30 novembre 1994 Suicide de Guy Debord, théoricien situationniste

vendredi 1er décembre 2017.
 

Durant les années 1960, le situationnisme constitue une référence idéologique parmi les intellectuels et la jeunesse contestataire.

L’Internationale Situationniste elle-même n’a jamais compté plus de 80 membres et "jamais plus de dix à la fois". Cependant, l’écho de ses idées et de ses actes a été significatif.

La revue Internationale Situationniste, fondée en 1957 et animée par Guy Debord, Raoul Vaneighem, Attila Kotanyi, en est le principal support.

Trois documents donnent un écho aux situationnistes dans l’année avant l’explosion de Mai 1968 et s’imposent parmi les références idéologiques du mouvement contestataire :

- la brochure De la misère en milieu étudiant, éditée par des situationnistes ayant "pris" la section UNEF de Strasbourg

- le livre de Raoul Vaneighem "Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations"

- "La Société du spectacle" de Guy Debord.

L’Internationale Situationniste connaît son apogée en 1968 car elle ne parvient pas à passer :

- de la critique de la société à une stratégie politique prenant en compte l’Etat capitaliste moderne, la force des institutions, des syndicats et des courants politiques réformistes

- de l’action subversive artistique et théorique à l’action et à l’organisation capables de générer un débouché concret.

Le situationnisme s’était défini comme une "contestation révolutionnaire radicale" ; or, dans les années après 1968, il ne pèse pas sur les phénomènes nouveaux et révolutionnaires radicaux comme les luttes ouvrières débouchant sur des expériences d’autogestion, le féminisme révolutionnaire et l’écologie radicale.

Le situationnisme s’était défini comme un acteur de l’histoire concrète plutôt qu’un courant théorique ("Nous prenons volontiers l’habitude de regarder l’histoire et l’évolution comme des forces qui vont implacablement, tout à fait en dehors de notre contrôle... Nous, les gens créatifs dans tous les domaines, devons nous défaire de cette attitude paralysante, et prendre le contrôle de l’évolution humaine."). Or, ni en mai 68, ni après, les situationnistes ne parviennent à peser sur la réalité historique, restant une constellation d’individus incapables de créer un véritable collectif sur une orientation audible.

Le situationnisme s’était défini comme articulant l’artistique et le politique. Ses publications des années 1968 répondent généralement à cet objectif et contribuent à l’apparition de revues de contre-culture au graphisme nouveau, contestataire et accrocheur.

L’apport de Guy Debord à la réflexion anticapitaliste repose principalement sur sa compréhension et dénonciation de la société du spectacle. En 1988, dans ses Commentaires sur la société du spectacle, il la décrit comme :

- "accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande"

- " règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne."

Dernier point, le situationnisme prônait un "retour au sensible, au réel, à la vie quotidienne". Guy Debord résume ainsi sa biographie " Je me suis employé d’abord et presque uniquement à vivre comme il me convenait le mieux." Dans la période de recul des années 1975 à 1995, la réalité ne permettait guère d’expérience révolutionnaire dans la vie quotidienne et ne donnait aucun écho aux grands slogans signés Debord comme "Ne travaillez jamais !", "Le cinéma est mort !". Bien des enthousiasmes des années 1968 ont sombré face aux petits intérêts individuels de la société marchande. Plutôt que de se renier, Guy Debord a échappé à la désillusion par l’alcool puis le suicide.


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