Uniformité des poids et mesures : Décret de la Convention montagnarde le 1er août 1793

mercredi 6 décembre 2017.
 

Les animateurs de la Révolution française sont des héritiers intellectuels des Lumières, d’où leur souci permanent de rationalité, de connaissance scientifique. Or, la France de 1789 a hérité de l’Ancien régime plus de 800 unités de mesure souvent dénoncées dans les Cahiers de doléances. Ainsi vont naître le mètre, le kilogramme, le litre, l’hectare...

La Grande Convention proclame la République le 22 septembre 1792, bientôt journée zéro du nouveau calendrier "jour où le soleil arrivant à l’équinoxe vrai d’automne..."

Un mois plus tard seulement, 25 novembre 1792, au moment où pourtant le pays se voit accaparé par d’innombrables difficultés, le président de la Convention affirme la nécessité "d’affranchir les hommes de cette différence des poids et mesures qui entrave toutes les transactions sociales" et demande " au génie des sciences quelle est l’unité fixe et invariable, quelle est l’unité qui n’a pas besoin d’être déplacée pour être connue et que l’on pourra vérifier dans tous les temps et dans tous les lieux."

- Mais comment déterminer une telle unité de mesure absolument invariable, non soumise aux aléas des différents pays, différentes civilisations, différents climats . Les scientifiques révolutionnaires répondent avec une rationalité qui déconcerte deux siècles plus tard : en référence au globe terrestre lui-même. Les astronomes Delambre et Méchain entreprennent donc de mesurer le méridien de Greenwich entre Dunkerque et Barcelone pour créer le mètre sur des bases sûres. Quel travail de mesurer avec précision 551584 toises d’un pays en guerre (l’Espagne) contre la France à une révolution en pleine guerre civile. Pourtant, l’exploit réussit !

Une fois le mètre défini, toutes les autres unités de mesure vont suivre : unités de longueur, de surface, de volume...

Ci-dessous, le décret de la la Convention nationale en date du 1er août 1793.

La Convention nationale, convaincue que l’uniformité des poids et mesures est un des plus grands bienfaits qu’elle puisse offrir à tous les citoyens français,

Après avoir entendu le rapport de son Comité d’instruction publique, sur les opérations qui ont été faites par l’Académie des sciences, d’après le décret du 8 mai 1790,

Déclare qu’elle est satisfaite du travail qui a déjà été exécuté par l’Académie, sur le système des poids et mesures ; qu’elle en adopte les résultats pour établir ce système dans toute la République, sous la nomenclature du tableau annexé à la présente loi, et pour l’offrir à toutes les nations.

En conséquence, la Convention nationale décrète ce qui suit :

Article premier Le nouveau système des poids et mesures, fondé sur la mesure du méridien de la terre et la division décimale, servira uniformément dans toute la République.

Article 2.

Néanmoins, pour laisser à tous les citoyens le temps de prendre connaissance de ces nouvelles mesures, les dispositions de l’article précédent ne seront obligatoires qu’au 1er juillet 1794 ; les citoyens sont seulement invités à en faire usage avant cette époque.

Article 3. Il sera fait, par des artistes au choix de l’Académie des sciences, des étalons des nouveaux poids et mesures, qui seront envoyés à toutes les administrations de départements et de districts.

Article 4.

L’Académie des sciences nommera quatre commissaires pris dans son sein, et le Comité d’instruction publique en nommera deux, pour surveiller la construction des étalons ; ils en constateront l’exactitude, et signeront les instructions destinées à accompagner les envois qui seront faits par le ministre de l’intérieur.

Article 5.

L’Académie des sciences enverra au Comité d’instruction publique un devis estimatif des frais qu’exigera la construction des étalons, pour que la Convention en puisse décréter les fonds nécessaires.

Article 6.

Ces étalons seront conservés avec le plus grand soin dans une armoire destinée à cet objet, dent la clef restera entre les mains d’un des commissaires de chaque corps administratif.

Article 7. Afin d’empêcher la dégradation des étalons, les corps administratifs nommeront, dans chaque chef-lieu de département ou de district, une personne éclairée pour assister à la communication que les artistes prendront de ces étalons, dans la vue de construire des instruments de mesure et de poids à l’usage des citoyens.

Article 8.

Dès que les nouveaux étalons seront parvenus aux administrations de district, toutes les municipalités de chaque district seront tenues de faire construire des instruments de mesure et de poids, qui resteront déposés à la maison commune.

Article 9. Le recueil des différents mémoires rédigés jusqu’à présent par les commissaires de I’Académie, qui comprend les détails des opérations faites pour parvenir au nouveau système des poids et mesures, sera imprimé et accompagnera l’envoi des étalons.

Article 10.

La Convention charge l’Académie de la composition d’un livre à l’usage de tous les citoyens, contenant des instructions simples sur la manière de se servir des nouveaux poids et mesures, et sur la pratique des opérations arithmétiques relatives à la division décimale.

Article 11.

Des instructions sur les nouvelles mesures et leurs rapports aux anciennes les plus généralement répandues entreront dans les livres élémentaires d’arithmétique qui seront composés pour les écoles nationales.

http://mjp.univ-perp.fr/france/1793...


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