La révolution batave de 1781 à 1787

mercredi 11 janvier 2017.
 

1) De la première Révolution hollandaise aux Patriotes des Lumières

Les Pays Bas (Provinces-Unies) ont réussi à se libérer de la domination espagnole par un long combat de 1566 à 1648. Cette révolution bourgeoise précoce accouche d’un système politique complexe dans lequel émergent quatre forces principales :

- le Conseil d’Etat représentant les intérêts du grand capitalisme ( financier et maritime)

- le Stathouder, héritier du Prince Maurice de Nassau (héros de la guerre d’indépendance), chef militaire du pays, appuyé sur le milieu conservateur, plutôt anglophile.

- sept républiques, particulièrement celle de Hollande, la plus riche et la plus puissante

- les villes gérées de façon assez démocratiques

La bourgeoisie aurait bien chassé le stathouder mais il s’avéra utile lors des guerres, particulièrement face aux tentatives d’invasion françaises (1672, 1747).

2) La deuxième révolution hollandaise

L’opposition entre d’une part les régents (élus des républiques et villes), d’autre part le stathouder reprend vigueur durant la longue période de montée (1755 à 1772) puis d’explosion révolutionnaire (1773 à 1802).

De 1773 à 1802, la plus longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire qu’ait connue l’histoire humaine

Durant la guerre d’indépendance américaine face au Royaume-Uni, les Provinces-Unies soutiennent les Insurgents. La marine britannique fait subir aux Hollandais de grosses pertes militaires et commerciales ; en forçant son homologue au repli dans un port, elle devient complètement maîtresse des mers et de l’exploitation des colonies. L’incapacité du stathouder à défendre les intérêts du pays laisse place à une grande contestation de sa fonction.

Un "parti patriote" se développe, opposé au stathouder Guillaume 5, aux oligarchies locales et aux réactionnaires du parti orangiste, revendiquant plus de démocratie, porteur des idées du mouvement des Lumières. Ce parti était essentiellement l’émanation politique de la bourgeoisie, qui revendiquait une plus grande participation au pouvoir et entrait de ce fait en conflit avec le stadhouder et les oligarchies locales.

Le succès du pamphlet "Aan het Volk van Nederland" de Joan Derk van der Capellen tot den Pol (1781) symbolise sa place politique et idéologique importante. Il reproche au stathouder son anglophilie et l’influence de l’oligarchie locale.

Dès 1782, des comités de correspondance se créent à travers la République, et des corps francs patriotiques, sortes de milices bourgeoises, sont formés.

En 1785, les Etats de Hollande retirent au stathouder le commandement de la garnison de La Haye.

Des combats opposent régulièrement l’armée des Etats, favorable au prince d’Orange, aux corps patriotiques.

La situation dans les Provinces-Unies entraîne une crise européenne qui provoque des armements en Angleterre et en France.

Le 22 juillet 1786, les Etats de Hollande et de Frise prennent une décision radicale qui symbolise le rapport de force construit par les patriotes : ils suspendent le stathouder de sa charge de capitaine général (chef de l’armée). Celui-ci se retire alors avec sa famille à Nimègue.

Ce sont à présent des combats locaux qui mettent aux prises l’armée et les milices patriotes.

Au niveau européen, cette révolution hollandaise redistribue les alliances. Le Royaume-Uni s’allie à la Prusse pour soutenir le stathouder et les forces conservatrices.

3) L’écrasement de la Révolution en 1787

Les révolutionnaires hollandais comprennent parfaitement que se prépare une intervention militaire prussienne soutenue par la Grande Bretagne. Le 7 juin, les Etats Généraux de Hollande lancent un appel solennel avertissant le pays d’une "menace absolutiste", rêve ancien des princes d’Orange-Nassau.

Le 28 juin 1787, la princesse Wilhelmine, épouse du stathouder et soeur du roi de Prusse, quitte Nimègue pour La Haye avec une forte escorte de fidèles orangistes. Elle pense possible d’y susciter un mouvement populaire en faveur de son mari. Mais elle est arrêtée à Goejanverwellesluis près de Gouda par des milices républicaines (en particulier de Schoenhoven), retenue prisonnière, puis obligée de revenir à Nimègue.

Le nouveau roi de Prusse Frédéric Guillaume II réclame réparation pour cet "affront" fait à sa sœur et masse un corps de 20.000 hommes à Wesel.

La France aurait intérêt à marquer son soutien à la république hollandaise. Les maréchaux de Castries et de Ségur y sont favorables, le ministre de la guerre Montmorin aussi. Pourtant, le Conseil d’Etat du 16 août 1787 décide une non-intervention complète de la France dans cette affaire. L’empereur d’Autriche Joseph II qui craint la poussée prussienne et espérait que le poids politique et militaire de la France limiterait les velléités anglo-prussiennes résume bien le bilan tiré par les Etats européens « La France vient de tomber, je doute qu’elle se relève ».

Les Provinces-Unies n’ayant pas satisfait aux exigences de Berlin, les troupes prussiennes envahissent la république le 12 septembre 1787 et s’emparent des villes opposées au prince. La France ne réagit pas.

A la Haye, les Etats demandent au duc de Brunswick de ne pas faire entrer les troupes dans la ville, et votent l’annulation de la délibération qui avait démis le stathouder de ses fonctions de capitaine général. Le stathouder rentre dans la ville.

Le 3 octobre, c’est Amsterdam, la "ville la plus commerçante d’Europe" qui doit capituler, événement qui a un profond retentissement sur tout le continent.

Fort de l’appui des baïonnettes prussiennes, le parti orangiste se livre à une répression sévère contre les patriotes. Plus de 40.000 de ceux-ci cherchent refuge a l’étranger, principalement en Belgique (Pays-Bas autrichiens) et en France.


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