GARIBALDI et LE SOLDAT DE MARSALA

vendredi 11 octobre 2019.
 

Le 11 mai 1860, Garibaldi débarque à Marsala, en Sicile. Cette île fait alors partie du royaume des Deux-Siciles (capitale Naples), fondé en 1816 dans le cadre de la Sainte-Alliance. Immédiatement, Ferdinand 1er mène une politique réactionnaire, supprimant tous les acquis démocratiques ; ses successeurs poursuivent dans le même sens. Aussi, le pays connaît plusieurs insurrections sociales et politiques, particulièrement en 1820, 1847 et 1848.

La Sicile apparaît alors comme un territoire aux velléités révolutionnaires puissantes face à une royauté particulièrement répressive et détestée.

Garibaldi, héros républicain italien du 19ème siècle, choisit d’y porter le combat.

Garibaldi, héros républicain

Dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, il part de Gênes sur quelques navires transportant un millier de soldats, d’où le nom fameux d’Expéditions des mille. Ils portent tous, les Chemises rouges qui passeront aussi à la postérité. La petite flotte fait escale sur la côte italienne de la mer Tyrrhénienne, à Porto Santo Stefano, tout près des Etats pontificaux et de Naples pour faire croire à une attaque au centre de la péninsule.

L’armée napolitaine masse ses forces au nord du royaume, réduisant la surveillance et la défense des côtes siciliennes. Or, la troupe de Garibaldi reprend la mer et débarque le 11 mai à la pointe occidentale de la Sicile, près de Marsala.

Aidé par l’insurrection massive des Siciliens, l’Expédition des Mille termine la conquête de l’île par la prise de Syracuse le 1er août 1860.

Le soldat de Marsala fait référence à cette épopée des Chemises rouges.

Elle a été écrite et mise en musique par le chansonnier Gustave Nadaud en 1872. Interdite en France, elle n’a été autorisée que sous la 3ème république.

Notons que Gustave Nadaud a payé à ses frais l’éditions des chansons d’Eugène Pottier.

Nous étions au nombre de mille,

Venus d’Italie et d’ailleurs,

Garibaldi, dans la Sicile,

Nous conduisait en tirailleurs :

J’étais un jour seul dans la plaine

Quand je trouve en face de moi

Un soldat de vingt ans à peine

Qui portait les couleurs du roi.

Je vois son fusil se rabattre :

C’était son droit ; j’arme le mien,

Il fait quatre pas, j’en fais quatre,

Il vise mal, je vise bien.

*

Ah ! Que maudite soit la guerre

Qui fait faire de ces coups-là ;

Qu’on verse dans mon verre

Le vin de Marsala !

*

Il fit demi-tour sur lui-même.

Pourquoi diable m’a-t-il raté ?

Pauvre garçon ! il était blême ;

Vers lui je me précipitai.

Ah ! je ne chantais pas victoire,

Mais je lui demandai pardon.

*

Il avait soif, je le fis boire,

D’un trait il vida mon bidon.

Puis je l’appuyai contre un arbre

Et j’essuyai son front glacé :

Son front sentait déjà le marbre.

S’il pouvait n’être que blessé… !

*

Ah ! Que maudite soit la guerre

Qui fait faire de ces coups-là ;

Qu’on verse dans mon verre

Le vin de Marsala !

*

Je voulus panser sa blessure,

J’ouvris son uniforme blanc ;

La balle, sans éclaboussure,

Avait passé du cœur au flanc.

Entre le drap et la chemise,

Je vis le portrait en couleurs

D’une femme vieille et bien mise

Qui souriait avec douceur.

Depuis, j’ai vécu Dieu sait comme,

Mais tant que cela doit durer,

Je verrai mourir le jeune homme

Et la bonne dame pleurer.

*

Ah ! Que maudite soit la guerre

Qui fait faire de ces coups-là !

Qu’on emporte mon verre !

C’était à Marsala !…


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