évidemment conseillé de le lire en plusieurs fois et lorsque l’on n’est pas terrassé de fatigue par une longue journée de travail et de transport, par exemple.

Voici donc le début du texte.

Comment la classe dominante assure-t-elle et reproduit-elle sa domination ?Servitude volontaire et servitude involontaire, consentement, divisions des dominés, méritent analyse en profondeur pour qui veut changer le monde.

Mais une telle entreprise n’est pas simple et nous avons divisé notre texte en 3 parties pour en rendre plus aisée sa lecture en ligne.

Les mécanismes de domination de la classe dirigeante

A une époque où le Politique semble être assujetti à l’Economique (en fait cet assujettissement résulte de décisions politiques), où la précarisation de l’emploi devient presque la règle, où les résistances sociales se font souvent dans la dispersion, où le contrôle des médias par le Pouvoir économique ne fait que se renforcer, où la mondialisation des échanges semble être une fatalité, et surtout, en cette période où la majorité des corps électoraux mettent au pouvoir des équipes ultra-libérales qui ne font qu’aggraver leur situation, une réflexion sur les mécanismes de domination s’impose. Mais une telle analyse est difficile car elle ne peut être que pluridisciplinaire, sous peine de tomber dans le piège du réductionnisme (économique, psychologique notamment).

Par ailleurs, l’usage de termes comme : asservissement, exploitation, pouvoir, autorité, incontournables dans une telle étude peut être problématique du fait de l’importance du contexte d’utilisation pour la détermination de leur sens. Un écueil à éviter est aussi de prêter au capitalisme contemporain des modes de domination qui existent depuis plus de 45 siècles, et inversement de ne pas voir quels sont les traits spécifiques des processus de domination du capitalisme actuel. Comme d’habitude mon texte contiendra de nombreux liens mais particulièrement celui-ci. Le lecteur, s’il le désire, pourra compléter ainsi son information pat le renvoi à des livres, articles ou livres numérisés en ligne, émissions sonores mp3 et même des vidéos. Cet article fait appel à une dizaine de disciplines différentes, ce qui explique, en bonne partie, sa longueur. A la pieuvre extérieure ou intérieure de la domination j’oppose donc un texte tentaculaire.

Ce texte se veut aussi une illustration de l’interconnexion de compétences appartenant à des champs différents dans le cadre de la mise en place d’une intelligence collective qui puisse dépasser le cadre pratique d’actions locales et particulières, sans avoir pour autant quelconque mépris à l’égard de celles-ci qui ont toutes leur utilité.

En outre, la plupart des aliénations pointées, seront accompagnées de liens associatifs traitant et combattant cette domination, mettant ainsi en évidence les nœuds d’un graphe que j’appelle RAD (résistance à la domination). En effet, dominants et dominés sont à relier dialectiquement, la domination impliquant souvent des résistances qui peuvent la modifier . Cette contribution, pour des raisons de commodité de lecture en ligne, est divisée en 3 parties.

Voici le plan général de ce texte de 50 pages environ.

Partie I Dominants ? Dominés ? De qui parle-on ? 1 - Les fondements économiques de la domination. 2 - Les fondements culturels et idéologiques de la domination.

Partie II 3 - Les fondements psychologiques de la soumission et de la servitude. 4 - Les fondements cognitifs de la domination.

Partie III 5 - Du pouvoir central au pouvoir diffus. 6 - Le rôle du sacré et du religieux dans la domination. 7 - Les techniques de la domination.

Dominants ? Dominés ? De qui parle-on ? Lire la suite à :

Partie I http://archives.netoyens.info/www.a...

(Attention : n’hésitez pas, pour chaque texte, sur le site- archives, à faire dérouler la page, car le texte encadré de vert, commence à une distance d’environ trois pages)

Partie II http://archives.netoyens.info/www.a...

partie III http://archives.netoyens.info/www.a...

Si mon texte vous intéresse, vous avez intérêt à en faire un copier coller dans Word, Open Office ou autre car le site–archives d’Alternative Unitaire sur lequel il figure n’a pas la robustesse d’un site archéologique enfoui dans le sable et les pierres.

Hervé Debonrivage


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