Les modèles économiques utilisés par le FMI et l’UE sont bâtis sur du sable

vendredi 27 octobre 2017.
 

Les modèles économiques utilisés par le FMI et l’UE sont bâtis sur du sable et conduisent l’Europe à de multiples fissurations conduisant à son écroulement.

Jacques Généreux, dans plusieurs de ses ouvrages, a déjà expliqué précisément en quoi l’économie néoclassique orthodoxe, pilier du libéralisme économique, n’a pas de fondement scientifiquement établi et repose sur des postulats non démontrés et le plus souvent contredits par l’expérienceil des faits. Les théorisations de cette économie ne relèvent donc pas des sciences mais d’une théologie fondée sur un système de dogmes et de croyances dont la fonction politique est de légitimer idéologiquement le système capitaliste et l’action politique des agents au service de la grande bourgeoisie.

Que le FMI découvre que l’austérité est plus nocive que prévu (1),

que l’erreur du FMI concernant la Grèce soit passée sous silence ou non (2),

que des dizaines d’économistes dont des prix Nobel dénoncent la folie de certaines mesures ultralibérales des gouvernements européens ne change rien à la stratégie économique – politique globale du FMI et des responsables politiques de l’UE.

Lorsque l’on parle de folie, d’inefficacité ou d’incohérence des politiques menées, cela s’applique à l’intérêt général des populations européennes mais ces politiques sont parfaitement cohérentes pour défendre les privilèges, les intérêts de caste des oligarchies économiques et financières, du moins sur le court terme du "après moi le déluge !". Le fondement scientifique des modèles utilisés impporte peu : ce qui compte c’est leur efficacité pour défendre les intérêts de cette caste.

L’article qui suit ne constitue pas un scoop pour les lecteurs de Jacques Généreux mais une illustration supplémentaire (notamment avec l’absence de modèles dynamique non linéaires dans les formalisations néoclassiques) de l’archaïsme de l’économie néoclassique Cet archaïsme est dissimulé par le recours à des outils mathématiques travestissant ainsi marabouts et kabbalistes de la pensée unique en experts de haut niveau. Ces gens ne se déplacent pas en automobile ou en avion mais à cheval, guidés par un GPS défectueux.

Cet article se réfère à l’ouvrage très intéressant : "L’imposture économique." (à ne pas confondre avec le récent ouvrage de Susan George : Les usurpateurs, dont nous aurons l’occasion de parler dans un prochain article. L’imposture économique se complète alors par l’imposture politique)

L’économie malade de ses modèles 15.07.2015, par Lydia Ben Ytzhak

Source : CNRS. Le journal https://lejournal.cnrs.fr/articles/...

L’économiste Gaël Giraud, coordinateur de la traduction de l’ouvrage « L’Imposture économique », suggère une remise en cause radicale des fondements scientifiques et mathématiques de l’économie « orthodoxe ». Il nous explique pourquoi.

Chef économiste à l’Agence française de développement et directeur de la chaire « Énergie et prospérité », vous avez coordonné la traduction de l’ouvrage de l’Australien Steve Keen, L’Imposture économique, parue aux éditions de l’Atelier. Vous partagez avec lui, qui avait annoncé l’imminence d’une crise financière dès 2005, sa remise en cause radicale des fondements de l’économie néoclassique. Celle-ci s’appuirait sur des modèles qui sont tellement éloignés de toute réalité qu’ils ne peuvent rien prévoir ni rien expliquer. Qu’entendez-vous par déconnexion de la réalité ?

Gaël Giraud  : Pour dire les choses de manière lapidaire : les modèles néoclassiques (qui sont utilisés dans la quasi-totalité des grandes institutions internationales, FMI, BCE, Banque de France, etc., et enseignés dans toutes les universités), supposent toujours que l’économie étudiée est à l’équilibre et y retournera quoi qu’il advienne. Cela interdit de prendre en compte, autrement que sous la forme d’événements aberrants – ce que les économistes appellent des « cygnes noirs » –, les catastrophes, les crises et autres phénomènes désagréables qu’il est pourtant vital de pouvoir anticiper.

Vous pensez qu’il est possible d’anticiper les crises futures ?

Dans une certaine mesure, oui. C’est la raison pour laquelle, par exemple, je viens de remettre au Parlement européen un rapport sur le coût macro-économique présumé du prochain krach bancaire en zone Euro. Un krach que j’estime inévitable à terme, en dépit de l’Union bancaire européenne, censée nous en protéger. En effet, comment prétendre évaluer sérieusement un tel coût avec des modèles d’équilibre où, par construction, une crise bancaire ne peut pas arriver ou bien, au pire, ne fera que retarder le moment où l’économie, un instant perturbée, retournera sagement à l’équilibre ?

J’ai donc utilisé un modèle alternatif mobilisant des systèmes dynamiques non linéaires (chaotiques) pour répondre à la question des parlementaires. Adopter un point de vue dynamique est une évidence dans toutes les disciplines scientifiques, sauf pour les économistes néoclassiques, qui restent figés sur une méthodologie statique qui date des années 1870…

Pourquoi contestez-vous également l’utilisation que font les économistes néoclassiques des outils mathématiques  ?

G. G. : Parce qu’ils prétendent généraliser et appliquer à la macro-économie des outils forgés et validés pour la micro-économie. Le problème est que, sous prétexte de simplifier la réalité des échanges entre agents économiques – par exemple en considérant que la simple sommation des courbes de demande individuelle de chaque consommateur (En micro-économie, la courbe de demande individuelle pour un bien décrit la quantité de ce bien qu’un consommateur désire acheter en fonction de son revenu et du prix du bien. permet d’établir la courbe de demande d’un marché dans son ensemble )– les modèles néoclassiques négligent, voire ignorent, les phénomènes d’émergence liés à l’agrégation de millions de comportements distincts.

Des phénomènes pourtant bien connus en physique statistique et en théorie du chaos. Les économistes orthodoxes sont ainsi systématiquement passés à côté des manifestations macro-économiques de type « cygne noir », qui sont pourtant empiriquement avérées. Le pire étant que la validité mathématique de ces simplifications a été étudiée et réfutée (link is external) dans les années 1970 par l’économiste français Gérard Debreu. Malheureusement, comme à chaque fois que la communauté des économistes néoclassiques a été confrontée à un résultat qui la gênait, l’auteur a été célébré par un prix Nobel… et le résultat a été oublié.

Quelles conséquences ces approximations ont-elles en matière de politique économique ?

L’une des conséquences les plus extraordinaire, c’est que jusqu’en 2012-2013 la totalité des modèles néoclassiques continuait de se fonder sur l’hypothèse ridicule que le secteur privé d’une économie n’a pas de dette. Pourquoi ? Parce que l’ensemble des consommateurs, une fois agregé, est supposé se comporter comme un unique ménage représentatif. Un ménage unique fictif qui ne peut évidemment pas avoir de dette vis-à-vis de lui-même, à la différence des consommateurs individuels et réels de l’économie réelle…

Le privé est presque partout beaucoup plus lourdement endetté que le public. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que le débat politique, en Europe comme dans les pays du Sud, se focalise sur la dette publique, alors qu’à l’exception du Japon, le privé est presque partout beaucoup plus lourdement endetté que le public. En Chine, en particulier, le ratio dette privée sur PIB s’envole dangereusement depuis plusieurs années et pourrait provoquer la prochaine tourmente financière mondiale. Pendant ce temps, beaucoup trop d’économistes scrutent, à mon avis à tort, la dette publique des États…

Vous reprochez également aux économistes d’omettre la monnaie, mais n’est-elle pas au centre du débat ?

G. G. : Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la quasi-totalité des modèles omet la monnaie ; y compris les modèles parfaitement néoclassiques de Thomas Piketty qui sont pourtant censés décrire l’évolution du capital. Ils considèrent que la monnaie n’a aucune influence à plus ou moins long terme sur l’économie réelle, alors que toutes les études empiriques démontrent évidemment le contraire. Rien de surprenant, du coup, à ce que le secteur bancaire soit souvent absent des dits modèles. Et, même quand les économies que l’on modélise comportent une banque, celle-ci est dénaturée et travestie en un pur intermédiaire financier qui prêterait aux emprunteurs de la main droite ce qu’elle aurait emprunté aux prêteurs de la main gauche. Pourtant, ce sont les mêmes économistes qui ne cessent d’évoquer l’inflation et le taux d’intérêt auquel le secteur privé peut emprunter de la monnaie.

Les banques et la monnaie ne sont-elles pas des intermédiaires financiers ?

G. G. : Si, mais les banques ne sont pas des relais passifs, elles frappent monnaie tous les jours. La Banque d’Angleterre, dont le chief economist, Andrew Haldane – un homme courageux –, rappelle régulièrement que les banques ne sont pas que des intermédiaires financiers : elles créent de la monnaie ex nihilo, légalement, en permanence.

Bien entendu, toutes ces aberrations sont toujours présentées sous le prétexte de la simplification, renvoyant à plus tard la tâche d’attaquer les « choses sérieuses ». En réalité, ces simplifications emportent avec elle des décisions de modélisation et in fine des options politiques fortes. Par exemple, le fait de faire « comme si » les banques ne créaient pas de monnaie permet d’entretenir la fiction selon laquelle la planche à billets est toujours et partout inflationniste. Si c’était le cas, il conviendrait de fermer toutes les banques demain matin.

En quoi cette simplification est-elle selon vous porteuse de manipulation politique ?

G. G. : Parce qu’elle entretient l’idée fausse selon laquelle la création monétaire est ipso facto inflationniste. Elle permet de retirer le pouvoir de battre monnaie des mains du souverain politique au motif qu’il en usera forcément à des fins électoralistes et aux dépens de la stabilité des prix ; installant l’idée que la Banque centrale doit absolument être indépendante. En Colombie, par exemple, la Banque centrale de Bogota défend aujourd’hui jalousement son indépendance, éventuellement aux dépens d’un certain nombre d’investissements que le gouvernement colombien souhaite financer.

Autre approximation des modèles néoclassiques, probablement la plus étonnante, ils reposent presque tous sur l’hypothèse des « anticipations rationnelles ». Cette hypothèse signifie que, compte tenu de l’information dont ils disposent, les ménages et les entreprises sont supposés anticiper parfaitement le déroulement de l’économie jusqu’à la fin des temps. Ne riez pas, c’est vrai !

Mais cette fois encore, l’aberration épistémique n’est pas politiquement innocente ; car l’une des conséquences de l’hypothèse d’anticipation rationnelle, c’est le « théorème d’équivalence ricardienne » de Robert Barro (attribué à tort au grand économiste britannique du XIXe siècle David Ricardo).

G. G.  : Ce « théorème », qui n’est en réalité qu’un postulat non démontré, dit ceci : puisque les ménages font des anticipations rationnelles, chaque fois que l’État augmente sa dépense publique, les ménages augmentent leur épargne à due proportion de manière à thésauriser exactement de quoi financer le surcroît d’impôts qui ne manquera pas de venir combler le déficit public supplémentaire. Conclusion : la dépense publique est toujours et partout inefficace, puisqu’elle est immédiatement neutralisée par les ménages. Pourtant, empiriquement, on n’observe pas de forte corrélation entre l’épargne et la dépense publique. Il n’empêche que ce « théorème » continue d’être enseigné dans les cours d’économie comme s’il était parole d’Évangile.

Existe-t-il des alternatives plus prometteuses ?

G. G. : Depuis 2013, quelques rares modèles néoclassiques, par exemple celui de Krugman-Eggertson, tentent d’incorporer les dettes privées. Mais cela se fait toujours à l’intérieur d’un paradigme d’équilibre, sans monnaie et avec des anticipations rationnelles. Il y a aujourd’hui une équipe internationale de chercheurs, économistes, mathématiciens, physiciens, qui collaborent à l’élaboration d’une famille de modèles alternatifs construits autour de deux-trois idées centrales : d’abord, ils doivent vérifier les conditions de cohérence comptables, lesquelles, souvent ne sont pas satisfaites par les modèles standard ; ensuite, ils obéissent à des systèmes dynamiques estimés empiriquement d’après le comportement agrégé réel des acteurs économiques ; et enfin ils incorporent l’énergie et les ressources naturelles comme ingrédients essentiels de la production.

Fin de l’interview

L’Imposture économique, Steve Keen, préfacé par Gaël Giraud, Éditions de l’Atelier, Octobre 2014, 532 p., 27 €

Le magazine Alternatives économiques, dans son numéro 343 de février 2015, par un article intitulé : un pluralisme économique interdit, dénonce la dictature idéologique de l’économie néoclassique régnant sans partage dans les formations universitaires. Lire l’article complet encliquant ici

"…Rappelons les épisodes précédents. Depuis quelques années, l’Association française d’économie politique (Afep) et ses 600 adhérents se battent pour que les économistes hétérodoxes, ceux qui s’inspirent plus de Keynes, de Marx, de Perroux, des institutionnalistes américains, etc. que de l’économie dominante, aient le droit de cité. Ceux pour qui les maths sont un moyen et non une fin, pour qui la monnaie n’est pas un voile mais une institution, pour qui l’histoire, la morale et l’analyse des rapports de force font partie de l’économie et, surtout, pour qui il existe plusieurs façons de penser l’économie.…"

Ils appellent à l’ouverture d’une nouvelle section comprenant un jury traitant de l’économie hétérodoxe. Ce serait évidemment un coup porté à l’idéologie néolibérale qui façonne l’esprit non seulement des jeunes économistes mais de très nombreux les journalistes qui véhiculent cette idéologie garante de l’ordre économique et politique établi. Alors que le Figaro peut faire preuve d’un certain pluralisme dans le traitement d’informations politiques , cet organe de presse reste particulièrement vigilant et défenseur du temple sur cette question cruciale.

"Pour Le Figaro, les défenseurs de cette nouvelle section sont les "ratés" et les "frustrés" de l’université : André Orléan, Michel Aglietta, Robert Boyer, Olivier Favereau, Luc Boltanski, Dominique Méda et tous les autres grands noms qui soutiennent cette avancée, tous des ratés !…"

C’est d’ailleurs le Figaro qui rappelait que 42 associations d’étudiants de 19 pays remettent en cause cette pensée unique. Cliquez icipour lire l’article Sur ce genre de question le masque tombe : Le Figaro reste bien un agent de l’appareil idéologique de reproduction de la pensée néolibérale. Mais c’est évidemment le cas de la majorité de la presse française, européenne et nord-américaine.

Hervé Debonrivage


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