30 janvier 1972, le Bloody Sunday « business as usual » des tueurs professionnels de l’armée britannique

dimanche 3 février 2019.
 

Dimanche 30 janvier 1972 à Derry, 14 manifestants pacifiques tombent sous les balles lors d’une marche de l’Association des Droits Civiques d’Irlande du Nord (NICRA). Ce mouvement demandait l’égalité pour tous les citoyen·ne·s nord-irlandais et la fin des pratiques discriminatoires envers les catholiques au niveau politique, social et économique. Un rapport officiel vient de contredire la version des faits défendue jusqu’ici par le pouvoir britannique…

Après 12 ans de témoignages, 200 millions de livres de frais et 5000 pages de transcriptions, l’enquête officielle conduite par Lord Saville vient de rendre son verdict, en déclarant coupable le régiment parachutiste impliqué dans la tuerie à Derry en 1972.

Cela ne fait que confirmer ce qui était clair dès le lendemain de la fusillade  : l’unité d’élite de l’armée anglaise a déclenché cette série de meurtres, non comme riposte à des tirs dont elle aurait été la cible, mais comme acte de répression brutale envers un mouvement de masse pour les droits civiques.

Victimes blanchies

Néanmoins, alors que la reconnaissance de l’innocence des victimes est évidemment bienvenue, la présentation du rapport Saville a soigneusement préservé un mythe central, selon lequel des évènements comme la tuerie de Derry seraient exceptionnels.

Cette conclusion est vitale au maintien du mensonge selon lequel l’Etat britannique serait une entité paisible, respectant les droits humains et bravement soutenu dans ce sens par ses forces armées.

Ce mythe est entretenu par les représentations incessantes de militaires à la parade, au son de fanfares et en tenues écarlates, assorties d’histoires glorieuses où les britanniques sont toujours les « bons », avec en prime les hommages rendus à la liste – croissante – des soldats tués en service.

Au moment où il reconnaissait officiellement l’innocence des victimes, le nouveau Premier ministre britannique Cameron a soigneusement maintenu son soutien aux militaires et le Daily Mail de droite a choisi de rapporter les conclusions de cette enquête en parallèle à l’annonce de deux nouveaux soldats morts en Afghanistan, en mettant ceux-ci en avant comme représentants de l’armée «  véritable  ».

Le mythe du «  dérapage  »

Ainsi, on entretient la musique d’ambiance sur l’air  : des accidents comme Bloody Sunday sont très regrettables, n’auraient pas dû se produire, mais sont heureusement des exceptions et relèvent probablement de la responsabilité de quelques individus isolés.

Cette version a été mise en avant par l’ancien chef de l’armée, Sir Mike Jackson, qui était justement officier du régiment parachutiste lors du Bloody Sunday, quand il déclara à la BBC que c’était «  une poignée de soldats  » qui avaient causé le problème.

Mais l’Histoire montre que ce mythe confortable d’une armée britannique comme essentiellement une force disciplinée au service du bien commun, occasionnellement salie par l’un ou l’autre «  mouton noir  », ne saurait être pris au sérieux.

Il y a par exemple le cas, en Grande-­Bretagne de l’infâme massacre de Peterloo en 1819 lors duquel les troupes de la Cheshire Yeomanry et la cavalerie du 15e de Hussards ont chargé un meeting pour la réforme du suffrage à Manchester, faisant quinze mort·e·s et des milliers de blessé·e·s.

Ou il y a l’Inde, comme en 1919 à Amritsar où les forces britanniques ont ouvert le feu sur une manifestation de protestation contre l’arrestation de leaders nationalistes, tuant 379 personnes et en en blessant des centaines.

Une histoire de crimes sanglants

Ce fait d’armes fut décrit aux Communes par Winston Churchill, alors Ministre de la guerre. Il déclara que la foule avait été «  coincée dans un espace étroit et presque sans issues, bien plus petit que Trafalgar Square, et parquée ensemble de sorte qu’une seule balle traversait trois ou quatre corps… Les gens affolés couraient ici et là, quand le feu était dirigé vers le centre ils couraient de côté. Le feu fut alors dirigé sur les côtés, beaucoup se jetèrent à terre, on tira alors à terre. Cela continua huit ou dix minutes et ne cessa que faute de munitions. »

L’officier commandant la manœuvre, le général Edward Dyer, fut certes congédié, mais il revint en Angleterre pour se voir salué par ses soutiens impérialistes comme le «  sauveur du Pendjab  », à qui on décerna une prime de 10 000 livres et une épée à la garde incrustée de pierres précieuses.

Aux quatre coins du globe et des pages de l’Histoire, les exemples abondent dans la chronique de l’Etat britannique, allant des Scots Guards accusés de massacres en Malaisie en 1948, aux massacres de Cromwell à Drogheda et Wexford en Irlande en 1649…

Au service des riches et des puissants

Ces dernières années l’armée britannique a été impliquée dans des violations de droits humains en Irak, y compris le tabassage et le maltraitement de suspects allant jusqu’au meurtre. Et, là encore, on parle de «  moutons noirs  » et les politiciens et généraux feignent la surprise.

Le fait est que derrière les tuniques écarlates, le cérémonial et les flons-flons glorieux, la Couronne maintient ses forces armées comme rouage essentiel de sa machine de contrôle et de domination.

Cette armée est ce que Lénine décrivait comme une «  bande d’hommes armés  », qui sont au service non de la paix et de la démocratie, mais des riches et des puissants dont ils servent les intérêts.

Ken Ferguson


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