Jeunesse sacrifiée : pauvreté, précarité, chômage, désespérance...

jeudi 13 juillet 2017.
 

2016 La protection des jeunes travailleurs (apprentis, lycées stagiaires) reprend le chemin du XIXe siècle

1) 2016 Une jeunesse sacrifiée et qui le sait (sondage IFOP, début mai 2016)

Une récente enquête, peu médiatisée, établit l’ampleur de la désespérance politique chez les 18-25 ans. Sentiment d’abandon, progression de l’abstention... : c’est un feu qui couve dans la jeunesse.

C’est une enquête qui aurait mérité de faire la une de tous les grands médias. Réalisée par l’Ifop pour le compte de l’ANACEJ (Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes), elle n’a donné lieu qu’à des commentaires sur le volet des intentions de vote des 18-25 ans à la prochaine élection présidentielle.

Sondages Présidentielles 2017 : De 15 à 19% pour Mélenchon parmi les jeunes de 18 à 25 ans

Pourtant, au-delà des préférences électorales, c’est bien le portrait d’une jeunesse laissée pour compte qui se dessine question après question.

Une jeunesse abandonnée

Sobrement intitulé « Le regard sur sa situation économique et sociale personnelle », la troisième partie de l’étude de l’IFOP se révèle la plus riche d’enseignements sur l’état réel de ce que ressent la jeunesse en France.

Ainsi, à la première question, « Globalement, quel est votre état d’esprit face à la société française actuelle ? », les 18-25 ans sont presque un sur deux (48%) à répondre : « révolté ». Signe des temps qui en dit long sur la France de 2016, ils sont même 27% à se déclarer « résignés ». Avec seulement 8% de « confiant » et 5% d’ « enthousiaste », le nouveau credo du gouvernement qui serine à tout va le « ça va mieux » apparaît pour le moins assez conceptuel.

Interrogés sur le pronostic sur leurs conditions de vie dans dix ans, les 18-25 ans sont 48% à répondre « mieux qu’aujourd’hui », 30% « moins bien qu’aujourd’hui » et 22% à penser que cela n’évoluera pas. Dans une précédente étude menée à l’automne 2014, la même question avait été posée avec des résultats forts différents. Ils étaient en effet 64% à penser que la situation s’améliorerait et seulement 16% à estimer qu’il y aurait une aggravation. Bref, un beau bilan pour le gouvernement, qui avait fait de la jeunesse la priorité du quinquennat et qui la désespère chaque jour un peu plus.

Très forte poussée de l’abstention

Corollaire logique de ce qui précède, pour l’élection présidentielle de 2017, l’indice de l’abstention chez les 18-25 ans s’établit à 52% contre seulement 48% pour la participation. Certes, cela semble un progrès par rapport aux dernières élections régionales, lors desquelles l’abstention avait atteint des sommets dans la jeunesse avec 72%. Mais, parce qu’il faut comparer ce qui est comparable, c’est bien la précédente élection présidentielle qui doit être la référence. Selon diverses enquêtes qualitatives publiées après le premier tour en avril 2012, l’abstention avait atteint 27% parmi la fraction la plus jeune de l’électorat français.

S’il faut bien sûr rester prudent sur la validité d’un sondage réalisé « à froid », près d’un an avant l’élection, il n’en demeure pas moins que l’enquête de l’Ifop donne des indications claires sur les tendances lourdes à l’œuvre. En moins d’un quinquennat Hollande, l’abstention aurait presque doublé chez les 18-25 ans.

Interrogés sur les motivations de leur abstention, la première réponse avec 20% est « pour manifester votre mécontentement à l’égard des partis politiques », la deuxième avec 18% « parce qu’aucun candidat ne défend ou représente vos idées » et la troisième, 11%, « parce que cette élection ne changera rien à votre situation ».

30% d’intentions de vote pour le FN

Interrogés, pour 2017, en fonction de diverses configurations qui, en réalité, changent assez peu les intentions de vote, les jeunes désavouent massivement l’actuel chef de l’État sans que cela profite à un autre candidat de gauche : LO et NPA cumulent à eux deux 4 à 5% des jeunes susceptibles de voter, Jean-Luc Mélenchon de 15 à 19%, un candidat socialiste entre 13 et 15% et la candidature écologiste autour de 3% – sauf dans l’hypothèse Hulot où elle obtiendrait 8%. Si faire la somme a encore un sens, l’ensemble de ces candidatures totalisent autour de 40%.

La comparaison avec 2012 s’avère saisissante. Selon l’enquête Ipsos du 22 avril 2012, dans la tranche 18-24 ans, l’extrême gauche obtenait 3%, Jean-Luc Mélenchon 16%, Eva Joly 4% et François Hollande 28% – soit un total de 51%. Le Parti socialiste a ainsi divisé par deux les intentions de vote des 18-25 ans en sa faveur, les autres courants étant à peu près stables.

À l’inverse, Marine Le Pen, qui avait obtenu 15% chez les 18-24 ans, recueillerait désormais de 27 à 31% des 18-25 ans allant voter. La droite parlementaire resterait stable en totalisant environ un tiers des votants.

Et maintenant ?

Les 18-25 ans ont su apprécier à sa juste valeur l’orientation de François Hollande : une politique gouvernementale qui favorise la précarisation et qui valorise la rente plutôt que le travail est absolument contraire aux intérêts de la jeunesse. Ils sont 76% à penser que la société française n’accorde pas sa place aux jeunes pour qu’ils réussissent leur vie professionnelle. Fort logiquement, la sociologie de l’électorat socialiste s’aligne sur la politique menée : plus âgé, plus nanti – bref, tous les attributs d’une formation conservatrice.

À cette étape, deux éléments dominent : le refus par l’abstention et le ressentiment dans le vote Front national, terrible bilan que celui de ce gouvernement. Mais parce qu’on ne construit pas un pays contre sa jeunesse, parce que la révolte l’emporte sur la résignation, il y aura à court ou moyen terme des réactions d’ampleur. Il restera alors à leur proposer une issue positive et progressiste, c’est tout l’enjeu.

Guillaume Liégard

Source : http://www.regards.fr/web/article/u...

2) 2012 - 2015 : De mal en pis (Jacques Serieys)

Le dernier rapport de l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) confirme le fait que chacun constate autour de soi : la situation sociale de le jeunesse s’effondre d’année en année. 23% des jeunes de 18 à 24 ans vivent sous le seuil de pauvreté (contre 13,5% dans l’ensemble de la population en 2011 et 14,1% en 2012) soit 5% de plus qu’en 2005. Sur neuf millions de pauvres dans notre pays (statistique INSEE), la moitié a moins de 30 ans ; cela concerne particulièrement les enfants de familles pauvres mais aussi les adolescents enfermés dans l’exclusion ainsi que 1 900 000 travailleurs "mal payés" (temps partiels...)

- Il prouve que tous les dispositifs spécifiques d’insertion des jeunes sur le marché du travail ont seulement contribué à accroître l’écart de niveau de vie et de stabilité de l’emploi entre les jeunes et le reste du salariat. L’accès à l’emploi des jeunes par des statuts comme l’intérim ou les CDD monte en flèche (80%) alors que pour les salariés de 29 à 54 ans, le nombre de CDI représente 95% et sa durée moyenne a augmenté de 9,5 ans à 11,5 ans ces 25 dernières années.

- Dans le même temps, ces dispositifs "d’insertion spécifique des jeunes" affaiblissent encore plus la protection sociale par des exonérations qui enrichissent toujours les mêmes.

En fait, ils donnent l’occasion aux entreprises d’utiliser les jeunes pour répondre à leurs besoins ponctuels par des contrats précaires.

- 80% des jeunes accèdent aujourd’hui à l’emploi par un contrat précaire. Ce type de statut n’est pas une conséquence de "la crise" mais de la volonté patronale de freiner les salaires et les droits sociaux en commençant par faire plier l’échine aux jeunes.

- 46% des jeunes de 15 à 29 ans non diplômés sont sans emploi, 22% pour ceux qui sont titulaires d’un bac, 9% pour les diplômés du supérieur. Les jeunes paient plus le recul de l’âge de la retraite et l’augmentation de la durée réelle moyenne du travail hebdomadaire (41 à 42 heures) que "la crise" ou leur "inexpérience".

- Il est vrai que les jeunes diplômés subissent moins la crise que le reste de leur génération. Cela signifie que l’école ne sert pas aujourd’hui à modifier la reproduction sociale des inégalités. Les doctorants de l’université comptent aujourd’hui six fois plus d’enfants de cadres que d’enfants d’ouvriers. L’évolution générale sur dix ans va cependant dans le sens d’une perte générale de niveau de vie et de statut. Ainsi, les enseignants recrutés en emploi d’avenir sont payés 900 euros mensuels, soit moins que le seuil de pauvreté. Ainsi, 10% des diplômés du supérieur vivent actuellement sous le seuil de pauvreté.

- Par delà les chiffres, nous devons penser à la détresse sociale qu’entraîne cette précarisation. La Fondation Abbé Pierre note que les accueils de jour qui recevaient des SDF jusqu’en 2008 servent beaucoup aujourd’hui pour des travailleurs en CDD ou intérim, à des chômeurs. « Un pauvre... c’est une personne obligée d’arbitrer entre deux dépenses indispensables. Se soigner ou payer son loyer, mettre de l’essence dans sa voiture ou se chauffer, renoncer à manger de la viande pour se vêtir... » (Secours catholique).

- Le gouvernement Ayrault est en train de mettre en place des contrats (emplois d’avenir, contrats de génération, assouplissement de l’accès au RSA...) qui peuvent contribuer à améliorer temporairement l’insertion sociale de milliers de jeunes. Cependant, s’il continue à reculer sans cesse face à la finance et au MEDEF, la situation d’ensemble de la jeunesse va encore continuer à empirer. Surtout, ces dispositifs contribuent inéluctablement à démanteler le caractère universel du droit du travail ; après avoir bénéficié des largesses gouvernementales dans le cadre du Pacte de compétitivité, le MEDEF se croit autorisé à en demander toujours plus.

Parmi les solutions immédiates pour améliorer le sort de ces jeunes précarisés insistons ici :

- sur la nécessité de leur permettre une autonomie (accès aux droits sociaux universels) plutôt que continuer à privilégier les solidarités familiales.

- sur le fait que toute diminution d’impôt se traduit par une augmentation de la pauvreté comme l’a parfaitement analysé l’Observatoire des Inégalités sur 10 ans.

- sur la nécessité de stopper la dégradation des revenus sociaux.Le RMI qui représentait 48,7% du SMIC en 1990, n’en pèse plus désormais que 43,7% (statistique ONPES).

Par delà les politiques de Fillon ou Ayrault, il est évident que les logiques fondamentales et contradictions du capitalisme sont en cause. L’Union européenne compte 114 millions de personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale. Sur le fond, la pauvreté est fabriquée par le système pour apporter la meilleure rentabilité financière possible du capital. La puissance actuelle des forces productives (population, techniques, productivité...) n’est plus gérable dans une société aux mains de quelques centaines de transnationales et milliardaires. Le niveau de formation progresse et entre en contradiction avec le besoin du système de conserver un fort chômage pour peser sur les salaires et une forte précarité pour maintenir le despotisme d’usine. L’aspiration humaine à un travail sûr et gratifiant progresse mais se heurte tout autant au maintien de rapports de production au service d’une seule classe sociale. La soif de "changer la vie" (y compris par la protection du cadre naturel, la qualité des aliments, la priorité à la santé...) augmente mais se heurte frontalement à la propriété privée des grands moyens de production.

Près de la moitié des bénéfices du CAC 40 sont versés aux actionnaires alors que pauvreté et précarité galopent parmi les salariés et milieux populaires. Pourtant les ténors du CAC 40 ont osé demander au gouvernement Ayrault 30 milliards supplémentaires de "baisse du coût du travail". De toute évidence, la morale ne fait pas partie de leur code génétique.

2) La jeunesse européenne, chair à misère de Merkel et du grand capital (Jacques Serieys)

En janvier 2012, l’Institut de Recherches Economiques et Sociales a fourni un tableau effrayant de la situation sociale des jeunes dans l’ensemble de l’Union européenne (Chronique internationale de l’IRES, Numéro 133, "Les jeunes dans la crise")

Angela Merkel, José Barroso et les autres dirigeants européens sourient à chaque fin de sommet où ils réussissent à accroître l’austérité et la prétendue "compétitivité" fondée sur la précarisation. Pourtant, rien ne justifie ce sourire béat.

En 1914 1918, les jeunes se retrouvaient dans la boue des tranchées jusqu’au cou pour servir les intérêts des marchands de canon. En 2007 2012, les jeunes se retrouvent noyés jusqu’au cou dans des situations d’endettement, d’exclusion, de chômage et d’emplois précaires.

- 37 600 000 jeunes de moins de 25 ans sont en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale

- 5 580 000 jeunes chômeurs

- 11 600 000 jeunes de 16 à 24 ans en situation de pauvreté

- 15 800 000 jeunes de 16 à 24 ans en situation d’exclusion sociale

Privilégier les intérêts du capitalisme financier transnational, de ses spéculateurs et de ses patrons voyous se fait automatiquement et logiquement en affaiblissant les structures de formation et en détruisant les filets sociaux d’intégration des nouvelles générations. Sortir de cette situation ne demande pas plus de commisération mais une volonté nette de rupture avec les politiques libérales qui favorisent les seuls profits des milliardaires et des rentiers.

Toutes les sociétés socialement fondées sur les privilèges d’une minorité oppriment la grande masse de la société mais cachent cette réalité derrière un discours trompeur. Ainsi, les Croisés massacraient les cathares et accaparaient leurs biens au nom de la charité évangélique ; ainsi, la bureaucratie stalinienne d’URSS envoyait au goulag au nom du communisme ; ainsi, les inspecteurs de l’Education nationale relaient le discours trompeur du Traité de Lisbonne sur "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde" alors que la volonté de formation et d’intégration sociale des jeunes européens n’a jamais été aussi minable.

Taux de pauvreté des 18 à 24 ans (60% du revenu médian)

- Ensemble de l’Union européenne : 21,2%
- Danemark : 39,1%
- Grèce : 27,6%
- Finlande : 26,8%
- France : 24,5%
- Espagne : 23,2%
- Royaume-uni : 20,8%

Taux de chômage des moins de 25 ans

- Ensemble de l’Union européenne : 22,3%
- Espagne : 49,6%
- Grèce : 46,6%
- Slovaquie : 35,1%
- Portugal : 30,7%
- France : 23,8%
- Roumanie : 23,4%

Frédéric Lerais, directeur de l’IRES, conclut cette enquête par quelques remarques qui rejoignent les propositions du Front de Gauche pour cette élection présidentielle 2012. Vu le bilan de la crise de 1929, l’Union européenne a eu tort depuis deux ans, de ne pas « essayer de faire de la relance économique et éviter une trop forte dégradation du marché du travail, y compris celui des jeunes. » Au lieu de constater que "la demande est insuffisante"... « les efforts se portent sur le désendettement. C’est incompréhensible ! »

2) Effondrement du niveau de vie des jeunes français depuis 30 ans : quelques chiffres

Globalement, la situation de le jeunesse s’est nettement dégradée en France depuis 1985 quant au niveau de vie, au chômage, au statut pour ceux qui trouvent un emploi. Ce tournant des années 1980 correspond évidemment à la vague "libérale mondiale" des Reagan, Thatcher, Chirac et autres, à la dérégulation des marchés financiers, au rôle majeur donné aux bourses...

Quand le grand chef de l’UMP (Jean-François Copé) justifie tous les cumuls car "on est un minable à moins de 5000 euros par mois", à l’autre bout du tissu social, Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire français constate " « Plus de 150000 jeunes ont osé frapper à nos portes (en 2011). Mais combien n’osent pas venir. »

Depuis 5 ans, la précarisation des jeunes connaît une forte accélération.

Quelques statistiques frappantes permettent d’en mesurer l’ampleur

Chômage

Les générations sorties de l’école jusqu’en 1973, connaissaient un taux de chômage de 6% dans les 12 mois de leur entrée dans le monde du travail. Pour les générations sorties de l’école de 1985 à aujourd’hui, ce pourcentage oscille autour de 30%. En 2007, seulement 38,5% des jeunes de 15 à 24 ans occupent un emploi ou sont comptabilisés comme chômeurs cherchant un emploi.

En 1975, le taux de chômage des 15 à 29 ans approchait les 5% ; en 2009, il atteint 16,9%. Celui des moins de 25 ans se stabilise aujourd’hui à près de 25% alors que la France connaît un papy boom (départ à la retraite de générations nombreuses laissant leur poste professionnel à des jeunes).

Niveau de vie en chute

Sur la base des Déclarations annuelles de Données sociales 1965 - 2000 de l’INSEE, un indice moyen national 100 a été établi. Une seule classe d’âge a progressé, celle des 51 - 60 ans qui disposait en 1965 d’un salaire 115 et en 2000 d’un salaire 125. La classe des 41 - 50 ans touchait en 1965 plus de 120, en 2000 seulement 110. La classe des 31 - 40 ans gagnait environ 115 en 1970 pour tomber à 100 en 2000. Quant aux 26 - 30 ans, ils sont tombés de 100 de moyenne à environ 80.

L’étude du "niveau de vie médian de différentes classes d’âge sur la période 1979 - 1999" montre que les 50 - 55 ans de 1999 ont connu en moyenne une ascension sociale régulière jusqu’en 1999. Par contre, toutes les classes d’âge plus jeunes ont vu leur "niveau de vie médian" baisser depuis 1984.

Salaires

En 1975, les salariés de cinquante ans gagnaient 15% de plus que ceux de 30 ans ; aujourd’hui l’écart est de 40%.

Précarisation des emplois occupés par des jeunes

En 1983-1985, le pourcentage de jeunes en emploi précaire dans les 4 ans après la sortie de l’école, s’étalait de 12% à 18% selon le niveau de diplôme. Aujourd’hui, il atteint en moyenne 30% ( supérieur à 45% pour les non diplômés ou titulaires d’un brevet).

Le développement de la précarité à l’embauche passe par exemple par l’intérim (19% des jeunes de la génération 2004 ont été recrutés ainsi, soit deux fois plus que la génération 1992).

Ascenseur social en panne

L’idée d’une "nouvelle classe moyenne" n’est pas vérifiée par les statistiques. Chez les salariés âgés de 30 à 35 ans, la part des emplois de cadres est la même en 2000 qu’en 1980 alors qu’elle avait progressé de 10% entre 1965 et 1975. "Le plus intéressant relève d’un phénomène de rémanence : pour une cohorte de naissance donnée, la situation à 30 ans conditionne les perspectives à tout âge ultérieur". Les classes d’âge qui ont du mal à entrer sur le marché du travail ( chômage, contrats précaires, bas salaires...) "conservent les séquelles de leur jeunesse difficile".

"Pour les enfants nés du baby boom (1945-1953), l’ascenseur social a bien fonctionné par rapport à leurs parents. Pour leurs propres enfants, ces conditions d’ascension sociale sont souvent compromises... C’est ainsi que si l’on compare sur 20 ans les chances d’ascension sociale et les risques de déclassements sociaux, les chances des 30 - 34 ans ont fléchi" (Problèmes économiques)

Inégalités sociales de performance scolaire et devenir social

En 1979, 6,4% des fils d’ouvriers avaient accédé à un métier de "cadre" ; aujourd’hui ce pourcentage paraît avoir un peu progressé selon certaines statistiques mais la proportion de cadres dans la société a nettement grossi (près de 13%) ; de plus, les fils d’ouvriers devenus cadres auraient fréquemment été classés techniciens voici 25 ans.

La question de la valorisation des titres scolaires pose des difficultés plus radicales encore... Les titulaires d’une licence ou plus, âgés de 30 à 35 ans ne sont plus que 54% à être cadres pour 70% dans les années 70... "Au même moment, les jeunes sans diplôme font face à des difficultés inédites".

Déclassement social

"Dans tous ces pays d’Europe, avec en moyenne quatre ou cinq ans d’études de plus que leurs parents, les "jeunes" de 35 ans connaissent pourtant une situation économique inférieure, et ce, de façon durable".

" Dans les générations nées à partir des années 1960, ils sont de plus en plus nombreux à occuper une position moins élevée que celle de leurs parents, assure le sociologue Camille Peugny. Ces "mobiles descendants" représentent aujourd’hui 25% des 35-39 ans, contre 18% il y a vingt ans. En cause : l’évolution de la structure des emplois qui n’a pas suivi celle des diplômes, marquée par la massification de l’enseignement supérieur. Nombre d’entre eux sont donc victimes d’un double déclassement : scolaire, car ils ont un niveau de formation supérieur à celui requis pour l’emploi qu’ils occupent, et social, car ils n’ont pas maintenu la position de leurs parents, quand bien même ils ont un cursus scolaire plus brillant." ( Alternatives Economiques n° 278 - mars 2009)

" Paru à l’automne 2006, l’ouvrage de Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la dérive, mettait en lumière le fait que la question sociale ne se situait plus à la périphérie, dans la marginalisation d’une sous-classe désaffiliée, mais au cœur même de la société et qu’elle concerne une partie des classes moyennes salariées. La déstabilisation de ces catégories, autrefois considérées à l’abri des difficultés rencontrées par les classes populaires, s’illustre par de multiples indices tels que la stagnation des revenus intermédiaires, la fragilisation du salariat, le déclassement scolaire des jeunes diplômés et les processus de mobilité sociale descendante." (La réalité sociale du déclassement, Vincent Chabault)

Conclusion

"Au global, pour la première fois en période de paix, les enfants connaissent à leur entrée dans le monde du travail, une situation moins favorable que leurs parents". "Cette socialisation déficiente, défaillante, à contre temps ou inadaptée, que nombre de jeunes connaissent ... est propice au développement de comportements dont le suicide ou les violences urbaines sont des modalités possibles parmi bien d’autres encore". (Etude de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques dans un article intitulé : " Les nouvelles générations devant la panne prolongée de l’ascenseur social")

3) La situation de la jeunesse s’aggrave de plus en plus depuis 2008

Pauvreté

"Aujourd’hui, près d’un pauvre sur deux en France a moins de 25 ans et vit avec moins de 880 euros par mois." (Problèmes économiques n° 2972)

Chômage

Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a bondi de 32% en un an (2008) et a continué à augmenter depuis.

"La hausse du taux de chômage concerne toutes les classes d’âge mais les jeunes, plus sensibles aux aléas de la conjoncture sont davantage touchés que les autres." ( (Problèmes économiques n° 2972)

Précarisation des emplois occupés par des jeunes

Depuis 4 ans, plus d’un jeune sur 4 de 15 à 29 ans ayant un travail, occupe en fait un contrat à durée déterminée ou un emploi aidé. Or, ce sas des CDD, intérim et autres emplois précaires est en chute libre du fait de la crise financiaro-économique.

"La persistance d’un haut niveau de chômage, en donnant un rapport de forces favorable aux employeurs, a provoqué une dégradation générale des statuts de tous les salariés, notamment à l’embauche" (Philippe Frémeaux et Naïri Nahapétian Alter éco)

Inégalités sociales de performance scolaire

Elles étaient déjà très élevées ; avec l’appauvrissement fréquent des milieux populaires, elles ont tendance à s’aggraver comme le révélait l’enquête PISA contribuant encore plus à l’accroissement des inégalités sociales. Environ 120000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.

Inégalités sociales de performance scolaire et devenir social

Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) a analysé 4 groupes des jeunes à "éloignement fort" de l’emploi de qualité (environ un quart des jeunes d’aujourd’hui) :

- 36% sont âgés de 25 ans et plus, issus à 81% de milieu ouvrier et employé, très peu diplômés, pour un tiers d’entre eux 1 parent né hors d’Europe.

- 25% sont âgés de 24 ans et moins, pour 74% d’entre eux père ouvrier, très peu diplômés, un parent né hors d’Europe pour près du quart d’entre eux

- 21% sont titulaires d’un baccalauréat ( essentiellement professionnel ou technique, pour un quart général) ; pour un tiers d’entre eux le père est cadre supérieur ou intermédiaire, 1% seulement vit en zone urbaine sensible.

- 18% ont décroché un diplôme de l’enseignement supérieur ; origine sociale plutôt élevée, très majoritairement des femmes (66%)

4) La "flexibilité de la main d’oeuvre" constitue une source essentielle de précarisation sociale

" L’Etat participe à cette logique (de précarisation générale des emplois) par ses dispositions législatives qui favorisent le développement d’un temps partiel soumis aux impératifs des entreprises." (CNRS)

Le libéralisme triomphant des années 1980 et 1990 expliquait l’affaiblissement du niveau de vie des nouvelles générations par leur incapacité à répondre aux nouveaux besoins de mobilité géographique, d’adaptabilité professionnelle...

Une enquête remarquable du CNRS a permis de montrer que ce discours nje correspondait pas à la vérité.

« Des chercheurs du GEDISST (Groupe d’étude sur la division sociale et sexuelle du travail) - équipe de l’Institut de recherche sur les sociétés contemporaines (IRESCO) du CNRS - ont étudié les rapports entre précarisation salariale et précarisation familiale. Les situations de précarité actuelles en France ne sont pas toutes identiques. Les auteurs en ont retenu trois types.

" Le premier groupe de situations de précarité défini dans cette recherche est le plus repérable, il concerne des familles majoritairement défavorisées (2). Jusqu’en 1980, ces familles ont trouvé une place sur le marché du travail, malgré une absence de formation professionnelle, mais leur situation a évolué peu à peu vers une exclusion du travail salarié et une " non existence " sociale...

" Les femmes caissières de supermarchés composent le deuxième groupe de cette enquête. Mères de familles, âgées de 35 à 45 ans, elles ont des contrats à durée indéterminée dans le secteur de la grande distribution, caractérisé par un travail à temps partiel avec flexibilité des horaires. Leurs conditions de travail et de rémunération -soumises aux impératifs des entreprises- sont aujourd’hui celles d’un nombre de plus en plus grand de salariés : faibles salaires, horaires flexibles à volonté, densification du travail, absence de pauses...

" Le troisième groupe de l’enquête est composé de femmes immigrées, de 35 à 60 ans, sans travail et cumulant des critères objectifs de précarité ; les conjoints ont généralement des emplois d’ouvriers. Ces couples viennent pour la plupart de milieux urbains aisés et la migration a entraîné un déclassement social.

" En conclusion, les résultats de cette recherche montrent que la politique de flexibilisation du travail conduite au nom d’une soi-disant plus grande souplesse est au contraire source de rigidité et qu’en période de chômage de masse durable, la précarisation ne favorise en rien la mobilité, qu’elle soit sociale, professionnelle ou résidentielle. Elle interdit aux familles, en raison de salaires trop faibles, de faire des économies qui leur permettraient une mobilité vers des lieux de vie de meilleure qualité pour l’éducation de leurs enfants ; elle leur interdit également une reconnaissance professionnelle (promotion, qualification...). Elle provoque un retour en arrière, un enfermement spatial et temporel et isole les individus et les familles. »

5) Un contexte international

En 2010, le Bureau International du Travail a mis en garde contre "le risque d’une génération perdue, constituée de jeunes gens qui sont totalement détachés du marché du travail et ont perdu tout espoir de pouvoir travailler pour gagner décemment leur vie."

La précarisation progressive de la jeunesse en France depuis 30 ans correspond à l’évolution connue depuis longtemps dans les pays anglo-saxons comme le note le sociologue Louis Chauvel "Dans le système libéral, la plaie est celle des inégalités radicalisées qui se renforcent et se cumulent de génération en génération. Les Etats Unis laissent à la génération suivante ces inégalités radicalisées, d’où la présence simultanée de l’hyper-développement de certaines villes et parallèlement un tiers monde à domicile. Ce qui est sacrifié à long terme aux Etats Unis et au Royaume-Uni, ce sont tous ceux qui sont laissés au bord de la route parce qu’ils ont eu le malheur de naître dans une famille qui gagne moins de 20000 dollars par an". (entretien dans Problèmes économiques)

Le cas de la Grèce est bien connue avec beaucoup de jeunes ayant fait de gros efforts pour réussir scolairement et au bout : des emplois très précaires et une vie de misère. Cette "génération 600 euros" n’a effectivement rien à perdre en manifestant violemment contre le FMI, l’Union européenne et autres organismes qui l’ont placée dans cette situation.

L’Espagne, par exemple, connaît une configuration proche d’où l’ampleur du phénomène des Indignés parmi sa génération des moins de 25 ans.

FIN

Et pendant ce temps, les milliards valsent dans les places financières, les rétro-commissions et les paradis fiscaux. ORDURES !!!

6) Une jeunesse abandonnée, précarisée et bernée (août 2013)

Quelle valeur du diplôme face  au patron "souverain"  ?

par Michel FIZE, Sociologue au CNRS, Auteur du Livre noir de la Jeunesse

Malgré les efforts louables et constants de l’actuel gouvernement avec les emplois d’avenir et les contrats de génération, la situation des jeunes en France demeure extrêmement préoccupante. Outre un chômage de masse qui touche environ le quart de la jeunesse active de ce pays, la précarité professionnelle est aujourd’hui le vécu quotidien de la plupart des moins de vingt-cinq ans. À cette précarité s’ajoute, comme un effet secondaire incontournable, une modestie de revenus qui entraîne un retard conséquent dans la prise d’autonomie. Ainsi n’est-il plus rare de voir aujourd’hui des jeunes de vingt-huit, trente ans (voire plus) «  immobilisés  » chez leurs parents, faute de ressources suffisantes pour vivre seuls.

Aucune catégorie de jeunes n’échappe à présent à la menace d’exclusion ni au risque de la précarité d’existence. Longtemps protégés par une origine sociale «  avantageuse  », les étudiants, dont les origines se sont diversifiées (même si l’on observe un recul significatif de la représentation des jeunes de milieux populaires dans l’enseignement supérieur), mènent désormais, au moins pour beaucoup d’entre eux, une vie compliquée. Grosso modo, la moitié doit travailler pour financer ses études, un tiers n’a pas l’argent nécessaire pour consulter un médecin ou prendre des médicaments. Et je n’évoquerai pas ici les problèmes de logement dont on sait la gravité. À ces difficultés se greffe une dépréciation continue des titres scolaires. Le déclassement social, par rupture de la concordance entre niveau d’études et niveau d’emploi, étant à présent «  acquis  » (et semblant irrémédiable), c’est maintenant l’accès à l’emploi lui-même qui est de plus en plus contrarié. Il ne sert à rien de répéter, comme l’a fait encore récemment l’Observatoire national de la jeunesse, que les non-diplômés sont les plus pénalisés face à l’emploi (cette idée n’est pas neuve et ne réussit qu’à scléroser le débat), le fait marquant est maintenant ailleurs  : il est dans le glissement progressif des diplômés eux-mêmes sur la pente de l’exclusion (de 7 à 10 % d’entre eux seraient aujourd’hui concernés), soit un doublement, voire un triplement en vingt ans. Et il ne sert encore à rien de répéter qu’il y a de «  bons  » et de «  mauvais  » diplômes (ce qui est certes vrai, mais pour combien de temps  ?). Les jeunes diplômés, y compris ceux issus des grandes écoles, ne sont plus à l’abri des difficultés d’insertion professionnelle (dans le meilleur des cas, celle-ci est retardée).

Nous gagnerions donc du temps à considérer avec courage que le diplôme, devenu boulimique avec la massification universitaire (il existe aujourd’hui plus de 4 000 diplômes nationaux), s’il reste protecteur, se fragilise de plus en plus. Les jeunes diplômés chômeurs se comptent aujourd’hui par millions de par le monde.

Plus encore qu’ailleurs, le diplôme est en France un leurre, une vaste escroquerie. Qui, de surcroît, n’évalue pas toujours les réelles compétences, ou toutes les compétences, des individus. Diplôme qui, enfin, pour l’employeur, n’est pas la valeur suprême, mais le simple préalable à… l’entretien d’embauche. Pour lui, le patron souverain, face au jeune en quête d’un emploi, fût-il le premier, c’est d’abord l’expérience qui compte. Aucune offre désormais qui ne soit accompagnée de la mention  : «  expérience exigée  ».

Alors, malgré les efforts tout aussi louables et constants des jeunes pour «  s’en sortir  », beaucoup perdent aujourd’hui patience ou confiance. Partout sur la planète, se lèvent, plus déterminés que jamais, des indignés, des révoltés, des révolutionnaires même, et ces derniers, à côté de leurs aînés, guère mieux lotis qu’eux, grondent contre cette misère accumulée, ces politiques impuissantes. Partout aussi, des «  exilés volontaires  », des jeunes quittant leur pays, espérant meilleure fortune ailleurs.

Pour l’heure, et faisant un dernier détour par la France, nous pensons que la solidarité nationale doit continuer d’opérer. Et ce n’est pas faire preuve d’assistanat que d’aider les plus démunis par le versement de telle ou telle allocation pour les aider à vivre ou survivre  : bourse d’étude, RSA… La plupart des gens, et des jeunes notamment, «  ne font pas exprès  » de ne pas travailler. Ils aimeraient être comme les autres  : des travailleurs, socialement reconnus. Comment donc, tandis que les portes de l’emploi sont largement fermées, dire à tous ces gens, à l’image de certains politiques, qu’ils se doivent impérativement de respecter la valeur travail, d’admettre 
que le travail est un devoir  ? Non, Messieurs les politiques, le travail est un droit, et même un droit constitutionnel  ; il est donc une 
obligation politique autant qu’une obligation économique.

Un conseil pour finir  : n’accablons plus les «  emplois aidés  » qui seraient, a priori, des emplois «  indignes  ». En quoi de tels emplois, soutenus par l’État, seraient-ils des emplois inférieurs aux emplois d’entreprise – quand on sait que ces derniers sont très souvent des emplois précaires  ? Pourquoi donc un contrat de deux ou trois ans offert par une association serait-il, par définition, un moins bon emploi qu’un emploi économique en CDD de six mois  ? Ce n’est pas la nature de l’employeur qui importe mais la qualité du contrat, la durabilité de l’emploi. Ce sont les mécanismes de formation, les passerelles vers des activités professionnelles de 
«  droit commun » qui font souvent des emplois aidés de réels emplois d’avenir. 
Ce sont au contraire la précarité et l’absence de perspectives professionnelles qui font 
des emplois «  marchands  » des emplois en réalité défaillants.

Michel FIZE


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