Quand Raffarin parle de Sarkozy : humour exceptionnel

jeudi 30 juillet 2020.
 

Depuis son passage à Matignon, Raffarin se sent une âme d’écrivain. Que voulez-vous ? Depuis Descartes la terre de France n’avait pas produit un tel surdoué de la logique. Hôte de Matignon, il avait déjà atteint des sommets avec par exemple « Les veuves vivent plus longtemps que leurs conjoints », « la pente est raide mais la route est droite » .

Se considérant indispensable dans cet exercice, Jean Pierre du Poitou vient de reprendre la plume. L’introduction et la première partie de sa récente « Lettre à Nicolas Sarkozy » sont en ligne sur internet à l’adresse http://www.carnetjpr.com. Jacques Chirac s’est cru obligé de porter une appréciation sur un tel chef d’œuvre « Il est affligeant qu’un ancien premier ministre s’abaisse à écrire des idioties pareilles ».

L’ancien premier ministre y développe pourtant :

-  ses talents d’orateur lors de la campagne de 2002 « Je multiplie les meetings. Ma voix et mon propos sont écoutés. Les journaux que j’intéressais peu me découvrent et m’intronisent meilleur orateur du moment »

-  son bilan à Matignon « Je veux dire comme Valéry que j’approuve la plupart de mes actions ».

-  Son rapport à Nicolas Sarkozy « Nous évoluons dans la même galaxie, mais nos orbites sont différentes et nos planètes n’ont pas vocation à se percuter » « tu as besoin de mon entregent pour que les choses restent possibles avec Chirac »

-  son bilan comme président de la région Poitou-Charentes : « J’ai longuement présidé une belle région, en gouverneur girondin amoureux de son territoire »

-  son portrait de quelques amis comme Jean Louis Debré « le doberman le plus fidèle du président » ou Francis Mer « le cow boy »

-  son analyse du pays « magnifique et tourmenté, talentueux et tétanisé... guetté par la violence mais aussi par l’immobilisme »

-  son diagnostic sur la droite « Qui sème la division récolte le socialisme »

-  son rôle à venir « Je ne me vois pas être ton Premier ministre, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Par contre je sais allier les contraires ... Je suis un casque bleu de l’union de la majorité »

-  sa description « des Champs Elysées dont la vastitude vous frappe dans le dos, juste entre les épaules »

-  son souvenir d’un estomac « Chirac, lui, ne donne pas le sentiment de se préoccuper de ce qu’il a dans son assiette... En solide comme en liquide, le Président a un coffre dont je n’ai pas encore mesuré la profondeur »

-  son principal souci à Matignon « je m’étais fixé comme règle de ne pas boire plus d’un verre de vin rouge par repas. Le maître d’hôtel se chargeait d’y veiller. Et je négociais avec lui quelques dérogations ».

-  l’ambition ridicule de Philippe Douste Blazy qui l’accompagne dans ses marches, uniquement les veilles de remaniement « je préfère marcher nez au vent. Activité dans laquelle j’entraîne parfois certains de mes compagnons de parti, plus intéressés par l’assurance d’un tête-à-tête que par la conquête des sommets. Les veilles de remaniement ministériel, mon ami Philippe Douste-Blazy est ainsi un excellent compagnon d’alpages ».

-  son diagnostic sur Ségolène Royal « Je sais son talent médiatique... d’autant plus dangereux pour nous qu’elle chasse sur nos terres... Elle brouille déjà le jeu en imposant sa féminité dans un aréopage ultra-masculin où les codes et les images sont frottés de testostérone. Mieux, dans ses gestes mêmes, elle signifie qu’elle est accueillante, qu’il n’existe aucune barrière entre elle et le pays. Sa manière d’écarter les bras, veste de tailleur ouverte, chose rare dans le vestiaire féminin, me semble très travaillée. Elle la joue très prêcheur interactif, très mère oecuménique d’une patrie qu’elle croit perdue. »

L’objectif principal de cette lettre, c’est de glorifier Nicolas Sarkozy :

-  « pugnace, énergique, bouillonnant

-  tu n’as peur de rien, ni de personne

-  Tu n’es ni dans le neutre, ni dans le retenu.

-  Ta météo personnelle est comme celle de la Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour.

-  Tu peux être dur et chaleureux

-  Tu as la pugnacité du frappeur, la vigueur du cravacheur

-  Monstre de volonté que tu es devenu et qui serre la ceinture à sa boulimie, si fier de sa ligne retrouvée, tel un reproche vivant aux kilos des autres

-  Tu as les impressionnants mollets de tes efforts

-  Ta force est ton authenticité

-  Tu sais aussi consulter le supra et l’infra si c’est nécessaire

-  ton autorité vient du dedans, que tu es allé la chercher dans les profondeurs

-  Toi, Nicolas, tu as fait ton succès sur ta pédagogie, sur ta capacité à accoucher d’idées, de propositions. Tu as une communication qui va chercher l’évidence. Tu construis un raisonnement qui s’impose à celui qui l’écoute. Tes gestes structurent, ponctuent, surlignent. Et ces marqueurs de ta conviction par leur ampleur, leur netteté, ces poings sur la poitrine qui disent combien tu crois à ce que tu dis et combien tu veux convaincre »

Ce livre est-il écrit et publié pour rendre service à Nicolas Sarkozy ? Ce n’est pas certain. Ces flagorneries enjolivent en fait le portrait d’un cogneur de la politique, d’un sempiternel énervé, d’un incommensurable ambitieux.

Jacques Serieys


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