Bibliographie militante (7) de l’avant Mai 68. Trois livres issus des crises du socialisme, du communisme et du christianisme

mercredi 14 août 2019.
 

Le huitième article de notre rubrique "Bibliographie militante" concernera des ouvrages sur l’histoire et le bilan de Mai 68.

Voici trois livres rapidement commentés qui donnent une idée de trois crises qui alimentèrent le "mouvement" dans l’avant mai-68, la crise du parti socialiste et du socialisme, la crise du catholicisme, la crise du mouvement communiste lié à l’Union Soviétique.

* Le socialisme trahi par André Philip

Les années 1956 à 1968 sont marquées par une crise de plus en plus profonde du parti socialiste. Parmi les ouvrages issus de la crise de la SFIO, il me reste ce livre "Le socialisme trahi" d’un dirigeant de la Résistance. Paru chez Plon en 1957, il comprend huit parties dont :

- la cinquième critiquant la politique économique du gouvernement Mollet,

- la sixième " Une faute : l’expédition de Port-Saïd"

- la septième " Un crime : la "pacification" de l’Algérie

- la huitième : " Le drame de la SFIO"

Ce livre se terminait par cinq affirmations fortes :

- "l’opinion française traverse à l’heure actuelle une crise de nationalisme exacerbé. Depuis Dien-Bien-Phu la France se sent humiliée... Le parti, au lieu de faire front devant la menace d’un nationalisme cocardier, pré-fasciste, s’est laissé pénétrer par cet esprit et le gouvernement s’appuie sur lui pour justifier sa politique".

- " une politique de droite faite par des hommes qui se disent de gauche, aboutit à la disparition de toute opinion politique dans le pays. La droite se tait puisque ses idées sont au pouvoir ; la gauche se tait puisque ses hommes y sont"...

- le parti doit être indépendant lorsque ses dirigeants sont à la tête du gouvernement ; "le parti n’est pas indépendant ; du fait que son secrétaire général a été placé à la présidence du Conseil, le Parti ne contrôle pas le gouvernement ; il est contrôlé par lui et devient son instrument de propagande".

- le parti doit être discipliné dans l’action sur la base des décisions de congrès ; oui, mais celles-ci doivent s’imposer à tous, y compris aux élus, quels qu’ils soient. Le parti peut être discipliné si l’orientation pratiquée correspond à l’idéal socialiste de ses militants.

- le parti doit être libre. "Tout militant a le droit d’exprimer sa pensée par tous moyens de diffusion. Le Parti n’est pas une société secrète ; ses militants sont adultes, capables de juger par eux-mêmes ; les divergences de pensée jusqu’au moment où elles sont arbitrées par le congrès souverain, sont l’indice de la force et de la vie du Parti. C’est leur existence même qui lui permet de rayonner, d’intéresser les masses extérieures, de faire leur éducation et d’obtenir progressivement leur adhésion ... Le liberté doit être absolue dans la discussion. Elle l’a d’ailleurs été jusqu’ici et, depuis trente cinq ans que je suis dans le Parti, nul n’a jamais mis en cause mon droit de dire ou d’écrire ce que je pensais... ou plutôt, ce droit a été mis en cause une fois, c’était par Pétain".

Dernière phrase du livre : "Voici plus de trois-cents ans que mes ancêtres cévenols, malgré les dragons du roi ont maintenu ce principe du libre-examen contre toutes les formes du cléricalisme et du césaro-papisme ; vous m’excuserez, si aujourd’hui, je leur reste fidèle".

* Sur quelques problèmes internationaux actuels rapport de Le Duan, premier secrétaire du Parti communiste vietnamien (publié en français par Hanoï en 1964)

Pourquoi cet opuscule a-t-il eu une importance en 1965-1968 ?

- il apporte huit ans avant 68 une analyse de la période politique internationale assez juste

- il essaie de tirer un bilan du marxisme qu’il serait trop long de présenter et critiquer ici.

- il émane des Vietnamiens qui mènent alors un combat emblématique contre la puissante armée américaine

- il apporte des propositions pour définir une stratégie politique à la hauteur de la force du mouvement social en phase ascendante

- il défend une critique gauche de l’URSS sans s’aligner sur le maoïsme

L’ordre venu de la direction nationale du PCF de dissoudre notre groupe local en 1966 ne peut être lié à des soupçons de trotskisme ou maoïsme ; par contre, je me rappelle d’une discussion à partir de cet opuscule qui a pu interpeler un homme attaché à la discipline vis à vis du parti et de Moscou. Voici donc quelques phrases de Le Duan, critiques vis à vis de la stratégie de l’Union Soviétique, caractérisée par "la coexistence pacifique" ; le discours enflammé et l’emploi central du concept de révolution correspondent au contexte international de l’époque :

- " dans une période où le rapport de forces dans le monde a changé en faveur du socialisme et de la paix, dans une période où le mouvement révolutionnaire des peuples du monde monte en tourbillon avec un élan irrésistible, ayant pris l’offensive et attaquant continuellement l’impérialisme, appliquer dans de telles conditions une stratégie purement défensive c’est, objectivement ou subjectivement, renier la révolution" ( page 153)

- " Nous avons aussi entendu exprimer l’idée que le facteur principal qui permet au camp socialiste de déployer son action décisive, c’est la construction économique... Un certain nombre de personnes estiment qu’il faut s’assurer une période de trêve (avec les Etats Unis)pour développer l’économie du camp socialiste et arriver à ce que sa production totale et sa production par habitant dépassent celles du camp capitaliste, et qu’à ce moment-là les conditions seront mûres pour la victoire du socialisme... Parmi nous, personne ne nie l’importance toute particulière de la construction économique dans les pays socialistes... Cependant le problème est de savoir s’il faut attendre que la production industrielle et agricole du camp socialiste l’emporte nettement sur celle du camp capitaliste pour pouvoir continuer...

- " Le développement révolutionnaire dans les différents pays se poursuit de manière inégale..." mais " dans les années à venir, des pays impérialistes deviendront le siège de tempêtes révolutionnaires si les partis communistes et les partis ouvriers... isolent et liquident l’idéologie réformiste" "A une époque où l’orage révolutionnaire s’est déjà levé et est en train de provoquer, pan par pan, l’écroulement de l’impérialisme, l’idée de s’assurer une trêve avec celui-ci pour se livrer à la construction économique et d’en faire une exigence supérieure à toute autre, ne peut aboutir, qu’on le veuille ou non, qu’à entraver l’élan de la révolution".

- " le matérialisme historique enseigne que l’histoire se développe selon des lois objectives indépendantes de la volonté humaine , mais qu’elle est l’histoire de l’homme et que c’est l’homme qui fait sa propre histoire".

* Socialisme et christianisme Revue Frères du Monde parue en 1964

Ce livre m’a été donné par André Sournac, un des animateurs du groupe Vie Nouvelle en Aveyron.

Je mentirais en ne signalant pas, l’importance à l’époque des débats portés par des individus et courants "chrétiens de gauche". C’était évident pour l’Aveyron mais j’avais trouvé un peu la même situation ailleurs, y compris pour l’UNEF à Toulouse.

Parmi les autres livres importants de ce courant, je peux signaler : "Dieu est mort en Jésus-Christ" de Jean Cardonnel.

Quarante ans après, ces deux livres imposent de constater le recul des courants qui se définissaient comme socialistes et communistes chrétiens.


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