Changement climatique, ultralibéralisme et pouvoir autoritaire

dimanche 3 novembre 2019.
 

Au 20ème siècle, les capitalistes comprirent que pour vendre leurs produits massivement et générer leurs profits, ils avaient besoin de millions de consommateurs. Il leur fallait donc assurer des revenus suffisants aux classes populaires. Libéraux et sociaux-démocrates se retrouvaient sur cet objectif. Les différences s’exprimaient surtout sur la conception de la famille, la défense des droits des femmes, les droits LGBT, des personnes vulnérables …

L’enjeu central du 21ème siècle est tout autre. Il faut faire face au défi climatique ainsi qu’à la finitude des ressources d’une planète où les êtres humains sont de plus en plus nombreux.

Pourtant tout laisse penser que ceux qui possèdent le pouvoir politique comme le pouvoir économique font comme s’il n’y avait pas urgence. Seraient-ils climato-sceptiques ? Sont-ils ignares ? Incompétents ?

Rien de tout cela évidemment. Les multinationales, par exemple celles des énergies fossiles ou de l’agro-alimentaire responsables de la déforestation et la stérilisation des sols, sont très conscientes des réalités. Mais l’appât du gain et la rémunération de leurs actionnaires leur fait remettre à demain les décisions douloureuses tout en positionnant une partie de leurs investissements dans les secteurs du futur : ENR (Total a par exemple une filiale ENR très active, tout comme EDF active hors de France because le nucléaire) ; agriculture bio mais dans une vision industrielle etc.

Le « Pacte Finance climat » qui réclame des milliards pour les ENR sans exiger de sortir des énergies fossiles en arrêtant immédiatement tout investissement dans ce secteur, peut ainsi être signé par Alain Juppé ou Pascal Lamy sans encombre puisqu’il ouvre des perspectives de gain sans remettre en cause les fondements de l’économie actuelle ni le fonctionnement de la BCE laissant aux banques privées les clés financières de la politique climatique.

La bifurcation énergétique n’est pas une question d’argent, c’est une question de volonté politique de rupture avec le système productiviste. Tant qu’elle sera sous la coupe des intérêts financiers, rien ne sera possible.

Le capitalisme a cherché de tout temps à s’adapter aux évolutions pour maintenir ses profits, ce qu’il fait actuellement avec le « capitalisme vert ». Rien d’étonnant, rien de nouveau.

Nous sommes entrés dans une guerre de classe d’un type nouveau.

Pour continuer à extraire le maximum de profits, l’oligarchie pressure les peuples en cassant les protections sociales et ne précarisant l’emploi.

De manière similaire pour ne pas avoir à remettre en cause son mode de vie, l’oligarchie veut faire peser la baisse des émissions de gaz à effet de serre sur les classes les plus nombreuses. C’est le rôle de la fiscalité carbone pesant principalement sur les dépenses les moins compressibles des ménages. Pourtant une fiscalité carbone visant à dissuader les comportements économiques les plus pollueurs est possible : taxe sur le transport aérien, maritime et routier ; fiscalité accentuée sur les objets de consommation de luxe tels yacht etc.

Les 0,5% de riches qui émettent 13% des GES, ou les 100 entreprises responsables de plus de 70% des émissions de CO2, savent que le temps est compté et que le système actuel n’est pas tenable dans la durée.

Ils cherchent à se protéger en empêchant les populations chassées des pays les plus touchés par les dérèglements climatiques, dont la responsabilité revient pourtant aux pays riches, de rejoindre les pays du nord : Union Européenne transformée en bunker, mur à la frontière des US etc …

Dans de nombreux pays, défendre l’environnement revient à risquer sa vie : 207 activistes environnementaux assassinées en 2017 dont 60% en en Amérique Latine. La répression contre tous ceux, activistes ou peuples indigènes, qui se lèvent contre le modèle productiviste dévastateur est immédiate et violente.

L’ultralibéralisme va être de plus en plus violent avec l’instauration de pouvoirs de plus en plus autoritaires au fur et à mesure que la crise environnementale s’aggravera.

En France, nous avons eu un avant goût de cette violence au moment de la COP21. Depuis toute mobilisation contre les projets néfastes pour la planète est réprimée et criminalisée (NDDL, Bure, actions non violentes pour dénoncer les investissements dans les énergies fossiles ou l’inertie gouvernementale …).

Le niveau de répression actuel contre le mouvement des Gilets jaunes, bien que le niveau de violence soit inférieur à celui des années 70, n’est donc pas un épiphénomène lié à Macron. C’est l’exemple type des pouvoirs ultralibéraux actuels qui utilisent massivement la répression sous toutes ses formes (judiciaire, policière, restriction des droits d’expression, de manifestation) pour imposer et maintenir leur domination. La répression utilisée contre les lycéens est aussi à souligner car elle vise à décourager toute une génération de s’impliquer en politique.

La question écologique est centrale et incontournable pour penser tout projet de société alternatif.

Alors que le prix du baril de pétrole repart à la hausse retrouvant son niveau de mi-novembre 2018 au moment où s’est déclenché le mouvement des Gilets jaunes et que les appels à la grève scolaire pour le climat émergent, il faut tout faire pour que la mobilisation de la jeunesse prenne de l’ampleur et que la jonction se fasse entre gilets jaunes et jeunes pour le climat.

Fin du monde, fin du mois, mêmes coupables, même combat !


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