Mélenchon est-il parti tout seul à la présidentielle ? Ou de l’amnésie collective

dimanche 30 octobre 2016.
 

Il est de bon ton dans les rangs du défunt Front de Gauche de se lamenter sur l’auto-proclamation de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, le coup de force que cela aurait été, le fait qu’il serait parti tout seul sans attendre que les autres forces du Front de Gauche prennent position, etc.

Jacques Fortin parle même de « candidature imposée par une captation de voix et de notoriété qui « appartenaient » politiquement à la coalition « Front de Gauche » d’il y a cinq ans ». https://blogs.mediapart.fr/jacques-....

Quelle drôle de caricature !

On peut lire aussi les commentaires à diverses notes de blog où des militants communistes accusent Jean-Luc Mélenchon de vouloir imposer son programme et exigent maintenant qu’on reparte de l’Humain d’abord. Mais qui l’a abandonné ? Mélenchon qui le propose comme ouvrage de référence sur son site jlm2017 (http://www.jlm2017.fr/le_projet). Ou P. Laurent qui a préféré faire un QCM ?

L’Avenir en commun, programme de la France Insoumise a vu intervenir de nombreux contributeurs alors qu’en 2012 le programme avait été négocié entre des équipes restreintes du PCF, PG et Fase. Le problème n’est donc pas là. Le contenu ? Pour le moment aucune critique argumentée n’a été publiée, même si on peut se douter que la fermeture de Fessenheim et la sortie du nucléaire peuvent poser problème.

A lire tous ces propos accusateurs, un observateur extérieur à la scène politique française pourrait se demander qui est cet aventurier, comment se fait-il que personne n’ait pu l’arrêter lors de cette annonce, et pourquoi trouve-t-il plus de 142 000 soutiens quand les appels divers à refuser le programme et la démarche de France Insoumise cumulent au mieux 20 000 signataires entre les 3 appels ?

Refaisons la chronologie des faits que beaucoup ont tendance à oublier.

Le score, 11,1% soit 4 millions de voix, obtenu par Jean-Luc Mélenchon, candidat commun de toutes les forces du Font de Gauche à la présidentielle de 2012, ainsi que la fabuleuse campagne menée pendant les 10 mois précédant avaient permis de soulever beaucoup d’espoir. Mais rappelons quand même que à l’époque certains, qui aujourd’hui dans la mouvance Ensemble sont contre la candidature de Mélenchon, n’avaient déjà pas souhaité rejoindre cette campagne et avaient attendu les élections législatives. Dans la foulée des deux élections, se sont tenues en août 2012 les Estivales du Front de Gauche à Grenoble rassemblant des militants encartés ou non dans des partis participant au Front de Gauche. Elles représentaient l’espoir de travail en commun de tous les militants au delà des appartenances partidaires. Ces estivales se tiendront une deuxième et dernière fois en août 2013. En fait le PCF n’y avait jamais été très favorable et y participa de façon plus que modérée.

Lors des municipales le PCF choisira de faire liste commune avec le PS dans la moitié des grandes villes de France à commencer par Paris ou Nantes ville du premier ministre du moment Jean-Marc Ayrault. Non seulement il sera sur des listes communes avec des membres du gouvernement dont l’ensemble du Front de Gauche sans exception critiquait durement les politiques, mais en plus il le fera en utilisant le sigle commun Front de Gauche, le déconsidérant et entretenant ainsi la confusion.

Y-a-t-il eu une décision collective du Front de Gauche à l’époque pour valider cette stratégie ? Non, jamais. Cela a-t-il gêné la direction du PCF de choisir une stratégie contraire à ce que défendait la moitié du FG ? Non plus.

L’été suivant ne verra plus d’Estivales communes et la méfiance s’installera. Lors des élections départementales et régionales le PG mettra tous ses efforts pour obtenir des candidatures communes non seulement du FG mais aussi avec d’autres forces telles EELV et Nouvelle Donne. Le PG acceptera de laisser les titulaires ou les têtes de liste à EELV ou au PCF au nom de la recherche d’unité.

Doit-on rappeler l’auto-proclamation de la candidature de Pierre Laurent pour la tête de liste aux régionales en IDF, alors qu’il était déjà sénateur, président du PGE, secrétaire national du PCF et ce contre les demandes de discussion de Ensemble ! du PCOF et du PG ? C’était à prendre ou à laisser pour Pascal Savoldelli en charge des élections : « On a la tête de liste la plus crédible ». Pour ne pas créer de la division, nous nous sommes inclinés. Idem dans la région centre avec la tête de liste pour Nicolas Sansu, député-maire de Vierzon, ou Sébastien Jumel, maire de Dieppe en région Normandie etc … Bizarre tout le monde oublie aujourd’hui ces épisodes à moins que pour le PCF tout soit permis ?

A la sortie des départementales et régionales (décembre 2015), de son côté, EELV dit publiquement que les accords avec le Front de Gauche ne servent à rien (entendez ne leur permet pas d’avoir plus d’élus).

L’année 2016 commence le 11 janvier avec l’appel de personnalités à "une primaire des gauches et des écologistes . Pierre Laurent, lors des vœux du PCF le même soir à Colonel Fabien déclare « Certains me disent : primaire. Ce n’est pas ma culture, mais je dis : discutons, échangeons, construisons ensemble ». (http://www.lejdd.fr/Politique/Une-p....)

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF confirme cet engagement de la direction du PCF dans les primaires avec le PS : "On prend cet appel très positivement, nous sommes favorables et disponibles" Il a souhaité que la gauche soit "capable de collectivement cheminer vers un espace commun" dans les six prochains mois. (http://www.sudouest.fr/2016/01/11/p....)

Ce à quoi le même soir, Jean-Luc Mélenchon présent à Fabien répond aux journalistes : "Je n’y serai pas parce que quand on va à une primaire, c’est qu’on en accepte le résultat et si Hollande vient, je n’ai aucune raison de le faire alors que je le combats depuis 2012".

Nous sommes donc le 11 janvier 2016, la direction du PCF ne rejette pas l’idée de primaires incluant le PS contrairement à Mélenchon qui dit clairement non.

A l’époque tout le monde se demande si la position officielle du PCF est bien de participer à une primaire avec le PS incluant les membres du gouvernement. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, le 14 janvier Olivier Dartigolles réaffirme cette position : « La primaire convoque l’idée d’alternative de gauche, lui redonne ses lettres de noblesse. Elle permettrait de relancer un débat de contenu, de redéfinir des points d’accord ». Au risque de devoir se ranger derrière le PS s’il emportait la mise ? « Qu’Hollande essaie d’y participer, et il perdra si le peuple de gauche se mobilise ». (http://www.lefigaro.fr/politique/le....)

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, à l’époque la coordination du FG se réunissait encore mais Pierre Laurent ou Olivier Dartigolles n’ont pas jugé bon de venir devant pour mettre le sujet en discussion. C’est seulement une fois qu’ils se sont exprimés publiquement que l’opportunité d’en discuter en coordination a été envisagée.

C’est dans cette confusion totale ainsi créée, que Jean-Luc Mélenchon, soutenu par le PG, décide d’utiliser sa présence le 11 février au 20 heures de TF1 pour dire sa disponibilité à être de nouveau candidat à la présidentielle. http://melenchon.fr/2016/02/11/je-p....

Vous avez bien lu, l’annonce de la disponibilité de Jean-Luc Mélenchon pour la candidature a eu lieu le 11 février soit un mois après l’annonce par le PCF de l’acceptation du cadre des primaires de toute la gauche avec le PS ! Comme proposition de candidature précipitée, on fait mieux !

D’accord vont me répondre certains, mais quand même à part le PG personne d’autres n’a été consulté. Mais toutes les autres forces du Front de Gauche étaient partie prenante des primaires à part le PCOF qui annonce son retrait en désaccord justement avec cette participation. Vous avez oublié ? Ou c’est trop douloureux de s’en souvenir ?

Ensemble ! participera comme observateur aux réunions d’organisation de la primaire organisée à l’assemblée nationale jusqu’en mars même si de nombreux militants sont contre : Dans le cadre des réunions proposées par les initiateurs de l’appel pour une primaire à gauche publiée dans Libération - auxquelles participent le PS, le PCF, Nouvelle Donne, EELV, Caroline de Haas et les initiateurs de « l’autre primaire », Ensemble ! étant observateur - le débat doit se clarifier. https://www.ensemble-fdg.org/conten....

Comité de liaison de la primaire : jeudi 16 mars

Présents : Appel "Libération" : Yannick Jadot, Guillaume Duval, Marie Depleschin ; Appel "primaire de gauche" : Eliot Lepers, Adrien Jeantet ; Direction du PS : Rachid Temal, Christophe Borgel ; Motion B du PS : Christian Paul, Guillaume Balas ; EELV : Marine Tondelier ; ND : Pierre Larrouturou, Marc Obadia ; UDE : 2 pers ; PCF : Olivier Dartigolles, François Auguste ; Ensemble ! : JP Mamet (observateur).

Le PCF ne rompra qu’en juin lorsqu’il apparaîtra clairement que la majorité des militants sont contre et que de toute façon cela ne se fera pas.

Avant, de nombreuses déclarations défendront la démarche. Ainsi le 18 février Nous voulons un débat d’idées qui unit. http://www.pcf.fr/83146 Déclaration d’Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, et Isabelle de Almeida, présidente du Conseil national, lors de la réunion du comité de liaison de la primaire de la gauche et des écologistes. Le 22 février Pierre Laurent : http://www.rtl.fr/actu/politique/pr....

Le 6 avril Tribune dans le JDD « Pour une primaire des idées » signée par O. Dartigolles et I. de Almeida http://www.lejdd.fr/Politique/Pour-...

Le 14 avril Tribune d’Olivier Dartigolles dans Libération. Extraits : « Pour le PCF, une telle primaire, ou tout autre processus citoyen, passe d’abord par la priorité donnée à la construction d’un projet politique élaboré lors de réunions publiques et de débats citoyens sur une question : « Quelle France voulons-nous ? » Le débat sur les candidatures et le vote citoyen pour choisir la ou le candidat(e) n’est donc pas, à ce stade, la question prioritaire. Si l’Elysée et la direction du PS cherchent, par tous les moyens, à planter la primaire, c’est qu’ils ne veulent ni du débat d’alternative à la politique actuelle ni d’un processus confirmant le rejet de la candidature de François Hollande ou de tout autre représentant des renoncements et des trahisons. » http://www.liberation.fr/france/201....

Fallait-il pendant ce temps se tourner les pouces en laissant s’installer le rejet sur le thème « vous êtes tous pareils » ?

Dès le début, le PCF a exigé de Jean-Luc Mélenchon qu’il vienne dans le cadre commun avec le PS. Il a toujours refusé. A partir de là il devenait difficile de discuter.

Au PS, les « frondeurs » ont décidé de s’inscrire dans cette primaire en s’engageant à ne pas s’opposer à la désignation de François Hollande si celui-ci gagnait la primaire. Mieux, ils sont 4 candidats à concourir (Montebourg, Hamon, Filoche, Lienemann ). Même pas capable de se mettre d’accord entre eux pour gagner la primaire ! Et après on vient nous donner des leçons d’unité ?

Quant à EELV, dès leur congrès, ils ont affirmé qu’il y aurait un candidat issu de leurs rangs sans alliance avec personne et qu’il y aurait des candidats de leur parti dans toutes les circonscriptions. On ne peut pas faire plus clair !

A quoi servent donc ces appels à l’unité de forces qui ont déjà fait des choix divergents ?

Et le ridicule ne tue pas, puisque ces jours-ci on a droit à 3 appels à l’unité différent : un lancé par Gérard Filoche, un par l’appel des cent incluant des membres de la direction du PCF et d’Ensemble ! et le dernier par Pierre Laurent lui-même dans un texte où l’écologie a tout simplement disparu comme si c’était un sujet anecdotique pour la présidentielle de 2017.

On peut ne pas aimer, Jean-Luc Mélenchon, avoir des désaccords (mais avec qui est-on en accord total ?), mais ce qui serait invraisemblable c’est que certains préféreraient soutenir Montebourg, ancien ministre de Valls, en espérant qu’il gagne la primaire comme Olivier Dartigolles prompt à chercher les divergences avec Mélenchon mais soulignant les convergences avec Montebourg.

Mais comme je le dis dans ce billet, les mêmes qui critiquent JL Mélenchon pour avoir déclaré sa candidature sans l’avoir négocié avec le PCF (il serait toujours en train d’attendre une réponse) trouvent normal que le PCF déclare partout ses candidats aux législatives. Il y aurait donc urgence pour ces élections mais l’entrée en campagne pour la présidentielle pourrait attendre.

Pourtant aujourd’hui, la campagne pour la présidentielle a déjà largement commencé. La candidature de Jean-Luc Mélenchon répond largement à des attentes de la population. On peut choisir de rester dans le microcosme militant à chercher les divergences dans le programme (il y en a forcément, même moi j’ai des points de désaccord comme le vote obligatoire). On peut aussi se dire que pour s’adresser largement à nos concitoyens il faut savoir retenir le principal. Déjà de nombreux communistes et militants d’Ensemble ont fait ce choix et, nous militants de partis, nous travaillons toutes et tous en bonne intelligence aux côtés de toutes celles et ceux bien plus nombreux qui ne supportent tout simplement plus le PS, la droite et l’extrême droite et qui veulent que dans cette échéance présidentielle il y ait une voix pour porter leur colère et proposer des solutions.

Comme le disent Hélène Adam, François Coustal et Olivier Martin dans un billet sur le site d’Ensemble https://www.ensemble-fdg.org/conten...  : « L’élection présidentielle est, en France, le moment où un maximum de gens, notamment dans les classes populaires, s’intéressent au débat politique. On peut le critiquer, le regretter. Mais c’est ainsi. »

Alors j’espère que le maximum de militants du PCF et d’Ensemble qui n’ont pas envie de rester sur le bord du chemin vont nous rejoindre pour mener toutes et tous ensemble cette belle aventure. Et si la ou le candidat-e d’EELV n’avait pas les 500 signatures, l’écologie aura de toute façon une voie forte dans cette élection par l’intermédiaire de JL Mélenchon. Ce sera à eux de décider de s’y joindre ou de regarder parler d’écologie sans eux.

Martine BILLARD

Ancienne députée de Paris, secrétaire nationale à l’écologie au Parti de Gauche.


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