La révolution anglaise de 1640 à 1660

mercredi 26 juillet 2017.
 

La révolution anglaise de 1640 à 1660 fait partie des plus grandes révolutions de l’histoire humaine. Mettre en ligne un article sur son déroulement était indispensable pour la cohérence de notre site même si les problèmes théoriques qu’elle pose mériteraient un texte plus approfondi.

A) Le processus général de transition de la féodalité au capitalisme en Angleterre

Il me paraît utile de rappeler ici que le capitalisme s’est développé de l’intérieur même du mode de production féodal selon un processus étalé sur l’essentiel du 2ème millénaire.

Ainsi, en Angleterre, la puissance économique et politique de la bourgeoisie comme les implications d’un capitalisme en expansion se font sentir dès la dynastie des Tudor après 1485 (réforme de la fiscalité, amélioration administrative de l’Etat, émergence du pays en tant que puissance politique et maritime, expansion coloniale, rentabilisation capitaliste des territoires ruraux...). Il est vrai que la féodalité anglaise est en difficulté au 16ème siècle avec de nombreuses familles nobles s’éteignant durant la "Guerre des deux roses" et l’Eglise catholique perdant ses biens comme son poids politique lors de la rupture anglicane avec Rome.

La mise en place d’institutions politiques nationales correspondant au mode de production capitaliste a tardé dans la plupart des pays par rapport au développement économique. C’est particulièrement le cas en Angleterre où, par exemple, la loi du 7 juin 1832 rationalisant la représentation parlementaire n’a toujours pas été suivie de la suppression de la Chambre des Lords, survivance féodale type.

Dans le long processus signalé plus haut, la période 1640 à 1660 marque le moment où la féodalité a atteint ses limites d’adaptabilité, où le capitalisme doit imposer ses besoins sous peine de régresser. Rappelons que le 16ème siècle a vu l’Europe du Nord (Pays-Bas, Angleterre, Hanse...) imposer sa suprématie économique au bassin méditerranéen. Un flux continu d’argent provenant d’Amérique du Sud suscite expansion économique et développement des techniques.

L’industrie textile se développe dans tout l’Est (Essex, Bedfordshire, Cambridgeshire, Norfolk, Suffolk...) et le Nord (Lancashire et Yorkshire).

L’industrie métallurgique connaît le même boom, particulièrement autour de Birmingham.

Le charbon extrait à Newcastle alimente de nombreuses industries, également en expansion rapide : briqueteries, brasseries, verreries, tanneries, savonneries.

Deux points communs peuvent être notés pour toutes ces activités : l’importance du capital financier dans l’investissement et le rôle de Londres comme centre commercial du pays.

B) La tentative de contre-révolution féodale absolutiste de 1603 à 1640

Lorsque éclate la Révolution de 1640, l’Angleterre est en avance dans la mise en place d’institutions parlementaires par rapport à la France de 1789. La Chambre des Lords compte 26 évêques et une centaine de grands seigneurs.

La Chambre des Communes (qui va jouer un rôle important dans la révolution anglaise) comprend, elle, 90 députés des comtés pour 400 des villes et 4 des universités. Le poids de la bourgeoisie (dont la gentry) y est très important ; plus de la moitié des députés sont actionnaires de sociétés commerciales.

De 1603 à 1640, l’affrontement entre les souverains (Jacques1er et Charles1er) et la Chambre des communes s’exacerbe pour des raisons fiscales (le parlement refuse de valider certains impôts), politiques (le roi veut imposer une évolution absolutiste comme en France et Espagne), religieuses (alliance avec les Protestants durant la Guerre de 30 ans ou avec les Catholiques organisés autour de l’Espagne) et économiques (la royauté se désintéresse de l’expansion coloniale).

En 1628, le roi dissout le Parlement puis fait emprisonner les députés les plus contestataires. De 1629 à 1640, il ne convoque plus les députés en séance et se passe de leur accord. Dans le même temps, il soutient une évolution conservatrice (de type catholique) de la hiérarchie anglicane (rites, censure des écrits, enseignement du caractère divin des souverains...) et réprime les Protestants (en 1637 mutilation du nez et des oreilles pour l’avocat William Prynne, le révérend Henry Burton et le Dr. John Bastwick).

En 1637, il impose un nouveau livre de prière en Ecosse, ne consultant ni le parlement écossais, ni l’Église locale. En 1938, l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse abolit la gouvernance de l’Église par les évêques et la remplace par un gouvernement presbytérien (gouvernance par les anciens et les diacres). Charles 1er lève une armée mais il est battu et doit signer le traité de Berwick en juin 1639. Acculé par l’avancée de l’armée écossaise dans le Nord de l’Angleterre alors que le Parlement à nouveau réuni lui refuse tout subside, le roi décide de procéder à de nouvelles élections parlementaires, les élus devant se réunir le 7 novembre 1640.

C) Les élections de l’automne 1640 ouvrent une crise révolutionnaire

Elles se déroulent dans un contexte de forte mobilisation politique avec un nombre d’électeurs très important. Des candidats oppositionnels sont élus, en particulier dans le secteur de Londres. Une fois réuni, le Parlement s’attèle à démanteler l’absolutisme :

- > Interdiction de sa dissolution sans son accord

- > Les deux principaux soutiens du roi sont mis en accusation et arrêtés ( le comte de Strafford et l’archevêque Laud).

- > impôt du “Ship Money” déclaré illégal

- > convocation du Parlement tous les trois ans...

Dans ce contexte d’affaiblissement du pouvoir royal, plusieurs pétitions signées largement symbolisent la mobilisation sociale en cours. Le 23 décembre 1640, une pétition dont les signataires proviennent de milieux très populaires demande le jugement de Strafford ; la chambre des Lords faisant traîner l’affaire, des rassemblements quotidiens créent un rapport de force tel que Strafford est finalement jugé et décapité.

A l’automne 1641, mobilisation et radicalisation populaires vont de pair. Des bandes de plébéiens radicalisés détruisent les ornements dans les églises, chandeliers, vitraux, cassent les barrières séparant le choeur de l’assistance...

Ces mouvements populaires radicaux et violents entraînent une coupure au sein du Parlement entre un courant qui veut les réprimer et un autre qui les chevauche pour disposer d’un meilleur rapport de forces face au roi. La condamnation de Strafford n’avait été refusée que par 59 députés aux Communes ; 149 vont voter contre la “Grande Remontrance” bientôt publique du 1er décembre 1641 qui détaille en 204 articles 15 ans d e"tyrannie royale" ; 236 auront rejoint le roi quand la guerre civile aura éclaté l’année suivante. Dans le camp qui pousse à la révolution, ces défections sont compensées la radicalisation et politisation populaires qui permettent par exemple la victoire électorale d’Jsaac Pennington au “Common Council” de Londres.

De l’automne 1641 à l’été 1642, la confrontation entre le roi et son opposition prend un caractère de plus en plus systématique et définitif, dans un contexte tendu (affrontement entre partisans des deux camps devant le Parlement le 27 décembre 1641, révolte irlandaise de l’Ulster...).

D) 1642-1646 : La guerre civile commence

Le 4 janvier 1642, à la tête d’un fort détachement militaire, le roi se rend à la Chambre des Communes pour arrêter cinq “meneurs” qu’il accuse de haute trahison : John Pym, John Hampden, Denzil Holles, William Strode, Arthur Haselrig. La mobilisation massive des Londoniens et l’intervention de la milice bourgeoise font échouer cette tentative de coup d’état.

Charles 1er quitte Londres, de même que la majorité de la Chambre des Lords et la minorité de la Chambre des communes. Il lève une armée grâce aux subsides de grands féodaux. Le 12 juin 1642, il signe des ordres de mobilisation (Commissions of Array) adressés dans tout le royaume. De son côté, le Parlement édicte à présent des ordonnances en se passant de la signature royale ; le 12 juillet il vote la levée d’une armée pour combattre celle du roi qui entre en guerre effective le 22 août l1642 à Nottingham.

Concernant les forces qui soutiennent chacun des deux camps, bornons-nous à constater que :

- les régions économiquement "modernes" soutiennent le Parlement (Londres et son bassin d’activité, l’Est...)

- les régions à l’économie moins dégagée de la société médiévale s’affirment aux côtés du roi (Cornouailles, Pays de Galles, Nord...)

L’été 1642 connaît surtout une explosion populaire du même type que la "grande peur" future de l’été 1789 en France. Les commissaires royaux porteurs de l’ordre de mobilisation du roi sont chassés de nombreuses villes et bourgades. Des attroupements nombreux de paysans et plébéiens urbains attaquent les maisons de membres de la gentry soupçonnés de sympathie royaliste. Parmi les véritables insurrections populaires d’août 1642, celle de Colchester est la plus connue.

Cette mobilisation sociale sourd essentiellement du milieu paysan et marque l’apogée de sa lutte contre les enclôtures de terres aux dépens des pauvres et au profit des riches. Depuis plusieurs années, des révoltes locales arrachent les clôtures, n’hésitant pas si nécessaire à affronter les gens d’armes. La concomitance à l’été 1642 du début de la guerre civile et de l’insurrection paysanne contre les enclôtures apporte le soutien de larges secteurs de la paysannerie au Parlement, même si le milieu social porteur du combat "parlementaire" contre le roi est majoritairement encloseur.

En septembre 1642, l’insurrection de Birmingham pèse lourdement dans la guerre. Capitale de la métallurgie, cette ville n’est absolument pas reconnue politiquement, ni statut de bourg, ni député au Parlement, ni fortifications. Pour empêcher l’entrée des royalistes, un comité se constitue comprenant des délégués des couteliers, des forgerons, des verriers, des menuisiers ; ils forment une milice, édifient des fortifications légères. Cette troupe improvisée se bat héroïquement contre la cavalerie du prince Rupert, neveu du roi. Il en va de même à Manchester où les tisserands de Manchester obligent le comte de Derby de lever le siège de la ville. Il en va de même à Coventry. Il en va de même dans les régions drapières du Nord où une armée populaire oblige le comte de Newcastle à lever le siège de Bradford avant de libérer tout le Nord.

Des comités de comtés sont élus un peu partout dans les territoires "parlementaires" pour des raisons administratives, fiscales et militaires. Ces dirigeants locaux comme nationaux ont pour objectif d’obtenir des concessions de la part du roi. Des marchands et financiers londoniens avançant des fonds au Parlement pèsent dans le même sens et contre tout armement populaire. Pourtant, c’est la population de Londres qui creuse des tranchées tout autour de la ville et édifie vingt-huit fortifications de terre car l’armée du roi campe à proximité ; de même, la milice urbaine de Londres empêche Charles 1er de prendre la capitale et le bloque lors de plusieurs batailles.

Dans ce contexte où les "Parlementaires" demandent seulement des concessions au roi qui ne veut pas en entendre parler, émerge la personnalité d’Olivier Cromwell, député de Cambridge et officier de valeur qui a recruté une armée dans l’East Anglia, comprenant en particulier le fameux régiment de cavalerie des Côtes de Fer (Ironsides). En commun avec l’armée écossaise et celle de Fairfax, l’Eastem Association de Cromwell bat l’armée royale à Marston Moor en juillet 1644.

L’exemple de l’armée de Cromwell pousse une majorité du Parlement à écarter de la direction militaire des lords peu offensifs comme le comte d’Essex et à privilégier des officiers révélés par la guerre civile. Cette "nouvelle armée" met l’armée royale en déconfiture à Naseby le 14 juin 1645. Le roi se rend prisonnier des Ecossais qui le livrent au Parlement de Londres.

E) Pas de révolution sans émergence de courants révolutionnaires

L’âpreté de l’affrontement contre le roi pousse au développement de courants idéologiques avancés.

Tel est le cas logique des anabaptistes (souvent d’origine sociale pauvre, proches des idéaux de Thomas Müntzer)

Tel est le cas de certains courants calvinistes radicalisés par la répression subie de la part des catholiques mais aussi des anglicans.

Tel est le cas plus inattendus de courants de l’arminianisme, théologiquement proches du catholicisme mais ayant glissé à gauche sous la pression des évènements.

Tel est le cas aussi de plusieurs personnalités intellectuelles éminentes comme les héritiers spirituels de Francis Bacon grand philosophe humaniste.

Nous allons citer ci-dessous un extrait de l’article de Wikirouge sur la Révolution bourgeoise anglaise car il est parfait :

- La disparition de la censure dès 1640, et l’activité politique des plébéiens a mis en branle un bouillonnement d’idées sans précédent, une floraison d’écrits, de doctrines et de polémiques religieuses, philosophiques, artistiques, politiques. En 1645 il paraissait en Angleterre 722 journaux périodiques !

- Le calvinisme fut dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles un protestantisme de gens économiquement plutôt aisés, bien scolarisés et cultivés, voire intellectuels, de rang social intermédiaire, petite noblesse, bourgeois, artisans. Chez les plébéiens, il se heurta à la concurrence (tout en s’y mélangeant) de l’anabaptisme, plus ancien, égalitariste voire communisant, qui insiste sur le baptême, donc la conversion, à l’âge adulte et met en doute tout Au-delà et toute organisation ecclésiastique. Dans le contexte du mouvement puritain anglais, le calvinisme et l’anabaptisme connurent une évolution qui engendra les radicalismes religieux et intellectuels les plus novateurs et audacieux du protestantisme.

- La nouveauté fut un “arminianisme” de gauche d’un niveau supérieur, élaboré par des grands humanistes puritains issus des classes dominantes et des meilleures universités. C’est un aspect de ce qu’on a appelé la “révolution culturelle baconienne”.

- John Milton va non seulement prendre la défense des hérétiques plébéiens, anabaptistes et familistes, mais incorporer dans ses écrits nombre de leurs éléments de doctrine : Milton était non seulement anticlérical et arminien ; mais aussi antitrinitaire... mortaliste, c’est-à-dire rejetant l’Au-delà et l’immortalité de l’âme, considérant que paradis et enfer ne sont pas des réalités extérieures, mais des états intérieurs de l’âme humaine ; antinominien, c’est-à-dire rejetant l’obsession du péché et du respect strict de règles de comportement au profit de la liberté de celui qui a la foi ; et millénariste : comme beaucoup d’autres, Milton pensa que les grands bouleversements de la révolution étaient les préludes du retour du Christ pour instaurer son royaume sur terre.

- pour le théoricien communiste Gérard Winstanley (1609-1676) le royaume du Christ désignait une république démocratique et la Bible était interprétée de façon strictement allégorique comme décrivant les processus de libération intérieure de l’esprit humain et de formation de la conscience.

- La venue au pouvoir dans l’Eglise de l’archevêque Laud avait poussé les calvinistes à se regrouper dans leurs propres communautés (congrégations d’où congrégationalisme) en élisant leurs propres pasteurs, c’est-à-dire à se séparer de l’Eglise. C’était de la part de gens appartenant plutôt aux classes dominantes en venir à faire ouvertement ce que les sectes plébéiennes faisaient depuis longtemps dans la clandestinité. A l’effondrement des organes de répression en 1640 tout cela se fit au grand jour et s’accéléra. Les problèmes qui étaient ainsi posés n’étaient pas seulement ceux de l’organisation ecclésiastique et de la liberté religieuse, mais celui de la liberté de réunion et d’organisation. Si les “sectes” religieuses plébéiennes faisaient si peur aux possédants, calvinistes compris, c’est que dans les réunions religieuses on ne parle pas que de religion. On parle de ses problèmes dans la vie et on se forme un point de vue et une volonté commune. Du radicalisme religieux au radicalisme politique il n’y avait pas même un pas. Dans l’Angleterre du XVIIe siècle, tolérer la liberté religieuse revenait à tolérer l’auto-organisation des masses plébéiennes, contre tous les ordres établis.

F) Défaite du mouvement social et émergence du parti des niveleurs

De nombreuses terres de dignitaires du camp royaliste sont séquestrées puis vendues sur ordonnance du Parlement :

- vente des terres des évêques le 9 octobre 1646

- vente des terres des chapitres des cathédrales en avril 1649

- vente des biens de tous les royalistes non-amnistiés en 1651 1652

La bourgeoisie va accaparer l’essentiel de ses terres et biens. Les paysans ont obtenu du Parlement un droit de préemption sur les anciennes terres de leur maître, durant 30 jours mais comme on ne leur a accordé ni facilités de crédit ni délais de paiement, ils sont systématiquement devancés par des propriétaires de capitaux. Les soldats de l’armée parlementaire reçoivent des titres de parcelles gagés sur les terres séquestrées en guise de rattrapage de leur solde ; en fait, la large majorité possédante du Parlement adopte des ordonnances qui poussent ces militaires qui viennent de gagner la guerre à vendre leurs titres pour presque rien.

Les ruraux connaissent une même défaite sociale sur la question des enclôtures à nouveau autorisée par une loi en 1657.

En 1660, le bilan global de la révolution anglaise dans les campagnes, c’est un transfert considérable de propriété des anciens féodaux vers les nouveaux riches, particulièrement bourgeois de type capitaliste.

L’enthousiasme de la victoire et la fin des opérations militaires ont libéré à la gauche des indépendants, une explosion du mouvement radical démocratique : le “Parti des niveleurs” comme l’appellent ses ennemis. Les niveleurs ne sont pas représentés au Parlement. Leurs activistes sont issues d’une aile gauche des corpo rations d’artisans et du Common Council de Londres. Ils sont animés par un groupe de brillants intellectuels, publicistes et tribuns autour de John Lilburne : le marchand de soie Wiliam Waiwyn, l’imprimeur Richard Overton, l’avocat John Wildman. Le “Parti niveleur” va rassembler et formuler, en un programme politique élaboré, les revendications des mouvements plébéiens des villes et des campagnes qu’il rallie derrière lui. Et la radicalisation plébéienne est avivée par la crise économique : les années 1640 sont économiquement les pires du siècle, 1648 la pire ; les récoltes sont mauvaises, la guerre a fait de gros dégâts, les prix montent tandis que le chômage fait baisser les salaires.

En 1645-1646, on s’est battu pour une démocratisation des corporations et de la Municipalité de Londres, en mai 1646 des délégués des paysans du Buckingham shire et du Hertfordshire sont venus à Londres revendi quer la suppression de la dîme. En 1644 après la bataille de Marston Moor, où il s’est battu comme lieutenant-colonel des dragons, Lilburne a quitté l’armée parce qu’il refuse de jurer le Convenant. Pour ses écrits jugés subversifs, les presbytériens et les Lords l’emprisonnent de juillet à octobre 1645, et à nouveau en avril 1646. En 1646 il publie deux pamphlets reten tissants : La découverte des Libertés de Londres enchaînées (London’s Liberty in Chains Discovered) et Défense de la liberté de l’homme libre (The Free -Man’s Freedom Vindicated), dans lequel il écrit que Dieu a créé les hommes “par nature tous égaux et semblables en pouvoir, dignité, autorité et majesté...” Une efferves cence de publications “niveleuses” dénonce rexploitaflon du pauvre par le riche, la misère du pauvre, l’insensibilité, l’arrogance, et l’hypocrisie religieuse des riches parlementaires.

En réalité, de tout le camp parlementaire dans la révolution anglaise, le “parti des niveleurs” fut le seul groupement d’opinion à présenter un programme poli tique systématisé d’une révolution de la société et de l’Etat :

• suffrage universel mâle ;

• assemblée unique, donc dissolution de la Chambre des Lords ;

• dissolution du Parlement et nouvelles élections après élargissement du suffrage et attribution à toutes les circonscriptions d’un nombre de députés proportionnel à leur population ;

• élection des juges, des magistrats de ville et de comté, des curés de paroisse ;

• abolition de la dîme ;

• liberté religieuse pour tous, même les catholiques romains ;

• abolition des impôts indirects ; retour au subside territorial d’avant-guerre ou mieux, à un impôt sur le revenu ;

• suppression des enclôtures ;

• garantie de tenure pour les copyhoiders et conversion de leur tenure en libre propriété du sol par rachat au prix de vingt années de charges dues ; donc abolition des charges féodales par rachat

• abolition du monopole des compagnies commerciales ;

• abolition du droit d’aînesse, donc héritage par partage égal entre tous les enfants ;

• abolition de la prison pour dettes ;

• adoucissement et codification, en langue compréhensible, des lois pénales.

La composition et la force de l’Armée Nouveau Modèle en fait le véhicule redoutable du radicalisme plébéien.

G) L’armée plébéienne et niveleuse contre le Parlement bourgeois compromis avec le roi et les féodaux

Le 18 février 1647, la majorité du Parlement toujours en négociation avec le roi prisonnier, dissout l’armée sans paiement, sans indemnités ni pensions pour les veuves et orphelins de soldats. Son objectif est clair : privilégier un compromis, même au rabais, avec le roi plutôt que risquer une révolution sociale dont les niveleurs de l’armée peuvent constituer l’avant-garde politisée et organisée.

En mars puis avril, tous les régiments de cavalerie et d’infanterie refusent la dissolution dans ces conditions. Chacun élit deux délégués appelés "agitateurs". Les chefs de l’armée parlementaire (Fairfax, Cromwell...) condamnent ces initiatives puis hésitent longtemps avant de se solidariser avec leurs troupes.

Le Parlement lance un ultimatum de dissolution aux régiments convoqués séparément. Les meneurs de l’armée plébéienne prennent trois décisions suivies de réussites qui font échouer cette manoeuvre :

- > le 2 juin, tous les régiments se réunissent à Newmarket.

- > le 3 juin, une troupe de 500h s’empare du roi

- > les 4 et 5 juin, l’ensemble des militaires proclame son opposition à la dissolution tant que ses exigences ne sont pas satisfaites, revendiquant en même temps la liberté religieuse et la vente des terres royalistes.

- > Le 15 juin, le conseil de l’armée composé des généraux et colonels et de deux officiers par régiment, se voit forcé d’accepter en son sein deux “agitateurs” (soldats) par régiment.

- > Ainsi constitué ce conseil accuse de trahison et complot onze dirigeants presbytériens des Communes, dont Denzil Holles.

- > Le 6 août, l’armée marche sur Londres que la milice urbaine refuse de défendre. Le Parlement accorde immédiatement un mois de paye aux soldats et sous-officiers.

H) L’isolement des niveleurs

En octobre 1647, ils avancent un projet de constitution "L’accord du Peuple" qui comprend en particulier le suffrage universel masculin. Cet "accord" est proposé au Conseil de l’armée qui en discute lors du fameux débat tenu dans l’église de Putney, dans la ban lieue de Londres, les 28-29 octobre et 1er novembre 1647. Le point de vue niveleur est défendu par Wildman, qui est major dans l’armée, “l’agitateur” Sexby, et le colonel Rainsborough. L’assassinat de ce dernier en octobre 1648 les affaiblit fortement.

Les niveleurs essaient jusqu’au printemps 1649 de gagner l’accord des généraux du camp parlementaire par des concessions de plus en plus importantes ; se rendant compte qu’ainsi ils ne les convainquent mais perdent le soutien des pauvres, ils élaborent alors une dernière version qui, pour l’essentiel, en revient aux fondamentaux de la première.

Malgré leur impasse dans ces discussions sur le projet de constitution, les niveleurs conservent une audience nationale importante éditant par exemple un hebdomadaire fort lu The Moderate. Ils apportent également les forces nécessaires à Cromwell et ses proches pour chasser des Communes les modérés favorables à un compromis avec le rois, pour faire décider par ce "Parlement croupion" la mise en jugement du roi Charles 1er et l’exécution de celui-ci le 30 janvier 1649, la mise en place d’un Conseil d’état (13 février) chargé de gouverner le pays avec Olivier Cromwell comme Président, enfin la proclamation de la République (19 mai 1649).

En réalité, Cromwell a surfé sur les demandes des niveleurs (pour achever de vaincre les royalistes et les presbytériens) tout en les marginalisant et les réprimant chaque fois que possible (en particulier dans l’Armée). L’écrasement d’un régiment mutiné à Burford marque la défaite militaire et politique des niveleurs. Cependant, l’affaiblissement puis l’échec des niveleurs s’explique surtout par l’épuisement de la mobilisation populaire ainsi que par les hésitations et divisions entre personnalités républicaines radicales comme Edmond Ludlow, John Milton, l’avocat John Cooke, Hem’ Marten...

I) Les niveleurs écrasés se réfugient dans des croyances religieuses minorisées

Les niveleurs conservent une audience large mais dont le poids sur l’évolution politique du pays se réduit de plus en plus. Parmi les courants démocratiques radicaux du moment, citons :

- les "Ranters" (Divagateurs) qui nie l’existence d’un Au-delà et considèrent que Dieu est une Force qui existe au sein de tous les hommes et dans toute la nature. Fortement réprimés, ils vont disparaître.

- les "Cinquième Monarchistes". Très implantés dans l’armée et les petits artisans, ce groupe typiquement millénariste se bat pour l’égalité, l’abolition de la noblesse et de la dîme, la démocratisation des corporations et municipalités, la réforme du Droit en faveur des pauvres et des débiteurs, l’élection des juges, l’abolition des impôts indirects... C’est l’un des leurs, un tonnelier du nom de Thomas Venner, qui publie le manifeste Un étendard dressé (A Standard Set Up) et organise une révolte armée en plein coeur de Londres.

- les Quakers qui assurent la perpétuation des niveleurs dans de nombreux comtés. Au plan religieux, ils nient l’existence d’un Au-delà, refusent les sacrements, la prêtrise et le serment. Ils contestent les rapports hiérarchiques, tutoyant quiconque par exemple.

J) La révolution bourgeoise anglaise est portée par Cromwell de 1648 à 1660

Le groupe des Indépendants animé par Cromwell commence par écraser les Irlandais (expropriations, déplacements de population, massacres comme, celui de tous les habitants de Drogheda le massacre tous les habitants de la ville de Drogheda le 11 septembre 1649) au nom des intérêts anglais. Dans cette logique il se voit obligé de céder de plus en plus de terrain politique aux milieux aisés.

Se voyant de plus en plus isolé, y compris dans le "Parlement croupion", Cromwell accepte sa dissolution et nomme de nouveaux élus qui prennent quelques mesures progressistes pour ne pas perdre le soutien populaire qui avait longtemps permis la victoire de la Révolution : mariage civil, loi soulageant les débiteurs et les prisonniers pauvres, limitation de la condamnation à mort des voleurs aux seuls récidivistes, mise en chantier d’un Code pénal...

Confronté à l’approfondissement des contradictions entre les intérêts des couches sociales possédantes et ceux du peuple, Cromwell fait évoluer l’Etat vers une sorte de dictature centralisée dont il est le “Lord Protecteur”.

La révolution politique consistant à mettre en place un type d’Etat bourgeois à la place de l’Etat féodal se note par exemple dans :

- la mise en place d’une administration centralisée de fonctionnaires compétents payés par l’Etat ainsi que des services comme ceux des transports (diligences) et des postes.

- les châteaux forts rasés dans les campagnes

- la fin des droits féodaux sur la paysannerie

- le rôle éminent dans l’université de scientifiques aux dépens de théoriciens du royalisme de droit divin

- la priorité donnée à la valorisation du commerce international anglais, à la puissance de sa marine, à la création de comptoirs commerciaux...

K) La fin de la révolution

A la mort d’Olivier Cromwell (3 septembre 1658), il est prévu que son fils Richard lui succède.

En fait, les divisions des courants issus des niveleurs et de la gauche des républicains laisse place à un nouveau chef militaire, le général Monck dont l’armée entre dans Londres le 3 février 1660 sans avoir à tirer un coup de feu.

Le 8 mai, le Parlement rétablit la royauté confiée à Charles Stuart qui entre également dans Londres le 29 mai.

Les royalistes ainsi que les représentants des couches sociales privilégiées peuvent alors prendre leur revanche, décapitant des dirigeants républicains, obligeant plusieurs à s’exiler, en emprisonnant d’autres à vie. Même le cadavre de Cromwell est déterré pour être pendu.

Jacques Serieys

Sitographie

http://wikirouge.net/Premi%C3%A8re_...

http://wikirouge.net/R%C3%A9volutio...

http://digamo.free.fr/dobbs1.pdf

Bibliographie

L’Angleterre des révolutions ; Roland Marx ; Armand Colin, Paris, 1971

Cromwell ; Bernard Cottret ; Fayard, Paris, 1992


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