A Davos, Macron a atteint le sommet du cynisme et de l’indécence

lundi 12 février 2018.
 

BRIGITTE A BIEN TRAVAILLÉ !

Comme tout le monde, j’ai lu que Macron a fait du théâtre, que sa femme a même été son professeur de théâtre, et que c’est même à ce moment-là que s’est noué leur amour. Jusque-là, cette information ne m’intéressait pas plus que cela. Comme leur différence d’âge, d’ailleurs.

Mais après le discours prononcé par Macron à Davos, le 24 janvier dernier, je dois convenir que j’ai eu tort de ne pas accorder d’importance aux activités théâtrales du couple Macron.

Avant de parler du contenu du discours de Macron à Davos, je veux tresser des couronnes à Brigitte et à son élève. Elle a réussi à en faire un comédien de haute volée. Si je n’étais pas un militant de la France insoumise, je prendrais bien l’initiative de faire signer une pétition sur Change.org, afin que notre couple soit honoré à la prochaine cérémonie des Molière, par toute la profession des théâtreux. En plus, il se trouve que j’en suis un moi-même, mais au petit pied, depuis de nombreuses années. Je sais donc bien mesurer la qualité du travail réalisé.

Mes ami(e)s, quel numéro il nous a fait à Davos ! http://fr.euronews.com/2018/01/24/e.... Petit Emmanuel est devenu grand. Un numéro de haute voltige. D’autant plus, qu’il a tenu là un vrai rôle de composition. Pas comme ces comédiens qui, toute leur vie, jouent en fait le même rôle, celui qu’ils sont dans leur vie réelle. Macron, lui, si connu pour son grand sérieux, nous a livré un vrai conte pour enfants. Le plus extraordinaire est que les spectateurs n’étaient pas des enfants. Et pourtant, à leurs applaudissements enthousiastes, on devinait qu’ils étaient subjugués par le jeu du comédien. Ils donnaient l’impression de ne pas avoir compris que ce qu’ils entendaient n’était qu’un conte. Ils prenaient tout pour argent comptant. Passe, pour un Bernard Guetta, vous savez ce vieux et inamovible journaliste de France Inter (il a neuf ans de moins que moi). Tout le monde connaît sa bouille ronde et réjouie jusqu’à la béatitude, quand il entend le mot Europe. Pareil, quand il entend Macron. Là, se fige sur son visage rubicond (ce n’est pas une grossièreté) le sourire caractéristique du ravi de la crèche.

Dès sa chronique du 25 janvier (https://www.franceinter.fr/emission...), l’ami Bernard l’a décrété « altermondialiste ». Rien que ça ! Sans aucune distance critique. Ah quoi bon ? Pas de perte de temps inutile ! Et dire qu’il a eu le prix Albert-Londres en 1981. Comme quoi, la vieillesse peut être un naufrage. Sans jeu de mot, je suis guetté par le même naufrage.

Mais que des PDG, venus des plus grandes entreprises du monde entier, aient eu, eux-aussi, des attitudes de midinettes ou de jouvenceaux, à l’écoute de notre fabuliste, il y a de quoi en tomber de l’armoire. D’autant plus que ce que disait Macron allait à rebrousse-poil de leurs pratiques quotidiennes. À moins que je n’ai été moi-même abusé par l’enthousiasme des PDG et qu’ils aient très bien compris que Macron interprétait un rôle. Si bien que leur exaltation n’allait pas à ce qu’il disait, mais louait son talent de conviction. Celui capable d’emporter l’adhésion de tous les nombreux Bernard Bêtas traînant dans les médias et, au-delà, du bon peuple. Tous ceux-là n’y voyant que du feu.

À la décharge de tous les Bernard Bêtas, il faut dire que, suprême rouerie, Macron nous a tous exhortés, dès son exorde, à ne pas être naïfs. Manière de faire tomber nos défenses.

Pourtant, pour qui a un petit peu de jugeote, ne nécessitant donc pas d’être un économiste distingué, certaines des ficelles de Macron étaient visibles à l’œil nu. Puisque, dans le même discours, il a enfilé des contradictions énormes et des oublis itou.

J’en ai noté deux principales. Dès le début de son discours, Macron fait sien le fameux TINA (there is no alternative) appliqué à l’actuelle Europe comme à l’actuelle mondialisation, pour, au fil de son discours, insister sur la nécessaire coopération entre les pays. La seconde contradiction tient à son appel pour une France plus concurrentielle, plus compétitive, devenu, à la fin de son discours, un appel à ne « plus conclure d’accords commerciaux, lorsqu’ils ne respectent pas nos standards communs, climatiques, sanitaires, fiscaux, sociaux. »

Quoi croire, dans les deux contradictions ? La première ou la seconde issue de chacune des contradictions énoncées ? Évidemment, c’est chaque fois la première. Les secondes ne sont avancées que pour mieux abuser les jocrisses des médias et du bon peuple.

Preuves à l’appui, je vais le démontrer. Mais avant, je veux mettre l’accent sur un énorme oubli dans le discours de Macron.

Il a manqué un mot, mais quel mot. Un nom propre. Le nom d’une capitale européenne. Qui en français s’appelle Lisbonne et en anglais Lisbon. J’ai tendu l’oreille. J’ai amplifié le son. Nada. Et pourtant, ladite capitale est l’éponyme du fameux traité régissant, depuis 2009, le fonctionnement de l’Europe. Il a remplacé, quasiment terme pour terme, mais dans le désordre, le traité constitutionnel que les Français avaient clairement rejeté lors du référendum de mai 2005.

Bien sûr, les Bernard Bêtas des médias n’ont pas relevé les contradictions de Macron. Pas davantage sa non-référence au traité de Lisbonne. Et pourtant, ce traité de Lisbonne fait la loi entre les 27 pays membres de l’Europe. Ils doivent le respecter à la lettre.

Résultat, durant tout son discours, Macron s’est posé quasiment en leader du monde, multipliant les propositions les plus iconoclastes et même les objurgations à ses auditeurs et, par-delà à leurs alter-ego. Tout cela, jurant parfaitement avec les actes de Macron. Peu, important, pour Macron, que ses adjurations aillent radicalement à l’encontre des dispositions du traité de Lisbonne, par exemple. Lui, l’euro-béat intégral.

Et voilà notre Macron parti dans un éloge dithyrambique de la coopération entre les États du monde et de l’harmonisation de leurs règles sociales, fiscales, environnementales,….. Songez qu’il est allé jusqu’à appeler les dirigeants mondiaux à « arrêter de détricoter notre droit social ». Mais quelle impudence ! Lui qui vient de porter un coup probablement fatal au Code du travail et même aux conventions collectives. Croyez-moi, en tant que syndicaliste-juriste, j’en parle en connaissance de cause.

Autre impudence. Il est allé jusqu’à appeler à « renoncer » à l’optimisation fiscale. Alors qu’en France, comme dans tout le monde occidental, tout est fait pour permettre l’optimisation, l’évasion et même les fraudes fiscales. À commencer par les paradis fiscaux.

Mais, revenons au traité de Lisbonne. Rien de tout ce qu’il a préconisé à Davos n’est permis par ledit traité. Notamment, les deux fils rouges de son discours : la coopération entre les États et l’harmonisation des règles sociales, fiscales, environnementales,…..

En 2005 puis en 2008, je me suis livré à un travail d’analyse très minutieux du traité constitutionnel européen et du traité de Lisbonne. J’ai confectionné des fiches thématiques. J’ai rassemblé le tout et je l’ai publié sur mon blog : http://robertmascarell.overblog.com...

Je vous recommande de lire les fiches Coopération et Harmonisations (elles sont classées par ordre alphabétique). Elles apportent les preuves, fondées sur de nombreux articles du traité de Lisbonne, de l’interdiction des coopérations et harmonisations souhaitées par Macron.

Je devine que mes habituels contradicteurs vont me dire : « Mais de quoi te plains-tu ? Macron, comme la France insoumise, préconise des relations internationales basées sur la coopération et non sur la concurrence. Il préconise aussi de multiples harmonisations. Vous devriez être heureux ! »

Je n’aime pas les imposteurs. Macron n’a qu’une manière de prouver qu’il n’en est pas un. Qu’il exige, au minimum, la refonte du traité de Lisbonne. Qu’il retricote en France, ce qu’il a détricoté : le droit social.

En réalité, à Davos, Macron a atteint le sommet du cynisme et de l’indécence. Comment pourrait-il réussir pour le monde l’exact inverse de ce qu’il fait en France et en Europe ?

Je vais m’arrêter là, mais il y aurait encore tant à dire. Notamment, que le système capitaliste mondialisé et financiarisé se fiche comme d’une guigne de ce que dit Macron. Ceux qui en profitent aussi. La logique infernale du capitalisme est inarrêtable, sauf si les peuples s’en mêlent.

Macron est un disruptif compulsif. Son discours de Davos est émaillé de sa foi en la disruption. Viendra le jour où le peuple fera sa disruption.


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