8 Mai 2015 Plus jamais ça !

dimanche 10 mai 2015.
 

Vendredi 8 mai sera commémoré le 70ème anniversaire de la victoire sur la barbarie nazie. L’écrire est presqu’une information. Il est vrai que l’Etat n’aura rien fait pour donner un retentissement à l’événement. Un dépôt de gerbes devant la statue du Général de Gaulle, un autre sous l’Arc de Triomphe et une revue d’un détachement militaire : on ne peut même pas parler de service minimum. Rien à voir en tous cas avec les célébrations, voici un an, du 70ème anniversaire du débarquement. Du coup, tout suit à l’encan : alors que l’an dernier des documentaires et émissions spéciales remplissaient les écrans de nos téléviseurs, cette fois rien de sérieux pour éclairer pédagogiquement la défaite du nazisme. Rien en France ou presque donc, mais l’exécutif a également fait le choix d’ignorer les cérémonies officielles à Moscou le 9 mai, pourtant les seules prévues à l’étranger. Alors que M. Poutine était présent le 6 juin 2014 sur les plages normandes, M. Hollande, suivant en cela M. Obama et Mme Merkel, a choisi de snober l’invitation russe. La chancelière allemande, ainsi que M. Fabius pour le gouvernement français, ont choisi de venir à Moscou mais le lendemain, pour un hommage discret et quasi privatif aux 25 millions de russes tués au cours de la 2ème guerre mondiale. Là encore un service minimum. Ce sont donc le premier ministre Grec M. Tsipras et le président Tchèque Milos Zenan qui sauveront l’honneur de l’Europe auprès des chefs d’état de la Chine, de l’Inde ou encore des pays de l’Alba.

Les raisons de cette absence à ces cérémonies organisées par le pays qui, parmi les alliés, a payé le plus lourd tribut à la victoire contre le nazisme ? La politique de M. Poutine en Ukraine. Nous voilà donc rangés, une fois de plus, derrière l’Otan et les intérêts américains et allemands dans cette vision unilatérale du conflit ukrainien. A ce sujet, le nouveau livre de Jean-Luc Mélenchon (1) nous rappelle utilement les promesses occidentales faites à Moscou lors de la réunification allemande : celle du secrétaire nord-américain James Baker formulée à Gorbatchev le 9 février 1990 ou de M. Kohl lors de sa visite à Moscou deux jours après : « nous n’avons aucune intention d’étendre le territoire de l’OTAN à l’Est ». On sait ce qu’il en est advenu : ces assurances ont depuis volé en éclat. L’OTAN, quoi que promettent ses pays membres, menace bien aujourd’hui d’étendre son influence à la frontière même de la Russie. Et qu’importe que ce soit en soutenant un régime gangrené jusque dans ses sphères gouvernementales et militaires par les nazis du parti Svoboda. Un régime qui a d’ailleurs interdit toute cérémonie publique jusqu’au 10 mai. En Ukraine au moins on ne fera même pas de service minimum pour célébrer la victoire contre les Nazis.

Voilà donc pourquoi M. Hollande a choisi de ne pas se rendre à Moscou. Il enrôle ainsi un peu plus la France dans un remake de la guerre froide. Soit une mise sous tension terriblement dangereuse pour la paix dans le monde. Au moment du 70ème anniversaire du 8 mai qui marque aussi la fin du conflit mondial le plus déflagrateur de l’histoire, on aurait au contraire aimé voir notre pays du côté des forces de paix, donc porteur d’une politique indépendante des blocs en présence. La présence de François Hollande à Moscou n’aurait d’ailleurs pas plus signifié son soutien à la politique du Kremlin que celle de M. Poutine le 6 juin 2014 à la stratégie de l’OTAN ! Pour finir on dira que M. Hollande est assurément moins regardant quand il décide d’autoriser la vente de Rafales au Qatar, pays autrement moins fréquentable que la Russie.

Cet effacement du 70ème anniversaire du 8 mai constitue donc une occasion honteusement ratée. L’occasion déjà de revenir de façon plus globale sur la victoire sur le nazisme que ne le fut la commémoration du 6 juin 2014. Cela aurait permis, par exemple, de mettre plus en avant l’importance décisive de la victoire de Stalingrad. Mais c’est surtout l’occasion ratée de décliner à l’échelle du pays le « plus jamais ça » en disséquant ce que furent le nazisme et les ressorts de sa défaite. C’eut été évidemment œuvre utile au moment où les idées de la bête immonde semblent de nouveau surgir d’un ventre fécond, celui d’une crise sociale comparable en intensité à celle de l’entre deux-guerres. Nous avons évoqué la place des nazis en Ukraine mais la montée de partis d’extrême-droite plus ou moins radicaux se fait jour un peu partout. On sait malheureusement que la France est au premier rang parmi eux. Les violences de ses nervis le 1er mai et les déclarations et agissements de plusieurs de ses responsables viennent de rappeler que le FN restait un parti d’extrême-droite xénophobe et raciste qui s’inscrit dans une tradition antirépublicaine. La proposition de Marine Le Pen d’instaurer le droit du sang ou la décision de Robert Ménard de ficher les écoliers de Béziers sur des critères ethnico-religieux sont hautement symboliques à quelques jours du 8 mai : l’un et l’autre n’ont en effet été appliqués en France que sous le régime collaborationniste de Pétain.

Ne pas s’être saisi du 70ème anniversaire du 8 mai 1945 pour rappeler comment et dans quel cadre historique le nazisme est monté en Europe est donc une faute. C’est pourquoi le PG a tenu, en plus de la présence de ses élus aux cérémonies officielles, à célébrer à sa manière, même de façon symbolique, la victoire contre le nazisme et la lutte contre ses formes actuelles. Nous appelons pour cela à un rassemblement symbolique le vendredi 8 mai à 12 h devant le 48 rue du Four à Paris où s’est tenue la première réunion du Conseil National de la Résistance (CNR). Histoire de rappeler que le 8 mai 1945 a aussi été la victoire des Jours heureux.

(1) Jean-Luc Mélenchon : Le hareng de Bismarck – Le poison allemand (210 pages, 10 euros, éditions Plon) sortie le 7 février


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