2 au 10 juin 1780 Emeutes de Londres (Gordon Riots)

samedi 8 septembre 2018.
 

En 1778, le Parlement anglais vote le Papist Act qui adoucit les discriminations subies imposées aux catholiques depuis le Popery Act (1700).

Lord Gordon, président intégriste de l’Association protestante lance une agitation communautariste sectaire et fait signer massivement une pétition contre ce Papist Act.

La propagande haineuse des sbires de Gordon va avoir une conséquence inattendue. Elle se produit dans un contexte de misère noire pour les milieux populaires et de mouvements sociaux au niveau international.

De 1773 à 1802, la plus longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire qu’ait connue l’histoire humaine

A) L’exploitation sans borne et la misère noire des milieux populaires britanniques

Comme partout, le décollage du capitalisme anglais a réussi par l’accaparement des terres, la création d’une énorme masse de main d’oeuvre bon marché, l’exploitation sans limite des travailleurs, une répression aveugle au moindre mouvement social.

Thomas More (décapité le 6 juillet 1534) dénonce la naissance du capitalisme "Ces riches détestables, avec leur insatiable avidité, se sont partagé ce qui devait suffire à tous"

Sur la fin du 18ème siècle, prenons le cas des enfants :

Depuis deux siècles, chaque paroisse est responsable d’assurer un peu de charité à ses pauvres. Parmi ceux-ci, une catégorie intéresse particulièrement les entrepreneurs : les enfants. Aussi, les paroisses et les manufacturiers passent des contrats pour déporter des mioches dès 4 à 5 ans et les mettre au travail très loin de chez eux. "Les petits étaient mis au travail lorsqu’ils savaient à peine marcher."

Ces contrats ignobles correspondent à l’intérêt du capitalisme anglais comme le théorise l’abject William Pitt : "L’expérience a déjà montré tout ce que peut produire le travail des enfants et l’avantage que l’on peut trouver à les employer de bonne heure... Si quelqu’un prenait la peine de calculer ce que rapportent dès à présent les enfants selon cette méthode, il serait surpris en considérant la charge dont leur travail, suffisant pour subvenir à leur entretien, exonère le pays, et l’appoint que leurs efforts laborieux et les habitudes auxquelles ils sont formés viennent ajouter à la richesse nationale."

Ces contrats correspondent aussi à l’intérêt financier des paroisses payées par l’entrepreneur pour livraison d’enfant et libérées de la charité envers ceux-ci "Qu’il ne soit attribué aucun secours pour les enfants au-dessus de six ans qui ne savent pas tricoter, non plus que pour les enfants au-dessus de neuf ans qui ne savent pas filer le lin ou la laine" (règle édictée dans le Rutland).

Dickens donne un autre exemple éclairant du rapport entre classe dominante et classes dominées dans l’Angleterre de l’époque, fondé sur le Bloody Code, avec la pendaison de Mary Jones :

« Cest en vertu de cette loi sur le vol à l’étalage qu’a été exécutée une certaine Mary Jones, dont je vais mentionner le cas. C’était à l’époque où, en raison de l’alerte des Malouines, le recrutement forcé avait été décrété. Le mari de cette femme a été pris, leurs biens ont été saisis pour rembourser une dette qu’il avait contractée, et elle s’est retrouvée à mendier dans la rue avec ses deux enfants en bas âge. Il ne faut pas oublier qu’elle était très jeune, moins de dix-neuf ans, et extrêmement belle. Elle est entrée dans une boutique de tissus, s’est saisie de quelque grossière toile posée sur le comptoir et l’a glissée sous son manteau. Le boutiquier l’a vue et elle l’a remise en place : c’est pour cela qu’elle a été pendue. Pour sa défense, elle a déclaré (j’ai le procès-verbal dans ma poche) qu’elle « vivait à crédit et n’avait besoin de rien avant qu’on ne vînt enlever son mari, et que depuis, elle n’avait pas de lit pour s’allonger, rien à manger pour ses enfants et qu’ils étaient presque nus, et qu’elle aurait peut-être fait quelque chose de mal, car elle ne savait plus où donner de la tête. » […] Mais il y avait eu beaucoup de vols à l’étalage du côté de Ludgate et il fallait faire un exemple. Cette femme a été pendue pour le bien-être et la satisfaction des commerçants de la rue Ludgate ; […] lorsqu’elle a été sortie pour être conduite à Tyburn, l’enfant était en train de téter son sein »

B) Les émeutes du 2 au 10 juin 1780

Le 2 juin, Lord Gordon se fait accompagner par 60000 manifestants chauffés à blanc pour déposer ses pétitions contre le Papist Act au Parlement qui accepte de reprendre la discussion six jours plus tard.

Dans la nuit, des bandes issues des manifestants de la journée mettent à sac les chapelles des ambassades de pays catholiques.

En trois jours, cette violence d’origine religieuse laisse place à un soulèvement populaire massif.

Les 6 et 7 juin, la capitale londonienne est aux mains de cette insurrection qui s’attaque à présent aux riches et, en particulier aux maisons luxueuses.

Londres se voit illuminé de jour comme de nuit par des bâtiments incendiés, d’abord ceux des initiateurs du Papist act puis de belles maisons indépendamment de la confession du propriétaire.

Les riches organisent des milices ; l’armée intervient à leurs côtés.

Cette force militaire n’hésite pas à tirer faisant environ 300 morts.

Une centaine d’ édifices catholiques ont été détruits, les dégâts aux immeubles privés donnent lieu à 70000 livres de dommages, les dégâts aux immeubles publics à 30000 livres.

La justice ne rend pas l’Association protestante responsable des violences. Lord George Gordon est acquitté. Par contre, vingt cinq meneurs d’origine populaire sont pendus.

En conclusion, je voudrais seulement rappeler que cet épisode des émeutes de Londres en 1780 a servi de toile de fond historique à des écrits de Walter Scott (Gordon Riots) et de Charles Dickens (Barnaby Rudge). Leur récit des violences rappelle fort ceux concernant la révolte de Pougatchev en Russie (Pouchkine : La fille du capitaine).

Jacques Serieys


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