Présidentielle 2017 : Plus de 7 millions de Français avec Jean-Luc Mélenchon ! Portons ensemble cet espoir nouveau !

vendredi 29 septembre 2017.
 

Jean-Luc Mélenchon a obtenu 19,58% ce 23 avril 2017 à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Il ne se qualifie pas pour le second tour (7 mai 2017) contrairement à Emmanuel Macron (24,1%) et Madame Le Pen (21,3%).

Benoît Hamon réalise un score inférieur aux intentions de vote annoncées par les instituts de sondage avec 6,36%. Viennent ensuite Nicolas Dupont Aignan 4,70%, Jean LASSALLE 1,21%, Philippe Poutou 1,1%, François ASSELINEAU 0,92%, Nathalie ARTHAUD 0,64%, CHEMINADE 0,18%.

Ce résultat du candidat de la France Insoumise représentera une déception pour de nombreux citoyens qui espéraient la qualification pour le second tour et la victoire finale. Cependant, j’affirme que la campagne puis le résultat de Jean-Luc Mélenchon :

- évitent l’immense catastrophe à laquelle le quinquennat de François Hollande pouvait conduire ce soir la gauche et les intérêts des milieux populaires

- nous donnent des outils pour affronter les échéances à venir, qui ne manqueront pas.

La non qualification pour le second tour des deux grands partis de la 5ème république (PS et LR) va ouvrir une période de recomposition politique sur laquelle nous reviendrons.

Pour ce soir, restons-en au plus près des résultats et du bilan de notre campagne.

A) Analyse des résultats

Plusieurs articles ont été écrits sur le sujet et mis en ligne sur notre site.

Je remplace donc la partie que j’avais rédigée rapidement le dimanche soir 23 avril sur la base d’éléments incomplets par quelques liens.

Analyse des résultats du 1er tour : Le peuple a parlé (par Laurent Maffeis et MATTHIAS TAVEL)

Premier tour de la présidentielle : radiographie d’un vote éclaté (Roger Martelli)

La Hollandie qualifiée pour le second tour, grâce à Benoît Hamon (agoravox)

Présidentielle 2017 : quelques résultats (Jacques Serieys)

Présidentielle : Quelques résultats sur la région Occitanie (Jacques Serieys)

La Gauche est vivante – Une analyse à chaud (Roger Martelli)

B) Qui a voté "Mélenchon" et pourquoi ?

B1) Qui a voté "Mélenchon" ?

D’après les enquêtes d’Opinion Way (auprès de 9010 électeurs) et Ipsos/Sopra Steria :

- les familles disposant d’un revenu inférieur à 1250 euros sont celles qui ont le plus voté pour lui (25%), suivies par les familles disposant de 1250 à 2000 euros (23%), puis celles atteignant 2000 à 3000 euros (18%), enfin celles gagnant plus de 3000 euros (16%). Mes constats personnels ainsi que la répartition géographique, me conduisent à valider cet aspect social du vote Mélenchon

- D’après l’enquête d’Opinion Way, les catégories sociales qui ont le plus voté "Mélenchon" sont les employés (23,1 %), les ouvriers (22,4 %), les salariés du public (23,2%), les chômeurs (27,5%), les étudiants et lycéens (24,6%). Ipsos/Sopra Steria donne les pourcentages suivants par catégorie socioprofessionnelle : ouvriers (24%), employés (22%), professions intermédiaires (22%), salariés du public (23%), salariés du privé (20%), personnes "à leur compte" (24%), cadres (19%), retraités (12%).

- L’enquête par tranche d’âge publiée par Ipsos/Sopra Steria donne pour Jean-Luc Mélenchon : 25% des 18 à 25 ans, 22% des 35 à 49 ans, 21% des 50 à 59 ans, 15% des 60 à 69 ans, 9% des 70 ans et plus.

B2) Qu’est-ce qui a motivé le vote "Mélenchon" ?

Cette question et les réponses à y apporter présentent une grande importance pour que le corps électoral FRANCE INSOUMISE ne retombe pas rapidement, en particulier lors des législatives à venir.

Les enquêtes des instituts de sondage avancent trois motivations principales dans le vote "Mélenchon". Je les partage et les résume ainsi :

- la qualité du projet (j’ajouterai d’une part une réponse globale cohérente, d’autre part ses propositions pour les retraites, le SMIC et les salaires, les droits des salariés...).

- les qualités de présidentiable du candidat. Le premier problème lors des législatives va reposer sur la nécessité pour nos candidats d’être reconnus comme aptes au rôle de député. Avis : cela va demander un gros travail préparatoire (en particulier une bonne connaissance de L’avenir en commun).

- qualité du projet et qualités de présidentiable du candidat expliquent l’enquête IPSOS qui donne 3 motivations principales (pour 40% qualité du projet, pour 39% incarnation du changement, pour 35% "proximité avec les aspirations des gens)

C) Jean-Luc Mélenchon, artisan principal de cette percée avec son équipe de campagne

C1) Jean-Luc Mélenchon, artisan principal de cette percée

- grâce à ses qualités personnelles bien perçues par les citoyens ("honnête" pour 77% des sondés, « proche des préoccupations des Français » pour 76%, "authentique"...)

- gagnant l’écoute (61% de popularité), la considération (47% de côte d’avenir), la confiance (39 % des sondés jugent qu’il veut vraiment changer les choses), la sympathie et même l’affection de nombreux Français (meilleure côte d’amour avec 25%).

- menant une campagne instructive, sur l’état de la France et du monde, sur le fond de son projet, contrairement à des candidats bidons seulement portés par des astuces de communication.

- attirant un nombre considérable de spectateurs lors de ses réunions publiques.

- réussissant à faire douter puis gagner le suffrage d’un nombre important de contestataires de milieux populaires qui, sans lui, auraient majoritairement voté pour Marine Le Pen.

C2) L’équipe de campagne autour du candidat

Jean-Luc Mélenchon a mené campagne avec la rigueur nécessaire pour être reconnu comme présidentiable, pour s’imposer comme un candidat majeur de l’élection. Il a demandé le même altruisme, la même compétence, le même haut niveau d’engagement à sa petite équipe nationale de campagne. Celle-ci a largement justifié cette confiance.

Je ne citerai ici que quelques noms, au risque d’en oublier de décisifs :

- Manuel Bompard, son directeur de campagne

- Jacques Généreux et Charlotte Girard, responsables du programme

- Sophia Chiki­rou, direc­trice de la commu­ni­ca­tion

- les porte-parole, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Leila Chaibi...

- Bastien Lachaud, responsable des actions pour la campagne

- les responsables thématiques comme Liem Hoang-Ngoc (économie) et Djordje Kuzmanovic (questions internationales et de défense)

- Antoine Léaument (community manager, youtube...)

- des dirigeants politiques comme Clémentine Autain et Francis Parny...

D) L’intense activité de France Insoumise

Je me limite ici à quelques constats à partir de mon expérience aveyronnaise.

Le réseau France Insoumise a grossi à une vitesse, avec une puissance numérique et une détermination que je n’avais pas connues depuis les mois juste avant Mai 1968. Cela me paraît confirmer une période politique où la combativité et la politisation sont en progrès mais cherchent le projet et les formes organisées adéquates.

Ces adhérents de France Insoumise (480000 en fin de campagne) :

- ont assuré un travail extraordinaire. Sur mon secteur, une telle activité politique n’avait jamais eu lieu depuis la Libération. Il suffisait de tenir à jour les initiatives prises pour que tout soit fait. Je ne sous-estime pas la complémentarité de tout cela avec la campagne menée par les communistes en particulier.

- ne correspondent pas exactement au tissu social qui a mené campagne pour le bulletin Jean-Luc Mélenchon. Beaucoup de jeunes, en particulier, ont mené campagne sur les réseaux sociaux sans s’insérer parmi ceux ayant fait connaître leurs coordonnées.

- peuvent être caractérisés par une hétérogénéité considérable qui n’a pas posé problème durant la campagne : anciens militants d’extrême gauche, du PCF, du Parti de Gauche, du PS, des Verts... et citoyens n’ayant jamais milité dans ou avec une organisation politique.

Je me permets d’avancer ici qu’une forme de congrès sera nécessaire à l’automne et qu’il faudrait rapidement l’annoncer pour offrir un objectif interne.

E) La campagne Mélenchon a su répondre à une attente

- à l’attente d’une couche large de citoyens décidés à s’impliquer pour que ça change, les profiteurs dégagent, pour tourner la page de la monarchie présidentielle, pour construire une France plus républicaine, plus humaine, plus douce.

Le mouvement politique France Insoumise, lancé le 10 février 2016, s’est rapidement développé dans tous les départements, comptant à présent un peu plus de 431 000 adhérents.

Au vu du département de l’Aveyron, cette assise militante a été particulièrement efficace grâce à un nombre important de jeunes apportant leur enthousiasme mais aussi d’anciens militants redonnant un coup de collier pour la bonne cause.

- à l’attente de l’ex-Front de Gauche, ses forces politiques (PCF, Ensemble...) et ses militants orphelins

- au besoin de nombreux syndicalistes, trop menacés par les projets Macron, Fillon et Le Pen pour ne pas s’engager. Ils ont contribué à faire de la candidature Mélenchon un marqueur unitaire "ouvrier" de la présidentielle.

F) 19,58%, une récolte à faire fructifier pour l’avenir

Aux Insoumis : merci et on continue. Pour des Jours heureux, enfin ! (Alexis Corbière)

MÉLENCHON : « VOUS ÊTES UN MATIN TOUT NEUF QUI COMMENCE A PERCER » - Intervention au soir du 1er tour

RUFFIN - "MÉLENCHON À 19,5 %, UN TREMPLIN POUR DEMAIN !"

Mélenchon réalise un score canon, une promesse pour l’avenir

Jean-Luc Mélenchon, pivot de la recomposition de la gauche (Politis)

Jean-Luc Mélenchon : suite et fin ? par Usul

Jacques Serieys, 20h05, 23 avril 2017, complété ensuite

G) Jean-Luc Mélenchon ou le souffle d’espoir d’une campagne

Julia Hamlaoui

Lundi, 24 Avril, 2017 L’Humanité

Rétrospective. Le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF et Ensemble  !, a fait une percée jugée hautement improbable il y a encore quelques mois. Une dynamique qui s’est nourrie des meetings, des réseaux sociaux comme du travail militant. Retour sur une épopée qui a donné à voir «  la force du peuple  ».

« C’est la première fois, pendant qu’on colle des affiches, que des gens s’arrêtent pour savoir s’ils peuvent en emmener quelques-unes  », raconte un militant communiste. Nous sommes sur les rives du canal de l’Ourcq, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), ce lundi de Pâques. Une péniche s’apprête à embarquer le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF et Ensemble  !, pour les derniers jours de campagne. Les semaines qui viennent de s’écouler ont porté Jean-Luc Mélenchon dans le quatuor de tête qui se dispute la qualification. La percée en surprend plus d’un, mais c’est une lame de fond.

C’est sur la place de la République que se cristallise d’abord cette dynamique, un mois plus tôt. Ce 18 mars, 130 000 personnes se rassemblent pour défiler depuis la place de la Bastille. Leur revendication phare  : une VIe République, dont le contenu se décline en milliers de pancartes. «  Protéger les biens communs  », «  Partage des richesses  » ou encore «  L’IVG dans la Constitution  », peut-on y lire. «  On ne peut pas continuer comme ça  », lâche Émilie, une jeune maman au chômage depuis des mois. La foule est compacte. Il règne comme un souffle d’air frais, une issue positive au «  Tous pourris  », dans une campagne brouillée par les affaires.

Deux jours plus tard, le débat télévisé qui réunit les cinq favoris de l’élection participe aussi au déclic. Sur le plateau, Mélenchon déroule son programme sans se priver de faire rire. Les enquêtes d’opinion qui suivent signent le début des envolées des intentions de vote, mais aussi un changement d’image. Et ce n’est pas dû au hasard. Le choix d’abandonner «  le bruit et la fureur  » jusque-là revendiqués est délibéré. L’image de présidentiable est soignée et résonne avec le lancement de campagne… plus d’un an auparavant.

L’hologramme, un premier grand coup

Le 10 février 2016, sur le plateau de TF1, Jean-Luc Mélenchon annonce  : «  Je propose ma candidature, c’est le peuple qui va en disposer.  » La démarche d’un homme face au peuple, très raccord avec la Ve qu’il dénonce. À cette occasion, il lance son mouvement, la France insoumise, et livre sa stratégie  : «  Fédérer le peuple plutôt que la gauche.  » Sa décision, unilatérale, engage mal la participation des forces qui ont composé le Front de gauche. Les communistes comme une partie d’Ensemble  ! n’estiment pas qu’il y ait d’antagonisme à rassembler et le peuple et les formations de gauche qui veulent en finir avec les trahisons hollandaises. Surtout, face à ce qui s’annonce à l’époque comme un second tour libéraux-extrême droite. Après d’intenses débats, les adhérents du PCF apportent leur soutien fin novembre, tout en poursuivant leurs démarches pour rassembler. Les candidats FI aux législatives déclarés, même face aux sortants PCF, maintiennent la tension.

Quelques semaines plus tard, en janvier 2017, le résultat de la primaire PS manque de faire dérailler la locomotive insoumise. Contre les scénarios envisagés depuis de longs mois, non seulement Hollande n’est pas candidat, mais son remplaçant, l’ex-premier ministre Manuel Valls, est aussi «  dégagé  ». Benoît Hamon est qualifié. Ni l’un ni l’autre ne veulent se retirer. Le socialiste, «  après la primaire, est parvenu à capter une part significative de ceux qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2012  », explique Yves-Marie Cann, d’Elabe. Mais, dans la foulée du 20 mars, les courbes se croisent pour ne plus cesser de s’éloigner.

Entre-temps, le 5 février, Jean-Luc Mélenchon a déjà frappé un premier grand coup. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont à Lyon. Pas question de laisser le terrain, ni à l’extrême droite, ni à «  l’extrême marché  ». Jean-Luc Mélenchon est donc lui aussi dans la capitale rhodanienne, mais au même moment il est également à Aubervilliers… via un hologramme. Fantaisie  ? Plutôt un symbole pour opposer «  l’ouverture d’esprit, la loi du partage  », dont sont porteurs les progrès technologiques, à «  l’obscurantisme  » qu’incarne le projet FN, rétorque le candidat qui multipliera l’exploit par 6, à Dijon, dans la dernière semaine de campagne. Ce jour de février, dans la salle, sont déjà présents certains de ceux qui jusque-là regardaient tout ça de loin. À l’instar de Franck, qui y vit son premier meeting  : «  Même si on peut trouver le dispositif gadget, son discours est intéressant et c’est un moyen de le faire entendre.  » La réplique réunit 18 000 personnes.

Une campagne d’éducation populaire

Les initiatives se démultiplient. «  La dynamique médiatique et numérique  » s’additionne «  à l’impressionnant travail militant déployé sur le terrain  », explique Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF. D’un bout à l’autre, la campagne est faite d’éducation populaire. Plateforme de soutien qui comptera jusqu’à plus de 435 000 «  appuis  », multiples émissions Web, chaîne YouTube, jeux vidéo, Mélenphone… Internet et les réseaux sociaux sont investis. Succès chez les jeunes. «  J’ai regardé toutes ses vidéos sur YouTube et les débats télévisés. Il a réussi à me motiver à voter pour lui  », explique Yacine, un étudiant de 19 ans de la Sarthe, à l’Humanité, mi-avril, alors que Mélenchon prend la tête des intentions de vote chez les 18-24 ans.

Au même moment, lorsqu’une qualification au second tour devient crédible, un déferlement d’attaques s’abat. Des Échos au Figaro en passant par le Medef, et jusqu’au président de la République. Jean-Luc Mélenchon va, expliquant de plateaux en meetings  : non, les sous-marins vénézuéliens ne vont pas débarquer. Non, il n’est pas normal d’accumuler sans fin les richesses  ; oui les traités européens seront renégociés  ; non Poutine n’est pas son meilleur ami… Sur le terrain, les militants sont aussi à pied d’œuvre. Les insoumis organisent sept caravanes pour sillonner les quartiers populaires. Les communistes animent 10 000 points de rencontre entre début avril et le premier tour. Partout des gens s’arrêtent, discutent.

Et puis les places sont à nouveau occupées. Après République mi-mars, il y a Marseille début avril  : 70 000 personnes sur le Vieux-Port et la Canebière qui écoutent «  le candidat de la paix  » brandissant un rameau d’olivier et qui se taisent une minute durant pour les morts de la Méditerranée. Ou encore Toulouse, le 16 avril, où se réunissent à nouveau, au bord de la Garonne, 70 000 personnes. Démocratie, paix, liberté, justice sociale, écologie, partage des richesses  : à chaque meeting son thème. Indécis et convaincus s’y côtoient. Finalement, tous y espèrent la même chose  : que viennent vite «  les jours heureux  ».

H) Le vote Mélenchon, un acquis à faire fructifier

Avec 19,58 % et 7 millions de voix, le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF et Ensemble  !, réalise un score inédit pour la gauche de transformation sociale depuis des décennies. Un « élan  » à amplifier, pour ses soutiens.

La marche a été trop haute, d’un peu moins de 620 000 voix seulement. Avec 19,58 % des suffrages exprimés et 7 millions d’électeurs, selon les chiffres définitifs du ministère de l’Intérieur, Jean-Luc Mélenchon a réalisé un score bien au-delà de celui de 2012, 11,1 % et 4 millions de voix. Un résultat sans comparaison avec ceux des trois dernières décennies pour la gauche de transformation sociale. Passée la déception de la non-qualification, l’heure était à nouveau, hier, pour ceux qui ont contribué à ce résultat, à se tourner vers l’avenir. Et à ne pas laisser s’effacer le sens d’une telle dynamique. L’un «  des big bangs de cette élection  », selon le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, qui se réjouit que la «  recomposition politique à gauche p(uisse) enfin se construire sur l’idée de transformation sociale  ». La campagne menée a aussi «  redonné de la dignité à beaucoup de gens qui ne voulaient pas aller voter et qui se sont engagés. Quelque chose de nouveau a émergé  », estime le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière. Forte progression chez les ouvriers

Une nouveauté qui cristallise les exigences de tout un monde. «  C’est vraiment un vote social  », relève Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’Ifop. Selon une étude de son institut, réalisée dimanche pour Paris Match, CNews et Sud Radio, parmi les enjeux déterminants de leur vote, 76 % des électeurs de Mélenchon citent «  le relèvement des salaires et du pouvoir d’achat  », 71 % la «  lutte contre le chômage  » et 70 % la «  lutte contre la précarité  ». Au-delà des motivations de leur choix, les catégories sociales des électeurs sont aussi riches d’enseignements. Le candidat de la France insoumise (FI), soutenu par le PCF, le Parti de gauche et Ensemble  !, arrive même en tête chez les inactifs, hors retraités (25 %, contre 23 % pour Le Pen, 20 % Macron, 17 % Fillon) et se place deuxième chez les ouvriers et employés avec 24 % (34 % pour Le Pen, 16 % Macron). Le candidat FI «  a fortement progressé chez les ouvriers avec presque dix points de plus que ce qu’il obtenait en 2012  », souligne Frédéric Dabi. Autre traduction  : 4 % des électeurs FN de 2012 se sont prononcés, cette fois, pour Mélenchon. «  Cela paraît peu, mais ça fait presque un point  », commente le sondeur.

Mais c’est avant tout dans l’électorat PS traditionnel que le candidat fait une percée  : «  Le fait symbolique est qu’il draine 26 % de l’électorat de François Hollande de 2012  », souligne l’analyste de l’Ifop. «  Ce qui est remarquable, c’est le score réalisée dans les villes et quartiers populaires  », relève également Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble  !. S’il arrive en tête en Dordogne, dans l’Ariège, en Martinique, en Guyane et à La Réunion, le candidat réalise, avec 34 %, son meilleur score, en Seine-Saint-Denis, département à la fois populaire et à présidence socialiste. Il y dépasse les 40 % dans nombre de municipalités communistes. «  La mobilisation de la force communiste, ses militants et ses élus, a contribué très fortement à la dynamique  », apprécie Olivier Dartigolles. «  Un mouvement s’est levé, nous devons lui donner de l’élan  », ajoute Clémentine Autain.

Et la question des prochaines élections législatives apparaît déterminante. Avec les quatre candidats arrivés en tête dimanche oscillant entre 19,6 % et 24 %, la composition de la future Assemblée nationale est loin d’être écrite. «  La France insoumise va continuer son travail  », promet Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Entre les formations qui ont soutenu le fondateur de la FI à la présidentielle, les législatives cristallisent néanmoins les tensions avec, pour l’heure, de multiples candidats déclarés dans la plupart des circonscriptions. À l’issue du vote de dimanche, le PCF a renouvelé son appel au rassemblement à la gauche qui veut «  rompre avec les politiques qui ont échoué  »  : «  La prochaine bataille électorale peut nous permettre de faire rebondir l’espoir de la présidentielle et d’obtenir des résultats encore plus élevés  », argue Olivier Dartigolles. «  Il faut élire un maximum de députés capables de tenir tête à Emmanuel Macron, s’il est élu président, et aux mauvais coups sociaux et environnementaux qu’il prépare  », a, pour sa part, résumé Clémentine Autain sur les réseaux sociaux.

Avant les échéances de juin, reste le second tour de la présidentielle. Demain, les près de 450 000 «  appuis  » de la FI recensés sur le site JLM2017 seront appelés à se prononcer sur la consigne de vote qu’ils souhaitent voir adopter. Une chose est claire, d’ores et déjà. La réponse aux lieutenants de Marine Le Pen, qui font des appels du pied aux électeurs de Mélenchon  : «  Pas une voix pour le FN  ». «  Quelqu’un qui va voter Marine Le Pen se trompe, parce que ça n’est pas avec la xénophobie que l’on va régler le problème  », a rétorqué Alexis Corbière, hier, sur RMC. Lui, à titre personnel, ira voter le 7 mai, «  il va y avoir plusieurs attitudes et elles sont toutes dignes  », estime-t-il. Mais, quoi qu’il en soit, répète le porte-parole, «  il faut que tout le monde comprenne bien que nous n’aurons rien à voir avec Emmanuel Macron s’il est élu président  ». Le PCF, lui, a, dès dimanche soir, appelé à voter pour empêcher la victoire de Le Pen, mais pas question, là non plus, de signer un chèque en blanc. «  Si, face au macronisme, il n’y a pas une gauche qui continue à se lever, à se refonder sur l’idée de transformation sociale et écologique, prévient Olivier Dartigolles, le coup d’après, le FN peut être encore plus haut.  »

Marseille place Mélenchon en tête

Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dans la deuxième ville de France, où il avait tenu, il y a deux semaines, un meeting qui avait marqué les esprits. Il recueille 24,84 % des suffrages et devance Marine Le Pen (23,62 %), Emmanuel Macron (20,45 %) et François Fillon (19,81 %), dans un contexte marqué par une légère augmentation de l’abstention (25,48 %, contre 21,74 % en 2012). Le candidat de la France insoumise arrive en tête dans la moitié des seize arrondissements de la ville. Ils sont situés dans le centre et la partie nord. Le sud (7e, 8e et 9e arrondissements) a maintenu sa confi ance dans la droite, même si Fillon recule par rapport à Sarkozy. L’est de la ville (10e, 11e, 12e et 13e arrondissements) a confi rmé son vote FN. Mélenchon réalise son meilleur score dans le 1er arrondissement autour de la Canebière (41 %). Il domine dans les quartiers centraux où vivent des salariés plutôt jeunes, improprement rassemblés sous le vocable de « bobos ». Dans les trois arrondissements des quartiers Nord (150 000 habitants), il engrange de 36 à 37 % des suffrages exprimés. Son score dans les cités dépasse souvent la barre des 50 %, comme à la Castellane, les Flamants, la Busserine. « C’est à la hauteur de l’engouement que l’on avait ressenti pendant la campagne. Je n’avais jamais vécu cela », témoigne Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF-Front de gauche.

Julia Hamlaoui, L’Humanité

Grandes villes ayant placé Mélenchon en tête :

Gennevilliers : 47,%

Evry : 35,6%

Trappes : 32,61%

Montpellier : 33,46%

Lille : 29,92%

Toulouse : 29,16%

Marseille : 24,82%

I) Des quartiers séduits par la France Insoumise

La force du peuple  : au-delà du slogan, le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF et Ensemble ! a plutôt réalisé de bons scores dans les quartiers populaires, en dépit d’une participation en général moindre.

Un regain pour la gauche  ? Dans plusieurs bureaux de vote de quartiers populaires examinés par l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon réalise de bons scores, et finit en tête du premier tour. Dans la vieille terre socialiste de Lens, en dépit d’un maire, Sylvain Robert, qui avait apporté son parrainage à Benoît Hamon, le PS tombe à 6,66 % alors qu’il réalisait 35 % au premier tour de la présidentielle de 2012. Dans des bureaux de vote comme ceux de la cité populaire du 12/14, si Marine Le Pen frôle les 50 %, Jean-Luc Mélenchon arrive second (22,72 %). Idem à Tours dans la cité du Sanitas, où il est légèrement en tête devant Emmanuel Macron (25 %). À Paris, il remporte les populaires 19e et 20e arrondissements (30,69 % et 31,80 %). En Seine-Saint-Denis, il assoit ainsi son score, comme par exemple à Aulnay-sous-Bois (33,8 %), La Courneuve (44 %), soit plus de 20 points au-dessus de la moyenne nationale. À Poissy (Yvelines), il réalise… 56 % des voix dans un bureau de vote de la Coudraie, et 41 % dans celui de la Maladrerie. Qui plus est, dans ces deux bureaux, on a plutôt moins voté (67 et 69 %) que dans l’ensemble de la ville (79 %), qui se situe elle dans la moyenne nationale.

Pour autant, le candidat de la France insoumise ne limite pas ses bons scores à la ceinture populaire de l’Île-de-France. À Val-de-Reuil (Eure), ville nouvelle créée dans les années 1980 et dirigée par le PS, où six écoles sur sept sont classées en éducation prioritaire, Mélenchon pointe ainsi à 31,76 %. À Montpellier (Hérault), dans le quartier de la Mosson, il n’est jamais sous les 30 % et pointe même à 50 % au cœur du quartier, dans un bureau de La Paillade. Sur l’ensemble de la ville, Mélenchon a recueilli 31,46 % des voix, devançant largement Emmanuel Macron (24,69 %). Là aussi, c’est d’abord en prenant à un Parti socialiste oublieux de ses promesses que le candidat de la France insoumise progresse. En 2012, il y réalisait 15,69 % au premier tour, quand François Hollande recueillait près de 35 %. Le PS, dimanche, culmine cette fois à 8,9 %, écartelé entre la France insoumise et Emmanuel Macron (24, 69 %). Dans le bureau 94, qui a vu seulement 62,66 % de participation, Jean-Luc Mélenchon est en tête devant Emmanuel Macron, plus nettement que dans le bureau 131 voisin (80,36 % de participation). Ce qui tendrait à laisser penser qu’il y a là, dans cette participation moindre des quartiers populaires, encore des réserves de voix pour la gauche. Marseille place Mélenchon en tête

Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dans la deuxième ville de France, où il avait tenu, il y a deux semaines, un meeting qui avait marqué les esprits. Il recueille 24,84 % des suffrages et devance Marine Le Pen (23,62 %), Emmanuel Macron (20,45 %) et François Fillon (19,81 %), dans un contexte marqué par une légère augmentation de l’abstention (25,48 %, contre 21,74 % en 2012). Le candidat de la France insoumise arrive en tête dans la moitié des seize arrondissements de la ville. Ils sont situés dans le centre et la partie nord. Le sud (7e, 8e et 9e arrondissements) a maintenu sa confiance dans la droite, même si Fillon recule par rapport à Sarkozy. L’est de la ville (10e, 11e, 12e et 13e arrondissements) a confirmé son vote FN. Mélenchon réalise son meilleur score dans le 1er arrondissement autour de la Canebière (41 %). Il domine dans les quartiers centraux où vivent des salariés plutôt jeunes, improprement rassemblés sous le vocable de «  bobos  ». Dans les trois arrondissements des quartiers Nord (150 000 habitants), il engrange de 36 à 37 % des suffrages exprimés. Son score dans les cités dépasse souvent la barre des 50 %, comme à la Castellane, les Flamants, la Busserine. «  C’est à la hauteur de l’engouement que l’on avait ressenti pendant la campagne. Je n’avais jamais vécu cela  », témoigne Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF-Front de gauche.

Lionel Venturini rubrique politique L’Humanité

J) Le plein de voix chez les jeunes

Jean-Luc Mélenchon arrive en tête chez les 18-24 ans avec 30 % des voix, suivi par Marine Le Pen (21 %) et Emmanuel Macron (18 %), selon une enquête Ipsos, publiée hier.

Avec 30 % des voix, le candidat de la France insoumise est arrivé en première position chez les 18-24 ans. Un résultat porteur d’espoirs pour l’avenir.

Les jeunes votants ont majoritairement plébiscité le candidat de la France insoumise (FI). Jean-Luc Mélenchon arrive en tête chez les 18-24 ans avec 30 % des voix, suivi par Marine Le Pen (21 %) et Emmanuel Macron (18 %), selon une enquête Ipsos, publiée hier. Le candidat socialiste, Benoît Hamon, recueille à peine 10 % des suffrages exprimés. Dans une autre étude (BVA), cette belle dynamique se confirme  : Jean-Luc Mélenchon a convaincu 27 % des 18-24 ans, devant Emmanuel Macron et Marine Le Pen, à égalité à 21 %. La déferlante «  bleu Marine  » n’a pas eu lieu sur la jeunesse. Le candidat FI est logé toutefois à la deuxième place chez les 25-34 ans, avec 24 % des voix, derrière la présidente du Front national (26 %).

Jean-Luc Mélenchon est parvenu à opérer une véritable percée chez les 18-24 ans, catégorie d’âge pourtant parmi les plus méfiantes vis-à-vis de la politique. Ce résultat confirme un sondage Elabe qui le créditait, à l’approche du premier tour, de 29 % des intentions de vote. «  On ne s’attendait pas à faire un aussi bon score  », se réjouit David Guiraud, en charge des questions de jeunesse pour la France insoumise. Pour lui, cette fraîche adhésion est le fruit d’un «  résultat logique  », tant «  (notre) programme est tourné vers l’avenir  » et la France insoumise possède désormais un socle électoral «  solide et pérenne  ». «  Je ne veux pas choisir entre un banquier et une facho  »

Du côté de Benoît Hamon, le constat est amer. «  10 % est un résultat insuffisant  », reconnaît Benjamin Lucas, conseiller jeunesse du candidat PS. Pour lui, son programme n’a pas été sanctionné par les jeunes votants. Mais ce score médiocre témoigne d’une volonté de «  sanctionner le PS  », assure le président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). «  Nous avons échoué à convaincre que nous incarnons une rupture avec ce quinquennat  », regrette-t-il. Une ligne d’autant moins simple à faire passer que François Hollande en avait fait sa «  priorité  » lors de sa campagne. En 2012, ce dernier avait obtenu au premier tour 28 % des voix chez les 18-24 ans, loin devant Jean-Luc Mélenchon, alors relayé en quatrième position, avec 16 % des suffrages exprimés. Le vent souffle maintenant dans une autre direction. Hier, de jeunes électeurs du candidat FI ont manifesté contre le FN au pied de la statue de Marianne, place de la République à Paris. «  Je ne veux pas choisir entre un banquier et une facho  », s’est indignée Claire, 24 ans, chargée de production, qui a voté pour la première fois dimanche. Pour le programme de la France insoumise. La bataille des idées commence à peine.

Lola Ruscio


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