5 mai 1976 Nous nous sommes tant aimés (film d’Ettore Scola)

vendredi 12 juillet 2019.
 

En 1976, Ettore Scola signe un de ses plus grands films. Il trace le portrait d’une génération, la sienne, celle qui a eu 20 ans pendant la guerre, à travers les parcours parallèles, puis croisés, de trois amis. Ils sont ensemble partisans, ils vont mûrir, perdre (ou pas…) leurs illusions, trahir (ou pas…) leurs idéaux. De vrais héros à l’italienne pour une comédie aigre-douce. Ils ne sont pas bien maîtres de leur destin, ces trois-là. On les sent embarqués dans la grande histoire de leur pays. Le fabuleux espoir de la gauche, à la Libération, et les déceptions qui suivent. Trois hommes qui vont incarner le destin et le peuple de leur pays. Tout Scola, mais aussi tout le cinéma italien de l’après-guerre est là, dans ces deux heures inventives, et pas toujours joyeuses.

Gianni sera avocat. Et riche, n’écoutant que son goût du pouvoir. Il a trahi. Sa classe d’abord. Sa femme ensuite, qu’il laisse aller au suicide sans grand remord. Ses amis enfin en leur mentant sur sa vie. Nicola, l’érudit cinéphile, abandonne sa famille pour devenir un obscur critique de cinéma, anonyme de surcroît, alors qu’il ne rêvait que de néoréalisme ! Il a trahi. Les siens. Et ses rêves aussi. Antonio est et restera brancardier. Mais c’est lui le véritable héros. C’est lui seul qui, obstiné, courageux, relevé après chaque chute, incarne le peuple italien, fidèle à ses convictions, honnête et solidaire. Une des dernières scènes le montre, tenant le piquet devant l’école où les parents passent la nuit pour pouvoir y inscrire leurs enfants. Autour d’un feu, un chant s’élève. Et c’est toute la force de résistance du cinéma italien éternel qui monte dans la nuit, avec ces couplets.

Et, me direz-vous, dans un film italien, il n’y a pas toujours une femme, autour de laquelle tourne les événements ? Oui, il y en a une. Et en effet, elle est le fil rouge de toute cette histoire. Aimée des trois hommes, elle a été la compagne des deux premiers. Et l’épouse du troisième. Antonio, le prolétaire magnifique qui regarde avec tendresse ses amis d’hier. Une tendresse que l’on devine chez Scola, pour ce cinéma italien, et pour ses personnages. L’un d’entre eux dira « Nous pensions changer le monde et c’est le monde qui nous a changés. ». Oui la société ne se laisse pas si facilement transformer. Mais au moins peut-on essayer, petit à petit, de la tirer vers un meilleur possible, sans trop trahir les espoirs de sa jeunesse…

Brigitte Blang

Article d’origine : https://heuredupeuple.fr/le-5-mai-1...


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