7 avril 1974 René Dumont candidat !

mardi 10 avril 2018.
 

Soudain, un soir d’avril 1974, on apprit que le président de la République était mort. Et qu’il allait donc falloir voter, pour lui donner un successeur.

Dans ce paysage singulier, apparut un objet politique non encore identifié : un candidat qui ouvrait aux Français des horizons différents. Qui parlait d’avenir en harmonie avec la Terre mère, d’écosystème aussi, de relations équilibrées entre l’homme et son milieu naturel.

Jamais on n’avait entendu ça ! Ou en tout cas, pas assez fort pour qu’on y prête l’oreille. Écologie disait-on. Les uns entendaient école. D’autres soupçonnaient une espèce de secte hippie. D’autres encore pensaient arbres et petits oiseaux. Les plus nombreux traduisaient pollution, ou nucléaire. Mais rien de scientifique, de philosophique, et encore moins de politique dans tout cela ! Et pourtant, on ouvrait ce printemps-là au grand nombre un chemin que nul, désormais, n’allait refermer.

On pense à des candidats emblématiques, comme Cousteau, Théodore Monod, ou Charles Piaget, tous irrécusables ! Mais tous ont d’excellentes raisons de refuser la proposition. Alors c’est René Dumont qui devient le candidat de ceux qu’on n’appelle pas encore « les verts ». Dumont, un agronome qui lutte pour les pays en voie de développement, un pacifiste aussi, qui prône la solidarité entre les hommes, et le partage universel. Pour la première fois, et alors que les Trente Glorieuses ne sont pas encore closes, un candidat va évoquer les problèmes liés à une croissance débridée, à une consommation forcenée.

La campagne électorale prend, en ce printemps-là, une nouvelle dimension, liée à l’entrée de la télévision dans presque tous les foyers. Et chaque soir, on attend de voir Dumont, pull-over rouge et cheveux longs, venir nous dire que les ressources, comme la pomme qu’il présente, ne sont pas éternelles, et qu’au contraire, pour beaucoup d’entre elles, la fin est proche. Le premier aussi à prévoir la pénurie des carburants, et l’envolée de leur coût.

Le premier candidat altermondialiste, humaniste revendiqué de gauche, ne franchit pas la barre des 1,5%. Mais il avait fait germer toute une famille de pensée, et avec elle, la certitude que l’égalité entre les peuples ne dépend pas que de l’argent, mais des volontés conjuguées des hommes qui décident des politiques à appliquer.

Le début d’une prise de conscience que rien ne se ferait sans liquider le gaspillage, les pollutions, les inégalités… Sans mettre la planète au cœur de l’histoire.

Brigitte Blang


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