26 et 27 août 1942 en Aveyron : L’Eglise, la préfecture, la gendarmerie et la Shoah

jeudi 18 avril 2019.
 

Nous devons maintenir vivants, le souvenir et la condamnation des rafles antisémites de la Seconde Guerre mondiale. Nous devons aussi poursuivre l’information et la réflexion sur les complicités qui ont permis l’extermination de plusieurs millions de juifs.

La rafle d’août 1942 a été organisée en dehors de toute présence allemande par les services des préfectures ; elle a été mise en oeuvre par les Renseignements Généraux, la gendarmerie et la police française.

La politique nazie d’extermination des juifs a également été facilitée par la culture antisémite qui prévalait dans la droite catholique.

Quand on étudie le cas du département de l’Aveyron, on est frappé par la continuité depuis le 19ème siècle de la propagande antisémite menée par le principal quotidien du département, lié à l’évêché : "L’Union Catholique" pour qui, en 1936, Léon Blum "n’a pas deux sous de bon sang français". En août 1941, ce ne sont pas les nazis allemands qui impulsent le racisme antijuif en Aveyron, mais toujours L’Union Catholique ; Sous le titre Qu’est-ce qu’un juif ? on trouve l’affirmation suivante "Pas un citoyen conscient des pays civilisés qui ne comprenne l’inéluctable nécessité de mettre le juif hors de la communauté nationale". De même, une organisation départementale de 30000 à 50000 membres, la Ligue des Catholiques du Rouergue, a mené un travail de stigmatisation des Juifs qui portera ses fruits de 1942 à 1944 ; dès le bulletin n°2 (1925), "le juif Blum" est dénoncé.

Cette propagande antisémite allait de pair avec une conception absolutiste, politique et policière du catholicisme, illustrée par exemple par la valorisation de l’Inquisition et de l’excommunication. "L’Inquisition a été instituée pour combattre les hérétiques qui cherchaient à imposer par la violence, le pillage et le meurtre, des doctrines dangereuses non seulement pour la foi catholique mais plus encore pour la Société, les personnes et leurs biens... L’Eglise chasse de son sein ceux qui répandent des erreurs notoires et se révoltent lorsqu’elle les avertit."

Cette logique policière va trouver la possibilité de se concrétiser dans le rôle donné par Pétain à la Légion des Anciens combattants dont presque tous les cadres émanent en Aveyron de la Ligue des Catholiques du Rouergue. Sous le titre Le rôle civique de la Légion, l’Union Catholique du 12 janvier 1942 cite le maréchal Pétain ("Les Présidents des Sections communales et cantonales ont le droit et le devoir d’éclairer Maires et Sous-préfets sur tout ce qui dans leur canton et leur arrondissement, leur paraît se développer contrairement à ma doctrine et à mes instructions") ainsi qu’un dirigeant local, François Valentin ("La crainte de la Légion doit être pour certains le commencement de la Sagesse").

Dans ces conditions, le recensement des juifs en Aveyron (circulaire du préfet Marion du 31 janvier 1942) est réalisé sans difficulté ; dans ces conditions, le fait de chasser des juifs de leur profession devance largement toute demande exprimée par l’Allemagne hitlérienne.

D’autres complicités vont largement aider à préparer la rafle des 26 et 27 août 1942. C’est en particulier le cas des Chambres de commerce qui désigneront elles-mêmes un certain nombre de personnes pour l’enfer.

Le 16 juillet, le chef de cabinet du préfet insiste sur l’importance de ce recensement des juifs en donnant une information sur leur destination, "l’Europe centrale".

Mi-août, les responsables des forces de l’ordre sont informés des modalités de "groupement des juifs" sous forme de "consignes pour les journées des 26 et 27 août 1942". Quiconque prend connaissance des trois pages de ce document administratif est frappé par la précision de la préparation : "Les opérations commenceront mercredi 26 août à 5 heures du matin" mais tout est prévu pour que "les cars réquisitionnés, comme chauffeurs seront à l’endroit désigné, à l’heure dite". "Que l’opération de ramassage soit menée très rapidement" ... "le secret le plus absolu doit être gardé par les intéressés" (gendarmes et policiers).

A ma connaissance, des juifs du Cantal et du Lot ont été dirigés vers des Résistants d’Entraygues par des responsables administratifs ayant eu connaissance de l’opération projetée. Cela va sauver quelques familles, rien de plus, mais cela montre qu’il était possible d’oeuvrer à sauver des personnes victimes du racisme fou du nazisme comme du pétainisme.

Ce mardi 26 août 2008, un bon article de La Dépêche du Midi (Partie Aveyron) ajoutait "Fruit d’un gros travail en amont, la note, signée du préfet, récapitule les nombreux lieux de ramassage et désigne les ramasseurs : brigades de gendarmerie jusque dans l’Aveyron profond, services de police".

Lors de l’arrivée des gendarmes, chaque famille dispose d’un temps minuté pour faire ses bagages. Préparée idéologiquement depuis longtemps, minutieusement organisée, la rafle va bénéficier d’un atout supplémentaire : la confiance de certains juifs dans l’Etat français et ses forces de l’ordre.

De 1942 à 1945, 530 juifs présents en Aveyron seront déportés, principalement vers Auschwitz, Sobibor et Maïdanek. Très peu en revinrent.


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